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✦ tounet777 L'appel des Abysses XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'appel des Abysses — Chapitre 7

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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L'appel des Abysses

Chapitre 7

Chapitre 7
Nous pénétrons dans la cité par une arche immense faite de corail blanc veiné de bleu. Des sirènes et des tritons s'écartent sur notre passage, leurs regards passant de la curiosité à la stupeur, puis à une joie contenue. Des murmures parcourent la foule comme des vagues : « Le prince… », « Hélios-Mar… », « Il est revenu… ». Des enfants s'approchent, leurs petites queues battant avec excitation, leurs yeux brillants. Une sirène âgée, aux cheveux argentés et aux écailles usées par le temps, pose une main sur son cœur et incline la tête profondément.
Hippocampos lève son trident. Les runes gravées s'illuminent d'une lumière argentée qui se répand dans l'eau comme une onde.
— Peuple du clan des Profondeurs ! Aujourd'hui, nous célébrons une renaissance. Après des années de deuil et de silence, notre prince perdu nous est rendu. Voici Hélios-Mar, fils de Galatée et d'Hippocampos, héritier du trône !
Un silence stupéfait, puis un rugissement de joie éclate. Des chants s'élèvent, profonds, harmonieux, résonnant dans l'eau comme un chœur ancien. Des créatures bioluminescentes s'allument en rythme, illuminant la cité entière d'une lumière bleue et dorée. Des sirènes et tritons frappent leurs queues contre le sol de corail, créant des vibrations qui remontent le long de mon corps comme une ovation physique.
Les festivités commencent immédiatement.
Des tables immenses flottent au centre de la place principale, retenues par des cordes de nacre tressée. Elles sont chargées de nourritures marines : des huîtres géantes ouvertes, leurs chairs nacrées remplies de perles comestibles luminescentes qui brillent comme des étoiles miniatures ; des algues rouges épicées qui libèrent des bulles de saveur au contact de la langue ; des poissons crus découpés en fines lamelles translucides, leur chair rose ou blanche veinée de bleu ; des oursins dont les gonades orange brillent comme des soleils minuscules ; des coquillages géants remplis d'une crème épaisse faite de lait d'anémone et de miel marin ; des fruits de mer inconnus, certains en forme de spirales, d'autres comme des fleurs carnivores, tous brillants de bioluminescence naturelle. Des coupes de nectar d'anémones circulent, un liquide doré qui pétille et laisse une sensation de chaleur douce dans la gorge, mêlée d'une pointe salée et d'une douceur florale.
Mako me tire vers une table, un sourire immense sur le visage.
— Goûte ça.
Il me tend une huître ouverte, la perle au centre brillant d'une lumière bleue douce. Je la prends, la porte à mes lèvres. Le goût est indescriptible : salé, sucré, avec une pointe d'iode et une explosion de fraîcheur qui descend dans ma gorge comme une cascade glacée. Je ferme les yeux, savourant.
— C'est… incroyable.
Mako rit, me tend une algue rouge.
— Essaie celle-là. Elle pique un peu, mais c'est délicieux.
Je croque dedans. Une saveur épicée, presque poivrée, suivie d'une douceur marine. Je tousse légèrement, mais je souris.
— C'est fort.
Il me tend une coupe de nectar.
— Bois ça. Ça calme.
Le liquide doré glisse dans ma gorge, pétille sur ma langue, laisse une chaleur douce qui se répand dans tout mon corps. Je sens mes muscles se détendre, mon cœur ralentir.
Autour de nous, la fête bat son plein. Des sirènes dansent en cercles lumineux, leurs queues entrelacées créant des spirales de lumière. Des tritons jouent de conques géantes, produisant des sons graves et profonds qui vibrent dans l'eau comme un battement de cœur collectif. Des enfants nagent entre les tables, riant, attrapant des bulles de saveur qui flottent dans l'eau. Des couples plus âgés s'enlacent lentement, leurs corps illuminés de pulsations bleues et dorées synchronisées avec leur respiration. Des conteurs flottent au-dessus de la foule, leurs voix amplifiées par des coquillages résonateurs, racontant des histoires anciennes de princes perdus et retrouvés, de mers traversées, de soleils vus depuis les profondeurs.
Je me sens à la fois émerveillé et écrasé. Trop de regards, trop de sons, trop de nouveautés. Je me tourne vers Galatée, qui nage près de moi.
— Maman… que veut dire Hélios-Mar ?
Elle sourit, pose une main sur ma joue.
— Hélios pour le soleil, parce que tu es né à la surface, sous la lumière du jour. Mar pour la mer, parce que tu es des nôtres. C'est un nom qui unit les deux mondes. Comme toi.
Je hoche la tête, mais le malaise grandit. Je regarde les tables, les chants, les danses, les regards tournés vers moi avec une révérence que je ne comprends pas encore.
— Je… je ne me sens pas à ma place. Pas encore.
Elle hoche la tête, compréhensive.
