Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'appel des Abysses — Chapitre 4
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'appel des Abysses
Chapitre 4
Chapitre 4
De retour chez moi après avoir laissé Mako à la crique, je traverse le village dans un état second, la tête dans les nuages, les pensées flottant comme des méduses luminescentes dans les abysses que je viens de découvrir. Le ciel est clair ce soir-là, pas de pluie, seulement une brise légère qui fait onduler les herbes hautes autour des ruelles et porte l'odeur salée de la mer mêlée à celle du bois brûlé dans les cheminées des maisons voisines. Mes bottes claquent sur les pavés encore chauds du soleil couchant, chaque pas résonnant comme un écho distant dans ma tête, mais je ne les entends pas vraiment. Mon corps est encore vibrant de l'expérience – la transformation sous l'eau, les cités de corail qui s'étendent comme des rêves vivants, le baiser de Mako qui m'a insufflé ce souffle magique, l'amour sur la plage où nos corps se sont unis dans une tendresse infinie.
Je sens encore les membranes entre mes doigts et orteils, bien qu'elles aient disparu une fois à l'air libre, laissant seulement un picotement résiduel, une sensation fantôme qui me rappelle que ce n'était pas un rêve. Mon manteau est léger sur mes épaules, le tissu encore imprégné de l'odeur de sable chaud et de sel, et je marche d'un pas presque flottant, le cœur gonflé d'une joie étrange et d'un manque déjà lancinant.
En poussant la porte de ma maison, le grincement familier des gonds rouillés me ramène un instant à la réalité. L'intérieur est sombre, seulement illuminé par la lueur pâle d'une lampe que j'avais laissée allumée le matin, projetant des ombres allongées sur les murs craquelés. L'odeur de bois humide et de sel imprègne l'air, mêlée à celle du feu éteint dans la cheminée. Je retire mes bottes près de l'entrée, les laissant goutter légèrement sur le plancher usé, et je monte directement à l'étage, sans même allumer d'autres lumières. Ma chambre est modeste : un lit étroit aux draps froissés, une petite table de chevet avec une lampe à pétrole et un livre jauni sur la navigation, une fenêtre aux volets mi-clos donnant sur le port lointain où les lumières des bateaux dansent comme des étoiles aquatiques.
Je me déshabille lentement, mes vêtements tombant au sol en un tas désordonné, et je m'allonge nu sous les couvertures, la peau encore sensible, comme si l'eau des abysses avait laissé une trace invisible.
Mais le sommeil ne vient pas tout de suite. Je repense sans cesse à ce que je viens de vivre, une grande partie de la nuit se passant à revivre chaque détail dans ma tête. Mako occupe toutes mes pensées – son sourire timide sous l'eau, ses yeux verts brillant dans l'obscurité des profondeurs, sa queue ondulante qui me guide à travers les courants, son corps nu contre le mien sur la plage, la façon dont il a gémi sous mes caresses, la chaleur de ses lèvres quand il m'a insufflé ce souffle pour me réchauffer. Même avec une fille, je n'ai jamais ressenti ce manque viscéral, cette absence qui creuse un vide au creux de mon estomac, comme si une partie de moi était restée en bas, dans les cités de corail. Les filles que j'ai connues – des rencontres passagères au port, des nuits oubliées dans des bars enfumés – n'ont jamais laissé cette empreinte, cette obsession qui me fait fixer le plafond comme si je pouvais voir à travers lui jusqu'à l'océan.
Avec Mako, c'est différent ; c'est comme si son chant avait imprégné mon âme, me rendant accro à sa présence, à son toucher, à ce monde qu'il m'a révélé. Je me tourne sur le côté, ferme les yeux, mais les images reviennent : les tours luminescentes, les sirènes nageant gracieusement, le père de Mako avec son trident imposant. Le manque est physique, une douleur sourde qui me fait serrer les poings sous les draps, me demandant comment je pourrai attendre jusqu'à la prochaine rencontre.
