Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Orientations réussies — Chapitre 5 · Moments difficiles
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Orientations réussies
Chapitre 5 · Moments difficiles
Une semaine passa, sans que David ne recroise Sofiane ni Éric. Marqué par les images des vestiaires, il fit son possible pour les éviter. Il en arriva à la conclusion qu'un grand ménage de printemps dans sa vie et dans sa tête serait sans doute nécessaire.
Adrien s'en chargea d'abord pour lui. Le vendredi midi, ils retrouvèrent dans ce café discret où ils allaient parfois, à l'écart du centre de Nantes. Une terrasse presque vide, le vent léger du début de printemps, les verres d'eau déjà posés, mais aucun d'eux n'avait touché au sien. Adrien fumait, la main tremblante sans l'assumer. David, lui, fixait ses doigts, longs, fins et nerveux.
Adrien s'en chargea d'abord pour lui. Le vendredi midi, ils retrouvèrent dans ce café discret où ils allaient parfois, à l'écart du centre de Nantes. Une terrasse presque vide, le vent léger du début de printemps, les verres d'eau déjà posés, mais aucun d'eux n'avait touché au sien. Adrien fumait, la main tremblante sans l'assumer. David, lui, fixait ses doigts, longs, fins et nerveux.
— Tu dis rien, souffla Adrien, la voix basse, le regard perdu sur la table.
Il portait une chemise blanche légèrement froissée, ouverte au col, et un manteau beige négligemment posé sur la chaise derrière lui. Son visage, toujours aussi beau, avait quelque chose de fermé aujourd'hui. Des pommettes hautes, la mâchoire fine, des lèvres pâles, presque tristes. Ses cheveux châtains, soigneusement coupés sur les côtés, tombaient en mèches soyeuses sur son front. Un visage d'esthète.
— Je sais pas quoi dire. T'as tout dit, non ?
Adrien écrasa sa cigarette, doucement, puis leva enfin les yeux.
— C'est pas que je t'aime pas, David. C'est « nous » que je n'aime plus.
Cette phrase, il l'avait sûrement répétée intérieurement toute la matinée. Elle était trop nette pour être spontanée. Mais David ne lui en voulut pas.
— Je sais, dit-il simplement.
Il savait. Il avait senti Adrien s'éloigner depuis des semaines. Les silences plus longs, les absences sans explication, les « je suis fatigué » à répétition, cette retenue dans les gestes, même les plus tendres... Tout avait eu raison de leur couple.
— T'as quelqu'un ? demanda-t-il, sans colère.
Adrien secoua la tête. Honnête. Toujours. David sourit tristement. C'était peut-être pire. Un silence. Le vent jouait avec une serviette en papier entre eux. Les bruits de la rue semblaient un peu flous. Ils n'étaient plus vraiment là.
Adrien se pencha, croisa les bras sur la table. Il baissa un instant les yeux, puis les releva. Il avait les larmes qui montaient mais il ne pleurait pas. Il ne pleurait jamais vraiment. Trop pudique. Trop élégant.
Adrien se pencha, croisa les bras sur la table. Il baissa un instant les yeux, puis les releva. Il avait les larmes qui montaient mais il ne pleurait pas. Il ne pleurait jamais vraiment. Trop pudique. Trop élégant.
— Et toi ?… T'as quelqu'un d'autre ? demanda-t-il.
David hésita. Une image passa : le regard noir, la peau dorée, la voix douce et aiguë de son élève. Adrien comprit cette hésitation, plus claire qu'un aveu. Il se leva et lança un lapidaire : « J'vais y aller. » Il regarda David un instant. Il chercha le visage qu'il avait connu dans l'intimité, qu'il avait aimé entre les draps, dans les silences, dans les rires ; il ne le reconnut pas. Alors il prit son manteau, le passa lentement. Avant de partir, il se pencha, déposa un baiser court sur la tempe de David. Un adieu sans tempête ni crise.
Et il s'éloigna. David resta seul, le regard posé sur le siège vide. Il prit une gorgée d'eau. Froide. Et se mit à respirer de nouveau.
Le lundi matin arriva vite, après un week-end morne et solitaire.
La salle des profs baignait dans la lumière blanche d'avril, trop nette, presque agressive. Elle s'emplissait d'une agitation molle : bruits de feuilles, de gobelets, de conversations tièdes. David, demeurait silencieux. Une boule dans la gorge, le ventre serré. Et toujours la même scène dans sa tête. Les vestiaires. Le son de la ceinture. Le souffle saccadé de Sofiane. Les rires d'Éric.
