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✦ HighLow_93 L’envers du désir XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L’envers du désir — Chapitre 6 · Une confidente

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HighLow_93
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L’envers du désir

Chapitre 6 · Une confidente

Le lundi matin, je quitte la maison avec une demi-heure d'avance.
Candice est encore en pyjama, son bol de café à la main. Elle m'embrasse dans l'entrée, me souhaite une bonne journée et me rappelle que nous devons acheter des ampoules pour le salon. Je lui promets de ne pas oublier. Je vais évidemment oublier.
Dans la voiture, je repense à notre week-end. À sa bonne humeur, à ses baisers, à cette façon nouvelle qu'elle a de venir se blottir contre moi. Et à cette étrange impatience qui me saisit désormais chaque fois que je sais qu'elle va rentrer. Je ne me souviens pas avoir été aussi amoureux depuis longtemps.
Ni aussi inquiet.
Depuis samedi, les images de l'atelier me reviennent sans cesse. Je revois les deux hommes, la femme ronde, Magda dans son pantalon de cuir et Candice disparaissant avec eux dans l'obscurité. J'imagine ce qui a pu se passer derrière cette porte.
Parfois, je me surprends à sourire et c'est probablement ce qui devrait m'inquiéter le plus…
Je profite de mon avance pour échafauder un plan pour la semaine. Candice semble très excitée à l’idée d’honorer un rendez-vous de plusieurs heures samedi prochain et je dois en découvrir le plus possible. Car j’avoue que ce qui se joue m’excite au plus haut point. M’imaginer ma femme s’adonner à des plaisirs nouveaux me plaît au plus haut point. En tête de liste j’écris : Vidéo Elle m’en apprendra beaucoup sur la manière qu’a ma femme d’occuper ses après-midis. Rien qu’à y repenser, je sens un début d’érection. Quel bonheur, ça faisait des mois que ça ne m’était pas arrivé au bureau.
Ensuite, j’écris, Atelier et Magda.
C’est bien maigre comme plan d’action. Mais délicieusement troublant.
Allyah, ma collègue du service informatique, vient toquer sur mon box. Elle me rappelle que nous avons une réunion. Je me lève précipitamment et en oublie mon début d’érection. Allyah le voit et pouffe de rire. Nous nous connaissons depuis des années et nous apprécions, sûrement parce que je n’ai jamais essayé de la brancher. Nous sommes bons camarades mais pas au point de parler de sexualité, encore moins de mon érection accidentelle. Elle est d’origine marocaine, grande, fine, la peau bronzée toute l’année, de grands yeux bruns de biche, des jambes longues et fines et, d’après mes collègues les plus observateurs, des seins à se damner. Je suis tout empoté et manque de renverser mon café. Elle part en souriant.
Allyah m’a gardé une place à côté d’elle, ce qu’elle ne fait jamais, elle m’accueille en souriant. Pendant la réunion, je ne suis pas très concentré, j’ouvre mon téléphone et je regarde mon solde de congés. Il me reste quatre jours de RTT… Avant samedi, je n'aurais jamais su quoi faire de ces journées. Généralement, je les pose pour accompagner Candice à un rendez-vous, réceptionner un canapé ou attendre un plombier qui ne vient pas. Mais là… j’ai une excellente raison de les poser.
Candice m'a parlé d'une journée intensive de yoga. Je sais qu'elle n'ira pas là-bas.
Je le sais depuis l'instant où elle me l'a annoncé. Sa petite hésitation. Son sourire. Cette façon de présenter la chose comme une invitation exceptionnelle. Je connais ma femme depuis quatorze ans. Je sais quand elle me ment. Enfin, je croyais le savoir.
Je pose mes jours et attends la validation des RH, fébrilement.
À midi trente, Allyah marche à côté de moi. Elle esquive elle aussi la cantine et se dirige vers la même boulangerie que moi. Elle n’a pas assisté à la dernière réunion.
— Tu m'invites ?
— Pardon ?
— À déjeuner. Tu m'invites ?
— Pourquoi je ferais ça ?
Elle tourne vers moi ses grands yeux bruns.
— Pour acheter mon silence.
Je m'arrête. Elle continue de marcher, parfaitement satisfaite de son effet.
— Allyah, ce n'est pas du tout ça…
Elle prend un air innocent pour me regarder sans s’arrêter.
Ma collègue m’apparaît soudain sous un nouveau jour. Je la savais espiègle, mais là, elle est joueuse et cela lui plaît manifestement.
