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Couverture de Elodie, Force et courage entre la France et le Texas, par yug0lit0
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Elodie, Force et courage entre la France et le Texas — Chapitre 5

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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yug0lit0
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Elodie, Force et courage entre la France et le Texas

Chapitre 5

Si mon histoire avait pu s'arrêter là, j'aurais été contente. Malheureusement, à la suite de tout ça, J'allais découvrir quelque chose qui aurait pu me foutre en l'air. Heureusement que j'avais des amis. Je précise des amis car pour ce qui est de la famille, il ne fallait pas trop compter sur eux d'autant qu'ils étaient les premiers concernés.
 
Cela faisait un an que l'histoire avec Edouard était enterrée. Avec mon patron, on avait fêté mes 25 ans comme il se doit … au lit évidement après un délicieux diner dans l'un des meilleurs restaurants de Houston. Il m'avait permis de partir à Paris pour une semaine afin d'en faire de même avec mes parents et mon petit frère. Seulement j'y allais avec la boule au ventre. Ça faisait des mois que j'avais envie de prendre le premier avion pour Paris mais avec mes obligations professionnelles, je n'avais pas pu. La raison de ce voyage n'était pas uniquement mes 25 ans. Mon grand-père ne me répondait plus depuis des mois. Il ne répondait plus au téléphone et depuis quelques semaines, son numéro n'était plus attribué. Sur internet, je recevais encore des mails en réponse aux miens mais c'était comme si c'était quelqu'un d'autre qui les écrivait. Il avait un style bien à lui pour me répondre mais je ne le retrouvais plus dans ces derniers mails.
 
Au départ, Wilford me disait que ma famille sur place allait pouvoir s'en occuper, que je pouvais leur demander d'aller voir et il n'avait pas tord mais, je ne savais pas pourquoi, je n'y croyais pas. Pour eux, tout se passait bien. Si la vie m'a appris un truc c'est qu'on ne peut être sûr d'une chose que si on s'en occupe soit même. J'ai donc pris l'avion direction Paris voulant tirer ça au clair. 
 
A peine arrivé sur place, j'ai pris un taxi, direction le Boutique de Papy. Quand je suis arrivé, ça a été un choc. La boutique était en travaux et un fastfood allait investir les locaux. « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » C'est ce que je me suis dit. D'ordinaire, voulant faire l'économie d'une chambre d'hôtel, je m'étais dit que j'allais coucher chez mes parents … Mais j'avais quand même prévu un plan B au cas où. Je sentais le sale coup venir. Avec le taxi je suis allé directement chez lui et c'est un jeune couple qui m'a ouvert la porte. Ils étaient là depuis trois semaines et ne savaient rien de l'ancien propriétaire. Devant tant d'incertitude, il fallait que j'en aie le cœur net. J'ai demandé à mon chauffeur de ne pas me déposer chez mes parents mais un peu avant. J'avais toujours trouvé bizarre que maman me demande toujours un peu plus d'argent. 
 
Après avoir été déposé, J'ai marché jusqu'à chez nous et ce qui m'a marqué en premier, c'était la voiture neuve à l'entrée. Maman avait dit qu'il leur fallait une autre voiture pour papa et son fauteuil roulant. Ok … Mais alors pourquoi cette voiture ne disposait-elle pas de l'équipement pour un fauteuil ? Quand j'ai regardé à l'intérieur, dans le salon, par la fenêtre j'ai eu la surprise de voire mon père debout sur ses deux jambes. Pas très assuré mais il marchait. En tout cas bien mieux que la dernière fois. Ok c'était clair maintenant : ils s'étaient foutus de ma gueule. J'ai posé ma main sur la poignée et, juste avant d'entrer, je me suis dit « ça va saigner ». 
 
Je suis alors entrée en disant à haute voix « Je vois que l'argent que je vous envoie est bien utilisé. Jolie bagnole devant la porte ». Ils ne s'attendaient pas à me voir, je n'avais prévenu personne. Plus un son n'était prononcé. Pierre s'est précipité sur moi pour me dire bonjour alors que les parents restaient choqués de ma présence dans le salon. Quand j'ai fait remarquer que Papa avait l'air bien, maman a alors dit, en essayant de trouver une excuse aussi bidon qu'elle, « Oui son nouveau traitement marche bien ». Quand je lui ai alors dit qu'il allait pouvoir retravailler et moi arrêter de les entretenir, elle a fait la tronche.
 
