Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Orientations réussies — Chapitre 8 · Éric au pied du mur
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Orientations réussies
Chapitre 8 · Éric au pied du mur
Le réfectoire du lycée résonnait des bruits ordinaires d'un jeudi midi : les plateaux qu'on empilait, les couverts qui s'entrechoquaient, les voix trop fortes d'élèves déjà relâchés par l'approche du week-end. David, lui, était assis seul. Il jouait du bout de sa fourchette avec les restes d'un steak haché tiède, perdu dans ses pensées. Les événements du CDI flottaient encore dans sa tête, comme une scène de théâtre dont il était à la fois le metteur en scène et le spectateur troublé.
Une ombre massive coupa la lumière au-dessus de lui. Il leva à peine les yeux. Éric Lambat venait de s'asseoir en face, sans un mot, son plateau encore intact. Les deux hommes ne s'étaient pas recroisés depuis le soir où Éric avait subi l'humiliation imposée par son collègue et leur élève.
Une ombre massive coupa la lumière au-dessus de lui. Il leva à peine les yeux. Éric Lambat venait de s'asseoir en face, sans un mot, son plateau encore intact. Les deux hommes ne s'étaient pas recroisés depuis le soir où Éric avait subi l'humiliation imposée par son collègue et leur élève.
— Tu permets ? lança le prof de sport d'une voix sèche.
David haussa un sourcil, sans répondre. Éric s'essuya le front d'un revers de main, le visage tendu, comme si son corps entier portait encore la sueur de la honte.
Un silence s'installa. Éric regardait ailleurs, mâchoires serrées, ses doigts tapotant le bord du plateau. David le fixait, imperturbable, presque amusé par cette tension.
Un silence s'installa. Éric regardait ailleurs, mâchoires serrées, ses doigts tapotant le bord du plateau. David le fixait, imperturbable, presque amusé par cette tension.
— On peut parler ? souffla enfin Éric, sans croiser son regard.
— Tu parles déjà, répondit David calmement.
— Tu parles déjà, répondit David calmement.
Le géant noir triturait ses mains. Il affectait un sourire, tentait de garder une contenance, mais son malaise était perceptible. Il se lança finalement.
— La vidéo. Ce que t'as filmé… Tu vas en faire quoi ?
David prit une bouchée de haricots verts, mâcha lentement. Il planta ses yeux dans ceux d'Éric.
— Je sais pas encore. C'est un très bon film, c'est dommage de le gâcher.
Éric roula des yeux, nerveux. Son pied tapait contre celui de la table, rythme saccadé, révélateur d'un orage intérieur.
— Arrête de déconner bordel ! Vous voulez quoi ? Du pognon ?
David sourit et secoua la tête. Il ne prit même pas la peine de répondre. Décidément, cette brute ne comprenait rien ! La leçon n'avait peut-être pas porté ses fruits. Face au silence de son collègue de lettres, Éric s'agaça :
— Mais merde David ! C'est pas un jeu, putain !
— Je sais.
— Alors ?… Tu vas la garder ? La montrer ? Tu veux quoi, au juste ?
— Je sais.
— Alors ?… Tu vas la garder ? La montrer ? Tu veux quoi, au juste ?
David pencha légèrement la tête, comme pour examiner un insecte curieux. Il prit une bouchée, mâcha lentement. Toute la virilité arrogante d'Éric Lambat s'était évanouie. Ses muscles ne le protégeaient pas. L'angoisse lui fit monter les larmes, et dans un sanglot, il dit :
— Tu veux me détruire, c'est ça ?
La réponse de David fut comme un coup de poing qu'il reçut en plein dans l'estomac. « Je veux juste voir jusqu'où t'es prêt à descendre. » Éric resta groggy. Alors, honteux, il se pencha vers le professeur de français et, sans jamais croiser ses yeux, il bredouilla ces mots, comme une confession qu'on lui arrachait dans la douleur.
— Écoute David… ce qu'on.. ce qu'on fait dans le CDI… Je sais pas. Je peux pas dire que j'ai pas aimé. Mais… Voilà… C'est pas mon truc.. Je… je suis pas comme ça.
— C'est-à-dire ?