— Je, c’est, c’est personnel…
— Je veux bien te croire…
Allyah reprend son chemin, je la suis un mètre derrière elle… Si j’en suis quitte pour un panini, je pourrais m’estimer heureux. Hors de question que ce qui concerne ma femme ne déborde au bureau.
Nous entrons dans la boulangerie. Elle commande une salade, un éclair au café et une bouteille d'eau. Je prends un sandwich et un coca.
Au moment de payer, elle recule ostensiblement.
— Monsieur invite. Il est particulièrement généreux aujourd'hui.
Je sors ma carte bancaire. Elle récupère son sac et m'adresse un sourire.
— Ça te va bien, d'ailleurs.
Nous ressortons dans la rue.
Nous traversons la rue et rejoignons un petit square. Quelques employés des bureaux voisins déjeunent sur les bancs. Allyah choisit celui qui se trouve le plus à l'écart.
Elle s'assied, déballe son sandwich et me regarde.
— Bon. C'est qui ?
— Qui ?
— Celle qui te met dans cet état.
Je soupire.
— Allyah...
— Quoi ? Tu préfères que je te demande si tu as commencé un traitement hormonal ?
Je manque de m'étouffer.
Elle sourit.
— Je plaisante. Enfin, à moitié.
— Il n'y a personne.
— Paul. Ce matin, tu avais une trique en pleine réunion du lundi. Même les stagiaires n'en sont plus là.
— Tu pourrais parler moins fort ?
— Alors réponds.
Je regarde autour de nous.
Personne ne fait attention.
— C'est Candice.
Elle s'immobilise.
— Ta femme ?
— Non, Candice de la comptabilité.
Elle me donne un coup de coude.
— Idiot. Tu sais ce que je veux dire.
— Oui. Ma femme.
Elle me considère un instant.
— Bon. Alors ça, c'est plutôt une bonne nouvelle, non ?
Je hausse les épaules.
— Ça dépend.
— De quoi ?
Je prends une bouchée de sandwich pour gagner du temps.
Allyah attend.
Elle sait attendre. C'est une de ses qualités les plus pénibles.
— Je crois qu'elle voit quelqu'un.
Elle cesse de mâcher.
— Quoi ?
— Je crois que Candice voit quelqu'un.
— Un homme ?
— Je ne sais pas.
— Comment ça, tu ne sais pas ?
— Je ne sais pas qui elle voit.
Elle repose son sandwich.
— Attends. Tu crois que ta femme te trompe ?
— Peut-être.
— Et c’est ça qui te fait bander ?
Je ferme les yeux.
— Allyah... C’est compliqué.
— Non, non, attends. Parce que là, il me manque manifestement un épisode.
Je contemple les graviers à mes pieds.
Je pourrais lui dire que ce n'est rien. Lui raconter une plaisanterie, changer de sujet.
Mais depuis samedi, je garde tout pour moi. Et j'éprouve soudain un besoin presque physique de parler.
— Ça fait des mois que Candice et moi, on ne fait plus l'amour.
Allyah ne dit rien.
— Sept mois, pour être précis.
— D'accord.
— Je n'avais plus envie. De rien. Enfin, surtout de sexe. Et pourtant, je l'aime. Je la trouve magnifique. Ça n'a jamais changé. Je m'interromps.
C'est étrange de prononcer ces mots à voix haute.
— On a essayé de comprendre. J'ai fait des examens. Rien. Et puis, à force, on a arrêté d'en parler.
Allyah me regarde avec une attention nouvelle.
— Elle devait en souffrir elle aussi.
— Oui.
Je baisse la tête.
— Beaucoup.
Un silence.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je crois qu'il se passe quelque chose dans sa vie.
— Quoi ?
J'hésite.
— Elle sort. Elle rencontre des gens. Elle me raconte des histoires auxquelles je ne peux plus croire.
— Et tu penses qu'elle a un amant ?
— Je pense qu'elle me cache quelque chose.
Allyah réfléchit.
— Tu lui en as parlé ?
— Non.
— Pourquoi ?
Je cherche une réponse. Je pourrais lui dire que j'ai peur de la perdre. Ce serait vrai.
Mais ce ne serait pas toute la vérité.
— Parce que depuis que j'ai des soupçons, j'ai de nouveau envie d'elle.
Allyah me regarde.
— Ah c’est donc ça…
Je ris nerveusement.
— Voilà.
— Et elle ?
— Quoi, elle ?
— Elle sait que tu as de nouveau envie d'elle ?
— Je crois qu'elle le sent.
— Et vous en avez parlé ?
— Non.
Allyah secoue la tête.
— Vous êtes vraiment deux champions de la communication.
