Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'appel des Abysses — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'appel des Abysses
Chapitre 6
Chapitre 6
Le lendemain matin, je me réveille en sursaut, le corps encore engourdi par une nuit agitée, les rêves des abysses encore collés à ma peau comme une couche de sel invisible. La lumière pâle du soleil filtre à travers les volets mi-clos, jetant des ombres longues sur le plancher usé de ma chambre. Je reste allongé un moment, les yeux fixés au plafond craquelé, essayant de rassembler les fragments de la nuit précédente. Les révélations de Mako tournent en boucle dans ma tête, comme un courant sous-marin qui m'entraîne sans relâche : ma mère, Galatée, une sirène ? Moi, un triton, le fils perdu d'Hippocampos ? Le souffle en moi, cette chaleur qui pulse au centre de ma poitrine, semble plus vivant que jamais, comme si chaque battement de mon cœur était un appel des profondeurs.
Je pose une main sur mon torse, sentant cette énergie douce et profonde, ce courant vivant qui ne s'éteint pas, qui me rappelle Mako, qui me rappelle que je porte une partie de lui – et peut-être de ce monde sous-marin – en moi. Mais tout cela me déboussole. Je me sens perdu, comme si ma vie entière n'était qu'une illusion, un voile jeté sur une vérité trop profonde pour être affrontée. Comment ma mère pouvait-elle être une sirène ? Elle cuisinait des omelettes, raccommodait mes vêtements, me racontait des histoires au lit. Elle était humaine. Et pourtant… le conte, le diadème, le souffle… tout pointe vers quelque chose d'autre.
Je me lève avec difficulté, les muscles endoloris comme après une longue nage, et je m'habille mécaniquement : pantalon taché de sel, chemise bleue délavée, bottes éraflées. Le miroir de la salle de bain me renvoie un visage cerné, les yeux hantés par des questions sans réponses. Je descends au port, l'air frais du matin piquant mes joues, le village encore endormi, seulement animé par le cri des mouettes et le clapotis des vagues contre les piliers. Le chalutier est là, Marco ajustant les filets avec ses gestes brutaux, Luis sifflotant une mélodie discordante, Tom assis sur un tonneau, me jetant un regard furtif chargé de suspicion. Le patron hurle le départ, et nous partons en mer, le bateau tanguant sur les vagues calmes du matin, l'horizon s'ouvrant devant nous comme un voile bleu infini. Mais mon cœur n'y est pas.
Je prends ma place habituelle à la proue, les mains crispées sur la rambarde rouillée, mais mes yeux scrutent l'eau avec une obsession nouvelle, cherchant un signe de Mako, un éclat vert-bleu, une ombre gracieuse. Les vagues se brisent contre la coque, envoyant des éclaboussures salées qui piquent mes lèvres, mais je ne vois rien. Mon esprit est ailleurs, tourné vers les abysses, vers Galatée, vers Hippocampos, vers ce que Mako m'a révélé. Pourquoi ma mère ne m'a rien dit ? Pourquoi ce secret ? Et moi… suis-je vraiment un triton ? Le souffle pulse en moi, comme pour répondre, mais je l'ignore, me concentrant sur le travail – ou du moins, essayant.
La matinée est très compliquée. Le cœur n'y est pas, et cela se ressent. Les filets reviennent presque vides, quelques poissons argentés se débattant mollement, rien de la pêche abondante à laquelle nous sommes habitués. Marco grogne, jure entre ses dents, accusant le temps, les courants, tout sauf lui-même. Luis essaie de détendre l'atmosphère avec des blagues forcées, mais elles tombent à plat, et Tom me regarde de plus en plus, comme si ma distraction était suspecte. Le patron, un homme bourru aux mains calleuses et au visage rougeaud, s'emporte, hurlant que nous perdons du temps, que la mer nous punit pour notre incompétence. Et comme si cela ne suffisait pas, un problème avec le bateau surgit : un bruit sourd du moteur, une vibration anormale qui fait trembler la coque. Le patron jure, inspecte, et décide de rentrer au port plus tôt, fâché, marmonnant que la journée est fichue, que nous aurons de la chance si nous vendons quoi que ce soit au marché.
Le retour est silencieux, le bateau tanguant sur les vagues, l'horizon se refermant derrière nous comme un rideau.
