00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ tounet777 L'appel des Abysses XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'appel des Abysses — Chapitre 9

26 minutes
1
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de tounet777
tounet777
Histoires publiées
516
Abonnés
167
J'aime cumulés
6.3k

L'appel des Abysses

Chapitre 9

Chapitre 9
Le lendemain matin, le ciel est d'un bleu pâle, presque irréel, comme si l'océan avait volé sa couleur au firmament. Je me réveille tôt, avant que le soleil ne dépasse les falaises. Je dors peu ces derniers jours ; mes rêves sont remplis de courants profonds, de voix lointaines, de Mako qui s'éloigne dans l'obscurité. Je me lève, enfile les vêtements que Luis et Marco m'ont apporté : short gris, t-shirt noir, casquette. Je regarde mon reflet dans un vieux miroir fêlé que j'ai trouvé dans la cabane. Mes yeux sont fatigués, cernés de violet, mais déterminés. Aujourd'hui, je vais montrer qui je suis. Pas pour me cacher. Pour protéger les miens.
Je marche jusqu'au petit rocher isolé à l'est de la crique. Il est 9 h 50. L'endroit est parfait : une langue de sable cachée par deux falaises hautes, accessible seulement par un sentier étroit et glissant. Personne ne passe par là. L'eau est calme, presque huileuse, et le bruit des vagues est doux, rassurant. Je m'assois sur le rocher, attends.
À 10 h précises, j'entends des pas. Luis arrive le premier, un peignoir épais plié sur le bras. Il me le tend sans un mot, avec un petit sourire nerveux.
— Au cas où, murmure-t-il. T'auras pas à rester nu après.
Je hoche la tête, reconnaissant.
— Merci, Luis.
Marco arrive juste derrière, suivi du docteur Laurent (toujours son carnet à la main, toujours aussi sérieux), de la journaliste de France 2 (Camille) et de son caméraman (un homme discret avec une petite caméra sur l'épaule). L'homme de BFMTV est là aussi, avec son enregistreur et son téléphone. Pas d'équipe supplémentaire. Pas de drone. Ils ont tenu parole.
Camille s'approche, sourire professionnel mais chaleureux.
— Bonjour, Ayden. Merci d'être venu. On est prêts quand vous l'êtes.
Je hoche la tête.
— On commence ici, sur le sable. On parle d'abord. Ensuite, j'irai dans l'eau pour la transformation. Luis reste avec le peignoir. Si je dis stop, on arrête tout. Pas de questions après. D'accord ?
Tout le monde acquiesce.
Luis pose le peignoir sur un rocher plat à côté de moi.
— Je reste juste là, dit-il. Si t'as besoin, je suis là.
Marco croise les bras, reste en retrait.
Je m'assois sur le sable, face à eux. Camille fait signe au caméraman. La lumière rouge s'allume. L'interview commence.
Camille : — Ayden, merci d'accepter cette interview. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes vraiment ?
Je respire profondément, les mains posées sur mes genoux, le sable encore frais sous mes doigts.
— Je m'appelle Ayden. Je suis né ici, dans ce village. J'ai grandi comme tout le monde : fils de pêcheur, ami de Luis et Marco, habitué des bateaux et des filets. J'ai passé toute ma vie sur ce port, à pêcher, à rire avec les autres, à boire des bières le soir. Ma mère… ma mère était une sirène. Elle est venue à la surface parce qu'elle est tombée amoureuse d'un humain. Elle a vécu avec lui, avec moi. Elle m'a élevé comme un humain. Mais des années plus tard, elle est repartie dans les abysses. Elle a simulé sa mort pour ne pas attirer l'attention sur moi. Elle a disparu un jour, et tout le monde a cru qu'elle s'était noyée. Mon père adoptif, le pêcheur humain qui m'a élevé, est mort aussi quand j'étais jeune. Accident en mer. J'ai été élevé par les voisins et la communauté après ça. J'ai toujours cru que j'étais humain. Mais il y a quelques jours… j'ai découvert qui je suis vraiment.
