Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Inseme — Chapitre 10 · La vie, tout simplement
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Inseme
Chapitre 10 · La vie, tout simplement
Presque un an plus tard :
Sur le parvis de l'hôtel de ville, les invités arrivent petit à petit. Ils sont peu nombreux, mais tous ont accepté notre invitation avec joie. Ils nous saluent les uns après les autres, visiblement contents de partager notre bonheur.
Avec sa robe bleu clair, et ses cheveux savamment relevés en une coiffure compliquée dont seules quelques mèches retombent sur sa nuque, Emma est somptueuse au-delà de toute raison. J'ose croire que je ne suis moi-même pas trop dégueulasse non plus. En tout cas, son regard me dit que je suis belle, et les commentaires de nos amis également.
Monsieur le maire entre dans la grande salle en premier, suivi de papa. Je suis pendue à son bras droit, et ma future à son bras gauche. Elle n'a pas fait l'effort d'inviter ses parents à elle, bien qu'elle m'ait dit qu'elle les avait prévenus d'une certaine façon, quoi que ça puisse vouloir dire.
Nous ne sommes qu'une dizaine, en tout, pour célébrer notre union, mais ce n'est pas le nombre qui compte, c'est la qualité des personnes.
L'émotion monte en moi lorsque monsieur le maire commence à prononcer son discours.
Je repense un instant à l'année qui vient de s'écouler. Je suis certaine d'une chose: lorsque plus tard, on me demandera quelle année de ma vie m'a marquée plus que les autres, je répondrai que c'était celle-là. Il s'en est passé, des choses !
Après qu'Emma a accepté ma demande en mariage, nous avons terminé nos vacances en toute sérénité, avant de retourner sur le continent, des souvenirs merveilleux pleins la tête, oubliant les quelques déagréments que nous avons connus. Nous sommes restées en contact avec Agathe, et les Ucciani. D'une part parce que ce sont nos amis, mais aussi parce que papa et Ghjulia ont continué leur relation. C'est un peu plus compliqué pour eux deux, car leurs vies professionnelles font qu'ils ne peuvent se voir aussi souvent qu'ils le souhaiteraient, et la distance joue un peu en leur défaveur, mais ils semblent avoir trouvé une forme d'équilibre.
En ce qui concerne ma puce et moi, nous sommes retournées à la fac. L'année a été chargée. Nous avons beaucoup travaillé, mais avec l'instant que nous vivons en ce moment même comme horizon à atteindre, nous étions immensément motivées.
Il n'y avait plus aucun intérêt pour nous de louer deux appartements séparés. Emma a donc rendu le sien, et est venue s'installer dans le mien. L'endroit est un peu exigu, mais elle ne prend pas beaucoup de place. Nous avons un peu appréhendé, au début : est-ce que nous allions nous entendre aussi bien dans une vie commune perpétuelle ? La réponse fut rapide : oui, absolument !
Parfois, néanmoins, les craintes de mon Adorée remontaient à la surface, et elle me demandait avec une véritable inquiétude dans la voix : « tu veux toujours ? » ou « Tu ne vas pas regretter ton choix ?
Et invariablement, ma réponse se limitait à un sourire rassurant et un baiser.
Nous devons également à notre vie commune un épanouissement qui a débordé dans notre vie quotidienne : nous avons désormais de nouveaux amis rencontrés à la fac. Ils sont différents de nous, et différents les uns des autres, mais ils ont tous en commun une personnalité marquante et un caractère bienveillant qui fait qu'on se sent en confiance avec eux. Quatre d'entre eux sont ici aujourd'hui, en train de prendre place sur des sièges, en plus d' Agathe, Anthony, Maria-Stella, sans oublier la mère de ces deux derniers.
Il y a donc en plus, les deux metalleux : Léa qui se présente systématiquement en disant qu'elle s'appelle « Léa Fischer avec un « C », pas comme dans Corpsegrinder ». Personne n'a jamais compris ce que c'était censé vouloir dire. Du haut de ses 1m90 et son look très atypique, elle passe rarement inaperçue. Elle joue de la basse dans un groupe, en compagnie d'un autre gars qui est aussi devenu notre ami : Oscar « Scar » Garcia, son guitariste, le type à cheveux longs classique. Ensemble, ils jouent dans un groupe appelé Pühtrefaktor. Ils nous ont invitées à une de leur répet', un jour. Notre opinion sur la question est sans appel : plus jamais ça ! Autant on les aime eux, autant ce qu'ils font...
