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✦ Semyaza Inseme XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Inseme — Chapitre 3 · Nouvelles amitiés

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Semyaza
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Inseme

Chapitre 3 · Nouvelles amitiés

« Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites-donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l'amour
Règne l'amour
Jusqu'à la fin des jours. »
(Bourvil : La Tendresse)
Assise dos à la mer, face à mon père, je soupire d'aise. Le petit courant d'air frais me rafraîchit juste ce qu'il faut l'extérieur, alors que la première gorgée de café brûlant me réchauffe l'intérieur. La dépositaire de mon cœur dort encore.
A mi-voix, pour ne pas faire de bruit, papa et moi discutons de ce que nous comptons faire de notre journée. Au loin, nous apercevons une vieille tour génoise que nous pourrions visiter. Nous en avions un peu discuté avec Ghjulia, lors de sa première venue. Elle nous avait expliqué qu'on pouvait se rendre en voiture jusqu'à un sentier qui serpente à travers le maquis et qu'à partir de là, il fallait marcher jusqu'à la tour. C'était une promenade un peu longue, mais pas trop difficile d'accès si on avait des chaussures fermées.
Tour en parlant, j'entraperçois une ombre. Emma apparaît derrière papa. C'est mon deuxième lever de soleil. Je ne sais pas comment elle fait pour être toujours aussi belle, même au saut du lit, avec sa tignasse encore emmêlée et les yeux qui peinent à s'ouvrir complètement. Elle ne porte qu'un t-shirt informe et beaucoup trop long pour elle. Je le reconnais : il est à moi. C'est celui que je portais hier soir. Elle fait ça parfois. Elle aime porter mes fringues de la veille, de temps en temps. Au début, j'avais un peu de mal à comprendre. Je trouvais ça bizarre qu'elle aime porter mes vieilles fringues qui puent. Mais elle avait insisté sur le fait que c'était pas « des vieilles fringues qui puent », juste des fringues qui conservaient un peu de mon odeur et que ça la rassurait, que c'était comme si elle avait un peu de moi avec elle. L'argument massue qui m'avait fait comprendre son point de vue, ça avait été quand elle avait fait une analogie avec une photo qu'on conserverait sur soi, pour toujours avoir la personne aimée à portée de vue. Là, c'était exactement pareil. Simplement, c'était pas le même sens qui était mis à contribution.
Tout en s'approchant à pas de loups de la terrasse, elle pose un doigt sur sa bouche pour me signaler de ne pas trahir sa présence. J'obéis. Faisant comme si elle n'était pas là, je reprends une gorgée de café.
Un pas après l'autre, elle s'approche, s'approche, et...
— Bonjour, Emma ! Bien dormi ? Demande papa sans prendre la peine de se retourner.
— Rhaaa ! Laisse-t-elle échapper, dans un râle de frustration exagérée, largement compensé par un grand sourire amusé. Comment tu savais que j'étais là ?
Papa rétorque avec un petit sourire amusé :
— Je vois tout. Je sais tout. Tu ne peux te dérober à mon omniscience !
Elle contourne la table, vient s'asseoir à côté de moi, non sans avoir préalablement déposé sur mes lèvres un petit baiser en guise de salutations. Je vois mon père détourner prestement le regard. Il a beau être parfaitement favorable à notre relation, je reste toujours sa fille chérie. Malgré les mots ou les petites vannes qu'il nous envoie ça et là, je sais que dans le fond, il a encore un peu de mal à s'imaginer réellement que je puisse me livrer à des activités d'adulte, quelles qu'elles soient. Et les démonstrations publiques d'affection en font partie. Je ne veux pas qu'il se sente gêné, mais je ne veux certainement pas priver mon amoureuse de son petit bonjour du matin pour autant.
Pendant qu'Emma nous rejoint dans notre consommation de café et de canistrelli (C'est sec comme le Sahara et dur comme du granit, ces machins, mais ça devient vite addictif, l'air de rien), la question du programme de la journée est abordée.
