Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Inseme — Chapitre 4 · Premiers écueils
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Inseme
Chapitre 4 · Premiers écueils
« Only you
Can complete me
I need your love everyday
And only you
Only you can heal me
I need your love to find a way »
(Doro : Only You)
Can complete me
I need your love everyday
And only you
Only you can heal me
I need your love to find a way »
(Doro : Only You)
— Bonjour, Emma ! Bien dormi ?
— Mais c'est pas vrai ! T'as des yeux derrière, Richard, ou quoi ? Ou bien, c'est un reflet quelque part ?
Nous rions tous trois. C'est devenu la quête sacrée d'Emma au cours de ces vacances : toujours la dernière levée, elle met un point d'honneur à tenter de surprendre mon père au moment du petit déjeuner. Jusqu'à présent, elle a échoué à chaque fois.
Les journées suivent une certaine régularité : le matin, nous partons tous les trois visiter un lieu, un musée, un marché artisanale, à peu près n'importe quoi de dépaysant, dans un rayon qui nous permet d'être revenus vers midi ou au pire, en début d'après-midi.
Vers 15h30 ou 16h, Emma et moi rejoignons notre petite bande avec laquelle nous passons l'après-midi.
Vers 15h30 ou 16h, Emma et moi rejoignons notre petite bande avec laquelle nous passons l'après-midi.
Malgré les apparentes réticences d'Emma, Clément est celui avec lequel je m'entends le mieux. Il est toujours très attentionné et de bonne humeur.
Emma, elle, semble mieux s'entendre avec Agathe. Il est évident qu'elle fait de moins en moins d'effort pour maintenir des relations cordiales avec Clément.
Parfois, tous ensemble, nous allons boire un verre ensemble chez Toussaint, avant de remonter à la maison.
Papa, lui, descend un peu plus tard, souvent en compagnie de Ghjulia, avec qui il semble s'entendre aussi bien que nous avec nos nouveaux copains.
Le soir nous nous retrouvons tous trois pour profiter de la soirée dans le calme et la sérénité.
Emma, elle, semble mieux s'entendre avec Agathe. Il est évident qu'elle fait de moins en moins d'effort pour maintenir des relations cordiales avec Clément.
Parfois, tous ensemble, nous allons boire un verre ensemble chez Toussaint, avant de remonter à la maison.
Papa, lui, descend un peu plus tard, souvent en compagnie de Ghjulia, avec qui il semble s'entendre aussi bien que nous avec nos nouveaux copains.
Le soir nous nous retrouvons tous trois pour profiter de la soirée dans le calme et la sérénité.
Parfois, les Antonelli/Ucciani passent boire l'apéro ou le digestif. Parfois, c'est nous qui sommes conviés à boire un verre chez eux.
La plupart du temps, Emma est radieuse, comme à son habitude. Pourtant, je découvre un nouvel aspect inattendu dans son comportement. Quand nous sommes toutes les deux sous la douche, ou le soir, dans le lit, elle se fait plus insistante, presque suppliante. Comme si sa vie dépendait de nos moments d'intimité, qui, j'en conviens volontiers, ne sont guère nombreux du fait de la présence paternelle souvent à proximité. Je constate qu'à certains moments, elle se fiche pas mal de savoir si papa est là ou non. Elle se fait plus sauvage, presque brutale. Ses caresses se font agressives, rapides et intenses. Je ne suis pas loin de trouver cela déplaisant. Déjà, parce que ses gestes ne cherchent rien d'autre qu' atteindre leur finalité et ne cherchent même pas à savoir si je les apprécie ou pas. Parfois, elle me fait presque mal, même. Comme s'il fallait faire vite et fort avant que ce ne soit trop tard, quoi que « ce » puisse bien être. Je dois aussi étouffer mes réactions pour ne pas que nous nous fassions griller par mon géniteur, ce qui serait terriblement embarrassant. Mais elle n'a pas l'air de se préoccuper de ce genre de détails. Si par malheur, j'ai l'outrecuidance de tenter de la repousser parce que j'estime que le moment est mal choisi, je lis soit de la colère soit du chagrin dans ses yeux, soit les deux à la fois. Alors, la plupart du temps, je ne la repousse pas.