Arrivé sur place, je descends du chalutier sans un mot, évitant les regards de l'équipage. Le patron grommelle quelque chose sur une réparation urgente, mais je n'écoute pas. Je ne rentre pas chez moi. Au lieu de cela, je pars près de mon bateau, longeant le quai, les pensées tourbillonnant comme un tourbillon marin. Le diadème, le conte, Mako, Galatée… tout se mélange. Je me dirige vers la crique, le chemin familier sous mes bottes, les falaises abruptes se dressant comme des gardiens silencieux, le sable fin crissant, l'odeur salée de la mer mêlée à celle des algues séchées. Arrivé là-bas, je me pose dans le sable, les vagues léchant mes bottes, et je commence à me déshabiller totalement, lentement, mes vêtements tombant en un tas désordonné sur le sable encore frais de la nuit. Nu, je m'approche de l'eau, la surface froide me faisant frissonner, les vagues enveloppant mes chevilles, puis mes mollets, l'eau glacée remontant le long de mon corps comme une caresse possessive.
Je m'immerge jusqu'à la taille, le froid mordant ma peau, et j'attends que quelque chose se passe. Je pense peut-être qu'une queue de poisson va se former, que mes jambes vont fusionner en écailles bleu nuit à reflets dorés, que des nageoires dorées vont pousser. Je ferme les yeux, concentre mon souffle, ce courant vivant en moi, essayant de l'appeler, de le forcer. Mais rien ne se produit. L'eau reste froide, mes jambes restent humaines, et je me sens ridicule, debout dans la mer, nu et tremblant.
Puis, au moment où je ne m'y attendais pas, un remous soudain, un splash discret près de moi. Mako fait surface, son visage émergent à quelques centimètres du mien, ses yeux verts brillant d'une joie contenue. Il me prend dans ses bras, son corps froid contre le mien, et m'embrasse rapidement, ses lèvres salées effleurant les miennes, insufflant un souffle chaud qui se répand en moi comme une vague. Puis il se recule, son regard soudain alerté, scrutant l'eau derrière lui.
Ayden voulait le rejoindre, plonger avec lui, mais Mako leva une main.
— Attends. Mon père arrive.
À la fin de la phrase de Mako, le roi Triton sortit la tête de l'eau, son visage sévère émergent, sa barbe drue et ses yeux verts perçants fixés sur son fils. Il ordonna d'une voix grave, résonnante comme un grondement sous-marin.
— Mako ! Repars immédiatement !
Mako refusa, croisant les bras, son regard défiant celui de son père.
— Non, père. Je reste.
Triton s'emporta, ses nageoires frémissant, l'eau autour de lui bouillonnant légèrement.
— Ta désobéissance est inacceptable ! Tu sais les règles. La surface est interdite. Tu mets le clan en danger avec tes escapades !
Mako secoua la tête, sa voix ferme.
— Si je n'étais jamais venu à la surface, je n'aurais jamais découvert la vérité. Sur lui. Sur nous tous.
Puis Triton regarda Ayden, ses yeux s'attardant sur moi avec une intensité qui me fit frissonner, comme s'il me jaugeait, me mesurait.
— Ton père et ta mère vont arriver eux aussi.
Ayden, encore déboussolé, répondit.
— J'ai déjà des parents. Ma mère est morte, mon père disparu en mer.
Triton secoua la tête, sa voix grave.
— Ton vrai père. Et ta vraie mère.
Il me demanda alors si je pouvais me transformer, ses yeux scrutant mes jambes dans l'eau.
— Essaie. Concentre-toi. Laisse le souffle en toi te guider.
Je fermai les yeux, concentrant le souffle au centre de ma poitrine, imaginant mes jambes, fusionnant, la queue bleu nuit à reflets dorés. Mais rien ne se produisit. L'eau resta froide, mes jambes humaines.
— Rien. Tout ceci est faux.
Ayden demanda des explications à Triton, la voix tremblante.
— Dites-moi ce que cela veut dire. Qui suis-je vraiment ?
Triton soupira, l'eau bouillonnant autour de lui.
— Je ne sais pas tout. Galatée… elle est revenue changée. Elle a parlé d'un enfant, d'un secret. Mais elle n'a jamais dit où elle était allée. Hippocampos la protégeait. Les clans étaient en guerre à l'époque, des rivalités anciennes. Si l'enfant était un hybride, il pouvait être une arme… ou une menace. Je suis venu ici pour vérifier. L'histoire, la photo… c'est elle. Mais le reste… Hippocampos saura.