Il est décidé qu'en matinée, nous irons nous balader vers la vieille tour. Nous rentrerons vers midi, puis repos jusqu'à 15h30 ou 16h avant d'aller à la plage tous ensemble. Nous devrons rentrer plus tôt que la veille pour nous préparer, puisque vers 19h30, nous sommes invités chez les Ucciani.
Et c'est ainsi que la journée se passe.
La promenade nous ravit. Tout est beau, sauvage, presque irréel. Les appareils photo de nos smartphones sont soumis à un usage intensif. La rencontre avec des cochons livrés à eux-mêmes, errant au milieu de la route devient le point d'orgue de la matinée.
L'après-midi, papa nous rejoint au bord de la mer, après avoir fait un tour au supermarché du coin pour acheter du vin, afin de ne pas arriver les mains vides, ce soir.
Nous ne croisons pas Maria-Stella et Anthony. Ils ont dû rester à la maison pour aider à la réception de ce soir.
Nous remarquons qu'il y a assez peu de monde sur la plage, et que la population est principalement composée de personnes d'un certain âge, probablement des retraités, ou des familles avec des enfants en bas âge. A l'exception d'un blondinet aux cheveux mi-longs et de de la brunette rondelette qui l'accompagne, on ne trouve guère de gens de notre âge : ils sont sans doute dans des lieux plus animés, près des boîtes de nuit des endroits plus touristiques.
Nous restons sur place moins longtemps que la veille, car vers 18h30, nous devons rentrer nous préparer pour notre invitation.
C'est Mathéa qui nous ouvre lorsque nous venons sonner à leur porte. Elle nous accueille chaleureusement, en conservant toujours cette étrange inexpressivité faciale qui la rend si déconcertante.
Une fois à l'intérieur, nous sommes invités à prendre place à la table. Mathéa trône en bout, à la fois en reine de la demeure et en hôte de maison qui va et vient pour être certaine que tout se déroule au mieux pour tout le monde.
Papa et Ghjulia se font face, et semblent être devenus les meilleurs amis du monde, sous le regard intrigué d'Emma, qui semble remuer à toute vitesse des pensées qui me sont inaccessibles pour l'instant.
Quant au reste de la tablée, elle est occupée par les quatre jeunes restants : Emma, Maria-Stella, Anthony et moi. Le dîner se passe dans une bonne humeur communicative et une grande convivialité. Mathéa fait le service, voulant absolument nourrir ma frêle compagne jusqu'à l'écœurement. « Elle est si menue ». « Elle a besoin de manger ». A croire qu'elle pense qu'on la prive. Emma supplie en riant qu'on cesse de la gaver comme une oie.
Il se dégage de cette soirée une chaleur humaine rare. Par instants, Emma et moi nous jetons de petits coups d'œil entendus. Nous n'avons pas besoin de nous parler car nous savons instinctivement ce que l'autre pense : nous sommes au sein d'une famille assemblée, unie et aimante. Ça a pour nous quelque chose de nouveau, comme une saveur d'inconnu. Pas que mon père ne soit pas aimant, mais... Eh bien... En terme de famille, je n'ai jamais eu que lui. Je n'ai jamais connu ma mère, et je n'ai pas d'autre famille. Emma, en ce qui la concerne, a bien ses deux parents, mais s'ils n'existaient pas, je n'ai pas l'impression que ça ferait une énorme différence.
Alors oui, au cours de cette assemblée, nous réalisons la chance qu'ont nos nouveaux amis de vivre ce que nous n'avons jamais véritablement connu. Ce n'est pas de la jalousie, bien au contraire, nous sommes extrêmement reconnaissantes d'être autorisées à en faire un petit peu partie, le temps d'une soirée.
Pourtant, entre les conversations passionnées et les rires qui fusent, j'aperçois mon aimée qui se saisit machinalement de son portable, porte son attention un instant sur l'écran qui défile, avant de le remettre dans sa poche comme si de rien n'était. Lorsqu'elle reporte son attention sur nous, elle a imperceptiblement changé.
