Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière — Chapitre 16 · Le retour à bord
Auteur
Histoire 10 Valérie, Roxane, Sophie et Nadia en croisière
Chapitre 16 · Le retour à bord
La nuit est tombée d’un bloc sur la Méditerranée, lourde et opaque, effaçant les contours dentelés de l’île de Kos pour ne laisser place qu’à une obscurité d'encre, trouée seulement par le sillage écumeux du Majestic Sovereign. À l'intérieur, dans les couloirs du pont principal tapissés d'une moquette épaisse qui étouffe le moindre bruit de pas, le contraste avec le tumulte feutré des salons de gala est saisissant. Partout ailleurs, des passagers en tenue de soirée rient de banalités, verres à la main, totalement aveugles aux ondes de désir brut qui circulent entre nous.
Moi, j'ai marché en retrait, le souffle court, les jambes lourdes. Je m'étais réfugiée de longues minutes dans les toilettes du pont, tentant désespérément de rajuster ma blouse de médecin, de lisser mes mèches rebelles et de m'asperger le visage d'eau glacée pour faire redescendre la fièvre. Je voulais colmater les brèches, retrouver la contenance, le calme glacial et la rigueur que l'on attend d'une femme de science, d'une professionnelle habituée à poser des diagnostics sans trembler. Mais c'était illusoire. Le vernis avait craquelé de l'intérieur depuis longtemps, pulvérisé dans la poussière des ruines. À chaque reflet dans les miroirs biseautés des coursives, mes yeux me trahissaient : ils affichaient le même vertige, la même faim vorace d'une femme qui a goûté à l'excès et ne veut plus s'arrêter. J'étais suspendue à leur sillage, aimantée par une force contre laquelle toute rationalité médicale était devenue absurde.
Julien marchait à côté, ou plutôt devant moi, le sac de matériel photo lourd sur son épaule, habité par la même urgence charnelle. Depuis l'Asclépiéion, il brûlait d'envie de retrouver sa tanière, de jeter ses boîtiers pour replonger dans les fichiers bruts, revoir ces corps ouverts, ces peaux luisantes de sueur et cette faim de baisers qui avait tout emporté.
Il a atteint la porte de sa cabine, a sorti sa carte magnétique d'un geste pressé et l'a appliquée contre le lecteur. Le loquet a émis un déclic sec. Il a poussé le battant, s'engouffrant dans la pénombre de la pièce, déjà aspiré par l'attente de ses moniteurs.
Mais il n'était pas seul.
Roxane et Valérie s'étaient glissées dans son sillage avec une souplesse de prédatrices. Avant même que Julien, surpris, ne se retourne vers leurs visages avides, Roxane a pivoté sur ses talons et a enclenché le verrou de la porte d'un geste sec. Le double tour a résonné dans le silence du couloir, scellant l'issue avec une certitude absolue. À l'intérieur, la lueur bleutée des écrans baignait déjà l'espace, illuminant les clichés torrides de l'après-midi. Avant que Julien ne puisse esquisser un mouvement, Roxane lui a arraché son sac des mains pour le balancer au loin, tandis que Valérie le plaquait sans le moindre ménagement contre le bord du bureau, leurs sourires carnassiers ancrés sur les lèvres, leurs mains déjà acharnées à le dépouiller de ses vêtements dans une frénésie partagée.
Restée seule de l'autre côté, dans la pénombre de la coursive, j'ai tout vu.
Je m'étais figée à quelques mètres, retenant un souffle si court qu'il soulevait douloureusement ma poitrine sous le tissu immaculé de ma blouse. J'avais vu la porte se refermer, entendu le claquement métallique de la serrure. Je savais exactement ce qui se passait, centimètre par centimètre, entre ces quatre murs. Je savais que les photos de l'Asclépiéion s'étalaient en grand format, exposant les corps offerts, les bouches mouillées, la jouissance crue. Je savais que Valérie et Roxane s'étaient emparées de lui, le dévorant sans règles, guidées par la seule loi de l'appétit.
Un frisson violent, presque électrique, a parcouru toute mon échine. Mes jambes se sont dérobées, refusant presque de me porter. Incapable de reculer, j'ai fait quelques pas de loup sur la moquette épaisse et je suis venue coller mon front, puis mon oreille entière, contre le bois frais de la porte voisine. Mon haleine chaude a brumé un instant la surface vernie.
Le temps s'est étiré, lourd, presque visqueux dans le couloir désert. Au début, il n'y avait que le bourdonnement sourd de la climatisation du navire. Et puis, traversant la cloison avec une netteté intolérable, les premiers sons de la baise ont jailli.
Un rire rauque, étouffé, puis le frottement lourd et lourdement balancé d'un corps qu'on jette sur le matelas. Et immédiatement, le rythme s'est emparé de la pièce.
À travers le bois, les bruits étaient d'une crudité absolue, poignants, réels. Le claquement humide, rythmé et régulier de la chair qui se percute, le va-et-vient frénétique, lourd, de Julien qui entrait et sortait, s'enfonçant sans la moindre pause dans la chaleur mouillée de Valérie. Et par-dessus ces bruits sourds, perçant la cloison comme des coups de poignard en plein cœur, les gémissements de Valérie ont éclaté, bruts, abandonnés, déchirants :
— Encore... Oui, vas-y, encore...
Chaque coup de bassin résonnait dans mon propre corps, agissant comme une onde de choc directe, violente, dans mon bas-ventre. Dans mon esprit, je voyais tout. Je l'imaginais, lui, le dos suant, les muscles tendus, arc-bouté au-dessus d'elle, et elle, les cuisses grand ouvertes, l'avalant, le serrant, le retenant prisonnier de ses spasmes. La force de ces bruits, de cette image mentale, m'a totalement anéantie, réduisant à néant toute ma rationalité de médecin.
Mes propres mains ont glissé d'elles-mêmes le long de mes cuisses, affolées. Mes doigts ont plongé sous le tissu de ma jupe, s'enfonçant sans pudeur pour presser, écarter et caresser frénétiquement ma chair déjà bouillante, entièrement détrempée par mon propre désir. J'étouffais, incapable d'émettre le moindre son, calant mon propre rythme saccadé sur les claquements humides et les râles étouffés qui continuaient de traverser la porte. J'étais là, dressée dans le couloir, transformée en une voyeuse incandescente, l'oreille collée au bois, frémissant à chaque vague de plaisir étranger, totalement abandonnée au bord de l'explosion.
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