Mako défia son père du regard, nagea vers Ayden, prit ma main.
— Père, je reste avec lui.
Triton s'emporta, l'eau se soulevant autour de lui.
— Non ! Tu ne peux pas être avec le fils d'un clan opposé ! Les alliances sont fragiles. Retourne aux profondeurs !
Mako refusa, serrant ma main plus fort.
— Je refuse. Il est des nôtres.
Ayden prit la main de Mako, sentant le souffle pulser plus fort.
Mako regarda Ayden et dit.
Mako regarda Ayden et dit.
— Ayden, je sais que tu peux y arriver. Concentre-toi.
Au moment où il dit cela, une voix forte retentit.
— Son nom n'est pas celui-ci : Ayden est un nom humain, son vrai nom est : Hélios-Mar.
Ayden et Mako se retournèrent, virent Hippocampos, imposant, écailles argentées, nageoires larges, suivi de Galatée, souriante avec des larmes aux yeux. Les larmes en touchant l'eau se transformèrent en petits galets de verre poli qui s'échouèrent sur la petite plage.
Je fixe Galatée, immobile dans l'eau peu profonde, les vagues léchant doucement mes cuisses nues. Le temps semble s'arrêter. Le soleil matinal frappe ses cheveux blonds presque blancs, les faisant scintiller comme des fils d'algues sous la lumière, et ses yeux verts – ces yeux que j'ai vus chaque jour dans le miroir de ma mère – me regardent avec une tendresse infinie mêlée de douleur. Les larmes coulent sur ses joues pâles, se transformant en minuscules galets de verre poli qui tombent dans l'eau avec un bruit doux, presque musical, s'échouant sur le sable autour de mes pieds.
Je sens ma gorge se nouer. Ma voix sort, brisée, hésitante, comme celle d'un enfant perdu.
— Maman… ?
Le mot résonne sur la crique, fragile, chargé de tout ce que j'ai enfoui depuis des années. Galatée porte une main à sa bouche, étouffe un sanglot, et les larmes redoublent, formant une pluie de petits galets qui ricochent sur l'eau comme des perles vivantes. Elle hoche la tête, incapable de parler, ses épaules tremblant sous le poids de l'émotion.
Hippocampos, toujours à quelques mètres, pose une main ferme mais douce sur son épaule. Sa voix grave traverse l'air salé.
— Arrête de pleurer, Galatée. Il est temps qu'il sache.
Il s'approche de moi lentement, son corps massif fendant l'eau avec une grâce surprenante pour sa taille. Les écailles argentées de sa queue capturent la lumière du soleil, projetant des reflets dansants sur le sable et sur ma peau nue. Il s'arrête à un mètre, me fixant sous toutes les coutures : le visage, les épaules, les bras, les jambes encore humaines plongées dans l'eau. Ses yeux argentés, perçants comme des lames, semblent fouiller jusqu'à l'âme.
Il se tourne légèrement vers Galatée, sans me quitter du regard.
— Il te ressemble… et il ressemble à cet humain maudit.
Le mot « maudit » claque comme un fouet. Je sens une colère soudaine monter en moi, brûlante, instinctive. J'ouvre la bouche pour répliquer, mais Mako, toujours à mes côtés, me prend la main et serre fort, ses doigts froids contre ma peau chaude, un geste silencieux qui dit : attends, écoute.
Je ravale ma colère, mais mes yeux restent fixés sur Hippocampos, brillants de défi.
Hippocampos continue, sa voix grave résonnant sur l'eau comme un grondement lointain.
Hippocampos continue, sa voix grave résonnant sur l'eau comme un grondement lointain.
— Ta mère a trompé tout le monde. Elle est venue à la surface, attirée par quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû approcher. Elle est tombée amoureuse d'un humain – un simple pêcheur, un mortel sans pouvoir, sans sang des profondeurs. Elle est tombée enceinte de lui. Et au lieu de revenir, elle a quitté son clan pendant des années pour s'occuper de son bâtard de fils.
Le mot « bâtard » me frappe comme une gifle. Je sens mes poings se serrer sous l'eau, mais Mako serre ma main encore plus fort, m'ancrant à la réalité.
Je murmure, la voix rauque.
— Ne l'appelle pas comme ça.
Hippocampos poursuit, implacable.