Enfin, le sommeil me surprend, me tirant dans ses filets comme un pêcheur imprudent. Mais ce soir-là, en m'endormant, je fais des rêves bizarres où je suis sous l'eau, comme si j'avais toujours vécu sous l'eau, comme si ma vie entière n'avait été qu'une illusion à la surface. Le rêve commence doucement : je flotte dans les abysses, mon corps nu et libre, sans besoin de respirer, l'eau glissant sur ma peau comme une caresse éternelle. Je nage avec une facilité instinctive, mes jambes fusionnées en une queue puissante, d'une couleur bleu nuit profonde, avec des reflets dorés qui scintillent à chaque mouvement, comme si des fils d'or avaient été tissés dans les écailles. Mes nageoires sont dorées elles aussi, longues et élégantes, bordées d'un liseré lumineux qui brille faiblement dans l'obscurité, captant les rares rayons qui filtrent des profondeurs.
Elles battent l'eau avec une grâce que je n'ai jamais connue, me propulsant à travers les courants avec une précision parfaite, comme si j'avais toujours su comment faire.
Les cités de corail s'étendent autour de moi, plus vastes que dans la réalité, des tours immenses s'élevant vers une surface invisible, illuminées par des milliers de créatures bioluminescentes qui dansent comme des étoiles tombées dans l'océan. Je vois des tritons et des sirènes partout – des familles nageant ensemble, des enfants riant en pourchassant des poissons multicolores, des anciens rassemblés autour d'une fontaine de lumière, leurs voix résonnant en chants harmonieux qui vibrent dans mon corps comme une musique intérieure. Dans ce rêve, je ne suis pas un intrus ; je suis l'un d'eux.
Je nage aux côtés de Mako, nos queues entrelacées – ma queue bleu nuit à reflets dorés contre la sienne vert eau chatoyant – nos mains jointes, explorant des grottes cachées où des perles luminescentes flottent comme des bulles vivantes, révélant des fresques anciennes sur les parois : des scènes de massacres par les humains, des tritons et sirènes fuyant vers les profondeurs, des chants de vengeance qui résonnent encore dans l'eau comme un écho éternel.
Je sens l'eau comme une extension de mon corps, les courants me portant sans effort, le froid des abysses réconfortant plutôt qu'oppressant. Je chasse avec Mako, nos corps filant à travers un banc de poissons argentés, mes nageoires dorées battant l'eau avec une puissance instinctive, mes mains – ou plutôt mes palmes – attrapant une proie avec une précision parfaite. Nous mangeons ensemble, crus et frais, le goût salé explosant sur ma langue comme une explosion de vie, les écailles de la queue frémissant légèrement à chaque bouchée. Puis, nous nous reposons dans une alcôve de corail doux, nos corps enlacés, ses lèvres sur les miennes insufflant non pas de l'air, mais une énergie vitale qui me fait me sentir éternel. Le rêve est si réel que je sens la pression de l'eau sur ma peau, le goût du sel dans ma bouche, le battement de mon cœur synchronisé avec les pulsations des vagues lointaines.
Je vis des jours entiers sous l'eau dans ce rêve, apprenant les chants des ancêtres, participant à des rituels où des sirènes dansent en cercles lumineux, leurs voix guérissant les blessés, leurs cheveux longs flottant comme des voiles dans les courants. Je combats aux côtés du père de Mako, mon trident en corail tranchant les courants pour repousser des menaces invisibles, des ombres humaines qui descendent des profondeurs avec des filets mortels. Ma queue bleu nuit à reflets dorés fouette l'eau avec une force que je n'ai jamais connue, mes nageoires dorées brillant comme des lames dans l'obscurité, et je protège Mako avec une férocité instinctive, comme si j'avais toujours été là, comme si j'étais né pour ce rôle.