La plupart du temps, Emma est radieuse, comme à son habitude. Pourtant, je découvre un nouvel aspect inattendu dans son comportement. Quand nous sommes toutes les deux sous la douche, ou le soir, dans le lit, elle se fait plus insistante, presque suppliante. Comme si sa vie dépendait de nos moments d'intimité, qui, j'en conviens volontiers, ne sont guère nombreux du fait de la présence paternelle souvent à proximité. Je constate qu'à certains moments, elle se fiche pas mal de savoir si papa est là ou non. Elle se fait plus sauvage, presque brutale. Ses caresses se font agressives, rapides et intenses. Je ne suis pas loin de trouver cela déplaisant. Déjà, parce que ses gestes ne cherchent rien d'autre qu' atteindre leur finalité et ne cherchent même pas à savoir si je les apprécie ou pas. Parfois, elle me fait presque mal, même. Comme s'il fallait faire vite et fort avant que ce ne soit trop tard, quoi que « ce » puisse bien être. Je dois aussi étouffer mes réactions pour ne pas que nous nous fassions griller par mon géniteur, ce qui serait terriblement embarrassant. Mais elle n'a pas l'air de se préoccuper de ce genre de détails. Si par malheur, j'ai l'outrecuidance de tenter de la repousser parce que j'estime que le moment est mal choisi, je lis soit de la colère soit du chagrin dans ses yeux, soit les deux à la fois. Alors, la plupart du temps, je ne la repousse pas.
L'autre chose qui me déplaît souverainement dans ses moment-là, c'est que je ne reconnais pas l'amour de ma vie. Nous avons toujours basé nos séances de câlins sur la tendresse. Nous prenons généralement le temps qu'il faut. Chacune est censée amener l'autre à son extase par la douceur, sans retenue, mais sans précipitation non plus.
Alors me retrouver entre les bras d'une furie désordonnée et chaotique me met mal à l'aise. J'ai l'impression d'avoir parfois affaire à quelqu'un d'autre. Et je n'ai pas envie d'avoir affaire à quelqu'un d'autre. J'aime ma p 'tite puce comme elle est.
Bien évidemment, tout va toujours bien lorsque je pose la question et dans ces cas-là, plus elle me dit que ça va, moins j'y crois, et plus je m'angoisse pour elle.
Alors me retrouver entre les bras d'une furie désordonnée et chaotique me met mal à l'aise. J'ai l'impression d'avoir parfois affaire à quelqu'un d'autre. Et je n'ai pas envie d'avoir affaire à quelqu'un d'autre. J'aime ma p 'tite puce comme elle est.
Bien évidemment, tout va toujours bien lorsque je pose la question et dans ces cas-là, plus elle me dit que ça va, moins j'y crois, et plus je m'angoisse pour elle.
Quoiqu'il en soit, ce matin, nous sommes toutes les deux particulièrement enjouées. Ce soir, c'est le soir de notre apéro sur la plage avec la petite bande et nous sommes très impatientes.
Nous avons pris soin de faire quelques emplettes : du jus de fruits, du coca, et on ajoute quelques chocolats, histoire de dire.
Nous avons pris soin de faire quelques emplettes : du jus de fruits, du coca, et on ajoute quelques chocolats, histoire de dire.
Nous abandonnons papa à son sort vers 20h30 pour rejoindre nos amis sur le sable. Nous nous calons dans un coin, un peu éloigné des résidences en rez-de-plage pour pouvoir parler et rire et éventuellement faire un peu de bruit sans risquer de déranger les résidents.
Nous nous asseyons à même le sol, Clément à ma gauche, Emma à ma droite, les Ucciani en face de nous, avec Agathe entre eux.
