Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’envers du désir — Chapitre 7 · La seconde porte
Auteur
L’envers du désir
Chapitre 7 · La seconde porte
Je regarde Allyah s'éloigner dans l'allée du square. Elle se retourne une dernière fois et m'adresse un sourire que je ne lui connaissais pas. Je reste quelques instants sur le banc, mon sandwich à moitié terminé entre les mains.
Je repense à son aveu. Elle a aimé mon histoire. Pas seulement les circonstances, ni le caractère insolite de mes découvertes. Elle a aimé que je les lui raconte. J'ai même l'impression qu'elle aurait volontiers passé l'après-midi à m'écouter. C'est étrange, cette faculté qu'ont certaines confidences de rapprocher deux personnes.
Depuis huit ans, Allyah et moi partageons des cafés, des réunions, des plaisanteries et une quantité considérable d'informations sans intérêt sur nos collègues. En moins d'une heure, je viens de lui en apprendre davantage sur ma vie intime que durant toutes ces années. Et elle ne s'est pas enfuie. Au contraire.
Je termine mon sandwich et regarde l'heure. Treize heures douze. Ma prochaine réunion commence à quatorze heures trente. L'impasse est à dix minutes. Je pourrais y faire un tour. Juste pour voir…
Je retrouve facilement la petite rue commerçante. Je gare ma voiture près d'une pharmacie, puis poursuis à pied. Il a plu toute la matinée. Les pavés sont encore humides et les murs de briques ont pris cette couleur sombre qui rend les vieux bâtiments industriels presque élégants. Je reconnais immédiatement l'entrée de l'impasse. Samedi, je m'y étais engagé avec mille précautions, persuadé d'être sur le point de surprendre quelque chose d'extraordinaire.
Aujourd'hui, un livreur décharge des cartons devant un cabinet d'architectes. Une femme traverse la cour en parlant au téléphone. Personne ne semble trouver cet endroit particulièrement mystérieux. Je m'avance jusqu'au bâtiment du fond. La baie vitrée est là. Les stores sont baissés. Je m'approche et tente de distinguer quelque chose à travers une étroite ouverture entre deux lames. Rien. Pas même le fauteuil. Je recule.
À droite de la porte, une petite plaque de laiton porte une inscription que je n'avais pas remarquée samedi.
ATELIER DU DÉSIR
Production audiovisuelle. Films privés. Événements sur rendez-vous.
Je relis les mots. L'Atelier du Désir. Je trouve le nom assez prétentieux. Mais remarquablement efficace. Il suffit de le lire pour que je revoie Candice pénétrer dans le salon. Je sors mon téléphone et photographie la plaque. Puis je relève l'adresse exacte. Aucun horaire d'ouverture n'est indiqué. Pas même un numéro de téléphone. Je pousse doucement la porte. Fermée.
Je cherche une sonnette, un interphone, quelque chose. Un petit boîtier noir est fixé sur le mur. Je fais le tour. Je remarque alors une seconde entrée, plus discrète, sur le côté du bâtiment. Une porte métallique, équipée d'un digicode. Je ne me souviens pas l'avoir vue samedi. Elle donne probablement sur la pièce du fond. Celle où Candice a disparu. Je pose machinalement la main sur la poignée. Fermée, elle aussi.
— Vous cherchez quelqu'un ?
Je sursaute.
Un homme d'une soixantaine d'années vient d'apparaître derrière moi. Il porte une sacoche en cuir et un béret.
— Non, enfin, si. Je voulais me renseigner.
— Je crois que c’est fermé le lundi.
— Vous savez quand ils ouvrent ?
— Ça dépend.
— Comment ça ?
— Ils n'ont pas vraiment d'horaires. C'est sur rendez-vous, je crois.
— Je crois que c’est fermé le lundi.
— Vous savez quand ils ouvrent ?
— Ça dépend.
— Comment ça ?
— Ils n'ont pas vraiment d'horaires. C'est sur rendez-vous, je crois.
Je regarde la porte.
— Vous connaissez cet endroit ?
Il hausse les épaules.
— De vue. J’habite au-dessus.
— Ils font quoi, exactement ?
— Des films, c’est une sorte de studio.
— Ils font quoi, exactement ?
— Des films, c’est une sorte de studio.
Je me tourne vers lui.
— Des films ?
— Oui. Des vidéos, des photos. Des trucs pour les particuliers, je crois.
— Oui. Des vidéos, des photos. Des trucs pour les particuliers, je crois.
Il cherche ses cigarettes dans sa poche.
— Ils ont du matériel, des caméras, des projecteurs, tout ça. J'en vois passer de temps en temps.
— Et ils tournent ici ?
— J'imagine.
— Et ils tournent ici ?
— J'imagine.
Il me regarde avec une curiosité nouvelle.
— Pourquoi ?
— Je cherche un studio pour un projet.