Je me suis assise à la table et, quand je leur ai demandé « Il est où Papy ? » aucun des deux n'a voulu me répondre. J'ai répété ma question en frappant sur la table, toujours pas de réponse. Je me suis alors tourné vers Pierre qui ne m'avais jamais menti. Il m'a répondu « papy il est mort. On l'a enterré il y a six mois ». A ce moment là j'ai senti une chape de plomb me tomber dessus. Heureusement que j'étais assise sinon je serais tombé. Maman a tenté de me dire que c'était arrivé subitement, que je serais arrivé en retard aux obsèques à cause du trajet, … blablabla bref une succession d'excuses toutes aussi fausses. En fait, à mes yeux elle ne voulait pas me voir arrêter ce boulot et ne plus bénéficier de cette manne providentielle que je leur accordais chaque mois. Je me suis reprise et j'ai alors demandé où il avait été enterré. Le seul qui a accepté de me répondre c'était Pierre encore une fois. Comme c'était au cimetière local pas loin, j'ai voulu y aller seule mais Pierre a tenu à m'accompagner. 
 
Durant le trajet, il m'a révélé être celui qui m'envoyait les mails mais il m'a aussi dit qu'il le faisait parce que maman le lui avait demandé pour éviter que j'ai de la peine. Il m'a aussi dit que Papa était contre comme lui parce que j'allais finir par le savoir. Tous mes problèmes venaient de cette femme, ma mère. Je comptais bien lui rentrer dans le lard. Ce n'est qu'après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps devant la tombe de papy qu'on a fait le trajet de retour. 
 
En s'approchant de la maison, on entendait que les parents commençaient à s'engueuler. Pour une fois papa semblait-il reprendre la culotte ? Je voulais entendre ça. On est entré discrètement et on a attendu. Je voulais suivre cette conversation et j'ai eu raison. Papa accusait maman de m'avoir exploité, de ne penser qu'à l'argent. Tout ça parce que lui ne pouvait plus travailler. Elle aurait aussi pris gout à ses revenus supplémentaires pour principalement son confort personnel. Il lui a aussi dit que d'ici quelques mois, quand il aura récupéré, il pourra retravailler et que ce sera lui qui tiendra de nouveau les cordons de la bourse. J'adorais ça. Enfin elle en prenait pour son grade mais la suite n'allait pas me plaire car, durant leur dispute, une phrase m'a choquée. Maman a dit « de toute façon, si on est là c'est de ta faute. Je t'avais dit qu'une fille c'était un nid à emmerde. T'as pas voulu m'écouter quand je t'ai dit de choisir un garçon ». « Choisir » Elle voulait dire quoi par là ? Il fallait que je sache.
 
Quand je me suis manifesté, je voyais dans leur regard une expression qui semblait dire « Merde, on en a trop dit ». Quand j'ai demandé ce qu'elle avait voulu dire par « choisir », elle n'a pas voulu me répondre. C'est là que Papa est parti dans une autre pièce. Maman lui a demandé ce qu'il allait faire. Il lui a répondu « ce que j'aurais dû faire depuis longtemps et que tu n'as jamais voulu ». Il est revenu quelque minute plus tard avec une grosse enveloppe en papier craft. Maman semblait savoir ce qu'il y avait dedans et a tenté de me la piquer avant que je ne l'attrape mais papa l'en a empêcher. S'en est suivi entre eux une autre dispute. Pendant qu'ils étaient occupés, j'ai ouvert l'enveloppe et j'ai tout compris quand j'ai lu « Dossier d'adoption ». Ils avaient commencé à se détourner de moi quand Pierre est arrivé parce qu'il était leur fils à eux. Moi je n'étais plus qu'une pièce rapportée, une demi-part sur la feuille d'impôt, un peu plus d'argent pour les alloc.
 
J'avais besoin de réfléchir. Il me fallait du calme. Pierre avait bien compris ce qu'il se passait. Il était ado  mais pas stupide. Quand il m'a vu aller dans ma chambre, attraper un sac et y mettre les affaires auxquelles je tenais dedans, il m'a demandé « mais tu vas revenir ? », ayant peur que je le laisse dans cette situation. Honnêtement j'avais envie de me barrer et ne plus jamais refoutre les pieds ici. Mes ex parents, car je ne les considérais plus que comme ça dorénavant, continuaient à se gueuler dessus. Quand je suis sorti, Pierre me regardait m'éloigner après que je lui ai glissé un « tu restes mon petit frère dans mon cœur. On reste quand même en contact » à l'oreille accompagné d'un bisou sur le front et rien pour ce couple qui s'engueulait.
 