Nous nous asseyons à même le sol, Clément à ma gauche, Emma à ma droite, les Ucciani en face de nous, avec Agathe entre eux.
Je reste un instant à contempler le soleil vaincu qui termine de saigner ses dernières lueurs rougeoyantes, avant d'aller paresseusement s'écrouler mourant au-delà de la ligne d'horizon.
— Qu'est-ce que je te sers ? Un petit rosé ?
La voix de Clément m'extirpe soudain de ma rêverie. Je considère l'offre un instant, hésitante, notant que les trois qui se situent en face de moi ont déjà des gobelets remplis. Je décide de suivre le mouvement, par commodité.
— D'accord, juste un verre.
D'un mouvement qui trahit une certaine expérience de la chose, il remplit mon gobelet, puis me le tend en ajoutant :
— A votre santé, les amis !
— Eh ! Mais Emma est même pas servie ! Fait remarquer Agathe.
— Eh ! Mais Emma est même pas servie ! Fait remarquer Agathe.
— Hmm ? Ah ouais... réalise alors Clément. Rosé, pour toi aussi ?
Je la vois hésiter aussi un instant. Sans beaucoup d'enthousiasme, elle répond :
— Mouais, allez... Mais pas plus que la moitié.
Elle tend son gobelet, mais au lieu de la servir, Clément lui passe la bouteille. Je l'intercepte au passage et la sers moi-même.
— Merci, Laure ! Tu es fort serviable ! S'exclame-t-elle, beaucoup trop fort, sur un ton exagérément mielleux, son regard courroucé fixé sur mon voisin de gauche qui, lui, de toute manière, ne s'embarrasse pas à prendre la remarque en considération. Il ajoute simplement :
— Allez, on trinque !
— Salute, s'exclament les Ucciani en chœur.
Clément lève son gobelet. Au moment de toucher le mien, il ajoute :
— Les yeux dans les yeux !
Je m'exécute par politesse, notant au passage qu'il n'applique pas sa propre requête avec les quatre autres convives présents. Emma, elle, détourne carrément le regard au moment de trinquer avec lui.
La soirée se déroule à l'instar des après-midi : dans la légèreté et la bonne humeur. Nous racontons nos vies, débattons de sujets particulièrement sans enjeux majeurs pour le monde, comme le dernier film à la mode, ou les dernières tendances musicales.
Clément, avec son talent naturel, tourne tout cela en dérision, transformant chaque sujet en un sketch qui pourrait potentiellement faire fureur sur une scène.
Clément, avec son talent naturel, tourne tout cela en dérision, transformant chaque sujet en un sketch qui pourrait potentiellement faire fureur sur une scène.
— Tu devrais vraiment faire du stand-up, tu sais ? Tente de le convaincre Sté'.
J'opine du chef pour confirmer ses propos :
— Elle a pas tort! T'as un petit truc de Stanko, je trouve.
Stanko est un jeune comique que nous adorons Emma et moi. Nous avons regardé tous ses spectacles disponibles sur internet, et sommes même allées le voir quand il est passé dans notre ville.
Le modeste compliment que je viens de lâcher de façon désinvolte a un effet massif sur mon voisin. Il semble soudain touché par la grâce et ouvre des yeux ronds comme des billes :
Le modeste compliment que je viens de lâcher de façon désinvolte a un effet massif sur mon voisin. Il semble soudain touché par la grâce et ouvre des yeux ronds comme des billes :
— T'es sérieuse ? C'est mon humoriste préféré, en plus !
A ces mots, il se lève d'un bond, et se lance à brûle-pourpoint dans une reprise improvisée, mais néanmoins parfaitement maîtrisée d'un des sketchs les plus populaires du comédien, tout en y ajoutant de petites touches personnelles.
Nous avons bien fait de nous éloigner un peu des habitations car nous hurlons littéralement de rire en flot continu pendant dix bonnes minutes.
Nous avons bien fait de nous éloigner un peu des habitations car nous hurlons littéralement de rire en flot continu pendant dix bonnes minutes.