Je ris. Elle aussi.
Puis elle redevient sérieuse.
— Donc, si je comprends bien, tu soupçonnes Candice de te tromper, mais tu préfères ne pas savoir parce que ça te redonne envie de coucher avec elle.
Je regarde mes mains.
— Tu viens de formuler ce qui me hante depuis trois jours…
— Intéressant…
Puis Allyah ouvre son éclair. Je regarde autour de nous.
Deux employés mangent sur un banc, un peu plus loin. Une femme traverse le square en téléphonant. Je baisse la voix.
— Je l'ai suivie samedi.
Allyah s'immobilise.
— Tu plaisantes ?
— Non.
— Paul...
— Écoute-moi avant de me juger.
Elle croise les bras.
— Je t'écoute.
Je lui raconte la matinée.
Le yoga. Candice qui quitte sa salle de sport. Sa promenade à travers le centre-ville. Puis cette petite impasse pavée, presque déserte, dans laquelle elle finit par s'engager.
Je lui parle de l'atelier. De sa grande baie vitrée.
De ce salon élégant, éclairé par des lampes ambrées, avec ses fauteuils de cuir et ses grandes tentures sombres. Allyah m'écoute sans m'interrompre.
— Et là, je vois quatre personnes qui l'attendent.
— Quatre ?
— Deux hommes et deux femmes. Enfin, une femme d'une quarantaine d'années, assez ronde, plutôt timide. Un homme de mon âge, très élégant. Un autre, beaucoup plus jeune, noir, athlétique...
Je m'interromps.
— Et puis il y avait cette blonde.
— Quelle blonde ?
— Une femme magnifique. Enfin, pas magnifique comme Candice. Autrement.
Allyah lève un sourcil.
— Je t'en prie, développe.
— Très élégante. Une cinquantaine d'années. Un carré blond très court, plongeant, un chemisier blanc avec une sorte de jabot, un pantalon de cuir noir, des bottes à talons.
Allyah me regarde. Intriguée, je sens qu’elle apprécie, même.
Je lui explique comment Candice est entrée dans le salon, comment la blonde l'a accueillie, comment ma femme s’est agenouillée devant elle, puis comment ils ont tous disparu dans une pièce à l'arrière.
— Et ensuite ?
— Rien.
— Rien ?
— Je ne pouvais plus les voir.
— Donc, pour l'instant, tu as découvert que Candice avait rendez-vous avec quatre personnes.
— Dans un atelier fermé au public.
— D'accord. C'est chaud quand même... Et ensuite ?
Je lui raconte mon attente. La blonde qui ressort fumer une cigarette et sa conversation au téléphone à quelques mètres de moi.
Je m'efforce de retrouver les mots exacts.
— Elle parlait à quelqu’un et lui a dit que Candice était arrivée à l'heure, juste après sa séance de sport. Qu'elle n'avait pas pris de douche, comme on le lui avait demandé.
Allyah fronce les sourcils.
— On lui avait demandé de ne pas se laver ?
— Oui…
Elle réfléchit.
— C'est particulier…
— Tu trouves ?
— Disons que ce n'est pas une exigence habituelle pour une réunion de copropriété.
Je souris. Encouragé, je poursuis.
— Elle a ajouté que Candice semblait parfaite. Qu'elle allait découvrir autre chose et qu'elle aurait probablement envie de continuer, d'aller plus loin.
Allyah reste silencieuse.
— Et elle a parlé d'une vidéo. Elle a dit qu'il y en aurait une le soir même.
— Une vidéo de quoi ?
— Je ne sais pas, justement.
Elle me regarde.
— Tu ne sais vraiment pas ?
Je secoue la tête.
Je voudrais qu'elle me propose une réponse.
N'importe laquelle.
Mais Allyah se contente de réfléchir.
— Et cette femme, tu sais qui c'est ?
— Elle s’appelle Magda.
— Comment tu le sais ?
— Elle s'est présentée au téléphone.
— Magda...
Elle répète le prénom à voix basse.
— Bon. Et Candice ?
— Elle est ressortie plus d'une heure après.
— Dans quel état ?
La question me surprend.
— Comment ça ?
— Elle pleurait ? Elle avait l'air malheureuse ? Inquiète ?
Je revois Candice debout devant Magda. Leurs visages très proches.
La blonde lui soulevant doucement le menton avec deux doigts.
— Non. Elle avait l'air sérieuse. Un peu impressionnée, peut-être.
— Et après ?
— Magda lui a dit quelque chose. Je n'ai pas entendu. Candice a acquiescé, puis elle est partie.