— Ben… C'est pas… C'est pas moi. Tu vois ce que je veux dire. Je vous respecte. Mais moi, je suis pas… Je suis pas…
— Une tarlouze ?
— C'est-à-dire ?
— Ben… C'est pas… C'est pas moi. Tu vois ce que je veux dire. Je vous respecte. Mais moi, je suis pas… Je suis pas…
— Une tarlouze ?
David avait osé le mot comme une provocation mais sur un ton très calme. À nouveau le coup porta. Une gifle. Éric resta interdit. Alors David reprit :
— Moi au contraire je crois que t'as adoré ça. Deux mecs qui te traitent comme une salope. Et toi, à genoux, en train de bander. En train supplier pour chopper les queues... Tu veux qu'on parle de tes gémissements ?
Éric voulut répliquer, mais sa gorge resta sèche. Il avala sa salive. Sa main tremblait légèrement sur le plateau. David approcha son visage, baissant le ton :
— Le pire, c'est que maintenant t'en rêves, avoue. Tu fermes les yeux, et tu sens nos bites dans ta bouche, non ? T'as honte, mais t'as envie.
— Va te faire foutre, grogna le prof de sport en se redressant violemment.
— Va te faire foutre, grogna le prof de sport en se redressant violemment.
Un silence dense suivit. Éric craignit que ce dernier éclat de colère spontané ait pu vexer son collègue. Alors, d'une voix presque éteinte :
— Je te demande pas pardon. Mais… j'veux pas que ça s'ébruite. Pas pour moi. Pour ma famille, pour mon cousin.
David releva un sourcil.
— Ton cousin ?
Éric hocha la tête, lentement.
— Il vit avec moi. Il a dix-huit ans. Si cette merde remonte, c'est lui qu'on va salir. Il sait rien. Il a rien demandé. C'est un gosse.
David le regarda longtemps. Il vit, sous la carapace virile et violente, l'ombre d'une responsabilité réelle. Un point d'ancrage. Une faiblesse. Mais il n'éprouva pas pour autant de pitié. Sofiane aussi n'était qu'un gosse.
— Invite-nous chez toi, dit-il doucement.
Éric sursauta : « Quoi ? »
— Toi. Moi. Sofiane. Ce week-end. On passe. On discute. Tu nous ouvres ta porte, et tu nous montres que t'as compris les règles du jeu.
— T'es malade.
— Peut-être. Mais si tu veux garder cette vidéo pour toi… Tu vas nous faire entrer dans ton intimité. On ne fera rien que tu refuses…
— T'es malade.
— Peut-être. Mais si tu veux garder cette vidéo pour toi… Tu vas nous faire entrer dans ton intimité. On ne fera rien que tu refuses…
Éric le fixa. Dans ses yeux, il y avait de la peur. De la colère. Et ce feu sombre, indéfinissable. Celui du corps qui sait déjà ce que la bouche refuse encore.
Il mit du temps. Mais il hocha la tête. Il proposa, d'une voix hésitante : « Samedi ? Pas trop tôt ? »
David sourit, lentement. Il attrapa un morceau de pain, l'arracha en silence, puis se leva.
Il mit du temps. Mais il hocha la tête. Il proposa, d'une voix hésitante : « Samedi ? Pas trop tôt ? »
David sourit, lentement. Il attrapa un morceau de pain, l'arracha en silence, puis se leva.
— Parfait. À samedi, Éric.
Et il quitta la table, laissant le prof d'EPS seul, face à son assiette froide, à sa colère, à sa honte. Il se retourna une dernière fois vers lui, et lui asséna le coup final : « Et si j'étais toi, je me ferais une bonne toilette intime... »
Samedi. 17H03. Un ciel gris recouvrait la ville d'un voile mélancolique. L'air était tiède mais lourd, comme si la journée hésitait entre l'orage et l'apaisement. David gara sa voiture dans une petite rue calme de la périphérie nantaise, bordée de pavillons modestes et d'immeubles HLM aux façades fatiguées. Sofiane, assis côté passager, mâchait lentement un chewing-gum, son regard noir balayant les fenêtres comme s'il cherchait à deviner déjà ce qui se passait derrière les rideaux tirés.