Le rêve s'étire, me montrant des aspects plus intimes : des unions avec Mako sous l'eau, nos corps flottant en apesanteur, nos caresses amplifiées par les courants qui portent nos mouvements, nos gémissements résonnant comme des chants dans l'immensité bleue. Je sens chaque sensation comme si elle était réelle – la chaleur de sa peau contre la mienne, le glissement de l'eau entre nos corps, le plaisir qui monte comme une marée inexorable, ma queue bleu nuit à reflets dorés ondulant autour de la sienne dans une danse lente et sensuelle. Puis, des visions plus sombres : des humains descendant avec des harpons, massacrant des sirènes et tritons, le sang teignant l'eau de rouge, et moi, luttant pour protéger Mako, mon trident brisé, mon corps blessé mais résistant grâce au souffle ancestral.
Le rêve est si détaillé, si immersif, que je sens les odeurs sous-marines – le sel, les algues, le poisson frais – et les sons – les chants lointains, le bruit des bulles montant vers la surface, le battement de queues collectives. Quand je me réveille enfin, au petit matin, je suis en sueur, le corps encore vibrant de ces sensations, et je me demande si c'était vraiment un rêve ou un souvenir enfoui, une prémonition de ce que Mako m'a promis.
Le lendemain, le soleil se lève timidement derrière un voile de nuages grisâtres, jetant une lumière pâle sur le port où l'eau clapote doucement contre les piliers en bois usés. Je me lève avec difficulté, le corps encore marqué par l'insomnie et les rêves intenses de la nuit, les muscles endoloris comme après une longue nage. Je m'habille mécaniquement – un pantalon taché de sel, une chemise à manches longues bleue délavée, des bottes éraflées – et descends au port, l'air frais du matin piquant mes joues. Le chalutier est là, réparé sommairement, le mât auxiliaire renforcé par des cordages neufs qui grincent déjà sous le vent léger. Marco est le premier à bord, ajustant les filets avec ses gestes brutaux habituels, Luis sifflote une mélodie discordante en chargeant des caisses vides, et Tom est assis sur un tonneau, les yeux perdus dans le vague, mais quand je monte à bord, il me jette un regard furtif, chargé de cette suspicion résiduelle de la veille.
Le patron hurle le départ, et nous partons en mer, le bateau tanguant sur les vagues calmes du matin, l'horizon s'ouvrant devant nous comme un voile bleu infini. Je prends ma place habituelle à la proue, les mains crispées sur la rambarde rouillée, et comme chaque fois, je scrute l'eau, espérant un signe de Mako. Les vagues se brisent contre la coque avec un bruit régulier, envoyant des éclaboussures salées qui piquent mes lèvres, et je fixe les reflets dansants sur la surface, cherchant une ombre fluide, un éclat vert-bleu. À chaque fois que nous sortons en mer, c'est la même obsession : je regarde si je le vois, mon cœur battant plus fort à l'idée de sa présence cachée. Et aujourd'hui, plus que jamais, après les rêves de la nuit, je sens ce manque viscéral, cette attirance qui me pousse à fouiller l'océan des yeux.
Une heure après le départ, alors que le soleil perce enfin les nuages, jetant des rayons dorés sur l'eau, je l'aperçois : les reflets de Mako suivant le bateau de près, une ombre gracieuse et rapide qui danse juste sous la surface, sa queue vert eau chatoyant captant la lumière en éclats fugaces. Il reste discret, évitant les filets, mais sa présence est là, rassurante, comme un gardien invisible. Cela me fait sourire d'un seul coup, un sourire rare et sincère qui étire mes lèvres malgré la fatigue, car je sais qu'il est près de moi, qu'il me suit, qu'il me protège peut-être. Ce sourire me réchauffe de l'intérieur, chassant l'ombre de Tom et de ses questions.
Mais c'est à ce moment que je le vois : Tom, debout à quelques mètres, les yeux fixés sur moi, puis sur l'eau où je regardais. Son regard est inquisiteur, plissé contre le soleil, et il s'approche, les bras croisés sur sa poitrine, sa casquette rabattue sur les yeux.
— Ayden… qu'est-ce que t'as vu ? Et qu'est-ce qui te fait sourire d'un seul coup ? Toi qui ne souris pas souvent, je trouve ça étrange.