Allyah attend.
— C'est tout ?
— Pas exactement.
Je lui raconte le message que Candice m'a envoyé pour annoncer son retour.
Sa prétendue collation avec son amie du yoga.
Puis son arrivée à la maison.
Rayonnante.
Heureuse.
Affectueuse comme elle ne l'avait plus été depuis des mois.
Je raconte aussi la soirée.
La façon dont elle s'est blottie contre moi devant le film.
Les notifications sur son téléphone. Ce prénom aperçu sur l'écran. Me Magda.
Et cette vidéo qu'elle a sans doute regardée en cachette pendant que je préparais une tisane. Allyah ouvre de grands yeux.
— Attends. Elle a reçu la vidéo dont parlait cette femme ?
— Oui, je crois.
— Et tu sais ce qu'il y avait dessus ?
— Non. Je voyais son visage, pas l'écran.
— Mais tu es certain que c'était une vidéo ?
— Non...
Elle secoue lentement la tête.
— Bon.
Elle reste silencieuse un moment.
Puis elle me demande :
— Et pourquoi tu me racontes tout ça en souriant ?
Je cesse immédiatement de sourire.
— Je ne souris pas.
— Paul, je te connais depuis huit ans. Tu n'as jamais été aussi content de me raconter un truc aussi chelou. Je baisse les yeux.
Elle se penche légèrement vers moi.
— Qu'est-ce que tu imagines qu'ils ont fait, tous les cinq ?
Je sens mes joues chauffer.
— Je ne sais pas.
— Si. Tu as forcément imaginé quelque chose.
Je regarde mon sandwich.
— J’ai imaginé des centaines de choses.
Allyah ouvre la bouche, puis la referme.
Son expression change.
— Tu penses qu'ils baisent, tous les cinq ?
Je hausse les épaules.
— Peut-être.
— Ensemble ?
— Je n'en sais rien.
Elle me dévisage.
— Et c'est ça qui t'excite ?
Je baisse la tête.
Je pourrais encore nier. Je n'en ai plus très envie.
— Oui.
Allyah se redresse. Elle reste quelques secondes sans rien dire. Elle attrape sa bouteille d'eau, boit une gorgée et réfléchit.
— Il faut reconnaître que je ne m'attendais pas à ça en venant acheter mon sandwich.
Je ris. Elle aussi. Le rire nous soulage tous les deux.
Puis elle reprend, plus sérieusement.
— Écoute, Paul. Il y a quelque chose que je ne comprends pas.
— Quoi ?
— Tu me dis que tu n'avais plus de désir pour Candice depuis sept mois.
— Oui.
— Et qu'il a suffi que tu la voies entrer dans cet endroit pour que ça revienne ?
Je réfléchis.
— Pas exactement.
— Alors quoi ?
— Je crois que ça a commencé avant.
— Avant ?
Je pense à la culotte pourpre.
À son humidité.
À cette odeur indéfinissable.
Je pourrais le lui raconter.
Mais je n'y arrive pas.
— J'avais déjà quelques soupçons.
Elle me regarde.
Je sens qu'elle sait que je lui cache quelque chose.
Mais elle n'insiste pas.
— Bon. Admettons. Et depuis samedi, tu as envie d'elle ?
— Tout le temps.
Je suis surpris par la facilité avec laquelle je prononce ces mots.
Allyah sourit.
— Ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
— Oui.
— Sauf si tu as besoin d'imaginer ta femme avec des inconnus pour avoir envie de lui faire l'amour.
Je grimace.
— Tu pourrais éviter de résumer les choses comme ça ?
— Pourquoi ? C'est à peu près ce que tu viens de me dire.
Elle réfléchit.
— Et Candice, elle sait que tu la désires de nouveau ?
— Je crois qu'elle le sent.
— Vous avez fait l'amour ?
Je secoue la tête.
— Pas encore.
— Vous en avez parlé ?
— Non.
Elle laisse échapper un petit soupir.
— Vous êtes vraiment deux artistes.
Je souris.
Puis son visage redevient sérieux.
— Paul, tu sais ce qui me gêne dans ton histoire ?
— Quoi ?
— Tu ne sais absolument pas ce qui s'est passé derrière cette porte.
— Je sais.
— Non, je ne crois pas. Tu as vu une femme habillée en cavalière, deux hommes, une autre femme, et tu as décidé qu'ils avaient tous couché ensemble.
— Je n'ai pas dit ça.
— Tu l'as imaginé.
Je ne réponds pas.