— Mais au fond des océans, nous avons fait croire que tu étais mon fils. Que Galatée avait porté l'héritier d'Hippocampos. C'était la seule façon d'éviter une guerre. Les clans étaient déjà divisés, les tensions montaient. Un enfant hybride, né d'une liaison interdite avec un humain… cela aurait été vu comme une trahison, une faiblesse. Les autres chefs auraient exigé ta mort, ou la sienne. Alors nous avons menti. Nous avons dit que tu étais mort-né, que Galatée avait souffert une grande perte. Et elle est restée à la surface, cachée, pour te protéger.
Je sens les larmes monter malgré moi. Ma voix sort, brisée.
— Tu mens. Ma mère n'aurait jamais fait ça.
Galatée secoue la tête, les larmes continuant de tomber.
— Non, mon fils… c'est la vérité. J'ai choisi de partir. J'ai choisi de te protéger en te laissant croire que j'étais morte. Je pensais que c'était la seule façon.
Je m'énerve, la voix montant, brisée par l'émotion.
— Pourquoi ? Pourquoi tu es partie en faisant croire que tu étais morte ? Pourquoi m'avoir abandonné ? J'avais besoin de toi ! J'ai grandi seul, sans savoir qui j'étais vraiment ! Tu m'as laissé croire que tu étais partie pour toujours !
Galatée s'approche, nageant lentement jusqu'à moi, ses mains tremblantes tendues vers mon visage. Elle touche ma joue, ses doigts froids mais tendres.
— Parce que j'avais failli tout révéler. Les humains commençaient à nous traquer. Ils avaient vu des ombres dans l'eau, entendu des chants. Si j'étais restée, si on avait découvert que j'étais une sirène, ils t'auraient pris. Ils t'auraient utilisé, étudié, tué peut-être. Je ne pouvais pas prendre ce risque. Alors j'ai fait semblant. J'ai disparu. J'ai laissé croire que j'étais morte pour que tu puisses vivre une vie normale, loin de tout cela.
Je secoue la tête, les larmes coulant maintenant librement.
— Une vie normale ? J'ai grandi sans mère ! J'ai cru que tu m'avais abandonné ! Que tu ne m'aimais pas assez !
Galatée pleure plus fort, ses larmes formant une pluie de galets de verre qui s'échouent autour de nous.
— Je t'aimais trop. C'est pour ça que je suis partie. Pour que tu sois en sécurité. Pour que tu grandisses sans peur, sans guerre, sans le poids d'un monde qui te haïrait pour ce que tu es.
Je demande, la voix cassée.
— Et mon père ? Le pêcheur ? Il savait ?
Galatée baisse les yeux.
— Non. Il pensait que j'étais une femme ordinaire. Il m'a aimée comme telle. Il est mort sans savoir. C'était mieux comme ça.
Je murmure.
— Et le diadème ? Pourquoi tu l'as gardé ?
— Parce que c'était mon dernier lien avec les abysses. Je ne pouvais pas m'en séparer. Je l'ai caché dans la malle, comme un secret que je gardais pour toi. Un jour, je savais que tu le trouverais. Que tu comprendrais.
— Parce que c'était mon dernier lien avec les abysses. Je ne pouvais pas m'en séparer. Je l'ai caché dans la malle, comme un secret que je gardais pour toi. Un jour, je savais que tu le trouverais. Que tu comprendrais.
Je pleure, la colère se transformant en tristesse, en incompréhension.
— Tu aurais pu me le dire. Tu aurais pu m'emmener avec toi. J'aurais compris. J'aurais voulu savoir.
Galatée touche mon visage, ses doigts tremblants.
— Je voulais te protéger. Pas te charger. Pas te forcer à choisir entre deux mondes avant d'être prêt. J'ai cru que le temps te protégerait. J'ai cru que l'oubli te sauverait.
Je demande encore, la voix brisée.
— Et Hippocampos ? Il savait ?
Hippocampos répond, sa voix grave.
— Je savais. J'ai toujours su. J'ai laissé Galatée partir parce que je l'aimais. Parce que je savais que l'enfant – toi – serait plus en sécurité loin de nous. Loin des guerres, loin des regards. Mais je n'ai jamais cessé de veiller.
Je regarde Galatée, les larmes coulant.
— Tu m'as manqué. Chaque jour.
Elle murmure.