Samedi. 17H03. Un ciel gris recouvrait la ville d'un voile mélancolique. L'air était tiède mais lourd, comme si la journée hésitait entre l'orage et l'apaisement. David gara sa voiture dans une petite rue calme de la périphérie nantaise, bordée de pavillons modestes et d'immeubles HLM aux façades fatiguées. Sofiane, assis côté passager, mâchait lentement un chewing-gum, son regard noir balayant les fenêtres comme s'il cherchait à deviner déjà ce qui se passait derrière les rideaux tirés.
— Numéro 12. C'est là, dit David.
Ils sortirent, chacun avec hésitation. Ils ne savaient pas trop où tout cela pouvait les mener. David portait un jean noir, une chemise ouverte sur un tee-shirt blanc. Sofiane, lui, arborait un pantalon en toile moulant, un débardeur très fin qui laissait deviner les formes souples de son torse, et une petite veste sans manches. Il brillait, littéralement. Comme une provocation ambulante.
Éric vivait au premier étage d'un petit immeuble. Les murs étaient sales, tagués, l'entrée sentait vaguement le plastique brûlé et la lessive bon marché. À mesure qu'ils montaient l'escalier, David sentait un frisson lui parcourir la nuque. Pas de peur. D'excitation. Il aimait ce genre d'ambiance trouble. Il aimait surtout imaginer ce qui se passait de l'autre côté de cette porte.
Quand ils frappèrent, il fallut quelques secondes avant d'entendre les pas. La porte s'ouvrit brusquement. Éric apparut. Il portait un tee-shirt sombre, légèrement humide, un short en coton et des claquettes. Sa mâchoire était serrée. Il n'avait pas rasé sa barbe naissante, ses yeux étaient fatigués.
— Vous êtes à l'heure, grogna-t-il.
— Toujours, répondit David avec un sourire tranquille.
— Toujours, répondit David avec un sourire tranquille.
Mais avant qu'ils ne puissent entrer, un bruit de porte se fit entendre. Un jeune homme sortit de la chambre qui donnait sur le couloir et s'avança. David pensa que ce devait être le cousin dont Éric lui avait parlé. La peau très noire comme lui, plus sec, plus nerveux, plus petit. Il mesurait à peine 1m75, mais dégageait une assurance virile, presque insolente. Il était plus jeune qu'Éric mais la même puissance de mâle irradiait de lui. Sac de sport en bandoulière, casquette vissée sur le crâne, jogging noir impeccable, baskets dernier cri. Quelque chose aussi de la caricature du petit caïd. Il bougeait comme un mec habitué à se faire respecter, épaules droites, menton levé, regard frontal.
Il ralentit en voyant les deux visiteurs. Il les jaugea sans gêne, son regard glissant lentement sur David, puis plus longuement sur Sofiane. Un pli de méfiance se dessina dans ses sourcils.
Il ralentit en voyant les deux visiteurs. Il les jaugea sans gêne, son regard glissant lentement sur David, puis plus longuement sur Sofiane. Un pli de méfiance se dessina dans ses sourcils.
— Wesh, c'est qui eux ? demanda-t-il à Éric sans détour.
— Des collègues. T'inquiète, Malek. C'est rien.
— Des collègues. T'inquiète, Malek. C'est rien.
Malek haussa un sourcil, sans décrocher son regard de Sofiane. Puis il se tourna vers David, tendit la main par réflexe. Son poignet était fort, sec.
— Malek. Le cousin.
David lui serra la main en souriant.
— David. Un collègue de français.
Il se tourna ensuite vers Sofiane, le dévisagea, presque provocateur.
— Sofiane, dit celui-ci avec un sourire tranquille.
— Hmm.
— Hmm.
Un raclement de gorge. Malek s'étonna de la dégaine du jeune homme : que venait faire chez lui ce garçon complètement efféminé ? Pourquoi son cousin recevait-il ce mec si jeune ? Il fixa Sofiane plus longtemps que nécessaire. Son regard glissa sur ses jambes, son torse, ses lèvres. Un silence tendu flotta.
— J'vais chez Kheira, annonça-t-il enfin. J'dors p'têt là-bas. Tu veux que je te ramène des clopes ou un truc ?
— Euh… Ouais, prends des brunes. Pas les lights... File, t'es à la bourre, non ?
— Euh… Ouais, prends des brunes. Pas les lights... File, t'es à la bourre, non ?