Sa voix est basse, mais chargée de cette curiosité insistante qui me rappelle la veille. Je sens mon sourire s'effacer légèrement, le cœur battant.
— Rien. Juste… une belle journée. L'eau est calme.
Il secoue la tête, jetant un regard à l'eau où Mako a disparu.
— Non. T'as vu quelque chose. T'étais fixé sur un point. Et ce sourire… c'était pas pour la météo.
Je hausse les épaules, essayant de paraître nonchalant.
— Un dauphin, peut-être. Ils suivent parfois les bateaux. Ça m'a fait sourire, c'est tout.
Tom reste silencieux, scrutant l'eau un moment, puis me regarde à nouveau.
— Un dauphin ? Ouais, peut-être. Mais t'es bizarre ces temps-ci, Ayden. Toujours à fixer l'eau comme si tu attendais quelqu'un.
Je détourne les yeux, reprenant ma tâche avec les filets, mais je sens son regard sur moi tout le reste de la journée. À chaque fois que je scrute l'eau, espérant revoir Mako, je le vois : Tom m'observant, ses yeux suivant les miens, comme s'il cherchait à percer mon secret. La tension monte, le bateau tanguant sur les vagues, et je me force à me concentrer sur le travail, mais l'ombre de sa suspicion plane comme un nuage sur l'horizon.
Les jours suivants se transforment en une attente interminable, un vide qui s'installe au creux de ma poitrine comme une ancre pesante, me clouant à la routine du village sans que je puisse m'en échapper. Chaque soir, après le travail sur le chalutier – les filets lourds à hisser, les caisses de poissons glissants à trier sous les cris rauques de Marco, les blagues forcées de Luis qui sonnent de plus en plus creuses, les regards furtifs de Tom qui me suivent comme une ombre – je me rends à la petite crique, le cœur battant d'un espoir ténu mais persistant. Je prends toujours des affaires pour Mako : un sac usé sur l'épaule contenant un pantalon kaki plié soigneusement, une chemise grise ample pour couvrir son torse musclé, une paire de chaussures simples en cuir usé et une serviette épaisse en coton blanc pour le sécher, au cas où il émergerait enfin de l'eau.
Le chemin vers la crique est familier maintenant, les falaises abruptes se dressant comme des gardiens silencieux, le sable fin crissant sous mes bottes, l'odeur salée de la mer mêlée à celle des algues séchées par le soleil et des herbes sauvages qui poussent dans les fissures de la roche. Mais chaque fois, l'eau reste calme, turquoise sous le ciel du crépuscule, sans un splash, sans une ombre fluide sous la surface. Mako n'est pas là. Je m'assois sur le rocher sentinel, les jambes pendantes au-dessus de l'eau, scrutant l'horizon où le soleil plonge lentement, peignant l'eau de reflets orange et rouges, et j'attends, le cœur serré par l'absence.
Le premier soir, je reste jusqu'à la nuit tombée, les étoiles commençant à percer le voile noir, le froid s'insinuant dans mes os malgré le manteau épais que j'ai enfilé par-dessus ma chemise. Je me dis que c'est normal – peut-être est-il surveillé par son père, ce triton imposant au trident luminescent dont la simple présence m'avait fait frissonner. Le deuxième soir, l'attente est plus lourde, les vagues clapotent contre les rochers comme un reproche sourd, et je fouille l'eau des yeux, espérant un éclat vert-bleu, un remous léger, un signe quelconque. Rien. Le troisième soir, je apporte même un peu de nourriture – un sandwich au poisson frais enveloppé dans du papier kraft, avec une pomme rouge et une bouteille d'eau – pensant qu'il pourrait avoir faim s'il émerge, mais la crique reste déserte, seulement animée par le cri distant des mouettes et le bruit régulier des vagues qui viennent lécher le sable.
Chaque jour, le manque grandit, une douleur sourde qui me ronge de l'intérieur, me faisant réaliser que même avec les filles que j'ai connues – des rencontres passagères au port, des nuits oubliées dans des bars enfumés, des caresses rapides et sans lendemain – je n'ai jamais ressenti cette absence viscérale, ce vide qui me pousse à fixer l'eau comme un fou, le cœur battant à chaque reflet qui pourrait être lui.