J'ai alors pris un bus et je me suis dirigé vers mon plan B, la boutique où je travaillais avant. Là bas, Nathaly, qui avait tout repris et tout réorganisé, fut surprise de me voir et après lui avoir raconté ma journée elle me proposa de dormir chez elle. Elle me dit alors que sa supposition de mon adoption, quand elle était venue chez moi pour m'y faire signer mon contrat de travail, n'était qu'une plaisanterie. Elle ne s'imaginait pas viser juste. Devant elle, avec mon téléphone, j'ai coupé le virement bancaire que je faisais tous les mois, en disant « Maintenant, vous allez devoir vous démerder ». Le lendemain, je repartais. Je n'avais plus rien à faire en France. 
 
Quand je suis arrivé, Wilford m'attendait. Visiblement il avait été prévenu par Nathaly. Il voulait m'accorder des jours de congé pour que je me remette de tout ça mais je n'avais plus qu'une seule envie : exorciser tout ça en me lançant dans le travail. Et c'est ce que j'ai fait. J'avais besoin de me changer les idées mais aussi de me sentir aimé par quelqu'un, de compter pour quelqu'un. Pour ça, Wil s'est porté volontaire. Il s'est montré tendre et attentionné. Le soir, alors qu'il me prenait sur le bureau, il me rassurait en me disant qu'il serait toujours là pour moi. Je savais qu'en plus de me réconforter, il essayait de me séduire mais pour moi ses 350 livres, soit plus de 160 kilos étaient un frein net et définitif. Je ne sais pas pourquoi  mais il était trop gros pour moi. Sans compter les ennuis de santé qui allaient avec. Ça me rebutait
 
Je me souviens encore de la fois où il avait fait une crise cardiaque. Il m'avait invité chez lui pour la nuit. Au moment où il a jouis, surement à cause de l'intensité du moment, il a été pris d'une violente crise. J'ai pu appeler le 911, numéro des urgences aux USA, et il a été pris en charge. Je me souviens encore du regard moqueur des secours quand je leur ai dit que je n'étais que son assistante. Ils avaient tous l'air d'avoir compris ce qu'on faisait juste avant … et ils n'avaient pas tord. J'étais à poil sous mon peignoir et lui, à poil également, il avait encore la goutte au bout du machin, sans compter les traces sur le lit et nos sous-vêtements sur le sol. Inutile de se poser des questions. Il a été soigné et, quelques semaines après être revenu de l'hôpital, il reprenait ses mauvaises habitudes. Pourtant le toubib le lui avait dit. Il devait mieux manger et surtout moins, et faire de l'exercice. Tout ce que je pouvais faire c'était de réfréner ses excès gastronomiques. Les seuls efforts physiques qu'il consentait à faire étaient au lit avec moi.
 
Il voulait m'aider à passer au mieux cette mauvaise période. C'est lui qui m'a convaincu, par l'intermédiaire de Nathaly à Paris de garder le contact avec Pierre grâce à un autre téléphone que celui connu de mes parents. Je lui ai fait parvenir mon numéro aux états unis, j'avais fait couper mon numéro en France. Il savait qu'en cas de problème, il pouvait aller voir Nathaly en personne. En plus, de temps en temps on se faisait une visio. Les premiers Smartphones sortaient et ça aidaient. Seulement un jour, j'ai eu une mauvaise surprise. 
 
C'était un jour, plusieurs semaines après mon départ de France, une demande de visio de mon frère arrivait. Je la coupais, il insistait encore et toujours et je la coupais à chaque fois. Pourquoi je ne répondais pas vous me demandez ? Et bien tout simplement parce que j'étais occupé avec Wil qui me prenait en levrette, voilà pourquoi. Devant l'insistance de cet appel, J'ai demandé à Wil de faire une pause, je me suis arrangé un peu histoire d'être présentable, j'ai lancé la visio et là c'est le visage de ma mère, enfin ex mère, qui est apparu.
 