— Ah…
— Je cherche un studio pour un projet.
— Ah…
Il paraît satisfait de cette explication.
— Vous devriez regarder sur Internet.
— Oui, bien sûr.
— Oui, bien sûr.
Il allume sa cigarette. Il n’a pas l’air pressé, comme si l’endroit l’interpellait aussi.
— En tout cas, c'est plutôt tranquille. Pas des gens qui font du bruit, vous voyez. C’est sans doute insonorisé.
— Il y a beaucoup de monde qui vient ici ?
— Il y a beaucoup de monde qui vient ici ?
Il prend son temps pour allumer sa cigarette, tire une première bouffée et considère le bâtiment.
— Ça dépend.
Je commence à comprendre que c'est sa réponse préférée.
— De quoi ?
— Des jours. La semaine, c'est plutôt tranquille. Parfois, y a deux ou trois personnes qui passent. Des techniciens, je suppose. Avec des valises, du matériel...
— Des jours. La semaine, c'est plutôt tranquille. Parfois, y a deux ou trois personnes qui passent. Des techniciens, je suppose. Avec des valises, du matériel...
Il désigne la grande baie vitrée.
— Mais le samedi, c'est autre chose.
Je me redresse imperceptiblement.
— Ah oui ?
— Oui. Y a du passage. Pas des foules, hein. Mais une dizaine de personnes, parfois davantage. Des gens bien habillés, pour la plupart. Ils font des réunions, parfois ça s’éternise, pas toujours. Mais toujours respectueux du bruit, et des voisins.
— Des acteurs ?
— Oui. Y a du passage. Pas des foules, hein. Mais une dizaine de personnes, parfois davantage. Des gens bien habillés, pour la plupart. Ils font des réunions, parfois ça s’éternise, pas toujours. Mais toujours respectueux du bruit, et des voisins.
— Des acteurs ?
Il sourit.
— Ça, j'en sais rien. Ils ont pas leur nom écrit sur le front.
Je souris à mon tour.
— Des hommes ? Des femmes ?
— Les deux. De tous les âges, d'ailleurs. Enfin, que des adultes. Des gens plutôt distingués.
— Les deux. De tous les âges, d'ailleurs. Enfin, que des adultes. Des gens plutôt distingués.
Il tire une nouvelle bouffée.
— Vous n’y êtes jamais allé ?
Il me regarde, presque offensé.
— Ah non ! Ils font ce qu'ils veulent, hein. Moi, je suis pas curieux.
Je réprime un sourire.
Il contemple encore la façade.
— Enfin, c'est quand même particulier.
— Quoi donc ?
— Ils arrivent séparément, souvent. Et puis ça reste fermé pendant des heures.
— Quoi donc ?
— Ils arrivent séparément, souvent. Et puis ça reste fermé pendant des heures.
— Toujours le samedi ?
— Souvent, oui.
— Souvent, oui.
Il réfléchit.
— Tenez, samedi dernier, par exemple. Y avait un peu de monde, mais rien à voir avec certaines après-midi plus mondaines...
Je sens mon cœur accélérer.
— Vous les avez vus ?
— Quelques-uns. Une grande blonde, notamment. Elle vient régulièrement. Toujours tirée à quatre épingles.
— Quelques-uns. Une grande blonde, notamment. Elle vient régulièrement. Toujours tirée à quatre épingles.
Magda.
— Et les autres ?
— Oh, vous savez, je retiens pas tous les visages.
— Oh, vous savez, je retiens pas tous les visages.
Il écrase sa cigarette contre le rebord d'un vieux cendrier fixé au mur.
— Mais ils ont l'air satisfait des prestations.
— Pourquoi vous dites ça ?
— Parce qu'ils repartent souvent avec le sourire.
— Pourquoi vous dites ça ?
— Parce qu'ils repartent souvent avec le sourire.
Il me considère un instant.
— Vous voulez travailler avec eux ?
— Peut-être.
— Peut-être.
Il acquiesce lentement.
— Alors regardez leur site. C'est sûrement plus simple.
Il me souhaite une bonne journée, puis s'éloigne.
Je reste devant la porte.
Une dizaine de personnes. Des hommes et des femmes. Des gens élégants qui arrivent séparément et passent plusieurs heures derrière des stores baissés. Je repense à Candice. À ses vêtements de sport qui ne collent pas avec cette description.
Et pour la première fois, je me demande si les quatre personnes que j'ai aperçues samedi étaient les seules présentes dans cet atelier… Peut-être y avait-il d'autres gens derrière cette porte.
Des spectateurs ou d’autres participants… Des inconnus.
Je contemple la façade.
Le vieil homme vient de m'apprendre bien peu de choses. Mais il a considérablement agrandi la pièce dans laquelle j'imagine ma femme.
Je prends une dernière photographie de la façade. Puis je quitte l'impasse, il est temps de retourner au bureau.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()