Les nuits sont pires : je rentre chez moi, la maison vide et silencieuse, le dîner solitaire devant la cheminée crépitante où les flammes projettent des ombres dansantes sur les murs. Je mange sans appétit, le goût fade dans la bouche, et je repense à Mako, à son corps nu sur la plage, à ses gémissements mélodieux, à cette connexion qui défie tout ce que je connais. Je n'arrive pas à dormir, tournant en rond dans le salon, les pas résonnant sur le plancher usé, l'écaille sur le rebord de la cheminée me narguant de sa lueur chatoyante, verte et bleue comme ses yeux. Au quatrième soir, l'espoir commence à s'effriter, remplacé par une inquiétude lancinante – et si son père l'avait puni ? Et si les sentinelles l'avaient empêché de remonter ? Je reste plus longtemps, jusqu'à ce que la lune se lève, illuminant l'eau d'une lueur argentée, mais rien.
Le cinquième soir, je parle à voix haute, murmurant son nom dans le vent, espérant que le son porte sous l'eau, mais seul l'écho des vagues me répond. Le sixième, j'apporte une lampe à pétrole pour éclairer la crique, scrutant les ombres sous la surface, le cœur battant à chaque remous. Rien. Le septième, la fatigue s'installe, mes yeux cernés par les nuits blanches, mes épaules lourdes, mais je persiste, le sac posé à mes côtés comme un talisman. Le huitième, la solitude pèse, me faisant douter – est-ce réel ? Ou ai-je imaginé tout ça ? Mais l'écaille est là, preuve tangible, et je retourne à la crique, attendant en vain.
C'est au bout de neuf jours, au neuvième soir, que tout change. Le soleil se couche dans un embrasement de rouge et d'orange, l'eau scintillant comme un miroir en fusion, et je m'assois sur le sable, le sac à mes côtés, résigné mais toujours espérant. Puis, un murmure – un splash discret, un remous doux qui brise le rythme des vagues. Je me relève un peu, le cœur cognant, et je le vois : Mako sortant de l'eau, son corps émergeant lentement, sa queue vert eau chatoyant se métamorphosant sous mes yeux en jambes fines et musclées. Il est entièrement nu, l'eau ruisselant sur sa peau hâlée, gouttant de ses cheveux sombres qui collent à son cou, de ses épaules larges, de son torse sculpté où les gouttes suivent les contours de ses muscles.
Il marche maladroitement vers moi, ses jambes encore instables sur le sable fin, comme s'il réapprenait à utiliser cette forme humaine, et quand il arrive à ma hauteur, il se penche, ses lèvres effleurant les miennes en un baiser passionné. À chaque baiser, je ressens toujours cette chaleur intense, ce flux vibrant qui se répand en moi, accroissant mon désir pour Mako, me faisant frissonner de la tête aux pieds.
Je lui tends les vêtements du sac, mes mains tremblantes.
— Tiens. Mets ça.
Il s'habille lentement, le pantalon kaki glissant sur ses jambes humides, la chemise grise couvrant son torse, et je ne peux détacher mes yeux de lui, fasciné par sa grâce même dans ces mouvements maladroits. Une fois vêtu, je lui demande, la voix basse.
— Tu veux venir chez moi ?
Mako hoche la tête, un sourire timide aux lèvres.
— Oui.
Durant le trajet de retour, le chemin sinueux entre les falaises et les ruelles du village, illuminé par la lune naissante, je ne peux m'empêcher de lui demander, la voix chargée d'émotion.
— Pourquoi tu n'es pas revenu me voir ? Tu m'as manqué. Chaque soir, j'étais là, à attendre.
Mako marche à mes côtés, boitant légèrement, et baisse les yeux.
— Mon père m'a vu aller vers la surface. Il m'a surveillé sans cesse. Les sentinelles aussi. Je ne pouvais pas risquer. Mais toi aussi, tu m'as manqué.
