Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Coeur fragmenté — Chapitre 3 · Inséparables
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Coeur fragmenté
Chapitre 3 · Inséparables
La semaine qui suivit ne fut pas facile pour Emma. Elle n'arrivait pas à se concentrer sur son travail. Elle était perpétuellement dans la lune. Pendant le cours de littérature, elle n'écouta pas un traître mot de ce que racontait Laprade. Il avait annoncé qu'il aborderait l'œuvre de Coleridge. Après cela ? Aucune idée. Il aurait pu se mettre à chanter nu en allemand qu'elle ne s'en serait même pas aperçue. Son attention était accaparée par une seule et unique pensée : la perspective de sa prochaine soirée film avec Laure. Alors que sa main s'acharnait compulsivement sur sa mèche sans même qu'elle en soit consciente, son esprit partait dans tous les sens. Laquelle des deux allait proposer le film ? Si c'était elle, que choisirait-elle ? Pas une comédie, elles en avaient déjà regardé une la dernière fois. Un film d'aventures, peut-être ? Et puis...
Cette fois, il fallait penser à acheter quelques boissons. Et des trucs à grignoter. Et la couverture sous laquelle elles s'étaient enveloppées lors de la soirée chez Laure ! Cela avait été tellement agréable. Elle ferait pareil. Il fallait absolument qu'elle fasse tout pour la faire se sentir le mieux possible parce que...
Pourquoi, au juste ? Parce que c'était son amie ? Ou parce qu'elle avait juste besoin qu'on lui témoigne de l'attention ? Était-ce du pur égoïsme de sa part ? Non. Ce n'était pas ça. Elle ne recherchait pas l'attention de tout le monde ni de n'importe qui. Simplement de la seule personne qui lui avait fait montre d'un peu de gentillesse. N'était-ce pas ce que faisaient les amis ? Se témoigner mutuellement de l'attention ? Il lui semblait que c'était ainsi que ça marchait quand elle en avait eu quelques-uns, autrefois, quand elle était enfant, avant de réaliser qu'elle était toujours condamnée à les perdre. Mais maintenant, c'était différent, elle ne vivait plus dans le sillage de ses parents qui étaient Dieu sait où. Elle pouvait peut-être enfin prendre le temps de se poser, tenter de reprendre sa vie sociale en main. Pour l'instant, il fallait surtout qu'elle arrête de gamberger. Profiter de l'instant présent, voilà ce qu'il...
— Tu connais Emma Van Loew ?
— Hein ?
— Hein ?
Elle sursauta. Les deux yeux verts de son amie étaient rivés sur elle.
— Tu as l'air tellement dans une autre dimension que je commençais à me demander si tu te souvenais encore de ton propre nom.
— Désolée, j'étais ailleurs.
— Sans déconner !
— Mesdemoiselles ! Ai-je oublié de mentionner un élément crucial de la métrique de Samuel Taylor Coleridge que vous souhaiteriez aborder plus en profondeur ?
— Désolée, j'étais ailleurs.
— Sans déconner !
— Mesdemoiselles ! Ai-je oublié de mentionner un élément crucial de la métrique de Samuel Taylor Coleridge que vous souhaiteriez aborder plus en profondeur ?
C'était Laprade qui leur faisait remarquer ironiquement qu'elles perturbaient son cours et qu'elles seraient plus avisées de se taire.
Laure fit un bref geste d'excuse de la main, non sans que Lucia se sente obligée de grommeler quelque chose qui sonnait fort déplaisant, mais qu'elle ne comprit de toute façon pas.
Laure fit un bref geste d'excuse de la main, non sans que Lucia se sente obligée de grommeler quelque chose qui sonnait fort déplaisant, mais qu'elle ne comprit de toute façon pas.
— Miss Damasi ! Si vous avez l'intention de vous lancer dans l'art subtil du pentamètre iambique, n'hésitez surtout pas à en faire profiter tout le monde plutôt que de marmonner dans votre barbe.
Ce petit rappel à l'ordre leur permit de se recentrer.
A l'issu de l'heure de cours, la journée était terminée, et elles la reléguèrent bien vide aux oubliettes de leur mémoire.
A l'issu de l'heure de cours, la journée était terminée, et elles la reléguèrent bien vide aux oubliettes de leur mémoire.
Le jeudi était le jour le plus long et le plus pénible pour Emma. Son emploi du temps ne correspondant pas à celui de Laure, elles ne se croisaient quasiment pas.