Camille note, les yeux brillants d'émotion.
— Votre mère… elle est repartie volontairement ?
— Oui. Elle savait que si elle restait, les humains finiraient par découvrir ce qu'elle était. Elle a préféré partir pour me protéger. Elle m'a laissé ici, avec un homme qui m'a aimé comme son fils. Mon père adoptif… il est mort noyé quand j'avais douze ans. Un accident de chalutier. J'ai perdu mes deux parents humains très jeune. J'ai grandi seul, mais entouré par le village. Les gens m'ont aidé, m'ont nourri, m'ont appris le métier. J'étais leur petit Ayden, le gamin qui nageait trop bien, qui rentrait parfois avec des poissons qu'il n'avait pas pêchés avec un filet.
Le docteur Laurent intervient.
— Et votre père biologique ? Il sait que vous êtes ici ?
— Oui. Il m'a cherché. Il n'a jamais arrêté. Mako m'a emmené le voir. J'ai retrouvé mes parents. Ils sont vivants. Ils m'attendent.
Camille demande.
— Qui est Mako ? Et comment vous êtes-vous rencontrés ?
Je souris légèrement, le souvenir réchauffant mon cœur malgré la tension.
— Mako est un triton comme moi. Il vit dans les abysses, dans un autre clan. Il m'a vu à la surface, il a senti que j'étais comme lui. Il est venu à la crique, il m'a appelé sous l'eau. On s'est rencontrés là, dans l'eau peu profonde. Il m'a embrassé. Et là… des sensations sont apparues. D'abord, une chaleur étrange dans la poitrine, comme si quelque chose se réveillait au fond de moi. Puis des images floues : une cité de corail qui brillait dans le noir, des voix qui chantaient sous l'eau, des bras qui me berçaient quand j'étais bébé. Ensuite, la sensation de la queue, de l'eau qui coulait à travers des branchies que je n'avais pas encore. J'ai eu peur. J'ai cru que j'étais fou. Mais Mako m'a tenu, il m'a calmé. Il m'a dit que c'était normal. Que c'était moi. Mais c'est mes parents qui m'ont dit mon vrai nom, Hélios-Mar, et qui m'ont appris comment me transformer. Mako m'a amené jusqu'à eux. Sans lui, je n'aurais jamais retrouvé ma famille.
Camille hoche la tête, touchée.
— Et comment vous sentez-vous par rapport à lui ?
— Je l'aime. Il est mon compagnon. Mon lien. Sans lui, je serais perdu. Il m'a sauvé d'une solitude que je ne comprenais même pas. Il m'a rendu à moi-même.
Camille demande.
— Comment avez-vous grandi ici sans savoir ?
— Ma mère ne m'a jamais rien dit. Elle est repartie trop tôt. Mon père adoptif m'a élevé normalement. J'ai cru que j'étais humain. Mais il y avait toujours quelque chose… je nageais trop bien, je restais trop longtemps sous l'eau. Les gens disaient que j'étais « bizarre », mais personne n'a jamais compris. Je sentais parfois des appels, des voix dans l'eau, mais je les prenais pour le vent ou mon imagination.
Le docteur Laurent demande.
— Votre transformation… comment ça se passe ?
— Ça fait mal. Très mal. Chaque fois. Les os se brisent, les muscles se déchirent. C'est comme si on me retournait de l'intérieur. La peau se tend, se déchire, puis se reforme en écailles. Les jambes fusionnent, les pieds s'allongent en nageoires. Les branchies s'ouvrent sur le cou, comme des plaies qui respirent. La douleur est fulgurante, électrique. Mais une fois que c'est fini… je suis libre. Je respire l'eau. Je vois dans le noir. Je nage comme si je volais.
Camille demande.
— Et votre peuple ? Combien êtes-vous ?