-         Ah Enfin tu décroches.
-         Tiens donc, Mireille, que me voulez vous ? lui ai-je dit en me mettant en gros plan, agacée par son insistance, le fait que ce ne soit pas Pierre et qu'elle n'ait pas dit bonjour.
-         Bah pourquoi tu me vouvoies ? Et pourquoi tu m'appelles par mon prénom ? C'était maman avant.
-         Depuis que je sais tout, bien des choses ont changées. Que me voulez vous ?
-         Bon Ok … si tu veux la jouer comme ça. Est-ce normal que ton compte en France soit vide ?
-         Si vous avez déjà tout pris oui. Ce qui n'est pas normal par contre c'est le fait qu'il existe encore. J'avais demandé à le fermer.
-         Le fermer ? Mais … Pourquoi ? Tu sais qu'on ne va pas s'en sortir sans ça.
-         Je ne vois pas pourquoi je continuerai à entretenir une famille qui n'est pas la mienne et qui m'a suffisamment exploité.
-         COMMENT Oses-tu dire ça ? On t'a élevé. Tu nous dois tout.
-         Oui et avec ce que vous m'avez déjà pris durant toutes ces années, je pense avoir déjà remboursé cette « dette » … Excusez moi une seconde [Oui ne t'inquiète pas j'ai bientôt fini]. Ai-je dit avant de répondre à Wil qui m'attendait, drapeau dressé et voulant terminer
-         Tu n'es pas seule ?
-         En France il est 21h mais ici c'est le début d'après midi. Comme tout le monde à cette heure ci, je bosse. Et mon patron a besoin de moi.
-         Je vois. Bon il est évident que tu veux couper les ponts. C'est Pierre qui va être déçu. 
-         Non avec lui, j'ai bien l'intention de garder contact, c'est tout. Avec Papa … éventuellement mais vous … Non. Maintenant  désolé mais je dois bosser. Ai-je dit avant de faire signe à mon boss qu'il pouvait reprendre.
-         Bon j'ai compris. Je suis désolé que ça se finisse comme ça.
-         Moi non … Ma vie ici … me convient. Ai-je répondu entre deux coups de rein.
-         Mais il se passe quoi là ? C'est quoi ton boulot. Demanda-t-elle en voyant l'image trembler.
-         Tu veux … voir ? … ça va … mettre … un point final … à notre relation.
-         Comment ça ?
-         Regarde bien alors,… tu ne vas … pas en revenir. ai-je dis avant de me rendre compte que le tutoiement était revenu et avant d'éloigner le téléphone pour lui faire voir la scène
-         Mais … qu'est-ce que tu … Mon dieu mais quel horreur. A-t-elle dit en me voyant penchée en avant, topless, jupe relevé avec mon boss à poil qui y allait à fond.
-         Tu m'as … tellement … bridé … que je …. Me rattrape … [t'arrête pas surtout]  ai-je dit avant d'encourager Wil à continuer 
-         Je n'aurais jamais cru que tu finisses pute. T'as raison on ne se reverra pas. Adieu ! a-t-elle dit avant de couper l'appel.
 
Quand Wil a eu fini de jouir, ayant compris qu'il venait de se passer quelque chose de grave, il s'est saisi de son téléphone pour lire les traductions qu'il avait laissé tourner et enregistrer et il m'a engueulé. Il n'avait pas saisi ce qu'il se passait exactement sur le moment. Il m'a reproché de l'avoir utilisé contre ma mère. Il a trouvé que ce que j'avais fait était du gâchis. Lui qui, ayant perdu ses parents, trouvait dommage de me voir détruire cette relation avec mes parents, même adoptif, je l'avais déçu. C'est vrai qu'avec le recul j'y étais allé surement trop fort mais bon. Là bas j'étais comme Cendrillon avec sa marâtre. Je le lui ai expliqué comme ça, il a compris mais a quand même exprimé son mécontentement.
 
Cette coupure avec ma famille, même si je prétendais le contraire, m'avait affecté y compris dans mon travail. Je le niais mais Wil l'avait bien compris. Pour un adopté, savoir d'où on vient c'est important.  Il m'a alors dit  qu'il était prêt à m'aider à retrouver ma mère biologique si je le voulais. Pour la retrouver ça a été facile. Dans le dossier. Elle ne se cachait pas et avait même laissé une lettre à mon intention, visiblement écrite à ma naissance dans un français approximatif. Ce français approximatif tendait à penser qu'elle devait être étrangère et ne maitrisait pas bien la langue à ce moment là. En tout cas, dans cette lettre elle donnait mon prénom de naissance : Anya et son nom : un nom à consonance d'Europe de l'est. 
 