— Toi aussi, mon fils. Chaque jour.
Je demande, la voix tremblante.
— Pourquoi tu n'as pas laissé un message ? Pourquoi tu n'as pas essayé de revenir plus tôt ?
Galatée secoue la tête.
— Parce que chaque fois que je venais près de la surface, je risquais de tout révéler. Les humains devenaient plus curieux, plus dangereux. J'ai vu leurs filets, leurs harpons. J'ai entendu leurs histoires sur les « monstres » de la mer. Si j'étais revenue, même pour te voir, ils auraient pu nous trouver. J'ai préféré rester loin, te regarder grandir de loin, te protéger en silence.
Je murmure.
— J'ai cru que tu ne m'aimais pas. J'ai cru que j'avais fait quelque chose de mal.
Galatée pleure.
— Jamais. Jamais je n'ai cessé de t'aimer. Chaque jour, je nageais près de la crique, je te regardais jouer sur la plage, je t'entendais rire. J'ai pleuré chaque fois que je repartais.
Je demande, épuisé.
— Et maintenant ? Qu'est-ce que je fais ?
Galatée sourit à travers ses larmes, sa voix douce comme un chant.
— Hélios-Mar, si un jour tu es sur la terre et que tu deviens un jeune homme, ton Souffle d'Or restera caché tout au fond de toi. Si tu oublies que tu es un prince des profondeurs, regarde simplement le reflet du soleil sur l'eau. Ton souffle reconnaîtra la lumière, il se mettra à briller en toi, et tu te souviendras de tout.
Je sens quelque chose se réveiller en moi. Les mots de Galatée résonnent comme un écho lointain. Je ferme les yeux, et soudain, je me souviens. C'est moi qui termine la phrase, la voix tremblante, les souvenirs affluant comme une marée.
— … Souviens-toi de ce que je te disais quand tu étais tout petit. C'est dans un coin de ta tête.
Galatée hoche la tête, les larmes coulant encore.
— Oui… c'était notre secret. Je te le disais chaque soir, quand tu t'endormais. Je te le chuchotais pour que tu n'oublies jamais.
Mako serre ma main encore plus fort, regarde droit dans mes yeux.
— Je sais que tu peux y arriver. Concentre-toi. Oublie tout ce qui se passe autour de toi.
Je ferme les yeux, me replonge dans mes souvenirs. Je revois ma mère au bord de mon lit, sa voix douce, presque un chant, me murmurant les mêmes mots, nuit après nuit. Je sens le soleil sur l'eau dans mes souvenirs, je sens le souffle en moi répondre à la lumière. Je lève les yeux vers la surface, regarde le reflet du soleil danser sur les vagues, des éclats dorés qui scintillent comme des promesses oubliées. Et soudain, le Souffle d'Or se réveille. Il brille en moi, une lumière chaude, profonde, qui se répand dans tout mon corps.
Et la douleur arrive. Intense. Déchirante.
Mes jambes commencent à fusionner. Les os craquent, se brisent : le bassin se disloque, les fémurs se courbent et se soudent, les articulations des genoux se dissolvent et se reforment en une colonne vertébrale prolongée. La douleur est atroce, comme si on me broyait les jambes de l'intérieur, comme si chaque os était arraché puis refondu dans le feu. La peau se déchire, des lambeaux se rétractent pour laisser place à des écailles bleu nuit profondes qui poussent rapidement, scintillantes de reflets dorés comme des fils d'or tissés dans l'obscurité. Les muscles des jambes s'atrophient, se fondent en une masse unique, puissante, la queue se formant, longue, élégante, magnifique. Des nageoires dorées apparaissent, longues, bordées d'un liseré lumineux, battant l'eau avec une grâce instinctive.
Le système respiratoire s'adapte : une sensation de brûlure intense dans la poitrine, comme une noyade contrôlée, les poumons se contractent, se transforment, des branchies s'ouvrent sur les côtés du cou, l'eau entrant et sortant naturellement, le sel et l'oxygène se mêlant dans une sensation de feu liquide.
La douleur est extrême, un feu qui traverse tout mon corps, chaque fibre, hurlant, chaque nerf en feu, mais quand cela s'arrête, je me sens… complet.
La queue est magnifique : bleu nuit profond avec des reflets dorés qui scintillent sous le soleil, une carure puissante mais gracieuse, faite pour les courants profonds, les nageoires longues et élégantes ondulant comme des voiles d'or liquide.
