Fantasme
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière — Chapitre 13 · Hélène
Auteur
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière
Chapitre 13 · Hélène
À bord du Majestic Sovereign, le silence a pris une densité presque physique. Il est près de onze heures et le navire ressemble à une carcasse vidée de sa sève, bercée par le ronronnement sourd, lointain, de la climatisation.
Dans mon infirmerie, je tourne en rond. J'ai passé la matinée à m’acharner sur des tâches insignifiantes : répertorier des boîtes de pansements, classer des bulletins de soins obsolètes, nettoyer ma table d'examen avec une rigueur maniaque. Mais l'absence de patients, ce vide absolu, se referme sur moi comme une mâchoire. Les murs blancs me semblent plus étroits d'heure en heure. Chaque fois que je lève les yeux vers le hublot, l'éclat aveuglant du soleil me renvoie à ma propre geôle.
Je tente de m'occuper. Je m'assois, me relève, ouvre et referme mon tiroir à pharmacie. Rien n'y fait. L'image de Julien souriant sur le pont, l'assurance glacée de Roxane, ce regard de Valérie la veille... tout cela résonne en moi comme un écho lancinant. J'étouffe.
Vers midi, cédant à une impulsion soudaine que je méprise déjà, j'arrache ma blouse blanche et la jette sur le dossier de ma chaise. J'enfile une paire de lunettes de soleil aux verres sombres, attrape un sac en cuir léger et quitte ma cabine. Sur les ponts supérieurs, la chaleur frappe déjà dur, écrasant les coursives désertes. Je descends la passerelle d’un pas rapide, presque furtif, comme une fugitive qui craint d’être rappelée à l'ordre à tout instant.
Lorsque je pose enfin le pied sur le quai de Kos, la clarté crue de la Méditerranée me gifle. La petite ville grecque vibre d’une agitation estivale, ses façades chaulées découpant leur blanc aveuglant sur un ciel d'un bleu presque agressif. Je me sens nue, dépouillée de mon statut et de mon rôle, simplement piégée au milieu d'une foule anonyme. Je m'engage dans les ruelles ombragées, cherchant à m'éloigner du port. Pour m'aérer, me dis-je d'abord. Mais tout au fond de moi, portée par une curiosité secrète et coupable que je refuse d'avouer, je cherche à savoir où mène leur sillage.
Je marche désormais sur les hauteurs, me laissant guider par les indications d'un plan touristique froissé et ce besoin viscéral d'échapper au bitume. Je me répète à moi-même que je suis simplement venue visiter les vestiges de l'Asclépiéion, par pur intérêt historique et médical. Une simple promenade culturelle. Je cherche à me convaincre qu'il ne s'agit là que d'une démarche rationnelle, que je maîtrise chacun de mes pas.
Pourtant, à mesure que je m'enfonce sur ces sentiers de terre, la chaleur pèse lourdement sur mes épaules et mon cœur bat un peu trop fort contre mes côtes. J'écoute le bruissement de mes propres pas sur les cailloux blancs, irritée par cette fébrilité anormale que je n'arrive pas à raisonner.
Soudain, au détour d'un virage désert, dissimulé derrière un rideau de cyprès et de murets de pierres sèches, un son me fige net. Des éclats de voix.
Valérie
— Personne ne viendra s'aventurer par ici, murmure Sophie d'une voix un peu voilée, plantant ses baskets dans la poussière d'un talus écrasé de soleil. C'est bien trop retranché pour les estivants.
— Personne ne viendra s'aventurer par ici, murmure Sophie d'une voix un peu voilée, plantant ses baskets dans la poussière d'un talus écrasé de soleil. C'est bien trop retranché pour les estivants.
Julien, déjà le nez sur son boîtier, prend les choses en main avec un sérieux studieux, s'appliquant à structurer le cadre et à diriger les placements de chacun.
— Bon, venez par là, essayez de vous placer près de la stèle, indique-t-il d'une voix claire, cherchant à tirer le meilleur parti de la lumière. Sophie, mets-toi un peu plus bas, et Nadia, décale-toi sur la gauche...
Mais aujourd'hui, Sophie secoue doucement la tête, sentant cette vague de timidité familière et lourde l'envahir, l'empêchant totalement de s'abandonner à l'exercice.
— Non, pas aujourd'hui, Julien, murmure-t-elle avec un sourire désolé en reculant d'un pas. Je ne le sens pas, j'ai besoin de rester en retrait...
Nadia, de son côté, pose une main affectueuse sur l'épaule de Sophie tout en croisant le regard de Roxane.
— C'est vrai, ajoute Nadia en ajustant son sac. Et puis, entre nous, c'est le tour de Valérie et de Roxane de passer devant l'objectif et de s'amuser.
— On ne va pas monopoliser le décor, renchérit Roxane avec un sourire gourmand. Et si on allait plutôt faire un tour vers la plage de Psalidi ? C'est à une bonne trentaine de minutes à pied d'ici, la balade le long de la côte sera parfaite.
Julien marque une hésitation, son regard oscillant entre la déception fugace de ne pas tous les capturer et l'attrait soudain de cette perspective plus intime. Pour ma part, je sens mon pouls s'accélérer, un frisson chaud parcourant ma nuque à l'idée de ce qui nous attend sur le chemin du retour.
— Très bien, faisons ça, dis-je en effleurant la bandoulière de mon sac où repose ma tenue, prête à répondre à l'appel de la lumière et de l'espace. Allons vers la plage.
Tandis que Sophie et Nadia esquissent un sourire complice, prenant un peu d'avance sur le sentier poussiéreux, Julien me fait signe de patienter un instant près des ruines pour une première série de clichés en plein air, ignorant que, dissimulée à quelques mètres de là derrière un rideau de lauriers-roses, une ombre invisible retient déjà son souffle.
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