— C'est normal. Tu viens d'arriver. Prends ton temps.
La nuit avance. Les chants deviennent plus doux, les lumières bioluminescentes plus tamisées. Des couples dansent lentement, leurs queues entrelacées, leurs corps illuminés de pulsations bleues et dorées. Je regarde Mako, qui rit avec des tritons de son âge, mais ses yeux reviennent toujours vers moi.
À la fin de la nuit, je m'approche de Galatée.
— Maman… je suis désolé. Je ne peux pas rester ce soir. Pas encore. J'ai besoin de respirer. De réfléchir. Je reviendrai. Je te le promets.
Elle hoche la tête, les larmes aux yeux.
— Je sais. Va. Nous serons là.
Je me tourne vers Mako.
— Ramène-moi à la crique.
Il hoche la tête, prend ma main.
Nous nageons en silence, main dans la main, nos queues battant à l'unisson. Le trajet est long, mais beau. Nous passons devant des récifs illuminés, des bancs de poissons qui scintillent, des grottes où dansent des méduses luminescentes.
Avant d'arriver à la crique, Mako s'arrête, me prend dans ses bras, nos queues s'entrelacent naturellement. Il m'embrasse, doucement d'abord, puis plus profondément, ses lèvres salées contre les miennes, ses mains glissant sur mon dos, sur mes écailles.
Il murmure contre ma bouche.
— Comment tu te sens… en tant que triton ?
Je pose mon front contre le sien.
— Je ne sais plus où j'en suis. C'est encore tout nouveau. Trop grand. Trop beau. Trop effrayant.
Mako sourit, ses doigts caressant mes nageoires pectorales, faisant naître des frissons.
— Tu as vraiment la stature d'un prince. Tes couleurs sont royales. Bleu nuit et or… c'est magnifique.
Je le prends dans mes bras, le serre contre moi, nos corps se pressant l'un contre l'autre, nos queues s'enroulant plus étroitement.
Je l'embrasse à nouveau, cette fois-ci un baiser langoureux, profond, nos langues se mêlant avec une urgence nouvelle.
Nos corps se cherchent dans l'eau, sans gravité, sans limite.
Avant même de nous toucher vraiment, nous commençons une danse de séduction. Mako, plus impétueux, décrit des cercles serrés autour de moi. Le mouvement de sa queue puissante crée des courants chauds qui viennent caresser mes écailles, comme des baisers à distance. Je laisse mes nageoires pectorales frémir, mes écailles scintillant sous l'effet d'une bioluminescence nerveuse, un signal silencieux que mon corps envoie à Mako : je te veux.
Quand nous nous rejoignons enfin, le contact est électrique.
Mako plaque son torse contre mon dos, ses bras puissants s'enroulant autour de ma taille. C'est le contraste des textures : la peau lisse et brûlante de sa poitrine contre mes écailles, tandis que nos queues commencent à s'entrelacer. Le verrouillage est total, de la nuque jusqu'à la pointe de nos nageoires caudales qui battent à l'unisson pour nous maintenir en suspension dans le vide bleu.
Sans la gravité, l'érotisme devient tridimensionnel.
Nos membres inférieurs – ces muscles longs et massifs – se verrouillent. Les écailles de Mako, un peu plus rugueuses, massent les miennes, plus douces. C'est une étreinte totale.
Sous l'effet de l'excitation, les replis de peau qui protégeaient notre intimité s'effacent. La chaleur qui s'en dégage est telle que l'eau semble se troubler autour de nous, créant un léger voile de vapeur sous-marine.
Lorsque Mako s'unit à moi, ce n'est pas seulement un choc physique, c'est une onde de choc qui traverse nos deux colonnes vertébrales. Nous ne faisons plus qu'un seul être ondulant. Je rejette la tête en arrière contre son épaule, mes branchies palpitant à un rythme effréné, puisant l'oxygène rare pour alimenter mon plaisir.
Nos mains cherchent les zones sensibles à la jonction entre la peau humaine et les premières écailles. Mako goûte le sel et le désir sur la peau de mon cou, sa langue traçant des lignes brûlantes. Nos corps s'illuminent de pulsations bleues et dorées au rythme de nos battements de cœur.
Le rythme des profondeurs s'accélère. Chaque coup de reins est amplifié par l'eau, chaque mouvement créant des tourbillons qui caressent nos corps. Je gémis, un son sourd, profond, qui vibre dans l'eau et fait vibrer la cage thoracique de Mako.
Au moment de l'orgasme, nous ne pouvons pas crier comme des humains. À la place, un chant sourd, une fréquence basse, s'échappe de notre gorge et fait vibrer l'autre. Nos nageoires caudales claquent violemment une dernière fois, soulevant le sable du fond marin dans un nuage doré, avant que nous ne retombions, épuisés et entrelacés, dérivant lentement avec le courant.
Nous restons ainsi un long moment, nos queues toujours enlacées, nos cœurs battant à l'unisson.
Mako murmure contre mon oreille.