Dans le genre tout à fait opposé, nous nous sommes rapprochées de Jordan Duquesne, un garçon qui se lance dans tout un tas d'expériences artistiques diverses, telles que la peinture ou le théâtre. Il avait d'abord attiré notre attention, car il était sujet à diverses moqueries du fait de sa jambe boiteuse et de son bras ballant, conséquences d'un accident de la route quand il était enfant. Quand on me connaît, pas besoin d'être Sherlock pour deviner que ceux qui s'en sont pris à lui s'en sont mordus les doigts. En ce moment, il tente de former un collectif de rap : le Skrew Looz Krew. C'est Emma qui lui a trouvé son nom de scène. Il désespérait de trouver quelque chose qui sonnait bien. Elle a proposé L.K.C. Parce que ça fait « aile cassée » et ça lui correspond bien.
Enfin, le tableau ne serait pas complet sans mentionner Samira Elkebir, dite -Sama (oui, le trait d'union fait partie du surnom), facétieusement auto-proclamée « l'otaku du bled » bien qu'elle n'ait jamais mis les pieds dans aucun « bled ». Elle est la seule étudiante de 20 ans à déambuler sur un campus parfaitement à l'aise avec un bandeau de Konoha en guise de serre-tête ou avec le chapeau de paille de Luffy sur la tête. Son rêve, c'est de nous traîner à une convention manga. On l'a invitée à notre mariage. On a qu'à dire que c'est un autre genre de convention.
En décembre dernier, un événement inattendu s'est produit : Emma et moi parcourions le marché de noël de la ville, lorsqu'à notre plus grande surprise, nous sommes tombées nez à nez avec notre vieille ennemie que je croyais disparue à jamais : Lucia Damasi.
Nous nous sommes figées nettes, face à face, nos yeux lançant des éclairs de haine.
Et puis... Contre toute attente, elle a baissé le regard, ses pommettes rosissant légèrement. Étonnée par cette reddition si soudaine qui ne lui ressemble pas, j'ai re-focalisé ma vision, et ai réalisé qu'une grande fille athlétique à la peau sombre lui passait le bras autour des épaules, tout sourire. A les voir, ce n'était pas qu'une vague connaissance.
Lorsqu'elle a relevé la tête, toute haine avait disparu de ses yeux. Elle m'a fixé une seconde, m'a adressé un infime signe de tête accompagné d'une ébauche de sourire. Je lui ai répondu de la même manière. Puis elles ont passé leur chemin.
On s'est regardées avec Emma. Elle a juste dit :
— Bin, ça alors... J'aurai jamais pensé qu'elle aussi...
J'ai hoché la tête en silence, toujours en les suivant du regard. Et j'ai réalisé : je crois qu'on ne se hait plus. Pas parce qu'elle est « des nôtres », mais parce que la vie a accompli son œuvre. Nous avons suivi nos propres chemins, vécu nos propres expériences. Pour la première fois, nous nous sommes vues comme deux êtres humains adultes et non pas comme deux gamines immatures qui se détestent plus par habitude qu'autre chose. On n'est pas devenues copines, comme ça, en un claquement de doigts. On le sera sans doute jamais. Et même si j'ai encore en travers de la gorge tout un tas de crasses qu'elle a faites à ma bien-aimée, je crois que dans le fond, je suis prête à enterrer la hache de guerre. Alors qu'elle tourne à l'angle d'une rue, je me prends à lui souhaiter sincèrement le meilleur.
Enfin, l'année universitaire s'est terminée, et avec elle, un cycle de vie : notre travail consciencieux a porté ses fruits. Nous avons décroché notre licence d'anglais avec les honneurs. L'avenir nous est ouvert à bien des opportunités, mais pour le temps présent, notre esprit est libre de célébrer le plus beau moment de notre vie.
— Madame Laure Marie Camille Lamarne, consentez-vous à prendre pour épouse madame Emma Louise Marieke Van Loew, ici présente?
La question du maire me rappelle à la réalité.
— Oui, j'y consens !
Même si intérieurement, je suis toute tremblante, je réponds avec une assurance qui ne laisse pas la moindre place au doute.
— Madame Emma Louise Marieke Van Loew, consentez-vous à prendre pour épouse madame Laure Marie Camille Lamarne ici présente ?