Le lundi matin arriva vite, après un week-end morne et solitaire.
La salle des profs baignait dans la lumière blanche d'avril, trop nette, presque agressive. Elle s'emplissait d'une agitation molle : bruits de feuilles, de gobelets, de conversations tièdes. David, demeurait silencieux. Une boule dans la gorge, le ventre serré. Et toujours la même scène dans sa tête. Les vestiaires. Le son de la ceinture. Le souffle saccadé de Sofiane. Les rires d'Éric.
La porte s'ouvrit.
— Salut les artistes ! lança Éric, une clope électronique à la main.
Il entra avec son habituel mélange de décontraction et d'arrogance qui mettait tout le monde mal à l'aise, sans que personne ne dise rien. Tout en muscles, polo moulant, jean trop serré, sourire immense. Il lâcha son sac sur une chaise avec le bruit d'un corps balancé. Bras tendus et air narquois, il dégageait testostérone et vulgarité.
— J'vous jure, je viens de traverser la cour : c'est devenu un putain de défilé ! On voit que les beaux jours reviennent ! Les gamines viennent avec des décolletés jusqu'au nombril et des jupes ras la chatte !
Quelques rires étouffés. Des regards gênés. Une collègue leva les yeux au ciel sans rien dire. Une autre quitta la salle.
— Putain, cette connasse de Besson… toujours à faire sa féministe de service. Non mais sérieux, on peut plus rien dire ! Tu leur mates le cul, t'es un prédateur. Tu leur mates pas le cul, t'es un pédé !
Il vit David et s'approcha. Son collègue de lettres fuyait son regard.
— Salut le littéraire. Dis donc, ça va mon pote ? Ça fait des jours qu'on se voit plus !
David ferma les yeux. Une seconde. Juste pour contenir la vague. Sa main serrait son stylo si fort que ses jointures blanchissaient. Éric voulut détendre l'ambiance.
— J'attaque à huit heures avec les Terminales B… Je te jure… C'est un festival de petites salopes, cette classe ! La Samira, avec ses grosses miches. Et sa copine. La timide, la blonde…. Et Emy, la petite asiat ! Qui fait genre « studieuse ». Au dernier cours, elle s'est penchée devant moi, j'ai failli lâcher le ballon. C'est du harcèlement inversé, non ? J'ai cru que j'allais poser le sifflet et sortir ma bite !
Et il partit d'un rire énorme, ouvrant la bouche sur ses dents blanches, carnassières. Mais il constata vite que son collègue ne souriait pas.
— Ah ! mais oui David ! C'est vrai ! La Terminale B, c'est aussi la classe de ton petit protégé. Ton petit danseur oriental… Comment il va, Sofiane ? Remets-lui mes amitiés… et si jamais il veut refaire un petit échauffement de bassin, je suis dispo ! Je peux lui faire faire du cardio, version adulte ! Un bon petit cul comme le sien ! À moins que tu préfères te le faire d'abord ?
Là, David leva enfin les yeux.
Rien qu'un regard. Mais glacé. Tranchant. Éric soutint le regard. Un rictus au coin des lèvres.
Rien qu'un regard. Mais glacé. Tranchant. Éric soutint le regard. Un rictus au coin des lèvres.
— Tu parles toujours comme ça de tes élèves ? Ou c'est juste un rôle que tu tiens à te donner pour cacher quelque chose ?
Éric fut surpris par le ton. Il sourit, faussement amusé. David le fusillait d'un œil noir. Le professeur de sport comprit que son collègue ne plaisantait pas. Alors, il se mit sur la défensive et devint plus agressif :
— Oh, le romantique s'énerve ? T'inquiète, je sais rester à ma place. Je déconne, je les touche pas. C'est pas un ange, ton petit prince arabe. Il fait sa drama queen, mais il doit bien aimer qu'on lui pète le fion… Oh, allez ! T'as pas un peu de second degré ? Tu devrais baiser, ça t'ferait du bien.