— Je ne sais pas exactement. Des centaines, peut-être des milliers. Nous vivons en clans, cachés dans les profondeurs. Nous avons des cités de corail et de cristal. Nous nageons avec les dauphins, les baleines. Nous parlons aux poissons. Nous réparons les récifs quand les humains les abîment. Nous ne chassons pas pour le plaisir. Nous prenons ce dont nous avons besoin.
Camille demande.
— Pourquoi avoir attendu si longtemps pour vous montrer ?
— Parce que je viens juste d'apprendre ma vraie nature. Il y a quelques jours seulement. Avant ça, je ne savais pas. Je n'avais aucune idée. Maintenant que je sais… j'ai peur. Peur de ce que les gens pourraient faire. Peur qu'on fasse du mal aux miens. Mais je ne pouvais plus me cacher. La vidéo est là. Le secret est percé. Il faut que les humains sachent que nous ne sommes pas des monstres.
Le docteur Laurent demande.
— Votre transformation… elle fait mal à chaque fois ?
— Oui. Mais on s'habitue. Et la liberté après… ça vaut la douleur.
Camille demande.
— Et votre vie maintenant ? Vous voulez rester humain ? Ou redevenir triton ?
Je regarde l'eau.
— Je veux les deux. Je veux pouvoir nager avec les miens. Mais je veux aussi rester ici, avec Luis, Marco, Marcel… avec les humains qui m'ont élevé. Je veux une paix. Une zone où on nous laisse tranquilles.
Le docteur Laurent note.
— Nous pouvons travailler là-dessus. Une réserve marine protégée. Des lois internationales. Mais il faut votre coopération.
Je hoche la tête.
— Je coopère. Mais pas de capture. Pas de cage. Pas de laboratoire.
Camille conclut.
— Merci, Ayden. C'est… c'est historique. Maintenant… est-ce qu'on peut voir la transformation ?
Je hoche la tête.
— Oui. Suivez-moi jusqu'à l'eau.
Je me lève, enlève mes chaussures, mon t-shirt, mon short. Je reste en boxer. Je marche jusqu'au bord de l'eau. L'eau est froide contre mes pieds, mais rassurante. Je regarde Camille.
— Je vais entrer dans l'eau. Vous filmez quand je suis dedans. Je me transforme. Ensuite, on termine l'interview sur le sable.
Elle hoche la tête.
— D'accord.
Je m'avance. L'eau monte jusqu'à mes genoux, puis ma taille. Je m'arrête quand elle arrive à ma poitrine. Je regarde la caméra.
— Je suis prêt.
Camille fait signe au caméraman. La lumière rouge s'allume.
Je ferme les yeux, respire profondément. Je laisse la transformation venir. Les os craquent, les muscles se déchirent, la peau se couvre d'écailles. La queue se forme, longue, puissante, bleue et dorée. Les nageoires se déploient, les branchies s'ouvrent sur mon cou. Je rouvre les yeux. Je suis Hélios-Mar. Triton. Prince des abysses.
Le caméraman zoome doucement, mais respecte mes limites. Camille murmure :
— Incroyable…
Je bats doucement de la queue pour rester en place.
— Posez vos dernières questions.
Camille demande.
— Comment vous sentez-vous maintenant ? Sous cette forme ?
— Libre. Puissant. Mais aussi vulnérable. Je sais que vous me filmez. Je sais que des millions de personnes verront ça. J'ai peur. Mais je fais confiance. Je veux que vous voyiez que nous ne sommes pas des monstres.
Le docteur Laurent demande.
— Votre queue… elle est adaptée à quelle profondeur ?
— Aux abysses. Plus de mille mètres. Nous respirons l'eau comme vous respirez l'air. Nous voyons dans le noir. Nous entendons les battements de cœur à des kilomètres.
Camille demande.
— Et votre peuple… ils savent que vous êtes ici ?
— Oui. Mako est parti les prévenir. Ils sont cachés. Ils attendent. Ils ont peur, mais ils me font confiance.
L'homme de BFMTV demande.
— Que voulez-vous dire aux humains qui regardent ?
Je regarde la caméra.