Malek tourna les talons. Ils entendirent les baskets taper les marches de l'escalier. Un silence suivit. Éric soupira, nerveux. « Bon. Entrez. » Il referma simplement la porte à clé. Il paraissait plus large dans le décor exigu de l'appartement. Presque à l'étroit dans son propre territoire. David observait tout. Le moindre détail. Il aimait ces endroits où la virilité s'entasse, s'impose et s'expose sans le vouloir.
L'appartement était petit, propre, fonctionnel. Après le couloir d'entrée, un salon ouvert sur une kitchenette, puis un autre couloir sombre qui menait aux chambres. Des murs blancs. Une étagère Ikea bancale, des haltères, des tasses et quelques BD. Le canapé en cuir noir était usé, couvert d'un plaid kaki et faisait face à deux fauteuils dépareillés. Sur la table basse, un cendrier plein, un briquet, un flacon de gel désinfectant. L'air sentait le déodorant Axe, le linge propre, et une odeur de sueur séchée. Masculin. Brutal. Authentique.
Sofiane marcha jusqu'au canapé, s'y laissa tomber avec une grâce nonchalante. Il étira ses jambes, puis sourit à Éric, moqueur.
— J'aime bien l'ambiance. Genre, vous avez pas changé la deco depuis 2009, non ?
Éric ne répondit pas. Il traversa la pièce, ouvrit le frigo avec une tension perceptible dans les épaules. Il sortit trois bières. Il en tendit une à chacun, sans un mot. Le dos raide, il s'assit finalement dans un fauteuil usé, face au canapé que Sofiane avait déjà investi sans qu'on l'y invite, et proposa à David de prendre place dans le second fauteuil. Celui-ci s'installa, ouvrit sa bière, puis fixa Éric.
— T'es tendu. T'as pas à l'être. On est juste venus en amis...
Il n'était pas menaçant. Éric hocha vaguement la tête, mais son regard restait fuyant. Il était nerveux. Il le savait. Et il détestait ça. La dernière fois qu'il avait vu ces deux hommes, il était à genoux, en string, en train de sucer leurs verges. Leurs regards, ici, sur SON territoire, lui donnaient l'impression de ne plus rien posséder. Il but une gorgée, trop vite. Puis une autre.
— Alors ? lança-t-il d'une voix grave. Vous êtes là. Je vous écoute.
Mais aucun des deux ne répondit tout de suite. David porta la bouteille à ses lèvres, but lentement, puis la posa avec précision sur la table basse. Il regardait Éric, droit dans les yeux, mais sans agressivité. Juste ce calme insupportable, celui d'un homme qui maîtrise les règles du jeu.
— On est chez toi ici, Éric. T'as l'avantage du terrain, pas vrai ?
Éric ne répondit pas. Il but à son tour, à grandes gorgées, comme s'il espérait que l'alcool dissolve le malaise.
Sofiane, jusque-là silencieux, se leva. Il ôta sa veste, la plia soigneusement, puis l'abandonna sur le dossier du canapé. Son débardeur était presque transparent, collant à sa peau. Il s'étira, exagérément, les bras levés, laissant entrevoir la naissance de son ventre, la souplesse féline de ses hanches. Il se laissa tomber de tout son long sur le canapé, jambes écartées, un bras derrière la tête.
Sofiane, jusque-là silencieux, se leva. Il ôta sa veste, la plia soigneusement, puis l'abandonna sur le dossier du canapé. Son débardeur était presque transparent, collant à sa peau. Il s'étira, exagérément, les bras levés, laissant entrevoir la naissance de son ventre, la souplesse féline de ses hanches. Il se laissa tomber de tout son long sur le canapé, jambes écartées, un bras derrière la tête.
— C'est marrant, dit-il en regardant le plafond. Les profs, j'vous trouve beaucoup plus intéressants en dehors du lycée.
Éric détourna les yeux. Le ton de Sofiane, à la fois moqueur et parfaitement à l'aise, l'irritait. Ou le troublait. David resta concentré sur sa cible. Il se pencha légèrement vers l'avant, posant ses coudes sur ses genoux.
— T'es pas en danger, Éric. On n'est pas là pour te briser.