Un éclair passa dans le regard de David. Il ne dit rien. Mais la même image traversa son esprit, vive, implacable : Sofiane, à genoux, la bouche pleine de sperme, et Éric, debout devant lui. Il sentit sa gorge se tendre. Il se leva lentement, rassembla ses affaires. Il n'avait même pas besoin de hausser le ton, Le mépris coulait dans sa voix :
— J'ai pas besoin de mépriser les femmes pour me sentir homme, Éric. Ni de fantasmer sur des gosses sous prétexte qu'elles portent des jupes. Et je n'ai pas besoin de me vanter de ce que je fais pour me convaincre que j'existe encore.
Éric se figea. Juste une seconde. Ses mâchoires se crispèrent.
David s'approcha de la porte. Il posa la main sur la poignée. Se retourna à moitié. Juste cette phrase, froide, nette, glaciale :
David s'approcha de la porte. Il posa la main sur la poignée. Se retourna à moitié. Juste cette phrase, froide, nette, glaciale :
— Fais attention Éric. Y a des choses qui s'oublient pas, surtout quand elles ont eu lieu dans un vestiaire verrouillé.
Et il sortit. Sans se retourner.
Le soir, vers 17 heures, David resta seul après un cours sur La Fontaine qui avait ennuyé ses élèves. La journée avait été longue, pesante. Il n'arrivait pas à corriger. Son esprit était ailleurs, toujours au même endroit. Dans le vestiaire, avec Éric et Sofiane.
La poignée tourna. Doucement, Sofiane entra. Silencieux. Il ferma la porte derrière lui, sans un mot. Il portait un jean noir très ajusté, un pull col roulé crème. Ses cheveux étaient bien tirés. Mais son regard n'était pas le même. David le vit, ne bougea pas.
Le soir, vers 17 heures, David resta seul après un cours sur La Fontaine qui avait ennuyé ses élèves. La journée avait été longue, pesante. Il n'arrivait pas à corriger. Son esprit était ailleurs, toujours au même endroit. Dans le vestiaire, avec Éric et Sofiane.
La poignée tourna. Doucement, Sofiane entra. Silencieux. Il ferma la porte derrière lui, sans un mot. Il portait un jean noir très ajusté, un pull col roulé crème. Ses cheveux étaient bien tirés. Mais son regard n'était pas le même. David le vit, ne bougea pas.
— Vous étiez là, pas vrai ? murmura Sofiane.
David ne répondit pas. Il hocha à peine la tête. Sofiane s'approcha, tira une chaise, s'y assit à l'envers, les bras croisés sur le dossier.
— Et maintenant ? Vous allez me dire quoi ? Que vous êtes choqué ? Dégoûté ?
— Pourquoi tu fais ça ? souffla David, la voix rauque. Pourquoi lui ? Pourquoi… comme ça ?
— Pourquoi tu fais ça ? souffla David, la voix rauque. Pourquoi lui ? Pourquoi… comme ça ?
Sofiane haussa les épaules, presque avec désinvolture.
— Parce que j'en avais envie. Et lui aussi.
— Tu... t'en avais envie ? Mais il t'a traité comme… comme un animal ! balança David, les mâchoires serrées. Comme une chose !
— Tu... t'en avais envie ? Mais il t'a traité comme… comme un animal ! balança David, les mâchoires serrées. Comme une chose !
Un silence. Sofiane sourit, secoua la tête. Il ajouta, plus doux :
— Vous comprenez pas…
David secoua la tête.
— Je comprends pas pourquoi tu t'offres comme ça. Pourquoi tu laisses ce connard… Et pourquoi tu m'as amené là-bas ? C'est quoi ce délire ?
Sofiane se leva. Il s'approcha de son professeur et planta ses yeux noirs dans les siens.
— Il m'a pris comme quoi ? Comme une pute ? Un trou ? Et alors ? Si j'aime ça ? Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? … Parce que vous avez kiffé en fait. Avouez ! Je vous ai vu, la main sur la queue !
David baissa les yeux. Son cœur battait vite. Sofiane reprit :
— Tu crois que c'est toi que je voulais humilier en faisant ça ? Peut-être. Un peu. Mais tu me désires, David. En fait, t'es pas différent d'Éric : tu veux que je reste sage, silencieux, à ta disposition. Mais dès que je sors du cadre, tu paniques. T'es pas choqué par ce que j'ai fait. T'es choqué que ce ne soit pas toi qui l'aies fait.
Il posa une main sur la joue de David.
— Alors oui, Éric m'a pris. Et j'ai aimé ça. Mais je t'en veux pas d'être jaloux. Au contraire.