— Laissez-nous en paix. Nous ne voulons pas de guerre. Nous voulons protéger l'océan. Nous voulons vivre. Comme vous. Ne nous chassez pas. Ne nous capturez pas. Laissez-nous nager.
Camille conclut.
— Merci, Hélios-Mar. C'est… c'est tout pour aujourd'hui.
Le caméraman arrête. Je sors de l'eau, ma queue se reformant en jambes dans un craquement douloureux. Luis me tend immédiatement le peignoir. Je m'enroule dedans, tremblant.
— Ça va ? demande-t-il.
— Oui. Ça va.
Camille s'approche.
— On monte le reportage ce soir. On vous envoie le lien avant diffusion. Vous pourrez dire stop si quelque chose ne va pas.
Je hoche la tête.
— Merci.
Ils repartent, discrets. Je reste seul avec Luis et Marco.
Luis pose une main sur mon épaule.
— T'as été courageux.
Marco grogne.
— Ouais. Mais maintenant… faut attendre de voir ce que ça donne.
Je regarde la mer.
— Ouais. Faut attendre.
Mais au fond de moi, je sais que ce n'est que le début.
Le salon de ma petite maison de pêcheur n'avait jamais semblé aussi exigu. L'air y était saturé par l'odeur du vieux bois, du sel incrusté dans les rideaux et de la tension nerveuse qui émanait de nous quatre. La lumière de la fin de journée filtrait à travers les volets mi-clos, jetant des rayures dorées sur le plancher usé. Nous étions disposés comme les pièces d'un échiquier en attente du premier mouvement. Luis était assis sur le bord de mon vieux canapé, les doigts croisés si fort que ses articulations en étaient blanches. Marco, tel un roc, restait debout près de la porte, les bras croisés, son regard sombre fixé sur le poste de télévision cathodique que nous avions poussé au centre de la pièce.
À mes côtés, Mako était une présence vibrante et étrangère. Il portait l'un de mes grands sweats à capuche gris, ses mains disparaissant dans les manches trop longues. Il observait la boîte noire de la télévision avec une méfiance instinctive, comme s'il s'agissait d'une créature abyssale prête à bondir.
À vingt heures précises, le générique du journal retentit. Le son sembla exploser dans le silence de la pièce. Camille apparut à l'écran, le visage empreint d'une gravité solennelle.
— Ce que vous allez voir ce soir va changer notre perception du monde à jamais, commença-t-elle, sa voix portant jusqu'aux confins du village.
Puis, les images que nous avions tournées à la crique défilèrent. Je me vis, assis sur le rocher, expliquant avec une voix que je ne reconnaissais pas — une voix plus profonde, plus ancienne — l'existence de notre peuple. Et enfin, vint la transformation. La caméra capta chaque détail : le frisson qui parcourut ma peau, l'éclosion soudaine des écailles nacrées, et la façon dont mes jambes se fondirent dans l'écume pour devenir cette queue immense, d'un bleu nuit profond strié d'or. Le reportage montrait tout : la beauté, la puissance, mais aussi la vulnérabilité de notre condition.
Quand l'écran redevint noir, le silence qui suivit fut plus lourd encore que le précédent. Luis laissa échapper un long soupir, comme s'il avait retenu son souffle pendant toute la durée de la diffusion. Il se tourna vers moi, les yeux brillants.
— Ça y est, Ayden. Le monde sait. Tu ne seras plus jamais un simple pêcheur de ce port.
— Est-ce que tu penses qu'ils ont compris ? demandai-je d'une voix sourde.
Marco intervint, sa voix de basse vibrant contre les murs.
— Certains oui. Mais regarde dehors. Le changement a déjà commencé.
Il avait raison. Dès le lendemain, le village fut submergé. Ce n'était plus seulement le bruit des mouettes et des moteurs de chalutiers qui résonnait au port, mais un brouhaha constant de voix humaines. Des milliers de curieux, des journalistes de tous les continents et des touristes équipés d'appareils photo dernier cri envahissaient les quais. Les ruelles étroites étaient bloquées par des voitures immatriculées dans toute l'Europe.