— Oui !
Sa voix est plus tremblante. On peut sentir l'émotion qui grandit. Nous savons pertinemment que dans quelques secondes ou minutes, elle nous submergera et que nous finirons en larmes, mais nous tentons tout de même de faire bonne figure, le temps de la cérémonie officielle.
— Je vous déclare unies par les liens du mariage.
Ça y est ! C'est fait. Je suis sa famille. Elle est la mienne. C'est officiel. Mon dieu que ça valait le coup de passer par tout ça. Ça me fait tellement bizarre de pouvoir dire ça : je suis mariée.
Les applaudissements se mettent à résonner dans la grande salle. Puis encore plus fort, lorsque nous nous rapprochons pour celer notre union de notre tout premier baiser d'épouses.
Le maire nous invite à venir signer le registre, suivies de nos témoins.
Nous avons fait le choix de prendre deux témoins : un garçon et une fille pour chacune d'entre nous.
Pour moi, c'est Sté' et Scar. Emma, elle, a choisi Agathe et L.K.C. Elle aurait vraiment voulu prendre Antò, mais la majorité de ce dernier n'étant pas encore atteinte, ce ne fut pas possible.
Ce dernier, d'ailleurs, se tient droit comme un i et fier comme un pape. Il est élégamment vêtu. C'est presque lui le plus classe de l'assemblée. Du moins, il aurait pu l'être, si après les signatures de rigueur, il ne s'était pas mis à brailler :
— Un discours !
J'ai la naïveté de croire une seconde que son éclat de voix va se perdre dans le vide, mais il trouve malheureusement un écho chez Agathe qui surenchérit :
— Oh, oui ! Un discours ! Un discours !
Je soupire, réfléchis un instant, jette un œil en direction de ma comp... de mon épouse, qui n'a pas l'air plus emballée que moi à cette idée.
— Allez, Laure ! Lance-toi !
C'est Ghjulia qui vient de lancer ça comme ça. Bon... Alors, je me lance puisque j'ai pas le choix :
— Soyez indulgents, j'ai rien écrit à l'avance. Emma, je t'ai déjà tout dit, et je t'en dirai sans doute encore, mais pour cette fois, ce n'est pas à toi que je vais m'adresser. C'est à vous tous, qui êtes présents. Je tiens sincèrement à vous remercier d'avoir répondu à notre appel. Merci d'être venus le temps d'une journée partager notre bonheur. Mais au-delà du bonheur, c'est un autre sentiment qui m'étreint ; la fierté. La fierté de vivre un amour aussi fort, d'avoir pu le concrétiser en dépit des embûches et des épreuves que nous avons traversées. Mais aussi la fierté de vous avoir vous tous ici et maintenant, vous qui avez accepté d'être les témoins de cet amour qui nous unit. Aucun de vous n'est là par hasard. Vous avez tous eu un rôle important à jouer dans notre histoire, et je vous en remercie du fond du cœur. Je suis fière de moi pour être ici en cet instant. Je suis fier de toi, Emma, pour tout ce que tu m'apportes, et je suis fier de chacun d'entre vous qui nous avez soutenu. Merci. Et je vous aime. Pas autant que j'aime Emma, mais quand même un peu.
Une nouvelle salve d'applaudissements et de bravos retentit. Une fois calmée, la voix de la gigantesque Léa qui a l'air de venir d'un mètre plus haut que tout le monde se fait entendre :
— A toi, Emma !
Je vois sa timidité prendre le dessus et son visage virer rouge cramoisi, pendant que sa main glisse dans la manche de sa robe pour en extirper une feuille de papier.
— Moi, en revanche, j'avais prévu un petit quelque chose, avoue-t-elle en dépliant sa feuille.
Lorsqu'elle lit les premiers mots, le choc me revient en pleine figure. Je les reconnais, ces mots. Je les avais complètement oubliés, mais en les entendant, ils me reviennent en mémoire : les mots qu'elle lit, c'est le poème. Le poème qu'elle avait commencé à écrire sur la plage, l'année dernière. Elle me l'avait fait lire, mais il n'était pas terminé. Je croyais sincèrement qu'elle avait complètement oublié cette affaire et qu'elle était passée à autre chose, mais non. Elle a continué. Elle l'a terminé. Et elle est en train de me le lire :
— Dans mon ciel où brillent des reflets d'émeraude,
Mon âme est apaisée car tu es près de moi
Pour protéger mon cœur des périls qui rôdent.