— Tu es magnifique.
Je souris, encore essoufflé.
— Toi aussi.
Nous nageons lentement jusqu'à la crique, main dans la main, nos corps encore frémissants de plaisir.
Nous nageons lentement vers la crique, main dans la main, nos queues battant en rythme, le souffle d'or pulsant en moi comme une promesse enfin tenue. L'eau s'éclaircit progressivement, passant du bleu nuit profond à un turquoise lumineux, puis à un vert éclatant près de la surface. Chaque battement de ma queue me propulse avec une force douce et naturelle, les nageoires coupant l'eau avec une précision instinctive. Mako nage à mes côtés, ses doigts entrelacés aux miens, sa présence chaude et rassurante malgré l'eau froide. Les courants nous portent, nous caressent, nous guident. Je sens tout : la température qui monte doucement, les odeurs qui se simplifient – moins de minéraux anciens, plus de sel frais et d'algues de surface –, les sons qui deviennent plus clairs, plus proches de la vie de la surface : le clapotis des vagues, le cri lointain des mouettes qui traverse l'eau comme un écho assourdi, le battement régulier de mon propre cœur synchronisé avec celui de Mako.
Quand nous faisons surface dans la crique, l'air me frappe comme une gifle sèche et brûlante. Mes branchies se referment douloureusement, mes poumons humains reprennent le relais avec une sensation de feu liquide dans la poitrine – la première inspiration est une brûlure, un choc thermique qui me fait tousser, haleter. La peau nue, privée de ses écailles protectrices, ressent le vent comme une agression glaciale, chaque goutte d'eau qui coule sur moi comme une lame froide. La transformation inverse commence presque immédiatement.
C'est l'étape la plus violente. La queue, cette masse unique de muscles puissants et de colonne vertébrale prolongée, doit se rétracter. Je sens d'abord les os craquer : la colonne se fracture en segments avec un bruit sourd et déchirant, le bassin soudé pour la nage se fend en deux dans une explosion de douleur qui me coupe le souffle. Les hanches se repositionnent dans un craquement atroce, comme si on me déchirait le bas du corps avec une scie chauffée à blanc. Les muscles se déchirent de l'intérieur pour se séparer en deux membres distincts ; je sens chaque fibre musculaire se rompre, chaque tendon se tendre jusqu'à la limite, chaque nerf hurler. La sensation est exactement celle d'une « scie brûlante » qui remonte de la nageoire caudale jusqu'à l'entrejambe, un feu qui consume tout sur son passage, qui me fait tomber à genoux dans le sable humide, les mains crispées sur le sol, un cri étouffé s'échappant de ma gorge.
La peau suit : les écailles se rétractent, se fondent, se transforment en chair humaine nue, fine, vulnérable. Le contact avec l'air est une torture immédiate : le froid sec me frappe comme mille aiguilles, la peau hurle sous l'effet du vent et du soleil, chaque grain de sable comme une lame de rasoir. Mes pieds – mes vrais pieds – se forment dans une explosion de douleur : les os des chevilles craquent, les orteils se déploient dans une sensation de verre pilé qui remonte le long de mes jambes. Chaque mouvement est une souffrance. Je m'effondre complètement sur le sable, haletant, le corps secoué de spasmes. La première inspiration d'air sec brûle mes poumons comme du feu liquide ; je tousse, je suffoque, mes branchies se refermant douloureusement, mes poumons humains luttant pour s'adapter à l'air. La peau nue ressent le froid comme une agression glaciale, chaque souffle comme une brûlure.
Je reste allongé un long moment sur le sable encore tiède, le visage contre les grains qui collent à ma peau, reprenant mon souffle, laissant la douleur refluer lentement comme une marée descendante. Mes jambes tremblent encore, mes muscles hurlent à chaque tentative de mouvement. Je me relève enfin, chancelant, apprenant à porter tout mon poids sur deux pieds fragiles. Chaque pas est une torture : le sol dur, le sable qui s'enfonce, l'équilibre précaire – tout me rappelle que je viens de quitter l'apesanteur parfaite de l'eau. Je titube jusqu'à mes vêtements abandonnés, les ramasse d'une main tremblante, les enfile avec difficulté, chaque geste amplifiant la douleur résiduelle. Le pantalon frotte contre mes jambes encore sensibles, la chemise colle à ma peau moite, les chaussures me semblent des instruments de torture.
Mako flotte encore à quelques mètres, sa tête émergée, ses yeux verts fixés sur moi avec une inquiétude muette. Il s'approche du bord, nageant doucement jusqu'à ce que ses mains touchent le sable mouillé.
— Ayden… ça va ?
Je m'assois lourdement sur le sable, les jambes étendues devant moi, encore tremblantes. Ma voix sort rauque, épuisée.
— Ça fait mal… plus mal que la première fois. Comme si mon corps refusait de redevenir humain.
Il tend la main, effleure mes doigts.
— C'est normal. La transformation inverse est toujours plus violente. Ton corps sait qu'il appartient à l'eau maintenant.