Cette lettre signifiait pour moi qu'elle n'était pas fermée à une rencontre. J'ai fait une petite recherche facile sur l'annuaire puis sur google pour avoir des photos et autres renseignements. Son nom semblait lié à celui d'une association pour femmes en difficulté (divorcées, mères célibataires, battues, sans papiers, …). Après avoir appelé l'association, je me suis présenté, qui j'étais, ce qu'elle pouvait être pour moi et ils m'ont donné son adresse. Ça correspondait avec ce que j'avais trouvé. Il ne me restait plus qu'à prendre l'avion.
 
Professionnellement on avait eu quelques obligations à assurer. Ça n'a pas pu se faire tout de suite. Wil semblait vraiment vouloir m'aider. Dès qu'on a pu, on est parti pour la France. Une fois sorti de l'avion, j'ai loué une voiture. Brutal le retour à la boite manuelle. Aux states il n'y a que des automatiques. Après un trajet assez compliqué et surtout grâce au GPS, on a fini par arriver à destination. 
 
C'était une maison un peu abimée par le temps. Devant le portail, il y avait une voiture, ce qui voulait dire qu'elle était probablement chez elle. Je ne l'avais pas appelé de peur qu'elle ne s'enfuie, par peur de me voir. Pour la première fois dans ma vie, j'étais terrifiée. Wil m'a alors encouragé. Sur le moment j'avais cru comprendre que toute cette histoire avec ma famille avait affecté la qualité de mon travail. En tout cas c'est ce que Wil m'avait fait comprendre. Visiblement il voulait que j'exorcise tout ça afin d'être fixée et repartir de l'avant. Je le comprenais, en tant que Patron il cherchait à ce que ses collaborateurs soient les plus performants possibles. J'ai alors pris une grande inspiration et je suis sorti de la voiture. Wil m'accompagnait mais restait en retrait derrière moi.
 
J'étais devant cette porte. « Je frappe ou je sonne ? » je restais là à me poser la question quand Wil a tendu le bras pour appuyer sur la sonnette. Il m'a fait comprendre qu'on n'avait pas fait tout ce chemin pour rester planter là. Devant mon hésitation il a voulu me forcer la main. La porte s'est ouverte et derrière, se tenait une femme environs la quarantaine bien entamée qui visiblement avait été abimée par la vie. Après un bonjour de politesse elle s'est figée sur place et, ayant compris qui j'étais, elle m'a dit en souriant « J'ai toujours su qu'un jour tu passerais ma porte ». C'est là qu'elle nous a fait entrer.
 
On est resté un moment à parler toutes les deux. Elle s'appelait Olga Karinova et était originaire d'Ukraine. Elle était arrivée en France pensant intégrer une troupe de danseuse il y a plus de 20 ans. Elle et ses camarades de l'époque se sont très vite fait confisquer leurs papiers. En réalité, elles avaient été embarquées par des trafiquants pour qu'elles vendent leurs charmes dans des bordels ou bars à hôtesse (avec « prestation supplémentaires »). Au départ parti en bus, Ils ont changé de moyen de transport plusieurs fois. Elle m'a dit que c'est durant le trajet qu'elle était parvenue à fausser compagnie à ceux qui l'emmenaient. Seule et sans papier, elle a eu la chance de tomber sur des âmes charitables qui l'ont aidé dont cette association pour laquelle elle travaille dorénavant.
 
Notre rencontre se passait bien jusqu'à ce que je lui demande comment elle m'avait reconnu, comment elle avait deviné qui j'étais. Je senti un gros malaise arrivé quand l'expression de son visage a changé. Elle m'a répondu « Tu as les même yeux que lui ». Lui ? Mon père ? Je comptais bien lui poser la question mais ça semblait être un sujet sensible. Comme moi, elle savait que le sujet allait venir sur la table. C'est là qu'elle m'a raconté. A coté de moi, je voyais Wil, les yeux fixés sur son téléphone. Il suivait ce récit avec attention. 
 
Elle a alors raconté comment elle l'avait rencontré. A l'époque,  elle parlait anglais et avait des notions de français. Elle avait commencé à apprendre la langue de Molière mais avait dû s'arrêter quand elle est partie, pensant avoir décroché une opportunité en or. Pourquoi l'anglais et le français ? Parce que l'anglais est quasiment la langue internationale et le français, c'était la langue de Paris, ville des lumières de la mode et des arts, domaine qui la faisait fantasmer à l'époque. 
 