Pendant son heure de travaux pratiques de traduction, un garçon vint s'asseoir à côté d'elle. Il était grand, solidement bâti, plutôt beau, à vrai dire. Il se montra assez aimable. Lorsque la prof demanda à ce que ses étudiants se mettent en binôme pour effectuer un exercice qu'elle avait donné, ils travaillèrent ensemble. Théo, c'était ainsi qu'il s'appelait, n'était pas un étudiant particulièrement brillant, mais il était sérieux. Il faisait de son mieux, ne cherchait pas à s'imposer à tout prix, et tentait de tirer profit de ses erreurs pour s'améliorer.
Pendant son heure de travaux pratiques de traduction, un garçon vint s'asseoir à côté d'elle. Il était grand, solidement bâti, plutôt beau, à vrai dire. Il se montra assez aimable. Lorsque la prof demanda à ce que ses étudiants se mettent en binôme pour effectuer un exercice qu'elle avait donné, ils travaillèrent ensemble. Théo, c'était ainsi qu'il s'appelait, n'était pas un étudiant particulièrement brillant, mais il était sérieux. Il faisait de son mieux, ne cherchait pas à s'imposer à tout prix, et tentait de tirer profit de ses erreurs pour s'améliorer.
A la sortie, ils restèrent un instant à débriefer l'exercice sur lequel ils avaient planché. Ce Théo était plutôt gentil, mais elle trouvait qu'il avait tendance à trop parler. Il rejoignit ensuite son groupe d'amis, et Emma son studio où, comme elle le faisait systématiquement tous les soirs, sans vraiment savoir pourquoi, elle envoya un texto à Laure pour s'enquérir de sa journée et lui souhaiter une bonne soirée.
Le vendredi arriva. Même si dehors, le temps restait maussade, Emma était toute guillerette. A 6h30, elle était déjà levée, s'assurant que son antre était parfaitement en ordre pour ce soir. Pendant qu'elle faisait bouillir de l'eau, elle prit une douche sans pouvoir s'arrêter de chantonner. Elle massacra allègrement « Forever » de Stratovarius :
— I never stayed anywhere, I'm the wind in the trees. Would you wait for me forever ?
Si elle en connaissait les paroles, le moins qu'on pouvait dire, c'est que la justesse du chant était un talent qu'on ne pouvait décemment pas lui attribuer.
Tout en se séchant, elle but un de ses affreux cafés en poudre. Une fois habillée, coiffée et les cheveux attachés, elle put enfin partir en direction du campus.
Elle marcha d'un pas vif, impatiente d'arriver, mais encore plus d'en repartir. Comme rien n'est parfait en ce bas monde, elle eut la malchance de croiser la bande à Lucia qui accueillit son passage avec beaucoup de classe, principalement à base de « sale rouquemoute qui pue » et autres joyeusetés. Elle fixa ses chaussures et passa son chemin sans ralentir ni y prêter attention - Elle sentait très bon, merci bien !-. Cela ne suffit même pas à entacher son excellente humeur. Elle était même d'autant plus contente que Laure n'était pas dans les parages. Si ça avait été le cas, elle aurait encore joué les super-héroïnes en leur sautant à la gorge, et plus elle la connaissait, moins elle aimait quand elle faisait cela. Elle lui avait dit et répété que c'était contre son propre intérêt, mais elle était tellement impulsive. On avait l'impression qu'elle perdait complètement le contrôle, parfois. A quoi ce comportement pouvait-il être bien dû ?
A cette histoire dont elle ne lui avait pas parlé au resto U, la première fois ?
Comme elle arrivait à destination, elle reporta sa concentration sur le monde réel et se joignit à la masse grouillante des étudiants qui convergeaient vers salles et amphithéâtres. Les longs discours de l'enseignant semblèrent sans fin. Ce fut un soulagement lorsqu'elle put enfin sortir. Elle fut rejointe par Théo, qui l'assomma de longs discours sur l'ennui que lui procurait tel ou tel cours, les résultats de son équipe de foot préférée ou tout autre sujet qui n'intéressait absolument pas Emma qui se contentait de hocher la tête en répondant occasionnellement « ah bon ? », « ah oui ? », moins par politesse que par inaptitude totale à déterminer quelle attitude adopter. Comme il n'avait pas l'air de s'arrêter, elle en conclut qu'elle avait à la fois appliqué la meilleure stratégie puisqu'il ne s'offusquait pas de ses réactions, et la pire, parce qu'il pensait qu'elle l'invitait à poursuivre ses babillements sans fin. Gentil, mais un peu pénible, ce garçon.