Sa voix est veloutée, et je sens une chaleur monter en moi à ces mots.
Une fois chez moi, la porte refermée derrière nous, le silence de la maison enveloppant nos corps, Mako s'approche de moi avec une urgence nouvelle, ses yeux verts brillant d'un désir contenu. Il m'embrasse avec plein de désir, ses lèvres pressant les miennes avec une fougue qui me fait reculer contre le mur, ses mains glissant sur ma nuque, tirant mes cheveux doucement. À chaque baiser, cette chaleur inexplicable monte, se répandant dans mes veines comme un feu liquide, accroissant mon désir pour lui jusqu'à ce qu'il devienne insupportable. Mako murmure contre ma bouche, sa voix rauque.
— Je veux encore m'accoupler avec toi.
Je ris doucement, le souffle court, mes mains sur ses hanches.
— Faire l'amour, Mako. On dit faire l'amour.
Il sourit, ses lèvres effleurant mon cou, et nous nous dirigeons vers le canapé, nos corps déjà entrelacés. La scène qui suit est un tourbillon de sensations, chaque geste détaillé, chaque toucher amplifié par l'attente des neuf jours passés. Je le déshabille lentement, déboutonnant la chemise grise pour révéler son torse sculpté, mes doigts traçant les contours de ses muscles, effleurant les tétons qui durcissent sous mes caresses. Mako gémit, ses mains retirant mon manteau, ma chemise, ses ongles grattant doucement mon dos. Nu l'un contre l'autre, je l'allonge sur le canapé, mes lèvres descendant sur son cou, mordillant la peau hâlée, descendant vers son torse, ma langue tournant autour d'un téton, puis l'autre, sentant son corps se cambrer sous moi. Ses mains dans mes cheveux me guident, et je continue, mes baisers traçant un chemin sur son ventre plat, mes doigts effleurant son intimité qui durcit, la peau veloutée sous mes paumes.
Mako halète, ses yeux verts verrouillés dans les miens.
— Je veux… te prendre cette fois.
Je hoche la tête, le désir me consumant, et je le guide, m'allongeant sur le dos, l'attirant sur moi. Ses mains explorent mon corps, caressant ma poitrine, descendant vers mon sexe durci, le serrant doucement, provoquant des frissons. Il s'aligne, pousse lentement, et cette fois, il y arrive – millimètre par millimètre, sentant la résistance céder, sa chaleur m'envahissant avec une intensité qui me fait gémir. La douleur initiale est vive, un étirement lancinant, mais elle se transforme en plaisir pur, ses mouvements lents et tendres, nos regards verrouillés transmettant une connexion profonde. Mako halète, ses hanches, ondulant doucement, et je sens chaque va-et-vient comme une vague, le plaisir montant en moi, mes mains sur ses fesses, l'encourageant.
Il accélère légèrement, mais reste tendre, ses lèvres effleurant les miennes, et je prends énormément de plaisir, des ondes de chaleur irradiant de mon centre, mes gémissements se mêlant aux siens jusqu'à l'explosion, un orgasme puissant qui me traverse comme une marée, Mako me suivant dans la jouissance.
Essoufflés, enlacés sur le canapé, je murmure à Mako.
— Tu veux manger ? Goûter ce que je mange ?
Il hoche la tête, curieux.
— Oui.
Je me lève, enfile un pantalon loose, et vais dans la cuisine, préparant une omelette aux champignons – des champignons frais ramassés au marché, coupés en tranches fines, sautés dans du beurre avec des oignons émincés, puis mélangés à des œufs battus avec une pincée de sel et de poivre. L'odeur remplit la maison, et Mako, rhabillé sommairement, s'approche, sniffant l'air.
— Ça sent… la terre et le chaud.
Je lui sers une assiette, et il goûte, ses yeux s'écarquillant.
— C'est bon ! Chaud et doux.
Il adore, mangeant avec appétit, et je souris, le regardant. Puis, Mako regarde autour, ses yeux se posant sur la grosse malle au coin du salon, un coffre en bois ancien aux ferrures rouillées.