Une nouvelle fois, comme je l'ai déjà observé préalablement, la lueur dans son regard semble s'être ternie et son sourire paraît plus forcé. Personne ne semble noter la différence subtile. Moi, si.
Je l'interroge du regard, mais elle ne semble pas le remarquer, prise qu'elle est dans une conversation avec Antò. Elle lui raconte que nous avons croisé des cochons en liberté lors de notre balade du matin. Celui-ci avec la naïveté surréaliste qui le caractérise demande avec un sérieux inébranlable si c'était la première fois de sa vie qu'elle voyait un cochon.
La soirée se termine finalement. Nous avons le ventre plein, et le cœur empli de reconnaissance pour nos hôtes. Sté' et Antò nous promettent que demain après-midi, ils descendront à la plage et que nous nous y retrouverons.
Papa, lui, a du mal à prendre congé. Sa conversation avec Ghjulia semble inarrêtable.
Il est près de minuit, lorsque ma chérie vient se blottir dans mes bras pour la nuit.
Je ne puis m'empêcher de lui demander :
— Tout va bien ?
Elle se retourne, pour me fixer de ses grands yeux pâles, comme si j'avais dit quelque chose de stupide :
— Bah, oui, pourquoi ?
— Je sais pas. T'es sûre que tout va bien ?
— T'es près de moi ?
— Toujours !
— Alors, qu'est-ce qui pourrait ne pas aller bien ? Conclut-elle en me déposant un baiser sonore sur la joue, avant de se tortiller pour mieux se caler contre moi.
Bonne question. C'est justement ce que je me demande. Qu'est-ce qui pourrait ne pas aller bien ?
Je mets un certain temps à trouver le sommeil. Cette question me hante, par instants. Et je ne suis toujours pas certaine de savoir s'il est légitime que je me la pose, ou si je ne fais que laisser libre cours à une parano hors de propos.
Le lendemain, je réalise qu'une sorte de régularité s'installe. Papa se lève en premier. Je me lève un peu plus tard, pendant que ma douce termine sa nuit. Peu de temps après, celle-ci nous rejoint. Comme la veille, elle se faufile discrètement pour tenter de prendre mon père par surprise. Comme la veille, celui-ci remarque sa présence, alors qu'elle n'a même pas encore mis un pied sur la terrasse, et la gratifie de salutations enjouées, sans même se retourner. Et comme la vieille, Emma fait semblant d'être agacée d'avoir été repérée si aisément à distance.
Suivant les conseils que Ghjulia avait donnés à mon père hier soir, nous décidons de consacrer la matinée à la visite d'Ajaccio, à une bonne demi-heure de route.
Nous nous garons près du port, traversons la place Abbatucci, ou quelques vieux assis sur des murets bavardent en observant mollement le monde qui se déroule devant eux. De là, nous flânons dans la rue Fesch. Nous nous séparons un moment pour faire du lèche-vitrine chacun de notre côté. Emma entre dans une librairie pour se renflouer en lecture estivale. Moi, je tombe sur une bijouterie qui se spécialise dans le corail. Une bague en argent sertie d'un joli petit cœur en corail rouge vif attire particulièrement mon attention. J'entre...
Quelques dizaines de minutes plus tard, nous nous retrouvons tous les trois sur la place « des palmiers » dont personne ne se souvient jamais du vrai nom.
Nous poursuivons notre visite de la ville. La place du Diamant, la Citadelle, puis traversons le port de plaisance, nous extasiant sur les bateaux amarrés de gens qui semblent bien plus fortunés que nous.
Vers midi, nous nous arrêtons pour manger une salade dans une petite gargotte attrape-touriste du port. La qualité n'est pas scandaleuse, mais pas inoubliable, non plus.