Sofiane se redressa à moitié, s'adressant à Éric d'un ton léger :
— Vous voulez que j'aille chercher un tapis de yoga, Monsieur Lambat ? Vous avez l'air un peu crispé.
David esquissa un sourire. Éric, lui, ne réagit pas. Il frottait ses grandes mains moites contre son short, comme s'il cherchait à les occuper, à les cacher. Son regard évitait toujours ceux de ses invités.
— Qu'est-ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il enfin, d'une voix tendue.
— Rien, répondit David. Juste que tu dises ce que tu ressens. Ce que t'as ressenti. La dernière fois. Ce que ça t'a fait, au fond.
— On va pas recommencer, lâcha Éric. Je vous ai laissé venir, c'est déjà beaucoup.
— Et vous nous avez offert une bière, ajouta Sofiane. Accueil cinq étoiles ! Franchement, je me sens grave honoré.
— Rien, répondit David. Juste que tu dises ce que tu ressens. Ce que t'as ressenti. La dernière fois. Ce que ça t'a fait, au fond.
— On va pas recommencer, lâcha Éric. Je vous ai laissé venir, c'est déjà beaucoup.
— Et vous nous avez offert une bière, ajouta Sofiane. Accueil cinq étoiles ! Franchement, je me sens grave honoré.
Il avait croisé les jambes, s'était légèrement penché vers Éric, ses yeux brillants de malice. Il semblait totalement chez lui. Sa voix jouait entre la légèreté et la provocation, sans jamais dépasser la ligne. David, lui, restait dans une posture neutre, mais son regard était devenu plus pénétrant.
— Je vais être très clair, Éric : on ne va pas passer la soirée à jouer au chat et à la souris. Soit tu nous parles. Vraiment. Soit on se lève, on te remercie, et on s'en va.
Un silence brutal s'abattit dans la pièce. On entendit seulement le léger grincement du cuir du fauteuil sous le poids d'Éric, qui se redressa légèrement, mal à l'aise.
— Putain… Vous voulez me rabaisser encore. Me faire passer pour…
— Pour quoi ? demanda calmement David.
— Je sais pas… Pour un mec faible. Un… un genre de…
— De pédé ? proposa Sofiane, un sourire en coin.
— Pour quoi ? demanda calmement David.
— Je sais pas… Pour un mec faible. Un… un genre de…
— De pédé ? proposa Sofiane, un sourire en coin.
Éric serra les poings. Il baissa la tête. On aurait dit qu'il se battait contre lui-même. La tension dans son cou, dans ses bras, dans sa mâchoire… tout son corps semblait sur le point de céder. David attendit. Puis, d'un ton bas :
— Il n'y a que nous. Alors parle. Dis ce que tu ressens. Ce que t'as ressenti après le CDI.
Éric respira fort. Il passa ses mains sur son visage, puis sur sa nuque. Il tremblait légèrement.
— Bah… Je… je sais pas... Rien…
— Qu'est-ce que t'as fait en rentrant chez toi ?
— J'ai pris une douche. J'ai… j'ai pas dormi après.
— Tu y as repensé, depuis ?
— Oui.
— Pardon ?
— Oui !
— Qu'est-ce que t'as fait en rentrant chez toi ?
— J'ai pris une douche. J'ai… j'ai pas dormi après.
— Tu y as repensé, depuis ?
— Oui.
— Pardon ?
— Oui !
David inspira. L'accouchement était difficile, mais on y arrivait. Sofiane s'était tu, concentré sur les paroles d'Éric. Le professeur de lettres reprit ses questions, de plus en plus insistantes :
— Quand tu y as repensé, ça t'a excité ?
— Oui… un peu…
— Oui… un peu…
Les réponses d'Éric étaient murmurées. À peine audibles.
— Ça t'excitait fort ?
— Oui… Je bandais.
— Oui… Je bandais.
Un silence brutal s'abattit dans la pièce. Encouragé par le regard de David, Éric poursuivit :
— Je bandais. Je me suis repassé la scène en boucle. J'arrivais pas à me regarder dans la glace. J'avais envie de me casser la gueule.
Un nouveau silence. Puis sa voix se fit plus basse, presque honteuse :
— Mais je bandais. Je me suis branlé. Le soir même. Deux fois. Et j'avais honte. C'était pas moi. C'était pas… ce que j'suis. Et en même temps, j'ai jamais ressenti un truc aussi fort. C'est comme si… je découvrais un truc. J'sais pas.
