Fantasme
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière — Chapitre 12 · L'aube sur la mer Égée et les premiers pas à Kos
Auteur
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière
Chapitre 12 · L'aube sur la mer Égée et les premiers pas à Kos
L'aube se lève sur la mer Égée dans une chape de silence nacré. À l'approche des côtes grecques, le Majestic Sovereign réduit peu à peu ses machines, troquant le bourdonnement sourd de ses turbines contre une glisse lente et feutrée.
Sur le pont supérieur, accoudée à la main courante dans la fraîcheur du petit matin, Hélène contemple l'île de Kos qui émerge lentement de la brume, une longue tache sombre et vallonnée sur un fond de ciel lavande. Sa nuit a été hachée, traversée de demi-sommeils agités et d'images persistantes — ce regard de Valérie croisé la veille, l'assurance de Roxane, et cette étrange pesanteur qui l'enveloppe depuis l'escale de Crète. Elle porte une simple veste légère sur ses épaules, respirant à pleins poumons l'air salé.
Mais à mesure que l'île se précise, ce n'est pas de la peur qui l'étreint, plutôt une interrogation sourde, une perplexité un peu amère. Elle s'agace de sa propre réaction. Pourquoi ce trouble persistant face à Roxane ? Pourquoi cette fixité d'esprit qu'elle n'arrive pas à balayer d'un revers de main ? Elle, qui a toujours mené une existence solitaire, carrée, réglée par le travail et le devoir, se surprend à regarder en arrière avec un vertige inhabituel. Qu'est-ce qui cloche chez elle ? Elle a toujours été sérieuse, s'est toujours échinée à travailler, s'interdisant la légèreté, ne sachant tout simplement jamais s'amuser. Une vie entière passée derrière une blouse blanche et des barrières qu'elle croyait solides, pour vaciller soudainement à cause de quatre femmes en vacances. Elle cherche à comprendre, à mettre des mots sur cette faille qu'elle découvre en elle, tiraillée entre son réflexe de fuite et une curiosité secrète qu'elle n'ose s'avouer.
Dans un coin plus reculé, loin du brouhaha matinal des couloirs, Hélène s'accorde un moment de pause en prenant un café noir, seule, assise près d'une haute fenêtre du pont inférieur. Elle observe à travers la vitre les estivants qui s'agitent déjà, s'enflamment à l'idée de descendre à terre, rient fort en préparant leurs sacs. Cet enthousiasme bruyant la renvoie brutalement à sa propre solitude. Elle se sent comme une étrangère au monde, une spectatrice figée dans ses routines, incapable de partager cette candeur festive.
À quelques ponts de là, dans la vaste suite baignée par la lumière dorée du lever du jour, l'atmosphère est aux antipodes. Les quatre femmes émergent du sommeil avec une grâce naturelle et paresseuse. Nadia, enveloppée d'un peignoir en satin froissé, prépare un café dans la kitchenette en fredonnant un air ancien, tandis que Sophie feuillette un guide de voyage froissé en riant d'une note historique. Valérie, déjà douchée, noue ses cheveux devant la grande glace en silence, esquissant un sourire complice à Roxane, qui s'étire langoureusement sur le grand lit défait.
— Tu as vu l'effervescence sur les ponts ? lance Sophie en désignant d'un signe de tête les baies vitrées. Tout le monde piaffe d'impatience de débarquer.
— Qu'ils y aillent, sourit Roxane en ajustant ses bracelets. L'île n'en sera que plus grande pour nous.
— Qu'ils y aillent, sourit Roxane en ajustant ses bracelets. L'île n'en sera que plus grande pour nous.
Pas de précipitation, pas de stratégie occulte ; juste le plaisir souverain de vivre l'instant, conscientes d'être exactement là où elles doivent être.
Un peu plus bas, dans sa cabine exiguë, Julien est debout depuis une heure. Il s'adonne à son rituel maniaque : les yeux rivés sur son établi de fortune, il souffle une dernière fois sur la lentille de son optique principale, vérifie la tension de la courroie de son fourre-tout et s'assure que ses cartes mémoires sont vierges et prêtes à l'emploi. Ses mains sont légèrement moites d'excitation, tiraillées entre la conscience de son fantasme inavouable et l'appel irrésistible de cette journée de prise de vues dans les décors antiques.
Vers neuf heures, le paquebot vient enfin butter contre le quai du port de Kos dans un grand soupir de tôles et de câbles d'amarrage tendus. La passerelle descend avec un fracas métallique, libérant immédiatement le flot bruyant et désordonné des croisiéristes pressés de descendre, armés de casquettes et de crèmes solaires.
Depuis l'un des balcons réservés à l'état-major, surplombant le débarquement, le capitaine lui-même est présent. Accoudé au garde-corps en uniforme impeccable, il observe distraitement la cohue des passagers. Mais son regard s'arrête net lorsqu'il aperçoit le quatuor qui s'avance vers la sortie. Il les détaille avec un intérêt appuyé, captivé par leur démarche fluide et leur assurance singulière qui tranche avec l'agitation désordonnée des autres voyageurs.
Hélène, retranchée derrière les vitres propres de son cabinet médical, observe elle aussi cette marée humaine se déverser sur le port. Elle se promet de rester confinée à bord toute la journée, bien à l'abri dans son univers clinique.
Pendant ce temps, sur le quai baigné d'une lumière éclatante, Julien attend, planté près de la sortie. Il les voit arriver ensemble, marchant d'un pas souple et détaché au milieu de la foule bousculée. Ce matin-là, elles affichent une allure à la fois décontractée et impeccablement ajustée à l'effort de la marche.
Roxane porte un jean brut taille haute, légèrement stretch, qui épouse la cambrure de ses hanches et allonge ses jambes, associé à un débardeur blanc en coton végétal simple mais parfaitement taillé. Aux pieds, des baskets citadines en cuir immaculé. Dans son sac à dos en toile enduite, elle a glissé une longue jupe fluide en lin et un chemisier de soie imprimé, au cas où elles s'attarderaient dans une taverne le soir venu.
Valérie a opté pour une élégance plus structurée : un jean slim noir délavé, combiné avec un t-shirt à manches courtes en lin gris anthracite. Ses baskets sont plus techniques, taillées pour arpenter les sentiers rocailleux. Mais sous la fermeture éclair de son sac, dissimulés sous un pull fin en cachemire écru pour la brise du soir, reposent des choix bien plus singuliers : une jupe écossaise aux plis impeccables, une paire de bas de soie et des talons aiguilles vertigineux.
Nadia arbore un jean clair, légèrement usé aux genoux, qui accentue son allure solaire, marié à un top près du corps couleur terracotta qui met en valeur la carnation dorée de sa peau. Ses baskets aux pieds sont colorées, presque rétro. Son sac à dos contient une robe légère aux épaules dénudées, qu'elle a roulée sans la froisser, prête à tomber le masque de la randonneuse dès que l'occasion se présentera.
Sophie, enfin, a choisi un jean boyfriend un peu plus lâche, ultra confortable, qu'elle porte avec un t-shirt ample noué sur le côté et des baskets de running branchées. Dans son sac à dos, elle transporte une chemise en chambray et un paréo coloré, fidèle à son tempérament prévoyant et joueur.
Vêtues ainsi, à la fois sportives, libres dans leurs mouvements et prêtes à se métamorphoser dès que l'ambiance l'exigera, elles s'avancent vers Julien. Nadia lance un regard circulaire vers les façades blanchies de la ville avant de croiser, l'espace d'une seconde, l'objectif déjà levé du jeune homme qui les observe, le souffle un peu court.
La journée commence.
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