Je m'éclipse un instant pour subvenir à un besoin naturel. A mon retour, je me fige : l'expression de mon amoureuse est à nouveau teintée de cette ombre à peine perceptible.
Je demande une nouvelle fois :
— Tout va bien ?
— Nickel ! Répond-elle en m'offrant un sourire rassurant.
Sauf que son sourire cherche tellement à être rassurant qu'il ne l'est en fait absolument pas, et me voilà de nouveau inquiète, à cogiter à toute vitesse.
Nous avons bâti notre relation sur la confiance. Nous ne nous sommes jamais fait de cachotteries. On a l'habitude de ne pas s'interroger sur nos états d'âme respectifs. On se confie l'une à l'autre spontanément, sans avoir à se le demander. Du moins, d'habitude. Le fait que je sente qu'elle ne le fait pas, alors que visiblement, il semble y avoir quelque chose qui l'affecte de quelque manière, ça m'angoisse. Mais, c'est aussi mon caractère : je ne suis pas du genre à vouloir forcer à quoi que ce soit, si elle n'en éprouve pas l'envie.
Aux alentours de 13h, nous quittons le restaurant pour retourner à la voiture. Sur le chemin, elle me prend discrètement la main et serre mes doigts plus fort que d'habitude. Il est évident qu'elle cherche tacitement une forme de réconfort. Je ne demande rien. Je me contente d'être là pour elle.
Le temps d'une petite sieste, une fois notre retour à la maison effectué, nous décidons qu'il est grand temps d'aller profiter du sable et de l'eau.
Je préviens mon père :
— On va y aller. Tu viens avec nous ?
— Allez-y, je descends un peu plus tard
Emma anticipe ma question :
— Mais tu comptes quand même descendre, aujourd'hui ?
Il opine du chef avec conviction.
— Oui, oui ! Absolument. Enfin, sauf si je me retrouve embarqué à devoir faire du carrelage ou de la plomberie pour la patronne, mais sinon, je compte bien faire trempette. D'ici une heure, environ, je pense...
Nous commençons à prendre nos repères sur le chemin : le bar de Toussaint sur la gauche, puis le restaurant L'Alivu (Spécialités locales), un peu plus loin sur notre droite. Le chemin qui part à angle droit, à une centaine de mètres de là sur notre gauche conduisant à la plage, et nous y sommes.
Nous nous installons au même endroit qu'hier, un peu isolées, non sans être passées devant la fille un peu rondelette que nous avions aperçue la veille, et le garçon blond aux cheveux mi-longs qui l'accompagne, dont je crois sentir le regard qui nous suit.
Une fois en place, nous nous lançons à nouveau dans un atelier « tartinage de crème solaire », mais cette fois, je me garde bien de me livrer à toute forme d'humour, surtout que mon amoureuse semble avoir retrouvé sa « lumière » habituelle.
— Tiens, regarde qui voilà ! Me lance-t-elle soudain en pointant du doigt la direction d'où nous sommes arrivées.
Je suis la ligne imaginaire lancée par son index. Deux silhouettes d'abord indistinctes apparaissent dans mon champ de vision : ce sont Sté' et Antò qui approchent.
Je pense d'abord qu'ils vont nous rejoindre, mais je les vois s'arrêter au niveau du beau blond et son amie. Ils discutent entre eux un instant. Je vois Sté' faire de grands gestes, indiquant notre direction. Le garçon et la fille rondouillarde semblent acquiescer. D'un bond, ils se lèvent, se saisissent de leurs affaires, et le groupe désormais constitué de quatre personnes se dirige vers nous.
L'instant d'après, nous nous tombons dans les bras, avec Antò et Sté', cette dernière se chargeant des présentations :
— Laure et Emma : Agathe et Clément. Agathe et Clément : Laure et Emma.
La dénommée Agathe nous salue la première, nous faisant la bise à chacune. Spontanément, le courant passe bien avec elle. Elle est d'une humeur perpétuellement enjouée et souriante. Elle a ce pouvoir relativement rare chez les gens qui fait que bien qu'on ne l'ait jamais vue auparavant, on a immédiatement le sentiment de retrouver une vieille amie de toujours.