Il termine sa prestation sous une longue ovation, nous laissant épuisés d'avoir tant ri. Nous avons bien du mal à reprendre nos souffles, et à essuyer nos larmes d'hilarité.
Pendant que je cherche à me redonner une contenance, ma vision périphérique est attirée par une lueur sur ma droite. Je tourne la tête et voit Emma absorbée par son téléphone, en train de faire défiler dieu sait quoi sur son écran, la joue reposant sur sa main gauche, ne cherchant pas un instant à dissimuler un ennui profond. Il n'y a pas l'ébauche d'un demi-sourire sur ses lèvres. Son index tendu, tortille paresseusement sa mèche rebelle.
Je m'apprête à lui demander s'il y a un problème, mais suis interrompue par Clément :
Pendant que je cherche à me redonner une contenance, ma vision périphérique est attirée par une lueur sur ma droite. Je tourne la tête et voit Emma absorbée par son téléphone, en train de faire défiler dieu sait quoi sur son écran, la joue reposant sur sa main gauche, ne cherchant pas un instant à dissimuler un ennui profond. Il n'y a pas l'ébauche d'un demi-sourire sur ses lèvres. Son index tendu, tortille paresseusement sa mèche rebelle.
Je m'apprête à lui demander s'il y a un problème, mais suis interrompue par Clément :
— Je te remets un coup de rosé, Laure ?
— Euh... Non. Non, merci. Ça va aller.
— Allez ! C'est les vacances, faut se détendre.
— Je suis tout à fait détendue, je te remercie ! Après, je vais être bourrée.
— Bah, c'est le but de l'alcool, non ?
Antò, qui était resté relativement discret jusqu'à présent intervient alors :
— Ayo ! T'es pas un peu forceur sur les bords, toi ?
Lui, derrière son apparente naïveté, je commence à trouver qu'il dit de moins en moins de conneries.
— Ça va ! On a qu'une jeunesse, faut en profiter, insiste Clément.
Pour la première fois depuis plus de 15 minutes, Emma se manifeste et d'un ton glaçant lance :
— Ça, on a bien compris le projet ! On sent bien que t'as l'intention de profiter de la jeunesse de quelqu'un !
Un silence pesant se fait.
Pas besoin d'avoir un doctorat en psycho pour se rendre compte que la tension monte exponentiellement à ma droite comme à ma gauche. Il rétorque :
Pas besoin d'avoir un doctorat en psycho pour se rendre compte que la tension monte exponentiellement à ma droite comme à ma gauche. Il rétorque :
— De quoi tu te mêles, la rouquine ? Je t'ai causé, à toi ?
— Non ! Ça te demanderait trop d'efforts ! T'es meilleur pour saouler les gens, visiblement. D'ailleurs, même sans une goutte d'alcool, t'arrives plutôt bien à me saouler, moi !
En temps normal, j'aurai déjà décoché une tarte à n'importe quelle personne qui se serait adressée sur ce ton à mon amoureuse, mais la virulence si soudaine de leur échange me prend tellement par surprise que j'en reste muette de stupeur. En presque deux ans qu'on se connaît, je n'ai jamais vu Emma aussi agressive envers quiconque. Pas même au cours de notre guéguerre contre Lucia Damasi.
Je n'ai même pas le temps de réfléchir à une réaction appropriée que déjà ma compagne saute sur ses pieds, balance son gobelet vide au milieu de l'assemblée, et crache.
— Merci à tous pour la soirée ! Bonne nuit ! Et toi, t'as qu'à profiter de la jeunesse de qui tu veux, c'est pas mon problème !
— C'est ça ! Casse-toi !
Sans un mot de plus, Emma s'éloigne furieuse, sans même se retourner.
La seconde d'après, je suis moi-même sur mes pieds, prête à lui courir après, mais la main de notre humoriste en herbe m'attrape le bras au passage.