Donc après être partie d'Ukraine en bus, ils s'étaient arrêtés en Belgique pour changer de véhicule. Afin de mater toute envie de rébellion, durant le trajet, ses ravisseurs s'étaient débarrassés d'une des filles du groupe au hasard alors qu'ils traversaient la Pologne. Ça avait refroidi tout le monde. En Belgique, tout ce groupe, avait troqué un bus pour un camion de livraison de fruits spécialement aménagé. Pour le confort, le sol était tapissé de matelas et c'était tout. Toutefois, pour éviter que quiconque ne les voit en ouvrant la porte arrière du camion, une fausse paroi de cageots avait été installée. 
 
Elle m'expliqua qu'au fond du camion elle parvenait à entendre la radio, dans la cabine. C'était comme ça qu'elle a su qu'elle était arrivée en France. A un moment, durant le trajet,  le camion s'est arrêté. Il y avait visiblement du monde dehors. Puis la porte s'est ouverte et la fausse paroi aussi. C'est là que les filles présentes ont vu deux hommes en uniforme, deux gendarmes. Au départ, toutes ont cru être tirées d'affaire par la police mais l'un d'eux, un grand costaud, la trentaine entamée, chauve, une barbe de quinze jours, et surtout le plus gradé des deux, regardait ma mère en souriant avec insistance. Il avait balayé toute la remorque du regard mais c'était arrêté sur elle. Il continuait à la scruter en souriant et faisant passer discrètement sa langue sur ses lèvres. Elles surent alors que finalement leur calvaire n'était pas fini quand leurs chauffeurs sont arrivés, visiblement complices avec les forces de l'ordre. 
 
N'ayant que quelques notions de français, elle ne comprenait pas tout ce qu'ils se disaient mais elle se souvenait très clairement avoir entendu un des chauffeurs demander à celui qui la dévisageait « laquelle tu veux ? ». Une fois ma mère désignée du doigt par ce type, leur chauffeur a fait descendre tout le monde du camion sauf Olga. Puis il a tapé sur l'épaule du gendarme en lui disant « amuse-toi bien » avant de le faire monter et de fermer la porte derrière lui.
 
Ma mère se retrouvait seule, enfermée à l'arrière d'un camion avec un colosse musclé, la boule à zéro et barbu, d' 1m90. Elle m'a raconté alors qu'elle avait bien compris ce que cet homme allait vouloir d'elle quand il s'est approché  en retirant sa veste en en disant « Bonjour Mademoiselle ! » avec un sourire qui en disait long. En s'asseyant au près d'elle, il lui a caressé la joue en lui disant qu'elle était belle et que si elle était gentille avec lui tout allait très bien se passer. Elle a fait semblant de ne pas comprendre. Il lui a redit sa phrase en anglais. C'était visiblement inutile de feindre la non compréhension de peur de le voir s'énerver et prendre de force ce qu'il voulait. La frêle jeune fille qu'elle était n'avait aucun moyen de résister à un homme comme lui alors elle lui a dit qu'elle acceptait d'être gentille s'il ne la tapait pas.
 
C'est là que ma mère a arrêté son récit. Elle en avait la larme à l'œil et puis elle ne voulait probablement pas aller plus loin dans les détails. Je pouvais aisément deviner ce qu'il s'était passé ensuite dans ce camion. Wilford s'est alors approché de moi et m'a demandé « Was she raped ? ». Il avait lui aussi suivi le récit avec son téléphone. Prenant mon silence comme une confirmation, il a alors pris la main de ma mère en lui disant « I am so sorry ». Elle le remercia mais me demanda alors comment il avait compris son histoire alors qu'il ne parlait pas français. J'allais commencer à parler quand elle a évoqué la possibilité d'un traducteur sur son téléphone, l'ayant vu scotché dessus durant tout le recit. Avec wil on s'est regardé, étonnée qu'elle devine aussi vite. Au moins, je savais de qui je tenais ma perspicacité.
 
Elle a alors poursuivi son histoire en expliquant qu'une fois que le gendarme soit descendu du camion avec un air satisfait et après avoir fait ce qu'il voulait, alors qu'elle se rhabillait, elle l'a vu empocher une enveloppe qu'elle soupçonnait contenir du cash. Ainsi mon père était un flic pourri. Elle m'a alors dit qu'elle avait lu le nom sur son uniforme : Morel et que son collègue l'appelait Rob. Robert Morel ? C'était ça le nom de mon père ? 
 