— Qu'est-ce que c'est ?
Je soupire.
— Ça appartenait à ma mère. Je ne l'ai jamais ouverte depuis son décès.
Mako hoche la tête.
— C'est bien de se souvenir de ses proches. Ouvre-la. Avec moi.
J'hésite, puis ouvre la malle avec Mako. À l'intérieur : des petits cadeaux que j'avais faits tout petit – des dessins maladroits de bateaux, des coquillages peints, des figurines taillées dans du bois flotté – des petits mots jaunis de ma mère, remplis d'amour, et des bijoux : colliers de perles, broches en argent, et un diadème fait en corail rouge, un collier qui d'apparence ressemble à un diadème simple, aux branches entrelacées comme des vagues figées. Mako le prend, le regarde attentivement, ses doigts traçant les motifs avec une lenteur presque révérencielle, ses yeux verts s'écarquillant comme s'il voyait un fantôme. Le corail rouge est poli, brillant sous la lumière de la lampe, avec des veines subtiles qui semblent pulser légèrement, comme si l'objet était vivant. Je fronce les sourcils, une sensation étrange m'envahissant – pourquoi ce diadème semble-t-il familier à Mako ? D'où vient-il ?
Ma mère l'avait-elle trouvé en mer, ou était-ce un héritage familial que je n'avais jamais questionné ? Mako tourne l'objet dans ses mains, examinant chaque courbe, chaque incrustation, et je sens un malaise grandir, plein de questions : est-ce un artefact des abysses ? Comment est-il arrivé chez ma mère ? Mako sait-il quelque chose que j'ignore ?
— Ce diadème… il ne m'est pas inconnu. Puis-je l'emprunter ? Je te le ramènerai.
Je suis surpris, mais lui fais confiance.
— Oui.
Je raccompagne Mako à la crique, la nuit claire, les étoiles scintillantes au-dessus. Sur la plage, je l'embrasse avec fougue, nos corps pressés, et Mako murmure.
— Je serai là demain à la tombée de la nuit.
Il se déshabille, plonge dans l'eau, remonte pour faire signe et dire « à demain », puis plonge, laissant des remous. Je reste dans mes pensées, rentre chez moi, et refais des rêves comme la veille – sous l'eau, ma queue bleu nuit à reflets dorés, nageoires dorées, vivant comme un triton, et des tritons et sirènes me saluent en baissant le regard.
Le rêve commence doucement : je flotte dans les abysses, mon corps nu et libre, sans besoin de respirer, l'eau glissant sur ma peau comme une caresse éternelle. Je nage avec une facilité instinctive, mes jambes fusionnées en une queue puissante, d'une couleur bleu nuit profonde, avec des reflets dorés qui scintillent à chaque mouvement, comme si des fils d'or avaient été tissés dans les écailles. Mes nageoires sont dorées elles aussi, longues et élégantes, bordées d'un liseré lumineux qui brille faiblement dans l'obscurité, captant les rares rayons qui filtrent des profondeurs. Elles battent l'eau avec une grâce que je n'ai jamais connue, me propulsant à travers les courants avec une précision parfaite, comme si j'avais toujours su comment faire.
Les cités de corail s'étendent autour de moi, plus vastes que dans la réalité, des tours immenses s'élevant vers une surface invisible, illuminées par des milliers de créatures bioluminescentes qui dansent comme des étoiles tombées dans l'océan. Je vois des tritons et des sirènes partout – des familles nageant ensemble, des enfants riant en pourchassant des poissons multicolores, des anciens rassemblés autour d'une fontaine de lumière, leurs voix résonnant en chants harmonieux qui vibrent dans mon corps comme une musique intérieure.