Mais cette lumière nouvelle attira aussi les ombres. Quelques jours plus tard, une rumeur de danger parcourut le front de mer. Trois navires rapides, noirs et sans nom, furent repérés à l'entrée de la crique interdite. C'étaient des chasseurs illégaux, des braconniers des mers attirés par les primes astronomiques promises sur le marché noir pour "un spécimen de triton". On les voyait sur le pont, préparant des filets électrifiés et des fusils à harpons massifs.
Heureusement, l'État avait réagi. Sous la pression de l'opinion publique, bouleversée par mon plaidoyer à la télévision, la Marine Nationale avait dépêché des vedettes de gendarmerie. Sous les yeux des milliers de visiteurs massés sur les falaises, les autorités encerclèrent les braconniers.
— Ils ne passeront pas, me dit Marco alors que nous observions la scène depuis les hauteurs. Les hommes ont enfin peur de la loi, parce qu'ils ont commencé à vous aimer.
Plusieurs semaines passèrent. L'effervescence ne retombait pas, mais elle se transformait en un respect sacré. Personne n'osait plus lancer de filet dans la zone du "Sanctuaire".
Sous l'eau, les conséquences furent tout aussi grandioses. Le message de paix que j'avais porté avait atteint les oreilles d'Hippocampos et des chefs des clans rivaux. La vision d'un prince s'exposant au grand jour pour sauver les océans avait brisé les chaînes de la haine millénaire. Les tritons des Profondeurs et ceux de la Barrière, autrefois ennemis jurés, commençaient à nager ensemble dans les courants chauds, unifiés sous une seule bannière : celle de la survie.
Un soir de lune rousse, je retrouvai Mako sur notre rocher isolé. L'écume venait lécher nos pieds alors que nous regardions l'horizon pourpre. Mako semblait inquiet, ses doigts jouant nerveusement avec un petit coquillage.
— Je ne veux plus vivre sans toi, Mako, commençai-je en prenant ses mains dans les miennes. Tout ce que nous avons construit ici, ce village, cette paix... ça n'a aucun sens si tu n'es pas là.
Mako baissa les yeux, une larme salée glissant sur sa joue pour se perdre dans l'océan.
— Hélios... mon cœur est ici, avec toi. Mais mon âme appartient aux courants. J'ai peur... peur que si je reste sur cette terre ferme, avec ces maisons et ces bruits, je finisse par oublier le chant de mon peuple. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir descendre voir les miens dans les abysses.
Je me rapprochai de lui, sentant la fraîcheur de sa peau contre la mienne.
— Tu ne les perdras jamais. Je te le promets.
— Comment peux-tu en être sûr ? demanda-t-il dans un murmure.
— Parce que nous ne resterons pas prisonniers ici. Nous irons là-bas aussi souvent que tu le voudras. Nous serons les gardiens des deux mondes. Dès que l'appel de l'eau sera trop fort, nous plongerons. Ma maison est là où tu respires, que ce soit dans l'air ou sous les vagues.
Mako leva les yeux vers moi, et pour la première fois, je vis l'ombre de l'incertitude se dissiper totalement. Il esquissa un sourire, ce sourire qui contenait toute la lumière des coraux.
— Alors, nous irons ensemble ?
— Ensemble, répétai-je en l'embrassant. Toujours.
Le village semble à des années-lumière de nous. Sur cette plage isolée, protégée par les hautes falaises qui agissent comme des remparts contre le monde extérieur, il n'y a plus de reportages, plus de pêcheurs, plus de secrets. Il n'y a que le chant lancinant de la houle et la lumière crue de la pleine lune qui transforme le sable en une étendue de diamants pulvérisés.
Mako se tient face à moi. Les doutes qu'il exprime plus tôt sur le rocher semblent s'être évaporés, remplacés par un désir si brûlant qu'il en devient presque tangible. Je fais un pas vers lui. Mes mains tremblantes viennent se poser sur ses hanches. Sous le tissu fin du sweat qu'il porte, je sens la chaleur de sa peau, ce feu intérieur qui ne s'éteint jamais.