Je lui ai demandé comment elle avait pu se sortir de cette situation alors elle a continué son récit. Après cette halte, ils sont donc repartis mais ils ont eu la surprise de se refaire arrêter même pas une heure après. Au vu de l'agitation dehors, ce n'était pas prévu. C'est la que la porte du camion s'est rouverte laissant apparaitre une escouade de cinq gendarmes : trois hommes et deux femmes. Ils ont fait descendre tout le monde et ont fait appeler un fourgon pour faire ramener tout le monde à la gendarmerie. 
 
Visiblement, les filles avaient été enfermées dans une cellule, isolées de leurs chauffeurs. Elles y étaient restées toute la nuit. Toute la nuit ? Non, car en plein milieu de la nuit, ma mère a dit avoir senti une main l'attraper pour la faire sortir. Les autres dormaient encore et n'ont rien vu. Ce n'est une fois sorti qu'elle a constaté que l'homme qui l'avait sorti était le gendarme du camion. Il a commencé à marmonner des choses qu'elle avait à peine comprises à l'époque. En tout cas il lui avait semblé furax, l'entrainant à l'écart jusqu'à une porte. C'est là qu'il lui aurait proposé de la faire sortir discrètement avec ses papiers qu'il avait récupéré dans les affaires de ses ravisseurs. Elle s'est empressé d'accepté mais quand il a ouvert la porte il lui exposa sa condition : de nouveau être gentille, en lui désignant le lit présent dans la pièce. Cette pièce servait visiblement à ceux qui étaient d'astreinte pour faire un somme. Désireuse de partir de là mais ne voulant pas revenir à son ancienne vie, elle a accepté pour tenter sa chance et il a tenu parole. C'était soit partir et tenter l'aventure en France soit retourné à son existence d'avant dans son pays et admettre son échec à sa famille.
 
Avec le recul, elle m'a dit qu'elle avait pensé qu'il l'avait fait sortir pour qu'elle évite de parler de lui et de ce qu'il s'était passé entre eux. Elle n'a pas cherché à comprendre et suivant ce qu'elle avait compris des indications qu'il lui avait donné, elle a couru avec ses papiers Ukrainiens en poches et aussi un peu d'argent qu'il lui avait donné (surement une part de ce qu'il y avait dans l'enveloppe), même si elle s'en voulait de laisser ses camarades. A partir de là, elle a eu la chance de trouver des âmes charitables pour l'aider et depuis elle mène une vie difficile mais honnête, régularisée et légale. C'est environs un mois après son évasion de la gendarmerie qu'elle s'était rendu compte qu'elle était enceinte.
 
En voyant ma mère, j'ai compris de qui je tenais ma force de caractère. On se ressemblait beaucoup. Je l'ai remercié pour toutes ses informations. Je lui ai moi-même dit ce qu'il s'était passé avec mes parents, mon exploitation, comment j'ai appris que j'avais été adoptée. Elle en fut peinée. Elle m'a dit que si elle m'avait mise à l'adoption, déjà ça n'a pas été une décision facile pour elle, mais surtout, n'ayant pas les moyens de m'élever, elle voulait essayer de me donner les meilleures chances dans la vie. C'est alors qu'on était toutes les deux submergées par l'émotion que Wilford la complimenta en lui disant « You are a great woman » tout en lui serrant la main.
 
Alors qu'on s'apprêtait à partir je lui ai demandé si on pouvait rester en contact. Elle m'a dit qu'elle n'était pas une mère, qu'elle n'en avait jamais été une. Mais elle a accepté en tant qu'amie par contre. Je pense que les liens du sang avaient parlé à ce moment là. On avait besoin d'apprendre à se connaitre l'une l'autre. Une mère, depuis que j'étais indépendante, je n'en avais plus besoin. Sa proposition me convenait.
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OlivX
22 avril 2024 à 14:39
Episode terriblement émouvant, on comprend qu'elle ait décidé de couper les ponts avec ses "parents ". Entre lui cacher le décès de son grand-père qu'elle adorait, la découverte que son père peut marcher, et le fait qu'elle ait été adoptée, ça faisait un peu beaucoup, surtout ajouté au fait que sa mère l'a exploité et lui a confisqué tous ses revenus pendant des années.
J'imagine que d'avoir pu retrouver sa mère biologique va l'aider à se reconstruire. Je me demande si elle va vouloir retrouver son père biologique !
Soyez respectueux
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