Et partout où je passe, ils me saluent en baissant le regard – les tritons aux corps robustes et aux écailles sombres inclinent la tête avec respect, leurs tridents croisés sur la poitrine en signe de déférence ; les sirènes aux formes graciles et aux cheveux longs flottant comme des voiles baissent le regard, leurs mains jointes devant elles dans un geste de soumission et de reconnaissance, comme si j'étais quelqu'un d'important, quelqu'un qu'ils ont toujours connu. Leurs yeux verts ou bleus, brillants dans l'obscurité, se posent sur moi avec une révérence silencieuse, et je sens une appartenance profonde, comme si j'étais revenu chez moi après une longue absence.
Dans ce rêve, je ne suis pas un intrus ; je suis l'un d'eux. Je nage aux côtés de Mako, nos queues entrelacées – ma queue bleu nuit à reflets dorés contre la sienne vert eau chatoyant – nos mains jointes, explorant des grottes cachées où des perles luminescentes flottent comme des bulles vivantes, révélant des fresques anciennes sur les parois : des scènes de massacres par les humains, des tritons et sirènes fuyant vers les profondeurs, des chants de vengeance qui résonnent encore dans l'eau comme un écho éternel. Je sens l'eau comme une extension de mon corps, les courants me portant sans effort, le froid des abysses réconfortant plutôt qu'oppressant. Je chasse avec Mako, nos corps filant à travers un banc de poissons argentés, mes nageoires dorées battant l'eau avec une puissance instinctive, mes mains – ou plutôt mes palmes – attrapant une proie avec une précision parfaite.
Nous mangeons ensemble, crus et frais, le goût salé explosant sur ma langue comme une explosion de vie, les écailles de la queue frémissant légèrement à chaque bouchée. Puis, nous nous reposons dans une alcôve de corail doux, nos corps enlacés, ses lèvres sur les miennes insufflant non pas de l'air, mais une énergie vitale qui me fait me sentir éternel. Le rêve est si réel que je sens la pression de l'eau sur ma peau, le goût du sel dans ma bouche, le battement de mon cœur synchronisé avec les pulsations des vagues lointaines. Je vis des jours entiers sous l'eau dans ce rêve, apprenant les chants des ancêtres, participant à des rituels où des sirènes dansent en cercles lumineux, leurs voix guérissant les blessés, leurs cheveux longs flottant comme des voiles dans les courants. Je combats aux côtés du père de Mako, mon trident en corail tranchant les courants pour repousser des menaces invisibles, des ombres humaines qui descendent des profondeurs avec des filets mortels.
Ma queue bleu nuit à reflets dorés fouette l'eau avec une force que je n'ai jamais connue, mes nageoires dorées brillant comme des lames dans l'obscurité, et je protège Mako avec une férocité instinctive, comme si j'avais toujours été là, comme si j'étais né pour ce rôle. Chaque triton et chaque sirène que je croise baisse le regard en me voyant, un geste de respect qui me remplit d'une fierté étrange, comme si j'étais un gardien, un héritier, un membre à part entière de ce peuple.
Le rêve s'étire, me montrant des aspects plus intimes : des unions avec Mako sous l'eau, nos corps flottant en apesanteur, nos caresses amplifiées par les courants qui portent nos mouvements, nos gémissements résonnant comme des chants dans l'immensité bleue. Je sens chaque sensation comme si elle était réelle – la chaleur de sa peau contre la mienne, le glissement de l'eau entre nos corps, le plaisir qui monte comme une marée inexorable, ma queue bleu nuit à reflets dorés ondulant autour de la sienne dans une danse lente et sensuelle. Puis, des visions plus sombres : des humains descendant avec des harpons, massacrant des sirènes et tritons, le sang teignant l'eau de rouge, et moi, luttant pour protéger Mako, mon trident brisé, mon corps blessé mais résistant grâce au souffle ancestral.
Le rêve est si détaillé, si immersif, que je sens les odeurs sous-marines – le sel, les algues, le poisson frais – et les sons – les chants lointains, le bruit des bulles montant vers la surface, le battement de queues collectives. Quand je me réveille enfin, au petit matin, je suis en sueur, le corps encore vibrant de ces sensations, et je me demande si c'était vraiment un rêve ou un souvenir enfoui, une prémonition de ce que Mako m'a promis.
Fin du chapitre 4.
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