Je hoche la tête, les larmes aux yeux – pas seulement de douleur physique, mais de tout ce que je ressens.
— Je ne peux pas partir comme ça. Pas aujourd'hui. J'ai besoin de temps. De respirer. De réfléchir.
Mako hoche la tête, sans insister.
— Je comprends. Reviens demain. Quand le soleil sera à son zénith. Je serai là. Nous parlerons. Nous nagerons. Nous reprendrons là où nous en étions.
Je serre sa main une dernière fois, fort, comme si je pouvais emporter un peu de lui avec moi sur la terre.
— Promis. Demain, au zénith.
Il sourit, un sourire doux, triste, amoureux.
— Je t'attends.
Il plonge doucement, sa queue claquant une dernière fois la surface dans un splash discret. Je reste là, assis sur le sable, le regardant disparaître dans l'eau claire, le cœur serré.
Je me relève péniblement, chaque pas une souffrance, et je ramasse mes vêtements éparpillés. C'est là que ça arrive.
Une lumière soudaine m'éblouit – pas le soleil, mais quelque chose de plus artificiel, plus cru. Un flash blanc, puis un autre. Je cligne des yeux, aveuglé. Un moteur de petit bateau gronde au loin, s'éloignant rapidement. Je me retourne, le cœur battant, mais il est déjà trop loin. Une silhouette indistincte à la barre, un reflet de lentille qui scintille une dernière fois avant de disparaître derrière les falaises.
Je n'ai pas eu le temps de courir – mes jambes, encore faibles, encore douloureuses, refusent de coopérer. Je tombe à genoux dans le sable, le souffle court, les mains tremblantes.
Quelqu'un m'a vu. Quelqu'un a pris des photos. Ou une vidéo. Je ne sais pas qui. Un pêcheur matinal ? Un touriste avec un drone ? Quelqu'un du village qui passait par là ? Tom, avec ses regards suspicieux ? Ou pire… quelqu'un qui cherchait des preuves, quelqu'un qui avait entendu des rumeurs ?
Je reste là, à genoux sur le sable, le cœur cognant dans ma poitrine, le souffle d'or pulsant toujours en moi comme un rappel douloureux. La crique est silencieuse, mais je sais que quelque chose a changé. Quelqu'un sait. Et ce quelqu'un pourrait tout détruire.
Je lève les yeux vers l'horizon, là où le petit bateau a disparu. Le soleil est haut, presque au zénith. Mako m'attend demain.
Mais pour l'instant, je ne peux pas y retourner. Pas encore. Pas tant que je ne sais pas qui m'a vu, et ce qu'il va faire de cette preuve.
Je ramasse mes affaires, me relève péniblement, chaque pas une souffrance, et je repars vers le village, le cœur lourd, l'esprit en feu.
Je reste un long moment à genoux sur le sable, le cœur battant à tout rompre, les yeux rivés sur l'horizon où le petit bateau a disparu. Le moteur s'est tu depuis longtemps, avalé par le bruit des vagues et le cri des mouettes, mais le souvenir du grondement persiste dans mes oreilles comme une menace sourde. La lumière blanche – ce flash cruel et artificiel – est encore imprimée sur ma rétine, un point aveugle qui danse devant moi chaque fois que je cligne des yeux. Mes mains tremblent, mes jambes refusent de se plier correctement, la douleur de la transformation inverse pulse encore dans mes os, dans mes muscles, dans mes articulations qui se souviennent d'avoir été autre chose.
La nuit est déjà tombée. Le ciel est d'un bleu noir profond, constellé d'étoiles qui scintillent froidement au-dessus de la crique. La lune est presque pleine, jetant une lumière argentée sur le sable et sur l'eau calme, transformant chaque vaguelette en une lame de mercure. Le vent est frais, chargé d'iode et de sel, il me glace la peau nue et fait claquer mes vêtements abandonnés comme des drapeaux déchirés. Je suis encore nu, le corps luisant d'eau de mer, les gouttes roulant sur ma peau comme des larmes froides. La transformation inverse m'a laissé épuisé, vulnérable, chaque respiration est un effort, chaque mouvement ravive la brûlure dans mes jambes et dans mon bassin.
La transformation inverse commence presque immédiatement.
C'est l'étape la plus violente. La queue, cette masse unique de muscles puissants et de colonne vertébrale prolongée, doit se rétracter. Je sens d'abord les os craquer : la colonne se fracture en segments avec un bruit sourd et déchirant, le bassin soudé pour la nage se fend en deux dans une explosion de douleur qui me coupe le souffle. Les hanches se repositionnent dans un craquement atroce, comme si on me déchirait le bas du corps avec une scie chauffée à blanc. Les muscles se déchirent de l'intérieur pour se séparer en deux membres distincts ; je sens chaque fibre musculaire se rompre, chaque tendon se tendre jusqu'à la limite, chaque nerf hurler. La sensation est exactement celle d'une « scie brûlante » qui remonte de la nageoire caudale jusqu'à l'entrejambe, un feu qui consume tout sur son passage, qui me fait tomber à genoux dans le sable humide, les mains crispées sur le sol, un cri étouffé s'échappant de ma gorge.