Tout le monde est stupéfait. Galatée pleure de joie, Hippocampos reste silencieux, Triton observe sans un mot. Mako sourit, les yeux brillants.
— Va découvrir ta vraie nature.
Je plonge, Mako me suit. Sous l'eau, Mako se joint à moi, prend mes mains.
— Je t'aime.
Je l'embrasse, stupéfait de parler aussi facilement sous l'eau, de respirer sans effort.
— Je t'aime aussi.
Je remonte à la surface lentement, la queue ondulant avec une puissance instinctive que je n'ai jamais connue. L'eau glisse sur mes écailles bleu nuit comme une caresse familière, les reflets dorés captant le soleil et projetant des éclats lumineux autour de moi. Mes branchies s'ouvrent et se ferment avec un rythme naturel, l'eau entrant et sortant sans effort, sans cette sensation d'étouffement que j'ai toujours eue en plongeant trop longtemps. Je respire. Je vis. Sous l'eau. Pour la première fois, je comprends ce que signifie vraiment appartenir à ce monde.
Je fais surface près de la crique, l'air frais frappant mon visage, mais je n'ai plus besoin de respirer par la bouche. Mes branchies se referment doucement, laissant place à une respiration hybride, un mélange étrange et parfait entre l'air et l'eau. Mako émerge à mes côtés, ses yeux vert brillant d'émotion, un sourire immense sur les lèvres. Galatée et Hippocampos sont toujours là, un peu plus loin, Triton observant depuis la profondeur, sa silhouette massive à peine visible sous la surface.
Je regarde autour de moi : la crique, le sable, les falaises, le village au loin. Ma maison. Ma vie d'avant. Tout me semble soudain… petit. Étranger. Comme un rêve dont je viens de me réveiller.
Je murmure, la voix encore tremblante, mais plus forte sous l'eau que je ne l'imaginais.
— Je… je ne peux pas partir. Pas comme ça. Je ne peux pas laisser tout ça derrière moi.
Galatée s'approche, nageant lentement jusqu'à moi. Ses cheveux flottent autour d'elle comme un voile pâle. Elle pose une main sur mon bras, ses doigts froids mais tendres.
— Je comprends, mon fils. Tu as grandi ici. Cette terre est une partie de toi.
Hippocampos, plus loin, croise les bras, sa voix grave résonnant sur l'eau.
— Pour le moment, Hélios-Mar, il faut que tu viennes avec nous. Ton peuple doit retrouver son prince. Et toi, tu dois découvrir qui tu es vraiment. Les abysses t'attendent depuis trop longtemps.
Je secoue la tête, le cœur serré. Je regarde la crique, la petite maison au loin, le quai où j'ai passé tant de journées à fixer l'horizon en espérant un signe.
— Je ne peux pas tout abandonner. Pas d'un coup.
Mako s'approche, prend ma main, ses doigts entrelacés aux miens, sa queue effleurant la mienne dans un geste doux, presque timide.
— Tu n'abandonnes rien. Tu ajoutes. Tu reviens à ce que tu as toujours été.
Je regarde mes nageoires dorées, longues et élégantes, ondulant dans l'eau claire. Elles captent la lumière du soleil, projetant des reflets qui dansent sur le sable en dessous. Je les bouge doucement, sentant la puissance, la fluidité, la grâce. C'est moi. C'est vraiment moi.
Je murmure à Mako.
— Viens avec moi.
Mako sourit, mais Hippocampos secoue la tête immédiatement.
— Non. Mako reste avec son clan. Il ne peut pas suivre le fils d'un clan rival.
Triton, qui vient de remonter à la surface, ajoute d'une voix ferme.
— C'est impossible. Les alliances sont fragiles. Il ne peut pas partir avec toi.
Je sens une colère monter en moi, pas violente, mais profonde, inébranlable. Je serre la main de Mako plus fort, le tire contre moi, mes bras autour de sa taille, nos queues se frôlant.
— Alors je ne viens pas.
Hippocampos fronce les sourcils.
— Je n'aime pas le chantage, Hélios-Mar.
Je le fixe droit dans les yeux.
— Ce n'est pas du chantage. C'est ma vie. Et Mako en fait partie. Je l'aime. Et il m'aime. Si je dois choisir entre mon peuple et lui… je choisis lui.