David resta interdit, encore pétrifié par ce qu'il venait d'entendre. Sofiane, lui, s'était redressé légèrement, son corps élancé projetant une ombre fine sur le bureau. Puis, sans prévenir, il tendit les bras. David hésita une demi-seconde. Puis il ouvrit les siens. Sofiane s'y glissa. Sa silhouette gracile trouva aussitôt sa place contre le torse du professeur. Le jeune homme était léger. Sa joue vint se poser juste là, au creux de l'épaule. Ses bras fins passèrent dans le dos de David, s'y accrochèrent, comme si ce simple contact pouvait le réparer.
— Je suis pas qu'un petit con, tu sais… murmura-t-il dans un souffle, presque enfantin. J'ai juste… trop d'envies.
David le serra plus fort. Une main dans le dos, l'autre dans les cheveux. Il sentait l'odeur sucrée de Sofiane, ce parfum de vanille, de cigarette douce, de shampooing au musc. Une odeur à la fois innocente et terriblement sexuelle. Il sentit aussi la fragilité, le cœur qui battait vite contre sa poitrine, la respiration saccadée.
— Je sais que t'es pas qu'un petit con, répondit-il doucement. Je le sais depuis longtemps.
Ils restèrent ainsi, un long moment. À se tenir. À se retrouver. À faire taire les démons, les gestes brusques, les autres hommes. Il n'y avait plus de prof, plus d'élève. Juste deux corps qui cherchaient un refuge. Sofiane se recula un peu. Ses mains caressaient doucement le torse de David à travers sa chemise. Ses yeux noirs, ourlés de longs cils longs, le fixaient avec tendresse. Il avait une expression à la fois coquine et triste
— T'as envie ? demanda-t-il doucement, avec un petit sourire en coin, presque timide.
David ne répondit pas tout de suite. Il leva une main, la posa délicatement sur la joue poudrée de Sofiane. Du bout des doigts, il en suivit les contours : le creux de la joue, la ligne du menton, l'arête du nez.
— Oui. J'ai envie.
Sofiane sourit, ses yeux brillèrent de désir. Mais David ajouta, plus grave :
— Mais pas comme avec Éric. Pas brutal. Si on doit le faire, je veux que ce soit doux. Je veux te faire l'amour, pas te posséder.
Le regard de Sofiane se fit plus tendre encore. Il pencha la tête, une petite mèche noire retomba sur son front. Il la repoussa d'un geste maniéré, puis se pencha et déposa un baiser très lent, très léger sur les lèvres de David. Il passa les bras autour du cou de son professeur. Ils restèrent ainsi, front contre front, yeux fermés.
— Je veux faire l'amour… Avec toi… Et toi ? Tu veux ? demanda Sofiane.
— Autant que toi.
— Autant que toi.
Ils s'embrassèrent de nouveau. Un baiser plus long. Les lèvres de Sofiane étaient brillantes, légèrement sucrées. Sa langue effleura celle de David avec une tendresse infinie, dans un geste doux, féminin, infiniment maîtrisé. Il n'y avait ni hâte, ni lutte, seulement une recherche d'harmonie, une danse silencieuse où les souffles se confondaient. Sofiane gémit très légèrement, un petit son fragile. Son corps tout entier semblait se fondre dans l'étreinte. David, lui, savourait ce contact avec une intensité nouvelle, comme s'il embrassait un secret. Il goûtait la chaleur, la douceur, la délicatesse de cette bouche qui n'avait plus rien à prouver. Et à chaque va-et-vient de leurs langues, à chaque pause pour se regarder, souffle contre souffle, le baiser devenait plus profond, plus intime, plus vrai.
Sofiane s'accrochait à David comme à une ancre dans la tempête. Il respirait fort, contre sa gorge. Le professeur passa les mains sous le pull du garçon, caressa lentement le dos nu, puis les flancs. Sofiane frissonna. Il avait la peau fine, presque satinée. Il bougea doucement ses hanches, cherchant le contact, mais sans urgence. Il voulait juste être là, dans ces bras, exister autrement. Leurs souffles s'accordaient. Leurs corps aussi. Lentement, David fit glisser le pull, dénudant le torse lisse et parfumé de Sofiane. Il l'embrassa là, sur l'épaule, juste entre le cou et la clavicule. Sofiane ferma les yeux. Il s'arqua légèrement.
— C'est comme ça que je t'aime, toi chuchota-t-il.
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