Et le monde me semble être un plus bel endroit.
Il n'y a plus de larmes quand tu me souris
Dans mon sommeil, les rêves se font plus plaisants
Éclat stellaire qui illumine ma vie,
Ta main dans la mienne me mène au firmament.
Mon monde commence et finit auprès de toi.
Et c'est entre tes bras que je remets ma foi.
Imprégnée d'amour et loin du chaos.
Je m'enveloppe des espoirs qu'en moi tu sèmes.
La vérité tient en trois simples petits mots
Que je crie à la face du monde : je t'aime.
Une nouvelle fois, le public applaudit à tout rompre. Moi, je n'y connais rien en poésie. Le peu de connaissances que j'ai dans cet art, c'est ce que j'en ai appris dans mes études. Je n'ai pas la moindre idée de si ce texte est bien écrit ou non, mais ce sont ses mots. Ils viennent d'elle et ils sont pour moi. Et je suis émue au plus profond de mon âme.
Je sens les larmes qui se mettent à couler de manière intarissable. Et sous les bravos et les « vive les mariées », mes yeux se transforment en chutes du Niagara.
Il me faut cinq bonnes minutes pour réussir à reprendre le dessus. J'essaie de m'en tirer en prenant un ton détaché :
— Bon... C'est fini ? Chacun rentre chez soi ou on va se boire un coup avant d'aller se coucher ?
Tout le monde éclate de rire.
Je prends Emma par la main. Nous nous engageons dans l'allée centrale, en direction de la sortie.
La vive lumière du jour passe à travers la porte grande ouverte. De l'autre côté, le monde, la vie, l'inconnu.
Qui sait ce qui se passera une fois que nous aurons franchi le seuil ? Il y aura des moments heureux, d'autres plus difficiles. Nous nous aimerons. Nous nous disputerons sans doute parfois. Nous rirons, nous pleurerons. Le grand mystère demeure : dans quelles proportions ? Aucune idée. Mais je suis avec elle et elle est avec moi. Je suis sa famille. Elle fait partie de la mienne. Je suis sereine. Où que nous allions, nous avancerons.
Ensemble !
Mais avant cela... Tout le monde va se retrouver à la maison. Nous allons boire, manger, danser et rire le plus longtemps possible afin que tout le monde partage un peu de notre joie. Et juste après cela, j'offrirai au Grand Amour de ma vie quelque chose de bien plus terre à terre : Une nuit de noces qu'elle ne sera pas près d'oublier...
EPILOGUE 1 : Emma Van Loew-Lamarne.
Tout sourire, Emma était blottie dans les bras de Laure, bercée par la douce musique diffusée dans le jardin de la maison Lamarne. Les deux jeunes épouses venaient d'initier la première danse, suivie par une partie des convives. Elle avait peine à croire que tout cela était réel. A peine deux ans plus tôt, elle était persuadée qu'elle terminerait sa vie seule, abandonnée de tous, incapable de susciter le moindre intérêt dans l'esprit de quiconque. Laure lui avait prouvé qu'elle était complètement dans le faux. Il y a un an, elle avait commencé à douter, persuadée que tout le monde était comme ses parents : au mieux, ils étaient absents, au pire, ils la rejetteraient carrément. Elle avait eu si peur. Si peur que celle qu'elle aimait soit comme eux. Mais là encore, Laure lui avait prouvé qu'elle était dans le faux. Elle qui se voyait condamnée à finir seule était maintenant mariée. Elle considérait son beau-père avec bien plus d'égards que ses propres géniteurs. Cerise sur le gâteau, elle avait même plus d'amis qu'elle n'en avait jamais eu dans sa vie entière... Un avenir radieux se dessinait devant elle. Tout allait bien...