— Je t'aime, Ayden, murmure-t-il, sa voix se perdant dans le souffle du vent.
Je ne réponds pas avec des mots. Je prends son visage entre mes mains et l'embrasse avec une urgence nouvelle. Nos langues se cherchent, se goûtent, dans un mélange de sel et de ferveur. Mes mains descendent, impatientes, pour débarrasser son corps des vêtements humains qui l'entravent. Bientôt, il est nu sous l'astre nocturne, sa peau diaphane brillant d'un éclat surnaturel. Je me déshabille à mon tour, jetant mes habits au loin, ne voulant plus aucune barrière entre nous.
Mon sexe, déjà dressé et douloureux de désir, cherche le sien. Lorsque nos chairs se touchent, un frisson électrique nous parcourt tous les deux. Je le pousse doucement vers le sable encore tiède de la journée. Mako s'allonge, s'ouvrant à moi avec une confiance totale.
Je m'installe entre ses cuisses, mes mains explorant chaque courbe de son corps, de ses épaules larges à la finesse de sa taille. Je descends mes baisers le long de son cou, de son torse, jusqu'à son membre tendu, dur comme de la pierre. Je le prends en bouche, savourant sa plainte sourde, son bassin qui se soulève par réflexe. Mako agrippe mes cheveux, ses doigts se crispant alors que je le fais monter en pression.
— Ayden… s'il te plaît… je te veux en moi, halète-t-il.
Je me redresse, préparant son entrée avec mes doigts et ma salive, avec une lenteur calculée pour faire durer le supplice. Mako gémit, ses yeux verts fixés sur les miens, brillant d'une luxure pure. Puis, je m'aligne. Je pousse lentement, sentant la résistance délicieuse de son corps qui m'accueille. Je pénètre son intimité millimètre par millimètre, savourant la sensation de sa chaleur m'enveloppant comme un gant de velours.
Quand je suis entièrement en lui, nous restons un instant, immobiles, connectés, nos souffles s'entremêlant. Je commence alors un va-et-vient puissant, mes hanches frappant les siennes dans un rythme ancestral. Mako enroule ses jambes autour de ma taille, me tirant plus profondément encore. Je change de position, le redressant pour qu'il s'assoie sur moi, face à la mer. Dans cette posture, je peux caresser son torse et ses tétons durcis pendant que je le prends par-derrière, mes mains ancrées dans ses hanches. Chaque coup de boutoir arrache à Mako un cri de plaisir qui résonne contre les falaises.
Le plaisir monte, une marée irrésistible qui menace de nous engloutir. Mon sexe pulse en lui, de plus en plus dur, alors que ses muscles se contractent autour de moi.
C'est alors que la marée monte. Une vague plus forte que les autres s'écrase sur le rivage, recouvrant nos corps enlacés d'une écume glacée et revigorante.
Le contact de l'eau agit comme un détonateur. Dans un craquement sourd que nous ne sentons plus comme une douleur mais comme une libération, nos jambes se soudent. La nacre jaillit, recouvrant nos membres. Ma queue bleu nuit et celle, plus émeraude, de Mako se déploient, s'entremêlant dans l'eau qui monte. La transformation ne nous arrête pas ; elle amplifie nos sensations.
D'un mouvement fluide, nous glissons sous la surface, là où la gravité n'existe plus. Dans l'apesanteur de l'océan, nos corps de tritons dansent une chorégraphie sensuelle. Nos queues puissantes se frôlent, les écailles créant des caresses électriques au contact l'une de l'autre.
Cette fois, Mako prend l'initiative. Dans l'eau, il est plus agile, plus souverain. Il me fait pivoter, m'adossant contre une paroi rocheuse sous-marine couverte d'anémones douces. Ses yeux ne me lâchent pas, brillant d'une lueur prédatrice et aimante.
— À mon tour, Hélios-Mar, murmure-t-il à travers notre lien télépathique.