La peau suit : les écailles se rétractent, se fondent, se transforment en chair humaine nue, fine, vulnérable. Le contact avec l'air est une torture immédiate : le froid sec me frappe comme mille aiguilles, la peau hurle sous l'effet du vent et de la lune, chaque grain de sable comme une lame de rasoir. Mes pieds – mes vrais pieds – se forment dans une explosion de douleur : les os des chevilles craquent, les orteils se déploient dans une sensation de verre pilé qui remonte le long de mes jambes. Chaque mouvement est une souffrance. Je m'effondre complètement sur le sable, haletant, le corps secoué de spasmes. La première inspiration d'air sec brûle mes poumons comme du feu liquide ; je tousse, je suffoque, mes branchies se refermant douloureusement, mes poumons humains luttant pour s'adapter à l'air. La peau nue ressent le froid comme une agression glaciale, chaque souffle comme une brûlure.
Je reste allongé un long moment sur le sable encore tiède, le visage contre les grains qui collent à ma peau, reprenant mon souffle, laissant la douleur refluer lentement comme une marée descendante. Mes jambes tremblent encore, mes muscles hurlent à chaque tentative de mouvement. Je me relève enfin, chancelant, apprenant à porter tout mon poids sur deux pieds fragiles. Chaque pas est une torture : le sol dur, le sable qui s'enfonce, l'équilibre précaire – tout me rappelle que je viens de quitter l'apesanteur parfaite de l'eau.
Je ramasse mes vêtements éparpillés, les enfile avec difficulté, chaque geste amplifiant la douleur résiduelle. Le pantalon colle à mes cuisses encore gonflées, la chemise me serre aux épaules, les bottes compriment mes pieds comme des étaux. Je titube vers le chemin, le sac sur l'épaule, chaque pas une souffrance.
Je repars vers le village, le chemin familier me semble plus long que jamais. Les falaises abruptes me surplombent comme des juges silencieux, le sable fin crisse sous mes pas, l'odeur salée de la mer mêlée à celle de la terre froide me donne la nausée. Je marche tête baissée, évitant les regards imaginaires, le cœur cognant dans ma poitrine. La nuit est silencieuse, seulement troublée par le clapotis des vagues et le vent qui siffle entre les falaises. Chaque bruit me fait sursauter : une pierre qui roule, une branche qui craque, le cri lointain d'un oiseau nocturne. Je m'attends à entendre des voix, des moteurs, des pas derrière moi. Mais rien. Seulement l'obscurité et le poids de ce que je viens de vivre.
Le village apparaît au détour du chemin, plus sombre que d'habitude. Les maisons basses aux volets clos sont plongées dans le noir, quelques fenêtres éclairées projettent des rectangles jaunes sur les pavés humides. L'odeur familière de poisson, d'huile de moteur et de sel séché flotte dans l'air, mêlée à celle du bois qui brûle dans les cheminées. Je passe devant chez Marco, la fenêtre du rez-de-chaussée est éteinte, mais je sais qu'il dort mal quand il y a du vent. Je traverse la place du marché, les étals sont rangés, les chaises empilées, le platane projette une ombre immense sous la lune. Le vieux Marcel n'est pas là – il rentre toujours avant la nuit, même s'il aime raconter qu'il a vu des ombres dans l'eau à minuit.
J'arrive enfin chez moi. La porte grince quand je l'ouvre, l'intérieur est sombre et frais. Je ferme derrière moi, tourne le verrou, m'appuie contre le bois un long moment, le souffle court. Je laisse tomber mon sac par terre, m'effondre sur une chaise, les jambes étendues devant moi, les mains tremblantes sur les genoux. Je reste là des heures, immobile, à essayer de comprendre ce qui vient de m'arriver. La cité, Galatée, Hippocampos, Mako… et maintenant cette lumière blanche, ce bateau qui s'éloignait. Quelqu'un m'a vu. Quelqu'un a pris des photos. Ou une vidéo. Je ne sais pas qui. Un pêcheur nocturne ? Un touriste insomniaque ? Quelqu'un du village qui passait par là avec un téléphone ? Tom, avec ses regards suspicieux ? Ou pire… quelqu'un qui cherchait des preuves, quelqu'un qui avait entendu des rumeurs ?
La nuit est longue. Je ne mange pas. Je ne dors pas vraiment. Je reste assis dans le noir, écoutant les vagues au loin, le vent qui siffle contre les volets, les craquements de la maison qui se refroidit. Je revois la scène dans ma tête – mon corps nu dans l'eau, la transformation inverse, les écailles qui disparaissent, la queue qui se sépare en deux jambes, mes vêtements que j'ai enfilés ensuite posés sur le sable comme une preuve accablante. Le visage flou, mais les fringues reconnaissables. Tout le monde au port les connaît. Tout le monde sait que ce sont les miennes.