EPILOGUE 2 : Anne-Gaëlle Le Guennec
Anne-Gaëlle était en retard pour rejoindre son nouveau petit ami. Pour gagner du temps, elle décida de couper par un raccourci qu'elle connaissait. Ses pas la menèrent devant la mairie. Sur le parvis, elle nota de l'animation : il y avait quelques personnes qui semblaient se réjouir. Apparemment, on y célébrait un mariage. Elle jeta un œil par curiosité. C'était deux filles. Décidément ! Il n'y avait plus que ça partout, de nos jours ! Elle se rapprocha néanmoins. Elles avaient l'air d'avoir à peu près son âge. Comme elle se targuait de connaître tous les gens de la ville dans sa tranche d' âge, elle voulut savoir si elle les connaissait ou pas. L'une d'entre elle était une petite rouquine très fine et très pâle. Inconnue au bataillon. Elle n'était pas d'ici. Elle avait un physique suffisamment reconnaissable. Si elle l'avait déjà vue auparavant, elle s'en souviendrait. Elle se focalisa sur l'autre, la brune plutôt jolie. Elle fronça les sourcils. Elle, en revanche, il lui semblait qu'elle l'avait déjà vue quelque part. Elle réfléchit un instant. Où aurait-elle bien pu la rencontrer ? Elle scanna mentalement toute sa base de données à la recherche d'un souvenir. Elle ne le trouva pas. Quelqu'un issu de son passé, peut-être ? Impossible de la remettre. Elle haussa les épaules, et passa son chemin. Ça n'avait aucune importance. Elle avait à peine tourné à l'angle de la rue qu'elle avait déjà oublié cette scène... A tout jamais.
EPILOGUE 3 : Richard Lamarne
Un verre de champagne dans une main, la taille de Ghjulia Ucciani dans l'autre, Richard avait les yeux brillants d'émotion. Il s'en était posé des questions ! Avait-il été un bon père ? Il avait élevé sa fille seul. Il avait vu le chagrin prendre le dessus. Il se blâmait souvent de ne pas en avoir assez fait, de ne pas avoir été assez présent. Il avait peur qu'un jour sa fille lui reproche ses erreurs, elle qui était devenue si solitaire avec le temps. Pourtant, là, maintenant, il était fier. Voilà que sa fille était mariée. Pour être franc, lorsqu'il s'imaginait le mariage de Laure, spontanément, il ne l'imaginait pas avec une autre fille, mais qu'importe. Laure avait repris goût à la vie. Elle était heureuse avec Emma qui, elle-même était un vraie petit ange. Elles avaient réussi leurs études, et la suite s'annonçait plutôt pas mal pour elles. Mieux, Laure ne semblait pas lui tenir rigueur de quoi que ce soit, et ils s'entendaient à merveille. Il ne savait pas s'il avait été un bon père, mais il avait fait de son mieux et ça avait l'air de payer. Il se tourna vers sa compagne. Il lui sourit. Elle lui sourit en retour. Il serait toujours là pour les filles, mais maintenant qu'elle commençait à voler de leurs propres ailes, il pouvait commencer à envisager de prendre un peu de temps pour lui. Tout n'allait pas si mal...
EPILOGUE 4 : Thierry Van Loew
— Annick ! Viens voir !
Moins d'une minute plus tard, Annick Van Loew entra dans le spacieux bureau de son mari.
— Qu'est-ce qu'il y a, chéri ?
Il se redressa dans son fauteuil et déclara avec emphase :
— Je viens de recevoir un mail de notre fille.
— Ah, tiens ! C'est pas trop tôt ! Qu'est-ce qu'elle raconte, alors ?
Thierry Van Loew ne répondit pas. Il se contenta de faire un mouvement circulaire de l'index pour indiquer à sa femme de venir le rejoindre à ses côtés. Celle-ci s'exécuta, se posta derrière lui, penchée en avant pour avoir une vue imprenable sur l'écran de l'ordinateur.
Il cliqua sur le message qui apparut. Il ne contenait qu'une seule brève ligne :
« Cordialement, Emma Lamarne. »
Annick Van Loew fit un geste d'incompréhension. Elle se tourna vers son mari et demanda :
- « Lamarne » ? C'est pas le nom de cette pimbêche hystérique qui lui a mis le grappin dessus ?
Thierry opina du chef. Son épouse poursuivit :
— Et... ? C'est censé vouloir dire quelque chose ?
Il opina de nouveau. D'un mouvement de souris, il cliqua sur la pièce jointe qui accompagnait le message laconique.
Une image s'afficha.
Annick Van Loew fut sidérée de voir apparaître sous ses yeux un faire-part de mariage aux couleurs pastel.
Quelques mots imprimés avec une police d'écriture de style calligraphique indiquait :
« Laure et Emma vont se dire oui pour la vie. Leur union aura lieu le [un bandeau noir ajouté après coup masque la date], à [un deuxième bandeau noir masque l'heure], à la mairie de [un dernier masque le nom de la ville]. »
Annick en resta bouche bée.