Son sexe de triton, émergeant de sa fente génitale avec une vigueur impressionnante, vient chercher mon entrée. Sous l'eau, les sensations sont démultipliées par la pression. Mako me pénètre d'un coup de rein magistral. La sensation est foudroyante. Ce n'est plus seulement un acte physique, c'est une fusion de nos énergies marines. À chaque fois qu'il s'enfonce en moi, je sens le courant de son sang, la force de l'océan qui pulse à travers lui.
Mako accélère, sa queue battant l'eau pour donner plus de force à ses poussées. Nos membres s'entrelacent, nos mains griffent nos épaules écailleuses. Je bascule la tête en arrière, mes branchies palpitant à un rythme effréné. Le plaisir est si intense qu'il devient une lumière aveuglante dans l'obscurité des profondeurs.
Nous sommes deux tempêtes se rencontrant sous les vagues. Mako me saisit les mains, entrelaçant nos doigts alors qu'il atteint son paroxysme. Je sens sa jouissance, chaude et puissante, m'inonder de l'intérieur, provoquant en retour mon propre effondrement. Je crie sous l'eau, une onde de choc qui fait frémir les petits poissons alentour, alors que ma propre semence se libère dans un spasme qui semble durer une éternité.
Nous restons ainsi, flottant entre deux eaux, nos cœurs battant à l'unisson. Mako dépose un baiser tendre sur mes lèvres, un baiser qui goûte l'éternité et le sel. Nos queues se caressent encore paresseusement, deux rubans de couleur dans la nuit océanique. Nous avons trouvé notre équilibre, une union parfaite entre la chair et l'écume, entre l'homme et le prince des abysses.
L'écume de notre passion s'apaise enfin, laissant place à une sérénité profonde alors que nous dérivons, Mako et moi, vers le cœur de la cité de corail. L'eau semble vibrer d'une énergie nouvelle. Au loin, une lueur immense se dessine, une constellation de lumières bioluminescentes qui s'agite au rythme des chants ancestraux.
En approchant de la grande place de nacre, je m'arrête net. Le spectacle est saisissant. Les deux clans, autrefois séparés par des siècles de méfiance et de sang versé, sont là, mêlés dans une harmonie parfaite. Les guerriers du clan des Profondeurs nagent aux côtés des gardiens de la Barrière, leurs lances de nacre croisées en signe de paix. C'est un océan de visages et de regards d'espoir qui se tourne vers nous.
Soudain, la foule s'écarte. Deux silhouettes majestueuses s'avancent avec une lenteur royale. Hippocampos, mon père, dont le trident brille d'un éclat souverain, et le Roi Triton, le père de Mako. Leurs visages, d'ordinaire si durs et marqués par les siècles de règne, sont empreints d'une émotion qu'ils ne cherchent plus à cacher.
Hippocampos ne retient pas son élan. Il fonce vers moi et m'enserre dans ses bras puissants. Je sens son cœur de triton battre contre le mien. C'est une étreinte qui efface trente ans d'absence, une reconnaissance qui va au-delà de la lignée.
— Hélios-Mar… mon fils… murmure-t-il, sa voix vibrant comme un orgue sous-marin. Tu as réussi ce que personne n'osait imaginer.
À côté de nous, Mako est accueilli par le Roi Triton. Ce n'est pas une salutation formelle, mais celle d'un père qui a craint pour la vie de son enfant. Le vieux monarque pose ses mains massives sur les épaules de Mako, son regard d'acier s'adoucissant à la vue de son fils sain et sauf.
Puis, une main douce se pose sur ma joue. Ma mère, Galatée, flotte devant moi. Ses yeux sont mouillés de larmes invisibles sous l'eau.
— Regarde-toi, souffle-t-elle, sa voix remplie de fierté. Regarde ce que tu as accompli. Tu n'es pas seulement l'homme courageux que j'ai élevé sur la terre, tu es le prince que l'Océan attendait. Tu es celui qui nous protège de la surface. Je suis si fière de toi, mon fils. De l'homme et du magnifique triton que tu es devenu.