Galatée pose une main sur le bras d'Hippocampos, murmurant quelque chose que je n'entends pas. Hippocampos soupire, longuement, comme si un poids ancien quittait ses épaules.
— Très bien. Pour l'instant… il peut venir.
Triton grogne, mais ne proteste pas. Il regarde Mako, ses yeux verts assombris par une tristesse ancienne.
— Tu es sûr, mon fils ?
Mako hoche la tête, sa voix ferme.
— Oui. Je suis sûr.
Triton baisse les yeux, puis disparaît sous l'eau sans un mot de plus.
Hippocampos fait un geste de la main.
Hippocampos fait un geste de la main.
— Allons-y. Le chemin est long.
Nous commençons à nager. Galatée et Hippocampos en tête, Mako et moi côte à côte, nos mains entrelacées. La sensation est étrange, merveilleuse : l'eau nous porte, nous pousse, nous guide.
Mes nageoires battent avec une puissance instinctive, chaque mouvement fluide, naturel. Je sens les courants, les tourbillons, les variations de température. Tout est vivant autour de moi. Le monde sous l'eau n'est pas silencieux : il est rempli de sons – le chant lointain des baleines, le cliquetis des crevettes, le bruissement des algues, le battement de queues lointaines. Je parle à Mako sans effort, ma voix résonnant claire sous l'eau.
— Comment c'est possible ? Je parle… je respire…
Mako sourit.
— C'est ton sang. Ton vrai sang. Les branchies, la queue, la voix… tout est là depuis toujours. Il fallait juste te réveiller.
Je regarde Galatée nager devant nous, gracieuse, ses cheveux flottant comme un voile pâle. Elle se retourne parfois, me sourit, et je sens mon cœur se serrer.
Je nage jusqu'à elle, Mako me suivant.
— Maman… tu ne vieillis pas.
Elle ralentit, nage à mes côtés.
— Non. Pas comme les humains. C'est le sang royal. Le Souffle d'Or ralentit le temps sur nous. Nous vieillissons, mais très lentement. Des siècles passent comme des décennies. C'est pour ça que j'ai pu rester à la surface si longtemps sans changer.
Je demande, curieux.
— Et moi ? Je vais vieillir lentement aussi ?
Elle hoche la tête.
— Oui. Maintenant que tu t'es transformé, oui. Tu es comme nous.
Nous nageons longtemps. Les fonds marins défilent : des récifs de corail multicolores, des bancs de poissons argentés qui s'écartent à notre passage, des grottes sombres où brillent des créatures luminescentes, des algues géantes qui ondulent comme des arbres sous-marins. Chaque détail est plus beau, plus vivant que je ne l'imaginais. L'eau est d'un bleu profond, presque violet par endroits, traversée de rayons de soleil qui percent la surface comme des lances dorées.
Nous descendons. Plus profond. La lumière faiblit, mais je vois parfaitement – mes yeux se sont adaptés, mes pupilles dilatées, captant chaque photon. Des créatures étranges apparaissent : méduses géantes aux filaments lumineux, poissons aux yeux énormes, des ombres massives qui passent au loin – des requins, peut-être, ou pire.
Galatée ralentit, pointe devant nous.
— Regarde.
Devant nous s'ouvre une cité sous-marine. Des tours de corail vivant, hautes de dizaines de mètres, illuminées par des colonies de créatures bioluminescentes qui pulsent en rythme. Des arches naturelles, des ponts de nacre, des jardins d'algues multicolores. Des tritons et des sirènes nagent partout : certains armés de tridents, d'autres portant des paniers de perles, des enfants aux petites queues jouant entre les coraux. Tout est vivant, vibrant, ancien.
Galatée murmure.
— C'est ici que j'ai grandi. C'est ici que tu aurais dû grandir.
Je sens les larmes monter – des larmes sous l'eau, invisibles, mais je les sens.
— C'est… magnifique.
Mako serre ma main.
— Bienvenue chez toi, Hélios-Mar.
Je regarde Galatée, puis Hippocampos, puis Mako.
— Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Mais… je veux apprendre. Je veux comprendre.
Galatée sourit, pose une main sur mon épaule.
— Alors viens. Nous avons tout le temps.
Nous nageons vers la cité, main dans la main avec Mako, la queue battant en rythme, le souffle d'or brillant en moi comme une promesse enfin tenue.
Fin du chapitre 6.
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