Le beau Clément nous salue ensuite.
— Salut ! Lance-t-il à Emma en lui faisant la bise.
Il s'en détourne rapidement pour venir vers moi :
— Salut. Laure, c'est ça ? Enchanté ! Moi, c'est Clément.
Lui aussi a le sourire rivé aux lèvres. Il est en représentation permanente. Il parvient à rendre la plus banale des situations en un one man show hilarant. Dès qu'il ouvre le bec, c'est pour nous faire hurler de rire.
Sans forcer, notre groupe de six devient un groupe d'amis qui bavardent et rient ensemble naturellement et spontanément.
Agathe veut tout savoir de nous : ce que nous faisons dans la vie, comment nous nous sommes rencontrées, ce que nous aimons ou pas.
Je lui parle volontiers de notre licence d'anglais à la fac, de comment cette grosse conne de Lucia avait attaqué Emma sans raison et avait été involontairement l'élément déclencheur de notre rencontre.
Emma, elle se livre à un historique détaillé de toutes nos altercations avec notre vieille ennemie.
Comme d'habitude, nous faisons le choix de taire la nature des liens qui nous unissent, pour le moment.
Clément transforme chaque petite anecdote en un sketch qui ferait sans doute fureur dans un comedy club.
Antò, semblable à lui-même fait preuve d'une créativité sans limite quand il s'agit d'avoir l'air de venir d'une autre planète : on a eu du mal à lui faire intégrer le fait qu'on n'a pas la mer, là où on habite. Il nous a donc demandé tout à fait sérieusement ce qu'il y avait quand on arrivait au bout de la plage. Lui faire comprendre qu'il n'y a pas de plage non plus n'a pas été une mince affaire.
Sté', elle, de par son caractère, est plus dans la réserve. Elle participe aux conversations sans chercher à se mettre en avant, mais on sent qu'elle est de plus en plus gênée par les remarques emplies de naïveté de son frère.
— Mi ! S'exclame-t-elle soudain. Voilà les parents !
En effet, au loin, mon père vient d'apparaître sur le sable. Il est accompagné de la mère de Sté' et Antò. Ils nous font un petit geste de la main auquel nous répondons, puis s'installent là où ils se trouvent, sans faire mine de se rapprocher de nous. Je crois qu'ils tiennent à nous laisser profiter en toute tranquillité, sans trop être dans nos pattes.
— Bah ! Pourquoi ils restent si loin ? Me demande Emma.
— J'étais en train d'y penser. Je me disais qu'il voulait nous laisser vivre notre vie en paix.
Elle fronce les sourcils, avec un petit sourire en coin, en me répondant :
— Mouais... Ou alors, c'est eux qui veulent qu'on les laisse vivre leur vie...
Je la regarde interloquée, attendant qu'elle explicite le fond de sa pensée, mais une blague de Clément vient couper court à la conversation.
L'instant d'après, nous sommes tous dans l'eau, occupés à nous faire des passes avec un ballon de beach volley dans la bonne humeur, et une efficacité de jeu très approximative.
Petit à petit, je découvre une nouvelle forme de joie que j'avais oubliée depuis bien des années : celui de l'appartenance à un groupe. Les amis, depuis longtemps, c'est une denrée rare. Je n'en ai pas. Depuis un an et demi, j'ai Emma. Elle me comble de bonheur, et je n'ai jamais eu le sentiment d'avoir besoin de qui que ce soit d'autre qu'elle. Mais le fait de partager des moments de rigolade et de bonne entente avec d'autres gens, c'est pas si mal, finalement. Je redécouvre un plaisir oublié. Et à voir la gaieté qui émane du visage de ma tendre et chère, je ne suis pas la seule dans ce cas.
Après avoir passé un après-midi comme je n'en avais plus vécu depuis longtemps, Clément décide qu'il est temps pour lui de rentrer.
— Bon... On se voit demain, j'espère ? Bonne soirée, Laure. Ça a été sympa, cette journée.
Après m'avoir fait la bise à moi, puis aux Ucciani, il se tourne vers ma chérie, la salue à son tour.
— Allez, salut , Anna !
— Emma ! Répond Emma, un peu déstabilisée.
Je hausse un sourcil d'étonnement. J'essaie de deviner si c'était une trace d'humour ; qu'il a fait semblant d'oublier le prénom de ma compagne, mais j'ai l'étrange impression qu'il ne plaisantait pas du tout.
Un petit quart d'heure plus tard, Agathe nous quitte à son tour. Elle, ne se trompe pas sur les prénoms.
Nous restons à quatre encore une grosse demi-heure, avant de nous retirer à notre tour.
Nous nous arrêtons un instant près de mon père. Son humeur est aussi enjouée que la nôtre. Il promet de nous rejoindre un peu plus tard à la maison.
Une fois rentrées, nous prenons congé de Sté' et Antò. La routine de fin de journée reprend ses droits. Douche, retour de papa, dîner au cours duquel je sens bien que je babille interminablement sur la formidable journée que nous avons passée. Embarquée dans mon euphorie, je suis encore en boucle sur le sujet, même une fois couchée dans les bras de mon aimée. La voir si pleine de vie ne fait en rien descendre mon sentiment de béatitude.
Nous sommes impatientes d'être à demain.
C'est devenu une habitude : le matin, en compagnie de mon père, je discute à voix basse en attendant le réveil de ma chérie. Celle-ci émerge peu de temps après, et comme les deux jours précédents, elle échoue lamentablement à le surprendre par derrière.
Nous passons la matinée à errer tous trois sans but précis sur les petites routes de la montagne alentour. Encore une fois, le paysage constitué de petits villages accrochés à des flancs de montagne nous régalent les mirettes. Toutefois, nous sommes toutes les deux absolument terrifiées par la route sinueuse que nous empruntons. Entre la paroi rocheuse qui s'avance sur la chaussée d'un côté et le vide abyssal de l'autre, il ne reste guère de place pour un véhicule, encore moins quand le passage est encombré ça et là par des cochons et des vaches en liberté. Et puis, je dois bien l'avouer, je ne suis pas trop concentrée sur ce que nous faisons. Je pense à l'après-midi qui nous attend. Je suis impatiente de retrouver les autres pour bavarder, rire et jouer au volley.
Ainsi, l'après-midi, n'y tenant plus, nous descendons un peu plus tôt. Agathe et les Ucciani sont déjà sur place. Ils sont occupés à se remémorer de vieux souvenirs. Ils se connaissent depuis quelques années, Agathe passant ses étés ici depuis presque toujours.
Nous nous retrouvons à débattre quant à savoir si nous allons nous baigner maintenant ou plus tard. La discussion est rapidement interrompue par l'arrivée soudaine de Clément, qui, comme à son habitude, parvient à transformer son arrivée en un sketch désopilant. Après avoir salué les Ucciani, il se tourne vers moi, et avec une posture comique, me gratifie d'une révérence exagérée et d'un baise-main.
— Mes hommages, gente damoiselle. Quelle allégresse de vous recroiser sur ma route !
Je ne puis m'empêcher de rire un peu bêtement.
Lorsqu'il aperçoit Emma, un peu à l'écart qui est déjà en train de bavarder avec Agathe, il se contente de lever la main dans sa direction et de lancer :
— Salut !
Salut auquel elle répond en se contentant d'un simple signe de tête que je ne puis m'empêcher de trouver un peu froid.
Comme la veille, nous nous livrons à un long échange de ballons de volley.
Prétextant un coup de froid, Emma est la première à quitter la partie, pour retourner prendre le soleil au sec.
Une dizaine de minutes plus tard, elle est rejointe par Sté'.
Trop occupée à tenter de renvoyer les balles aussi correctement que possible, je les laisse converser entre elles, mais quand le froid me prend à mon tour, je décide de les rejoindre sur le sable. Décision renforcée par le fait qu'une nouvelle fois, l'expression de ma compagne se fait plus sombre. Et qu'une nouvelle fois, je n'en comprends pas la cause. Et qu'une nouvelle fois, elle fait semblant de rien.
— Hé ! Où tu vas, Laure ? Demande Clément.
— Je sors. Je commence à me les geler. Continuez sans moi !
Avec un grognement de désapprobation, reprenant son ballon sous le bras, il arrête la partie et vient s'allonger sur sa serviette, à côte de moi, qui me suis moi-même allongée à côté d'Emma, espérant la réconforter de quelque manière que ce soit par ma présence.
— Hé ! Ça vous dirait pas, on fait apéro sur la plage, un de ces soirs ? Propose soudain Agathe.
Les réactions à cette proposition sont unanimement enthousiastes.
— J'amène le rosé ! Annonce Clément.
— Nous, on peut ramener des trucs à grignoter, propose Antò.
— Qu'est-ce que je peux amener, moi ? Demande Agathe.
— Des gobelets et assiettes, ce serait pas mal, répond Sté'.
A cours d'idée, je demande :
— Et nous ?
— Amène-toi, toi, ce sera déjà bien, fait observer Clément.
— On peut amener du soft, remarque Emma.
— Pour quoi foutre ? Demande Clément.
Le regard contrarié qu'elle lui jette en retour ne m'échappe pas. Elle ne répond rien, se contentant de de se désintéresser de la conversation.
— Eh ! Pour boire, tête de cazzu, va ! Lance Antò en riant.
Curieusement, pour une fois, je le trouve plutôt pertinent.
J'ajoute pour tenter de justifier ce choix :
— Emma et moi, on est pas très picole.
On s'échange un petit coup d'œil discret en repensant à notre tout premier baiser. Instant qui fut pour nous deux un moment tout à la fois horrible et magnifique, et où l'alcool y avait tenu un rôle majeur.
Une fois les détails de notre prochaine soirée réglés et la date fixée pour dans quelques jours, nous reprenons le cours de notre journée de détente jusqu'en fin d'après-midi où nous enchaînons avec notre routine vespérale : douches, dîner, détente en famille au cours duquel papa est étonnamment intarissable sur toutes les choses passionnantes que lui apprend Ghjulia sur la région. Enfin, nous nous mettons au lit.
La tête posée sur l'épaule de celle que j'aime, je lui glisse à l'oreille.
— On passe des bons moments, quand même. C'est pas mal d'avoir des amis, avec lesquels on s'entend bien, tu trouves pas ?
— Oui, oui... répond-elle évasivement.
Je ne puis m'empêcher de pouffer.
— Eh bin ! T'as l'air vachement convaincue, dis donc ! Tu les aimes pas ?
— Si, si...
— Mais... ?
Je la sens hausser les épaules, avant d'ajouter :
— Mais rien. Disons que dans l'ensemble, je les aime bien. Je réserve juste mon jugement sur une personne, pour le moment.
Ma curiosité piquée, j'essaie d'en savoir plus.
— Une des filles ?
— Non.
— Ah ! Un des gars ? Anthony ? Il a l'air complètement à la ramasse, mais je trouve sa naïveté assez attachante, l'air de rien.
Je la sens opiner du chef.
— Je suis d'accord. C'est pas à lui que je pensais.
— Clément ? Qu'est-ce que tu lui reproches ?
— Rien pour l'instant. Je t'ai dit : je réserve mon jugement, le temps de me faire une opinion plus claire.
Je fronce les sourcils. Clément est tellement drôle. Il est gentil, attentionné, et semble toujours passionné par la moindre anecdote qu'on lui raconte. Je me demande bien ce qu'on peut ne pas apprécier chez lui.
J'insiste :
— Tu veux pas m'en dire plus ?
— J'attends un peu. Si j'en arrive à la conclusion qu'il y a quelque chose à en dire, je te le dirai. S'il s'avère que je me fais des films, je te le dirai aussi. J'attends juste de rassembler plus d'indices...
Je ne me sens pas plus rassérénée que ça. Si je me serre un peu plus contre elle tout en l'embrassant avec passion, cette fois, c'est moins pour lui offrir un sentiment de protection que pour me rassurer moi.
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Semyaza
31 décembre 2025 à 13:26
il lui arrive quoi à Emma pour se comporter ainsi ?

Réponse le 11 janvier. :D
Soyez respectueux
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Monsieur Plume
31 décembre 2025 à 13:19
Tous les 3 jours ou pas, le suspens reste intolérable ! ;)
C'est vrai, ça, il lui arrive quoi à Emma pour se comporter ainsi ?
Soyez respectueux
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Semyaza
30 décembre 2025 à 23:01
C'est drôle l'histoire est notée comme fiction et pourtant ça sent tellement le vécu que j'ai du mal à imaginer que toutes ces péripéties sont inventées. .

Et pourtant...... Il n'y a guère que le cadre géographique que je connais un peu et qui peut s'apparenter à quelque chose d'un peu vécu.....

Bravo pour l'écriture.

Grand merci :)
Soyez respectueux
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Docsevere
30 décembre 2025 à 22:50
C'est drôle l'histoire est notée comme fiction et pourtant ça sent tellement le vécu que j'ai du mal à imaginer que toutes ces péripéties sont inventées. Si c'est bien le cas tu es une sacrée conteuse.
En tout cas c'est fluide et plein de tendresse, une vraie feel good story.
Bravo pour l'écriture.
Soyez respectueux
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Iznogood
30 décembre 2025 à 22:37
Tu peux toujours rigoler 🤣 tu connais la fin, toi 😛

Oui, j'ai au moins ça comme compensation :D et ça vaut mieux :D
Si je connaissais pas la fin ce serait pas rassurant.... (Au pire, je demanderais à une IA, c'est à la mode, ces temps-ci) :D

😱 Vade Retro SatanIAs !

By the way, tant d’histoires n’ont pas de fin… sans oublier celles qui n’ont ni queue ni tête !
( un comble 🤣)
Soyez respectueux
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Semyaza
30 décembre 2025 à 21:58
Tu peux toujours rigoler 🤣 tu connais la fin, toi 😛

Oui, j'ai au moins ça comme compensation :D et ça vaut mieux :D
Si je connaissais pas la fin ce serait pas rassurant.... (Au pire, je demanderais à une IA, c'est à la mode, ces temps-ci) :D
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Iznogood
Iznogood
30 décembre 2025 à 21:50
Reste plus qu'à poireauter 🤔

L'avantage, cette fois (si c'en est un), c'est que les chapitres s'enchainent plus rapidement... Environ tous les trois jours ou à peu près..... Le suspense est moins insoutenable. :D :D : D

Gnagnagna 😏
Tu peux toujours rigoler 🤣 tu connais la fin, toi 😛
Soyez respectueux
Répondre
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Semyaza
30 décembre 2025 à 21:15
Reste plus qu'à poireauter 🤔

L'avantage, cette fois (si c'en est un), c'est que les chapitres s'enchainent plus rapidement... Environ tous les trois jours ou à peu près..... Le suspense est moins insoutenable. :D :D : D
Soyez respectueux
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Photo de profil de Iznogood
Iznogood
30 décembre 2025 à 21:08
OK, on est accrochés au suspense.
Elles sont adorables, les relations sociales font du bien, papa est en train de se faire une affaire (c'est transparent) mais quid d'Emma et l'autre toto ?
Là, c'est mystère et boule de gomme.
Anna ? Une identité antérieure sur un réseau ?
Reste plus qu'à poireauter 🤔
Soyez respectueux
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