La seconde d'après, je suis moi-même sur mes pieds, prête à lui courir après, mais la main de notre humoriste en herbe m'attrape le bras au passage.
— Laisse-la ! On est bien entre nous ! On n'a pas besoin d'elle !
Là, on ne rigole plus. Plus le temps de jouer la bonne copine souriante, quand on touche au plus sensible des sujets. Je ne prends même pas la peine de lui répondre et me dégage brutalement de son emprise. Je suis obligée de courir pour rejoindre mon Adorée.
Arrivée à son niveau, je l'interpelle :
Arrivée à son niveau, je l'interpelle :
— Puce, attends !
Sans ralentir ni se retourner, je l'entends maugréer :
— Attends quoi ? Je voudrais surtout pas déranger ! Retourne vite là-bas avant qu'il s'inquiète !
— Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes, enfin ?
Conservant la même allure, elle tourne la tête vers moi. Je vois la rage qui brûle dans son regard:
— Qu'est-ce qu'il y a ? C'est pas assez humiliant de voir ce con essayer de me piquer ma copine sous mon nez ? Il faut en plus que je reste bien assise pour en être témoin, c'est ça ? Allez-y, vous dérangez pas pour moi, surtout !
J'en reste bouche bée.
— Hein ? Mais de quoi tu parles ? Qui essaie de piquer qui à qui ? Je comprends rien ! C'est de Clément que tu parles, là ?
— Oh ! Quel sens inné de l'observation !
Je dépasse Emma, et lui bloque le passage pour la forcer à s'arrêter.
— Tu crois que Clément essaie de me draguer, c'est ça ?
Elle reste immobile face à moi, les bras croisés, le visage fermé.
— Il essaie pas ! Il le fait, et il le fait même très bien !
— Tu divagues ! Il est sympa et aimable, c'est tout...
— Non, mais tu délires complètement ! T'es à côté de la plaque à ce point ? Et t'expliques comment qu'avec Sté', Antò et Agathe, il est poli sans plus, qu'à moi, il s'embête même plus à m'adresser la parole, alors que toi, il est toujours aux petits soins ? « Et tu veux un verre, Laure ? » et « Oh, comme ça fait plaisir de te voir, Laure ? », « Oh, Tiens, Laure, t'es encore en train de perdre ton temps avec la rouquine qui sert à rien ? Comment elle s'appelle déjà ? Anna ? »
Je suis sciée. Je ne sais pas quoi répondre. J'arrive pas à savoir si elle a raison, ou si elle sombre un peu trop dans la paranoïa. Je tente de dédramatiser la situation. Avec un petit sourire en coin, je tente :
— Attends, ma puce... Tu me fais une crise de jalousie, là ?
— N'importe quoi ! C'est pas...
Elle s'interrompt, laisse échapper un long soupir. Je me dis que les choses vont se calmer, mais son visage s'empourpre, ses narines se dilatent et à un volume beaucoup plus élevé, elle reprend :
— Bon sang ! Bien sûr que je te fais une crise de jalousie, qu'est-ce que tu crois ?
La vie m'a appris que parfois, je ferais mieux de tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de sortir une connerie, mais non, c'est plus fort que moi : même avec les meilleures intentions du monde, il faut toujours que je fasse le pire choix possible. C'est ainsi qu'avec un grand sourire rassurant, je lui lance, confiante :
— C'est trop mignon !
J'aurai pas dû. Ça la fait exploser, et elle se met à hurler :
— Bin, je suis contente que tu trouves ça drôle, parce que moi, ça me fait pas marrer ! Tu crois que je le reconnais pas, son regard, quand il se pose sur toi ? Je le connais par cœur ! C'est le même que le mien quand moi je te regarde ! Alors, excuse-moi de me montrer égoïste, mais je suis pas super emballée à l'idée de te partager, ou pire : de laisser ma place à quelqu'un d'autre !
Une fois sa tirade terminée, sa colère retombe, et laisse place à un chagrin infini. Je vois qu'elle lutte de toutes ses forces pour retenir un sanglot.
Je lui prends la main délicatement et l'attire vers moi. Je tends l'autre pour lui indiquer de venir se blottir contre moi. Je replie mes bras en une étreinte consolante et protectrice.
Je lui prends la main délicatement et l'attire vers moi. Je tends l'autre pour lui indiquer de venir se blottir contre moi. Je replie mes bras en une étreinte consolante et protectrice.
— Ma rouquine, elle sert pas à rien. Elle est tout pour moi.
Contre moi, je sens qu'elle commence un peu à se calmer, bien que toujours en proie au doute, elle marmonne avec une certaine mauvaise foi :
— Pour l'instant ! Qui sait combien de temps ça va durer avant qu'il te sorte le grand jeu pour que tu atterrisses dans ses bras ?
Je la repousse doucement, pose mes mains de part et d'autre de son visage pour maintenir son regard à portée du mien :
— Tu sais que tu oublies de prendre en compte un paramètre capital ?
— Lequel ?
— Une relation, au cas où tu l'aurais oublié, ma chère, ça se fait à deux. Il peut bien me faire la complète, me demander en mariage, m'offrir une bague en diamant et un week-end en tête à tête sur la lune, j'en ai strictement rien à foutre pour une raison très simple : je n'ai aucune forme de sentiment autre que strictement amical envers lui. Et si je n'éprouve aucun sentiment envers lui, c'est pour une raison très simple également : Mon cœur est déjà pris. Et c'est une certaine petite rouquine de ma connaissance qui l'habite jour et nuit. Et ça me va très bien comme ça. Je n'ai aucune envie de changer ça. D'accord ?
Elle hoche la tête en silence. Je lui dépose sur les lèvres un baiser empli de tout mon amour. Elle se serre à nouveau contre moi. Étant d'un naturel irrémédiablement facétieux, je ne puis m'empêcher d'ajouter :
— Sois certaine d'une chose : je n'aime qu'une seule personne au monde, et elle s'appelle « Anna » !
Enfin, je l'entends rire un petit peu pour la première fois depuis un bien trop long moment. Je conclus :
— On est bien ? Ce vilain orage est terminé ?
Toujours collée contre mon cœur, elle opine du chef et murmure :
— On est bien.
— Prouve-le moi !
Elle lève la tête et m'embrasse à son tour.
— Pardonne-moi de m'être emportée. Je sais bien que c'est pas ta faute.
Cette affaire étant déclarée terminée, nous repartons vers la maison, main dans la main, soulagées d'avoir retrouvé la paix. Nous ne cherchons même pas à retourner vers le groupe. Nous nous en excuserons auprès d'eux demain, au pire.
— N'empêche que j'aime pas comment il te regarde, lâche-t-elle soudain, après cinq bonnes minutes de marche en silence.
Consciente du ridicule de cette soudaine sortie hors contexte, elle laisse échapper un petit rire nerveux. Je pouffe à mon tour.
Lorsque nous arrivons, nous sommes surprises de voir qu'il y a encore de la lumière dans l'appartement.
— Tiens, ton père est toujours debout, fait remarquer Emma.
— On dirait bien. Étonnant, à cette heure tardive !
Nous ouvrons la porte, entrons, et trouvons papa, sur la terrasse, attablé avec Ghjulia. Ils se retournent, surpris de notre retour soudain.
— Déjà de retour, les filles ? Demande mon père.
— Euh, oui... On est un peu fatiguées. On a préféré rentrer.
Je mens éhontément, mais je ne suis pas très fière des derniers événements et n'ai certainement pas envie de lui raconter tout ça.
— Vous avez pas trop picolé, j'espère, ajoute-t-il en souriant.
— Moins que vous, apparemment, rétorque Emma, en pointant du menton les deux verres vides sur la table et la bouteille de limoncello qui semble avoir pris une petite claque, niveau contenu.
Tout le monde rit poliment. Ghjulia déclare alors :
— Bon... Bin, il se fait tard... Je vais y aller...