Je finis par m'allonger sur le lit, tout habillé, les yeux ouverts dans l'obscurité. Le sommeil vient par bribes, agité, rempli d'images : Mako qui me sourit sous l'eau, Galatée qui pleure des larmes de verre, Hippocampos qui me fixe avec ses yeux argentés, le flash blanc qui m'éblouit, le moteur qui s'éloigne. Je me réveille plusieurs fois en sursaut, le cœur battant, convaincu que quelqu'un frappe à la porte.
Au matin, je me lève tôt. Mes jambes me font encore mal, mais la douleur s'est atténuée, devenue une courbature profonde plutôt qu'une torture. Je m'habille avec les mêmes vêtements de la veille – je n'ai pas le courage de chercher autre chose –, descends au port. L'équipage est déjà là. Marco charge des caisses, Luis sifflote, Tom est assis sur un tonneau, son regard fixé sur moi dès que j'apparais.
Le patron hurle le départ, mais je sens tout de suite que quelque chose cloche. Les regards sont différents. Luis évite mes yeux, Marco marmonne dans sa barbe, Tom me fixe avec un sourire en coin qui me glace le sang.
Nous montons à bord. Le bateau tangue, le moteur gronde. Nous partons en mer, mais personne ne parle vraiment. L'atmosphère est lourde, électrique.
C'est Marco qui craque le premier, alors que nous sommes à peine sortis du port. Il se retourne vers moi, les bras croisés, le visage rougeaud.
— Alors Ayden… tu nous expliques ?
Je fronce les sourcils, la gorge sèche.
— Expliquer quoi ?
Il sort son téléphone, appuie sur l'écran. Une vidéo commence. L'image est tremblante, prise de loin, mais on voit clairement la crique. On me voit, nu, dans l'eau peu profonde, debout, les jambes encore à moitié fusionnées en queue. Puis la transformation inverse : les écailles qui disparaissent comme aspirées par la peau, la queue qui se sépare lentement en deux membres humains, les nageoires qui se résorbent dans des spasmes douloureux, le corps qui se redresse en position bipède. La vidéo est courte, une vingtaine de secondes, mais le visage est légèrement flou – probablement à cause de la distance et du tremblement de la main qui filmait. Mais les vêtements… mes vêtements, posés sur le sable à côté de moi pendant que je me transformais – le pantalon kaki taché, la chemise bleue délavée, les bottes éraflées – sont parfaitement reconnaissables. Tout le monde à bord les connaît. Ils les voient tous les jours.
Luis siffle entre ses dents.
— Putain, Ayden… c'est toi ?
Tom ricane.
— On dirait bien. Même si le visage est flou, les fringues ne mentent pas. Et regarde : on voit tes jambes se séparer, putain, ce n'est pas normal.
Marco avance d'un pas, menaçant.
— Comment t'as fait ça ? C'est quoi ce truc ? Un costume ? Un montage ? Parce que si c'est vrai… bordel, t'es quoi exactement ?
Je recule instinctivement, le dos contre la rambarde.
— C'est un montage. Quelqu'un s'est amusé. Vous savez comment ça marche maintenant, les deepfakes, les trucages…
Marco secoue la tête.
— Mon cul. J'ai vu la vidéo dix fois ce matin. Ce n'est pas un montage. On voit tes fringues posées là où tu les poses toujours. Et cette… chose… cette queue qui disparaît… elle bouge comme si c'était vivant, comme si ça faisait mal.
Luis intervient, la voix tremblante.
— Et puis y a le vieux du port. Tu sais, le vieux Marcel, celui qui passe ses journées à fixer l'eau et qui raconte qu'il a vu des sirènes depuis quarante ans. Il a vu la vidéo. Il est venu ce matin, blanc comme un linge, et il a dit : « Je savais que je n'étais pas fou. Je les ai vues. Et celle-là… elle est redevenue humaine. »
Tom éclate de rire, mais c'est un rire nerveux.
— Il a même pleuré, le vieux. Il disait qu'il avait attendu toute sa vie pour une preuve. Et là, bam, c'est toi qui sors de l'eau en redevenant un mec normal.
Marco s'avance encore.
— Alors Ayden… explique. T'es quoi ? Un monstre ? Une sirène qui se transforme en humain ? Un truc venu de la mer ?
Je sens la panique monter.
— Je vous jure, c'est un montage. Quelqu'un a pris mes vêtements, a filmé un costume ou je ne sais pas quoi…
Marco me coupe, la voix dure.
— Arrête tes conneries. On te connaît depuis des années. T'es pas du genre à faire des blagues de ce style. Et puis regarde-toi : t'as l'air crevé, t'as mal partout, tu marches comme si t'avais couru un marathon. Ça ne colle pas avec un gars qui fait une blague.
Luis baisse la voix.