— Mon dieu ! Dis-moi que c'est une blague ! Mais est-ce qu'elle a pensé à nous ? Qu'est-ce qu'on va dire à nos amis et nos collègues ? Pour quoi on va passer maintenant?
Son mari fit une moue dégoûtée.
— J'ai pas l'intention de m'en vanter auprès de quiconque, figure-toi !
Annick se plongea dans ses pensées un moment, puis les exprima à haute voix :
— Pourquoi elle nous fait ça ? On dirait qu'elle essaie de nous punir de quelque chose !
Il leva les bras en signe d'impuissance.
— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est la génération d'aujourd'hui. Ils n'ont plus de respect pour rien ni pour personne. Un jour, la vie réelle viendra se rappeler à elle, et elle viendra gratter à la porte, mais ce sera trop tard. Elle a fait ses choix. Elle n'a qu'a les assumer. Moi, je m'en lave les mains ! On a été assez patients comme ça. On a essayé de comprendre. Finalement, il n'y a rien à comprendre. C'est triste, mais nous avons engendré une fille indigne.
Son épouse abonda dans son sens :
— Quelle ingratitude ! Après tout ce qu'on a fait pour elle ! Un jour, elle devra bien se rendre compte de sa chance d'avoir des parents comme nous...
« Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love. »
(Leonard Cohen : « Dance me to the end of love »)
FIN.
[NDLA : merci à celles et ceux qui ont pris le temps de lire cette petite histoire et, le cas échéant, de l'apprécier et, le cas échéant, de me le faire savoir. :) )
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Branleur is my name !! :D
J'ai un truc sur le feu (enfin, sous la plume, enfin sous le clavier), mais je suis pas dans la tranquillité d'esprit nécessaire pour m'y atteler sérieusement.... Alors, j'attends un peu.....
On verra ce qu'il en sera... (Mais ce sera un autre délire..... )
Si je n'étais pas Izno Le Magnanime, ce serait une punition pour cette insolence caractérisée ! 😤
@Semyaza est un bon gars au fond, un peu feignasse du côté de la plume/clavier mais gentil. 😇
On essaye de l'encourager à s'y mettre 🥵 tout un truc car il ménage ses effets, ce taquin ! 😈
Bon, je suis brave, je passe l'éponge pour cette fois @Monplaisir71 😂
La brève rencontre avec Lucia et le visible apaisement mutuel est aussi un beau message de pardon ; dans une hypothétique suite, je les verrai bien se recroiser et retrouver leur amitié antérieure.
Quant aux parents (méritent-ils ce vocable ?) d'Emma, mon immense regret est de partager le prénom de son père ... j'espère bien que c'est le seul point commun que nous avons lui et moi.
Merci encore pour les bons moments que vous avez su nous procurer.
PS : J'ai aussi beaucoup souri/ri à la lecture de vos échanges régulier avec @Iznogood ; ils mériteraient presque d'être une histoire à part entière.
N'hésitez pas à aller jeter un oeil à la suite... enfin, la "préquelle", plutôt....
Pas de suite prévue pour le moment, mais une autre histoire (avec une autre ambiance) dans les tuyaux... on verra ça un peu plus tard, quand j'aurai plus de temps pour m'y consacrer.... ;)
C'était plus ou moins suggéré dans le dernier chapitre "bonus" de la précédente histoire.....
.... Pour les détails, ma foi...... Je crains qu'on ne puisse que tenter de s'imaginer la chose..... :)
Et vivement une prochaine histoire =D =D
Tout le plaisir fut pour moi :)
Continuez car c'est très plaisant, très agréable.
Mais si je continue, ce sera probablement dans un autre domaine qui n'aura pas sa place ici.... Enfin.... Qui sait.... Pour l'instant, je n'ai rien de prévu.....
Mais je pense en avoir finir avec leur histoire. J'ai envie de les laisser vivre heureuses sans les "torturer" plus... :D
Donc a priori, il n'y aura pas de suite....
(Ceci dit, j'ai déjà dit ça à la fin de la première histoire.....)
Au plaisir ;)
Alors, merci.
Tout simplement.
Edit : Emma peut désormais utiliser TOUTES ses tasses à café ☕️🫠