— Peut-être que Candice a fait quelque chose avec eux. Peut-être qu'elle les a simplement regardés. Peut-être qu'ils ont tourné une vidéo. Ou peut-être que tu es complètement à côté de la plaque.
Je considère cette dernière possibilité. Elle me déplaît. Pas parce qu'elle serait absurde.
Mais parce que je n'ai aucune envie qu'elle soit vraie.
Allyah me regarde attentivement.
— Et samedi prochain ?
Je relève les yeux.
— Quoi, samedi prochain ?
— Elle va y retourner ?
Je suis surpris qu'elle ait deviné si vite.
— Je crois.
— Elle te l'a dit ?
— Elle m'a parlé d'une journée intensive de yoga.
Allyah ferme les yeux.
— Putain...
— Quoi ?
— Et toi, tu comptes faire quoi ?
Je regarde mon téléphone posé sur le banc.
— Je voudrais comprendre.
— En la suivant encore ?
Je ne réponds pas.
Elle secoue la tête.
— Paul...
— Je sais.
— Non. Je ne suis pas certaine.
Elle se tourne complètement vers moi.
— Je vais te poser une question. Et je voudrais que tu me répondes franchement.
J'acquiesce.
— Tu veux découvrir si Candice te trompe ?
— Oui.
— Ou tu veux qu'elle te trompe ?
Je reste immobile.
C'est une question que je ne me suis jamais posée de cette façon.
Je pense à Candice.
À son sourire.
À sa façon de m'embrasser depuis deux jours.
Et à ces images que je construis inlassablement dans ma tête.
Je pourrais répondre que je ne supporterais pas qu'elle me trompe.
Ce serait probablement vrai.
Mais je sais aussi que, depuis samedi, je ne cesse d'espérer découvrir quelque chose.
Je regarde Allyah.
— Je crois que je veux savoir jusqu'où elle est allée.
Allyah me fixe encore un instant.
— Tu sais quoi ?
— Quoi ?
— Je pense que vous devriez parler.
Je souris.
— C'est tout ?
Elle pose sa main sur mon bras.
— Sérieusement, Paul. Ce que tu imagines peut t'exciter. Je ne vais pas te juger pour ça. Mais Candice n'est pas un personnage que tu peux inventer à ta guise. Elle a peut-être ses propres raisons de faire ce qu'elle fait.
Je baisse les yeux.
— Je sais.
— Alors souviens-toi.
Un silence.
Puis elle sourit.
— Et maintenant, mange. Ton sandwich est en train de moisir.
Je regarde l'heure. Il me reste vingt minutes avant de devoir retourner au bureau.
Je pense à l'impasse. À l'atelier. À cette porte. Je pourrais y être en dix minutes.
— Tu sais, dis-je, je crois que je vais faire un détour avant de rentrer.
Allyah me regarde.
Elle n'a pas besoin de demander où.
Elle se lève et récupère son sac.
— Fais juste attention à ne pas devenir le méchant de ta propre histoire.
Elle m'adresse un sourire. Elle se penche vers moi et dépose un baiser sur ma joue, un peu trop long pour être innocent, et me regarde de ses grands yeux.
— Je ne devrais pas te dire ça, mais j’ai beaucoup aimé entendre ton histoire. Je crois même que je vais avoir besoin d’un petit moment pour moi avant de retourner à mes dossiers cet après-midi… Si tu as encore besoin de te confier, si t’as envie de me raconter, n’importe quand, je suis toute ouïe.
Puis elle s'éloigne vers les bureaux.
Je reste seul sur le banc. Je viens de lui raconter presque tout. Les mensonges. La filature. Magda, la vidéo, et surtout ce désir que je ne comprends plus.
J'éprouve un soulagement considérable et, de nouveau, une excitation réconfortante.
Allyah ne m'a pas traité de pervers. Elle ne m'a pas dit que j'étais malade. Elle m'a même fait rire et m’a confié avoir aimé plus que de raison ce que je traverse… Je me sens soudain beaucoup moins coupable de partager ça avec elle. C'est assez commode, finalement, d'avoir une confidente.
On lui raconte ses fautes. Elle vous conseille de ne pas recommencer.
Et l'on repart avec la conscience suffisamment légère pour avoir envie de faire exactement le contraire.
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Chapitre 7 · La seconde porte
Un midi de novembre, Paul quitte son bureau pour une pause avec Allyah, sa vieille complice. Leur conversation dans un square a fait naître en lui une envie de comprendre. Ses pas le mènent vers une impasse pavée, où une plaque de laiton retient son regard. Que cache cette porte aux stores baissés ? Et jusqu'où Paul est-il prêt à aller pour le savoir ?
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