— Et si c'est vrai ? Si t'es… comme ça ? Qu'est-ce que ça change pour nous ?
Tom ricane.
— Ça change qu'on a un monstre sur le bateau. Ou un trésor. Imagine si on le vend à la télé, aux scientifiques…
Je m'énerve, la voix montant.
— Personne ne me vend ! C'est ma vie ! Vous ne comprenez pas ? Ce n'est pas un jeu !
Marco attrape mon col.
— Alors explique ! Parce que là, on ne sait pas si on peut encore travailler avec toi. Si t'es pas humain… si t'es dangereux…
Je le repousse, la colère et la peur se mêlant.
— Je suis humain ! J'ai grandi ici ! J'ai pêché avec vous ! J'ai bu des bières avec vous ! Je ne suis pas dangereux !
La dispute éclate. Les voix montent, les accusations fusent. Marco crie que je mens, Luis essaie de calmer, Tom filme discrètement avec son téléphone, un sourire mauvais aux lèvres. Je recule contre la rambarde, le cœur battant, le souffle court.
Le patron finit par hurler pour nous faire taire, mais l'ambiance est pourrie. Nous rentrons au port plus tôt, personne ne parle plus. Je descends du chalutier sans un mot, les jambes encore douloureuses, l'esprit en feu.
La vidéo circule déjà dans le village. Je le sens aux regards, aux murmures quand je passe dans les rues. Le vieux Marcel est assis sur son banc habituel, face à la mer, et quand il me voit, il se lève, les yeux brillants.
— Je savais… je savais que je n'étais pas fou… Je l'ai vue sortir de l'eau… redevenir humaine…
Je détourne le regard, accélère le pas, mais je sais que c'est trop tard.
Demain, Mako sera là, au zénith.
Mais demain, la vidéo aura peut-être déjà tout changé.
Je marche vite dans les rues du village, tête baissée, les épaules rentrées comme si je pouvais disparaître dans mon manteau. Les pavés sont encore humides de la rosée matinale, mes bottes claquent trop fort, chaque pas résonne comme une accusation. Les murmures me suivent comme une ombre. Des femmes sur le pas de leur porte s'arrêtent de parler quand je passe, des hommes qui déchargent leur camionnette se figent, téléphone à la main. Je sens leurs regards peser sur moi, lourds, curieux, effrayés. Certains lèvent leur écran pour me filmer discrètement. Je fais semblant de ne rien voir, mais mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'ils peuvent l'entendre.
La vidéo est partout. Je le sais sans avoir besoin de regarder. Elle circule sur les groupes Facebook du village, sur les chaînes WhatsApp des pêcheurs, sur les stories Instagram des ados. Même ceux qui n'ont pas de smartphone en parlent : la boulangère me glisse un « Courage, petit » quand je passe devant sa vitrine, le vieux du café me fait un signe de croix discret. Tout le monde sait.
Je rentre chez moi en courant presque. La porte claque derrière moi, je tourne le verrou, m'adosse au bois, le souffle court. Mon téléphone vibre sans arrêt dans ma poche. Je l'ignore.
Je m'assois par terre, dos contre la porte, les genoux contre la poitrine, et j'essaie de respirer. Mais chaque inspiration ramène l'image : mon corps nu dans l'eau, la queue qui se sépare lentement en deux jambes humaines, les écailles qui disparaissent comme aspirées par la peau, les nageoires qui se résorbent dans des spasmes douloureux, mes vêtements posés sur le sable comme une preuve accablante. Le visage légèrement flou, mais les fringues parfaitement reconnaissables. Tout le monde les connaît.
Midi approche. Je sais que Mako sera là, à la crique, comme promis. Je sais aussi que je ne peux pas y aller comme ça, pas avec tout le village qui me surveille. Mais je n'ai pas le choix. Je dois lui parler. Lui dire de ne rien faire, de ne rien dire aux clans. De me laisser gérer.
Je sors par la porte de derrière, passe par les ruelles étroites pour éviter le port. Le soleil est haut, brûlant. La sueur coule dans mon dos, mes vêtements collent encore à ma peau. J'arrive à la crique en sueur, essoufflé. L'eau est calme, presque huileuse sous la lumière de midi. Je m'approche du bord, appelle doucement.
— Mako…
Il émerge presque immédiatement, à quelques mètres, ses cheveux sombres collés au front, ses yeux verts brillant d'inquiétude. Il nage jusqu'au bord, sort à moitié de l'eau, ses épaules luisantes sous le soleil.
— Ayden… j'ai senti que ça n'allait pas.
Je m'agenouille au bord de l'eau, les mains tremblantes.
— La vidéo… elle est partout. Ils savent. Ils ont vu la transformation inverse. Ils ont vu mes vêtements trempés posés sur le sable, ils ont reconnu mes fringues. Marco, Luis, Tom… ils m'ont confronté ce matin. Ils veulent des explications. Le vieux Marcel dit qu'il avait raison depuis quarante ans.