Sofiane l'observait, son sourire s'était effacé. Il semblait presque attendri. David, lui, hochait lentement la tête.
— Voilà, Éric. C'est exactement ce qu'on attendait.
Un énième silence lourd s'installa. Pas pesant. Juste dense. Comme si chacun savait que la suite serait différente. Qu'une ligne avait été franchie, sans cri, sans heurt. Juste une vérité nue, offerte dans un salon trop petit, entre trois corps assis en rond. David se redressa, s'étira légèrement, comme s'il savourait le moment. Il fixait Éric avec un calme implacable, une lenteur calculée. Sofiane, toujours affalé sur le canapé, jouait distraitement avec l'élastique de son débardeur.
— Bien, dit David d'une voix douce. Maintenant qu'on sait ce que t'as ressenti… tu vas nous dire ce que tu ressens là. Maintenant. Assis dans ton fauteuil. Devant nous.
Éric tourna légèrement la tête, les épaules raides. Il ne répondit pas.
— Vous bandez, Monsieur ? demanda Sofiane avec un éclat de rire contenu.
Éric le fusilla du regard, mais ne dit rien. Il serra les jambes. Ses mains cherchaient une position, n'importe laquelle, pour paraître naturelles. Elles échouaient. David insista :
— Tu vas le dire. Pour toi. Dis que t'es excité, Éric. Dis-le.
— Arrêtez, murmura Éric, la voix fêlée.
— Vous voulez de l'aide, Monsieur Lambat ? Comme dans les vestiaires ? proposa Sofiane en se penchant un peu, jusqu'à frôler son genou.
— Sofiane, laisse-le parler, dit David. Il est capable.
— Arrêtez, murmura Éric, la voix fêlée.
— Vous voulez de l'aide, Monsieur Lambat ? Comme dans les vestiaires ? proposa Sofiane en se penchant un peu, jusqu'à frôler son genou.
— Sofiane, laisse-le parler, dit David. Il est capable.
Éric souffla, la voix brisée :
— J'suis pas comme vous… j'suis pas censé…
— Et alors ? coupa David. T'es pas censé te branler en pensant à deux mecs non plus. Pourtant tu l'as fait. Ce que tu ressens, là, maintenant… tu vas le dire. Haut et fort.
— Et alors ? coupa David. T'es pas censé te branler en pensant à deux mecs non plus. Pourtant tu l'as fait. Ce que tu ressens, là, maintenant… tu vas le dire. Haut et fort.
Sofiane croisa lentement les jambes, son regard brillant de malice.
— Allez, monsieur. C'est le moment du bulletin. C'est quoi votre note d'excitation aujourd'hui ?
Éric éclata :
— Putain mais vous voulez quoi ?! Que je dise que j'ai la queue dure ?! Que j'ai envie de baiser ? De vous sucer ?! Hein ?!
Le malaise qui suivit fut glaçant. Puis David sourit lentement. Éric explosa.
— Ben oui ! Oui. C'est exactement ça ! Je suis excité. Bordel de merde ! J'ai la queue qui bande depuis que vous êtes là. Putain ! Depuis que Sofiane s'est étalé sur mon canapé comme une chienne… Depuis que tu me forces à reparler de ça. J'ai honte, mais j'ai envie… Voilà. Vous êtes contents ? Ça vous va, comme ça ?
Éric, le souffle court, ferma les yeux une seconde. Sofiane se mordilla la lèvre, franchement excité. David acquiesça.
— Très bien. Maintenant, tu vas dire ce que tu veux. Ce que tu veux là, maintenant. Tout de suite.
Éric ouvrit la bouche. Il hésita. Son regard naviguait entre eux, comme s'il cherchait une sortie. Il n'y en avait pas. Il restait figé. Muet. Prisonnier de ses propres désirs. Alors il inspira profondément…
— Je voudrais…
Il hésita, puis regarda David avec des yeux d'animal triste.
— Je voudrais… qu'on se mette à poil…Là, à trois…
Il avala encore et dit, comme un automate :
— Et je voudrais que vous me fassiez des trucs...
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