Les remerciements fusent de toutes parts. Les anciens inclinent la tête sur notre passage. On m'appelle le "Protecteur". Mais malgré l'effervescence et les chants qui montent, mon regard ne quitte pas Mako.
Je prends une grande inspiration, mes branchies battant au rythme de ma détermination. Je nage vers le centre de la place, là où se tiennent les deux souverains. Je prends la main de Mako et l'attire vers moi, nos doigts s'entrelaçant fermement.
— Roi Triton, Père, ma voix résonne, claire et assurée, portant loin dans les courants. La paix entre nos clans est scellée par le courage. Mais je souhaite une union plus profonde encore.
Un silence sacré tombe sur l'assemblée. Les milliers de tritons présents cessent de bouger. Je regarde le Roi Triton droit dans les yeux.
— Je demande l'autorisation de m'unir à Mako. Pas seulement comme un allié entre deux lignées, mais comme mon autre moitié. Je veux que nous soyons liés par l'Océan lui-même, selon les rites anciens.
Le Roi Triton reste immobile, son trident d'or posé contre son flanc. Il n'a jamais uni deux hommes de cette manière, et la tradition est lourde. Il déplace son regard vers Mako.
— Est-ce là ton souhait, mon fils ? demande-t-il d'une voix profonde qui semble venir des entrailles de la terre.
Mako resserre sa prise sur ma main, son regard vert brillant d'une certitude absolue.
— C'est ma seule vérité, père. Je ne suis entier qu'à ses côtés. Sans Hélios, l'océan me semble vide.
Le Roi Triton tourne alors son regard vers mon père. Hippocampos esquisse un sourire plein de sagesse et hoche lentement la tête. Il n'y a plus de rivalité, seulement la reconnaissance d'un amour qui a sauvé leur monde.
Le Roi Triton plante alors son trident dans le sol de corail, provoquant une onde de choc qui fait frémir le sable et les algues alentour.
— Soit ! déclare le Roi Triton. L'amour qui a apporté la paix ne peut être entravé par de vieilles lois. Dans quelques semaines, lorsque les courants seront favorables, nous célébrerons l'Éclipse de Mer. Préparez les chants, car les deux princes vont s'unir !
La foule explose en un rugissement de joie triomphal. Des milliers de créatures bioluminescentes s'allument en rythme, illuminant la cité d'un éclat féerique. Mako se tourne vers moi, un sourire radieux aux lèvres. Il se colle contre moi, sa queue s'enroulant déjà paresseusement autour de la mienne dans un geste de possession tendre.
— Nous l'avons fait, murmure-t-il contre mes lèvres.
— Ce n'est que le début, Mako.
Fin du chapitre 9.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 10
22 minutes
2
0
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Irina L'héritier de Protée XSTORY
L'héritier de Protée
Chapitre 12
Par Irina
98
6
6.1k
Hétéro
✦ Irina Chroniques immortelles - Le roi requin XSTORY
Chroniques immortelles - Le roi requin
Chapitre 6
Par Irina
76
8
3k
Hétéro
✦ Irina Chroniques immortelles - Le roi requin XSTORY
Chroniques immortelles - Le roi requin
Chapitre 5
Par Irina
155
10
3.9k
Hétéro
✦ zooph34 La naïade XSTORY
La naïade
Chapitre 4
Par zooph34
90
1
3.9k
Lesbiennes
✦ Chevalier d'Éon Les dents de la mère XSTORY
Les dents de la mère
Chapitre unique
Par Chevalier d'Éon
10
6
11.1k
Hétéro
✦ bobby29 Thèse à la grecque. L'étudiante et le pêcheur. XSTORY
Thèse à la grecque. L'étudiante et le pêcheur.
Chapitre 1
Par bobby29
62
6
10.5k
Hétéro
✦ Jojo33bdx Clara et le chic type XSTORY
Clara et le chic type
Chapitre 2
Par Jojo33bdx
120
2
6.4k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio