Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Clara, la genèse d'une vie libertine — Chapitre 11 · La révérence
Auteur
Clara, la genèse d'une vie libertine
Chapitre 11 · La révérence
« Clara était partie. Mais au fond de moi, je savais que cet amour, même traversé par l’océan, ne pourrait jamais être détruit. Il avait l’appétit de tout, comme cet album qui hurlait ma rage. Nous avions eu faim de nous jusqu’à la dernière seconde. Et quelque part, je croyais encore que cette faim nous réunirait. »
Clara partit à la fin de l’été 1990.
Ce départ marqua pour moi le commencement d’une ère nouvelle, faite d’absence et d’attente, une saison où mon univers bascula sans bruit.
À cette époque, les téléphones portables ressemblaient encore à de lourdes valises et restaient le privilège de quelques hommes d’affaires. Sans réseaux sociaux, sans messagerie instantanée et sans internet, entretenir une relation à distance relevait d’un vrai défi. Les liens se tissaient dans l’attente, dans le silence, dans le temps qui s’étirait entre deux lettres.
On n’avait que le papier, l’encre, et la voix déformée d’un téléphone fixe pour garder intact ce que l’océan avait déjà commencé à séparer.
Je rentrai chez moi le soir même. La maison était trop calme. Mes parents regardaient la télévision dans le salon, mon frère n’était pas rentré. Je descendis directement dans ma chambre, refermai la porte et m’assis au bord du lit.
Dans mon sac, il y avait encore le t-shirt de Clara qu’elle m’avait donné juste avant de monter dans la voiture. Je le sortis lentement, le portai à mon visage. L’odeur de sa peau, de son parfum léger, de la chaleur de l’été s’y collait encore. Je m’allongeai habillé, le tissu pressé contre mon nez, et restai ainsi longtemps, les yeux ouverts dans le noir. Chaque inspiration me ramenait à elle. Chaque expiration me rappelait qu’elle n’était plus là. La chambre me semblait plus grande, plus froide. Les murs avaient perdu leur chaleur.
Plus tard, dans la nuit, je me déshabillai. Le goût de sa peau restait sur ma langue, comme si je l’avais encore embrassée une minute plus tôt. Je fermai les yeux et tentai de me caresser. Mon sexe se raidit lentement, mais quelque chose bloquait. Les images venaient, son corps, sa bouche, la façon dont elle gémissait mon prénom, la chaleur de son sexe autour du mien, la façon dont elle me regardait quand elle jouissait… pourtant le plaisir restait hors d’atteinte. Je m’arrêtai, le souffle court, le sexe encore tendu et douloureux, le goût du vide dans la bouche. Pour la première fois, mon corps ne savait plus où se mettre. Il cherchait une présence qui n’existait plus. Il ne savait plus comment exister seul.
Je restai allongé dans le noir, le bras sur les yeux, jusqu’à ce que le sommeil vienne enfin, lourd et sans rêve.
Dans les jours qui suivirent, ce vide s’installa comme une seconde peau. Je marchais dans les rues que nous avions tant arpentées ensemble et je les trouvais trop larges, trop vides. Les magasins, le parc, même la façade de sa maison me paraissaient étrangers. Tout ce qui avait été « nous » était devenu seulement « moi ». Et ce « moi » sonnait creux. Je passais devant la maison de Clara presque tous les jours. Parfois je m’arrêtais. Les volets étaient fermés. Le jardin avait déjà l’air un peu abandonné. Je restais quelques minutes, les mains dans les poches, puis je repartais. Chaque fois, le même nœud dans la gorge.
Peu de temps après, les lettres commencèrent.
Au début, elles arrivaient presque chaque jour. Elles sentaient encore le soleil de Californie et l’encre bleue qu’elle préférait. Je les ouvrais avec une ferveur quasi religieuse.
Une fois par semaine, le jeudi soir à vingt et une heures précises, Clara m’appelait sur le téléphone fixe de mes parents. C’était un rendez-vous sacré. J’attendais ce moment comme on attend un miracle. Sa voix, légèrement déformée par la distance, me traversait le corps. Nous parlions de tout et de rien, de ses cours d’architecture, de mes journées à la fac, de la pluie qui tombait à Paris ou du soleil qui brûlait Los Angeles. Mais surtout, nous nous redisions que nous nous aimions. Encore. Toujours.
Puis, peu à peu, quelque chose changea.
Une lettre arriva un mardi de novembre. Clara parlait de ses cours, des maquettes, de la lumière californienne. Elle mentionnait en passant un certain Vincent, un étudiant de sa promo qui l’aidait pour un projet de structure, et une Julie avec qui elle prenait le café le mercredi après les cours. Rien d’explicite. Rien de trouble. Pourtant je relus la lettre trois fois.
Les phrases étaient les mêmes, les mots d’amour toujours là, mais l’espace entre les lignes s’était élargi. Quelque chose avait bougé, imperceptiblement. Un ton plus léger, plus détaché, comme si une partie d’elle avait déjà commencé à s’installer dans cette nouvelle vie. Je pliai la lettre, la rangeai dans la boîte où je gardais toutes les autres, et restai longtemps immobile, le regard perdu sur le mur.
Le silence de ma chambre me sembla plus lourd que d’habitude. J’avais l’impression d’avoir perdu quelque chose sans savoir exactement quoi.
Je sortis la boîte où je rangeais toutes ses lettres. Je les relus une par une, dans l’ordre. Les premières étaient brûlantes, pleines de détails intimes, de souvenirs de nos nuits, de promesses. Les plus récentes étaient plus sobres. Toujours tendres, toujours amoureuses, mais comme filtrées par une distance qui n’était plus seulement géographique. Je me surpris à chercher des indices. Un mot trop neutre. Une phrase trop courte. Un détail trop anodin. Je savais que c’était malsain. Je le faisais quand même.
Le jeudi suivant, l’appel fut mauvais. La ligne cracha, se coupa, revint. Clara avait l’air fatiguée. Sa voix était plus lointaine que d’habitude. Derrière elle, j’entendais des rires, une musique sourde, des voix d’hommes et de femmes. Elle s’excusa, dit qu’il y avait du monde chez elle pour un travail de groupe, qu’elle devait raccrocher. Elle le fit un peu trop vite. Après, je restai assis dans le noir du salon, le combiné encore chaud dans ma main, le silence de la maison qui s’abattait sur moi comme un poids. J’avais l’impression d’avoir parlé à une version d’elle déjà un peu différente, déjà un peu plus loin. Je raccrochai enfin et restai longtemps sans bouger, les yeux fixés sur le téléphone comme s’il pouvait encore me ramener sa voix.
Une nuit de décembre, je sortis. Un ami de fac organisait une soirée dans un appartement bondé. J’y allai sans conviction, juste pour ne pas rester seul. Une fille aux cheveux blonds, sourire facile, se colla à moi. On but, on dansa. Plus tard, dans sa chambre d’étudiante, je la déshabillai. Son corps était doux, différent, anonyme. Je la pénétrai. Elle gémissait, s’accrochait à mes épaules. Au moment où mon plaisir montait, ce fut le visage de Clara que je vis. Ses yeux verts. Sa bouche entrouverte. La façon dont elle disait mon nom. Je me retirai d’un coup, me rhabillai en silence pendant qu’elle demandait ce qui n’allait pas. Je partis sans un mot.
Dans la rue, le froid me glaça jusqu’aux os. Je me dégoûtai immédiatement. Mon corps avait trahi quelque chose de sacré, même si je n’avais rien achevé. Je rentrai chez moi, pris une douche froide, et restai longtemps sous l’eau, les yeux fermés, essayant d’effacer le goût de cette fille qui n’était pas elle. Je me promis de ne plus jamais recommencer. Pas par fidélité pure, même si j’aimais Clara plus que tout, mais parce que mon corps lui-même refusait d’accepter un autre. Il restait fidèle malgré moi. Et cette fidélité involontaire me faisait encore plus mal.
Le lendemain, j’appelai Clara. Nous parlâmes presque une heure. Elle me raconta ses cours, ses amis, la plage. Je lui dis que je l’aimais. Elle me le dit aussi. Mais quelque part, entre les mots, j’avais l’impression que nous ne parlions plus exactement de la même chose.
Comme promis, ses parents m’invitèrent pour les vacances d’hiver. Le vol fut interminable. Quand l’avion se posa enfin à Los Angeles, mon cœur cognait si fort que j’avais l’impression qu’il allait sortir de ma poitrine. Je passai la douane dans un état second, les jambes molles, la bouche sèche. Et puis je la vis.
Clara se tenait derrière la barrière, un peu plus bronzée, les cheveux un peu plus longs, ses yeux vert émeraude brillants de larmes contenues. Sa peau avait pris une teinte dorée que je ne lui connaissais pas. Quand elle courut vers moi, je laissai tomber mon sac. Nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre avec une violence douce, presque désespérée. Trois mois et demi sans se toucher. Trois mois et demi à ne vivre que par lettres et appels. Son corps contre le mien semblait à la fois familier et inconnu. L’odeur de la Californie : sel, soleil, un parfum différent se mêlait à la sienne, celle que j’avais gardée sur mon t-shirt pendant des semaines. Elle tremblait contre moi. Je respirai son cou, enfouis mon visage dans ses cheveux, et nous restâmes longtemps immobiles au milieu du hall, sourds au monde.
— Tu es là… Enfin… murmura-t-elle contre mes lèvres. Tu es vraiment là.
Nous nous embrassâmes comme si c’était la première et la dernière fois. Ses lèvres avaient le même goût, et pourtant quelque chose d’autre s’y était ajouté. Une distance déjà vécue. Une absence qui s’était installée entre nous même quand nous étions collés l’un à l’autre. La première nuit resta gravée en moi. Dès que la porte de sa chambre se referma, nous nous déshabillâmes sans un mot. Nos mains tremblaient. Quand je la pénétrai, ce fut avec une violence contenue, presque animale. Elle s’accrocha à moi, planta ses ongles dans mon dos, gémit mon nom comme une prière. Nous jouîmes ensemble, le corps secoué de spasmes. Puis le silence. Long. Clara resta allongée sur mon torse, la joue collée à mon cœur. Après un moment, elle murmura, la voix basse :
— J’ai peur que tu t’habitues à mon absence.
Je ne répondis rien. Je la serrai plus fort. Mais la phrase resta en moi, comme une graine de doute. Elle avait mis des mots sur ce que je n’osais pas encore penser.
Une autre nuit, nous sortîmes sur la plage de Santa Monica. Il n’y avait presque personne. Nous nous allongeâmes sur une serviette, à l’abri d’un rocher. Clara me chevaucha lentement, le visage tourné vers l’océan. Chaque mouvement était chargé d’une tendresse désespérée. Je la regardais, ses seins qui bougeaient, ses yeux fermés, et je savais que chaque caresse était déjà un adieu anticipé. Quand elle jouit, elle se pencha, posa son front contre le mien, et murmura « Je t’aime » comme si elle voulait graver ces mots dans ma peau pour toujours. Après, nous restâmes allongés côte à côte, écoutant le bruit des vagues. Le silence entre nous n’était plus le même qu’avant.
Pendant les jours qui suivirent, nous essayâmes de combler ce vide avec nos corps. Nous faisions l’amour le matin, l’après-midi, la nuit. Nous nous touchions sans cesse, comme si la peau pouvait réparer ce que le temps avait commencé à abîmer. Mais parfois, au milieu d’un baiser, je sentais que quelque chose avait changé. Pas l’amour. L’évidence.
Une fois, sur la plage, elle me demanda si j’avais parfois peur. J’ai répondu non. C’était un mensonge. J’avais peur. Peur de m’habituer. Peur de ne plus m’habituer. Peur que le temps fasse son travail sans nous demander notre avis.
Ces deux semaines furent un tourbillon de bonheur retrouvé. Clara voulait tout me montrer. Nous arpentâmes Hollywood Boulevard, marchâmes pieds nus sur la plage de Santa Monica au coucher du soleil.
Deux semaines plus tard, de retour en France, je reçus une lettre de Mme G. :
« Cher Paolo, nous organisons une petite surprise pour l’anniversaire de Clara. Dans quelques jours tu recevras ton billet d’avion. Nous savons à quel point l’amour que vous vous portez est important.
Je compte sur toi pour garder le secret.
Mme G. »
Mon cœur fit un bond violent. Je gardai le secret comme un trésor.
L’hiver était déjà loin. Les semaines avaient passé, grises, monotones. Et soudain, ce billet d’avion.
Deux semaines plus tard, je descendis de l’avion à Los Angeles. Mme G. et Nathalie m’attendaient. Elles m’expliquèrent en souriant que Clara ne se doutait de rien.
En fin d’après-midi, le jardin avait été décoré avec discrétion. Nous nous cachâmes.
Clara rentra de l’université, son sac sur l’épaule. Dès qu’elle posa le pied dans le jardin, tout le monde surgit en criant « Surprise ! ».
Son visage s’illumina de stupeur, puis ses yeux vert émeraude se posèrent sur moi. Elle fondit en larmes. Je m’avançai. Elle se jeta dans mes bras avec une force presque désespérée.
— Mon amour… c’est toi… c’est vraiment toi…
La fête fut chaleureuse, pleine de rires et de toasts. Mais je ne voyais qu’elle.
Je lui offris une bague toute simple, un anneau d’argent fin gravé d’un motif discret. À son poignet, je passai ensuite un bracelet identique à celui que je portais moi-même depuis des mois : deux maillons entrelacés.
— Ce n’est pas un bijou, murmurai-je en embrassant l’intérieur de son poignet.
— C’est une part de moi contre ta peau. Où que tu sois, je serai toujours là.
— C’est une part de moi contre ta peau. Où que tu sois, je serai toujours là.
Ses yeux s’embuèrent. Elle glissa la bague à son doigt et pressa le bracelet contre sa joue, comme si elle y cherchait déjà la chaleur de ma présence.
Dès que les invités commencèrent à partir, nous nous éclipsâmes.
Cette nuit fut inoubliable.
Dans sa chambre, nous nous déshabillâmes lentement, presque religieusement. Mes mains glissaient sur sa peau. La bague d’argent brillait encore à son doigt. Quand je la pénétrai, ce fut avec une lenteur solennelle. Elle ferma les yeux. Je sentis le métal froid du bracelet contre ma nuque quand elle passa ses bras autour de moi.
L’orgasme nous emporta ensemble, puissant et doux.
Nous restâmes enlacés des heures, murmurant des mots d’amour, conscients que cette nuit marquait une étape : nous n’étions plus des amants séparés par l’océan, mais deux âmes liées.
Puis, allongée à demi-nue sur le lit, Clara se tourna vers moi. Ses doigts traçaient des cercles sur mon torse. Elle resta silencieuse un long moment avant de demander, d’une voix presque timide :
— Est-ce que tu as déjà touché d’autres filles… depuis que je suis partie ?
Le silence qui suivit fut plus lourd que toutes les réponses possibles. Je la regardai. Ses yeux verts cherchaient les miens. J’aurais pu mentir. J’aurais dû. Mais quelque chose en moi refusa.
— Une fois. Une seule fois. Je n’ai même pas… fini.
Elle ne dit rien. Elle posa simplement sa tête contre mon épaule.
Une micro-faille venait de s’ouvrir entre nous, invisible et pourtant réelle.
Cette nuit-là, après qu’elle se fut endormie contre moi, je restai longtemps éveillé. Je regardais le plafond. Je sentais le poids de sa tête sur mon épaule, et en même temps le poids de ce que je venais de dire. J’avais l’impression d’avoir ouvert une porte que nous ne pourrions plus refermer.
Le lendemain matin, elle fut tendre. Très tendre. Mais d’une tendresse différente, presque cérémonieuse, comme si elle voulait me rappeler ce que personne d’autre ne pourrait jamais lui prendre. Ou me prendre.
Pourtant, les adieux arrivèrent trop vite. À l’aéroport, la séparation fut déchirante. Nous nous tenions serrés l’un contre l’autre, incapables de nous lâcher. L’appel final d’embarquement retentit une première fois, puis une deuxième. Nous restâmes encore. Le goût de ses larmes se mélangeait au mien. Ses ongles s’enfonçaient dans mon dos, comme si elle voulait me garder par la force. Nos mains restèrent jointes bien après que le monde autour de nous ait commencé à s’agiter. Les gens nous contournaient, pressés, indifférents.
— Je t’aime… reviens-moi vite, soufflait-elle, la voix brisée.
Je promis, la gorge nouée. Les mots sortaient, mais ils sonnaient déjà comme une prière plus que comme une certitude. Quand je dus enfin passer le contrôle, elle se retourna une dernière fois. Derrière la vitre, elle posa sa paume contre le verre. Je fis le même geste. Nos mains se touchaient à travers la transparence froide. Ses yeux ne me quittaient pas. Puis elle s’éloigna, et je restai là, la main encore collée à la vitre, jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement. Le verre restait froid sous ma paume. Le monde reprenait son cours autour de moi, mais moi j’étais resté de l’autre côté. Je restai encore plusieurs minutes devant la vitre vide. Les gens passaient, les annonces retentissaient, les valises roulaient. Personne ne savait que mon univers venait de se fendre en deux. Personne ne pouvait le savoir.
Dans l’avion, je fermai les yeux. Les images de la nuit précédente se mêlaient à celles de l’aéroport. Son visage derrière la vitre. Sa main contre le verre. Le goût de ses larmes. Je regardai Los Angeles s’éloigner par le hublot. Le cœur en miettes.
Une pensée froide me traversa l’esprit :
Et si l’océan n’était pas assez large ?
J’avais vingt ans, l’âge où tout semblait encore possible. Pourtant, pour la première fois, une voix sourde murmurait au fond de moi.
Je recommençai à sortir le soir. Plus tard. Plus loin. Avec des gens qui ne connaissaient pas son nom. Des rires qui ne ressemblaient pas aux siens. Des corps qui ne savaient rien de nous. Chaque fois, je rentrais plus vide qu’avant. Je n’essayais même plus vraiment de rencontrer quelqu’un. Je sortais pour le bruit, pour la lumière, pour ne pas rester seul avec le silence. Mais le silence me suivait partout. Il s’installait entre les conversations, entre les rires, entre les verres. Il avait le goût de Clara.
Une lettre de Clara arriva quelques jours plus tard. Je l’ouvris avec un mélange de ferveur et de peur. Les mots d’amour étaient toujours là. Mais quelque chose, encore une fois, avait bougé dans l’espace entre les lignes. Une phrase un peu trop légère. Une allusion à une soirée. Un silence entre deux paragraphes. Je la relus deux fois, puis la rangeai avec les autres.
Le goût du manque restait dans ma bouche.
Le bracelet que je lui avais passé au poignet me brûlait maintenant comme une accusation. Je le serrai jusqu’à ce que la peau blanchisse autour.
L’été 1991 approchait. Et quelque part, je savais déjà que la distance avait commencé son vrai travail.
Et s’il n’y avait pas assez d’océan pour contenir tout cet amour ?
Et s’il n’y avait pas assez de nous ?
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