Mako fronce les sourcils, ses doigts serrent le bord du quai.
— Qui l'a filmée ?
— Je ne sais pas. Quelqu'un avec un bateau hier soir. Un flash. Et maintenant… tout le village est au courant. Les réseaux sociaux, les groupes, tout. Ils parlent de moi comme d'un monstre. Ou d'un trésor.
Il tend la main, effleure mes doigts.
— Il faut prévenir les clans. Galatée et Hippocampos doivent savoir. Si les humains commencent à chercher…
Je secoue la tête, la voix cassée.
— Non. Ne dis rien. Pas encore. Laisse-moi essayer de gérer ça. Je vais nier, je vais dire que c'est un montage, que c'est faux. Je ne suis pas prêt à ce que les clans interviennent. Si les humains ont peur, ils vont chasser. Je n'ai pas envie que ça arrive à Galatée. À toi. À tout le monde.
Il me regarde longtemps, les yeux brillants.
— Tu es sûr ?
— S'il te plaît. Fais-moi confiance. Laisse-moi essayer.
Il hoche la tête, lentement. Il se rapproche, pose son front contre le mien.
— Je t'aime.
— Je t'aime aussi.
Nous nous embrassons doucement, un baiser tremblant, désespéré. Ses lèvres salées contre les miennes, ses mains sur mes joues, un instant de calme au milieu de la tempête. Puis il recule, plonge doucement, disparaît sous l'eau.
Je reste seul sur la plage, le cœur lourd.
Je repars vers le port. L'après-midi est déjà avancé. Quand j'arrive, Luis m'attend sur le quai, seul. Il me voit, s'approche, le visage fermé.
— Ayden… faut qu'on parle.
Je soupire.
— Pas maintenant, Luis.
Il m'attrape le bras, me force à m'arrêter.
— Si, maintenant. T'as vu ce que les gens disent ? T'as vu les commentaires ? Ils veulent savoir. Ils veulent comprendre. Et moi… moi je veux savoir ce que t'as fait à ma vie.
Je fronce les sourcils.
— De quoi tu parles ?
Il me lâche, les poings serrés.
— Tu te souviens de la tempête, il y a quelques semaines ? J'étais tombé à l'eau. Tout le monde pensait que j'étais perdu. Et puis… quelqu'un m'a ramené au bateau. J'ai rien vu, pas même un visage. Juste… une force. Comme des mains qui me poussaient. J'ai cru que c'était l'adrénaline, ou un miracle. Mais maintenant… avec ta vidéo… je me demande.
Je sens mon sang se glacer. Je ne peux pas lui dire. Pas maintenant. Pas comme ça.
— Luis… je ne sais pas de quoi tu parles. C'était sûrement quelqu'un d'autre. Un autre bateau, un sauveteur…
Il me coupe, la voix tremblante de colère.
— Arrête. T'as toujours été bizarre près de l'eau. T'as toujours su des choses que les autres ignoraient. Et maintenant cette vidéo… t'es pas normal, Ayden. T'es pas humain. Ou du moins… pas complètement.
Je secoue la tête.
— Je suis humain. Je n'ai rien fait de mal. Je n'ai pas demandé ça.
Il explose.
— T'as rien demandé ?! Et moi alors ? J'ai failli crever ! Et toi t'étais là, comme si de rien n'était ! Peut-être que c'était toi… ou ton truc… qui m'a poussé ! Et t'as rien dit !
Il me pousse violemment. Je recule, trébuche. Il me pousse encore. Je le repousse. La dispute dégénère. Les coups partent. Il me frappe au visage, je riposte, nous tombons sur le quai, roulons, les poings volent, le sang coule. Marco arrive en courant, hurle quelque chose, essaie de nous séparer. Il nous attrape chacun par le col, nous tire en arrière.
Mais le quai est glissant. Nous perdons l'équilibre tous les trois. Nous tombons dans l'eau.
L'eau froide me frappe comme une gifle. Le choc est immédiat. Mon corps réagit avant mon esprit. Les branchies s'ouvrent, la queue se reforme dans un craquement atroce, les écailles réapparaissent, les nageoires se déploient. La transformation est brutale, publique, sous les yeux de tous ceux qui étaient sur le quai.
Je remonte à la surface, haletant, ma queue battant l'eau, mes branchies palpitantes. Marco et Luis sont là, nageant en surface, les yeux écarquillés. D'autres pêcheurs accourent, téléphones sortis, flashes qui crépitent. Tout le monde filme.
Luis me regarde avec dégoût, la bouche ouverte, les yeux brillants de peur et de trahison.
Je le fixe, le cœur serré. Je n'ai pas le temps de lui expliquer. Pas ici. Pas maintenant.
Je murmure, la voix portant sur l'eau.
— Luis… retrouve-moi seul à minuit vers la crique. S'il te plaît. Ne dis rien.
Puis je plonge. Sous l'eau. Loin des regards, loin des flashes, loin du monde qui vient de basculer.
Fin du chapitre 7.
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