— Ah ? Déjà ? Bon... répond papa, visiblement déçu.
Il la raccompagne à la porte. Ils restent un instant plantés l'un devant l'autre dans un silence gêné. C'est elle qui finit par le briser :
— Bon... Eh bien... Merci pour l'hospitalité... Bonne nuit, alors... A bientôt...
— Okay... Ça marche... Bonne nuit à toi aussi... articule-t-il, guère plus à l'aise, sous le regard empli de curiosité d'Emma qui fixe la scène, les sourcils froncés.
Une demi-heure plus tard, nous sommes couchées, blotties l'une contre l'autre, comme à notre habitude. Emma vient de s'endormir, bercée par mes papouilles. Moi, j'ai bien du mal à trouver le sommeil.
Je tourne et retourne cette soirée dans ma tête. Plus j'y pense, plus j'ai le sentiment qu'Emma voit juste au sujet de Clément. Maintenant qu'elle m'a ouvert les yeux, il me paraît évident que tout son tralala affectueux envers moi n'est qu'une manœuvre de séduction. Manœuvre vouée à l'échec, certes, mais manœuvre néanmoins. D'un coup, il commence à m'apparaître beaucoup moins sympathique. Ou en tout cas, beaucoup moins innocent que je ne le pensais. L'autre personne que je mets en cause dans cette histoire, c'est moi. Je me suis laissé tomber dans un piège. Pas celui d'un garçon qui essaie de draguer une fille, mais un autre plus vicelard : le piège d'une fille beaucoup trop solitaire qui s'est laissé attirer par les joies qu'elle croyait perdues à jamais de vivre des bons moments avec un groupe d'amis, qui lui ont fait perdre toute notion de recul et d'esprit critique. Ce n'est pas le groupe que je remets en question, mais bien moi-même, pour n'avoir pas su voir qu'un gars me faisait du rentre-dedans, que comme une conne, j'étais trop aveugle pour m'en rendre compte (un défaut qui commence à être récurrent, chez moi), et que, de ce fait, ne le repoussant pas, ça faisait souffrir l'amour de ma vie.
Je tourne et retourne cette soirée dans ma tête. Plus j'y pense, plus j'ai le sentiment qu'Emma voit juste au sujet de Clément. Maintenant qu'elle m'a ouvert les yeux, il me paraît évident que tout son tralala affectueux envers moi n'est qu'une manœuvre de séduction. Manœuvre vouée à l'échec, certes, mais manœuvre néanmoins. D'un coup, il commence à m'apparaître beaucoup moins sympathique. Ou en tout cas, beaucoup moins innocent que je ne le pensais. L'autre personne que je mets en cause dans cette histoire, c'est moi. Je me suis laissé tomber dans un piège. Pas celui d'un garçon qui essaie de draguer une fille, mais un autre plus vicelard : le piège d'une fille beaucoup trop solitaire qui s'est laissé attirer par les joies qu'elle croyait perdues à jamais de vivre des bons moments avec un groupe d'amis, qui lui ont fait perdre toute notion de recul et d'esprit critique. Ce n'est pas le groupe que je remets en question, mais bien moi-même, pour n'avoir pas su voir qu'un gars me faisait du rentre-dedans, que comme une conne, j'étais trop aveugle pour m'en rendre compte (un défaut qui commence à être récurrent, chez moi), et que, de ce fait, ne le repoussant pas, ça faisait souffrir l'amour de ma vie.
Bercée par le rythme régulier de sa respiration, je fais silencieusement le serment qu'on ne m'y rependra plus, et que désormais, je serai beaucoup plus vigilante. L'air de rien, nous venons de vivre ce qui ressemble presque à notre première dispute. C'est une nouvelle expérience que je n'étais absolument pas impatiente de vivre.
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Commentaires ()
Le truc c'est que les deux cocottes n'ont pas mis cartes sur table, alors sur un malentendu...
Giulia aurait un Roméo ? ^^'