Il l'invita même à se joindre à sa petite bande de copains. N'importe quel esprit attentif aurait remarqué sans mal qu'elle fut beaucoup trop preste à décliner l'offre. Lui, non.
Elle se hâta de rentrer chez elle dès qu'elle en eut la possibilité. Elle reprit une douche rapide pour se délasser. Elle enfila une tenue plus légère puis concentra toute son attention sur les petits détails. Elle courut à droite à gauche déplaçant un objet ici, une babiole là, décalant la table d'un demi-centimètre vers l'avant ou réarrangeant les coussins sur son petit sofa. Finalement, son ballet incessant cessa net lorsque la sonnette retentit. Elle se rua vers la porte, ouvrit. Laure était dans l'embrasure, tout sourire, un petit sachet à la main.
— Salut, ma belle ! Je suis pas trop en avance ? Pas trop en retard ? Pas trop à l'heure ?
— Non, non, non. C'est parfait. Entre vite.
— Non, non, non. C'est parfait. Entre vite.
Elle lui prit sa veste pour la suspendre au crochet de l'entrée. Elle prit ensuite le petit paquet que son amie lui tendait :
— C'est quoi ? demanda-t-elle.
— C'est rien. Juste une petite boîte de macarons que j'ai pris en passant. C'est important de s'empiffrer comme des morfales quand on regarde un film.
— C'est rien. Juste une petite boîte de macarons que j'ai pris en passant. C'est important de s'empiffrer comme des morfales quand on regarde un film.
Elle la remercia en riant. Tout en continuant à s'agiter en tous sens, elle la fit asseoir, lui intimant de se mettre à l'aise. Tout en farfouillant dans ses placards à la recherche d'une assiette pour déposer les macarons, de gobelets pour les boissons – elles s'accordèrent sur une tisane aux fruits rouges -, mettant l'eau à bouillir, vérifiant que Laure était bien confortablement installée, elles discutèrent enfin du film qu'elles allaient regarder. Laure proposa un vieux film allemand des années '70 : « Fitzcarraldo ». Une histoire de voyage en bateau à travers le fleuve Amazone. Laure avait entendu des histoires absolument édifiantes à propos de ce film. Elle avait même vu au moins deux documentaires d'une heure et demie chacun qui relataient en détail à quel point le tournage avait été un cauchemar. Pourtant, elle n'avait jamais vu le film lui-même. Intriguée, Emma valida ce choix. Elle traversa de nouveau la pièce pour récupérer la casserole d'eau bouillante.
Elle remplit deux gobelets à ras bord. Elle alla chercher deux petites cuillères. Elle revint. Elle les déposa dans les gobelets. Elle repartit. Elle alla chercher du sucre. Elle le ramena. Elle le posa sur la table. Elle décala l'ordinateur qui y était également posé. Elle réajusta l'orientation de l'écran...
Depuis le canapé où elle était assise depuis son arrivée, la brunette observait le ballet incessant avec un amusement contenu. Elle se demandait de plus en plus sérieusement combien de temps son amie allait être capable de sautiller d'un bout à l'autre de son studio sans jamais s'arrêter. A ce rythme-là, elle ne se poserait même pas pour regarder le film. Alors qu'Emma était encore en train de bricoler Dieu sait quoi devant elle, elle décida d'intervenir.
— Bon, allez ! Ca suffit !
Elle lança ses deux bras en avant, attrapa son hôte par la taille et la tira doucement, mais fermement vers elle. Celle-ci perdit l'équilibre et dans un cri de surprise, perdit l'équilibre, s'écroulant assise toute droite sur les genoux de Laure.
— A moi ! A l'aide ! cria-t-elle en riant. Lâche-moi, il faut que je...
— Que tu te calmes et que tu t'assoies ! Tout est parfait, je t'assure. Alors, tu te détends et tu lances ce putain de film. De toute façon, t'as pas le choix, tu es ma prisonnière.
— Que tu te calmes et que tu t'assoies ! Tout est parfait, je t'assure. Alors, tu te détends et tu lances ce putain de film. De toute façon, t'as pas le choix, tu es ma prisonnière.
Laure sentit bien qu'Emma essayait mollement de se débattre, mais elle la maintenait fermement avec ses bras qui l'enserraient.
— Bon, bon. Tu as gagné, tu as gagné. Je me rends !
Elle ne fit plus que deux mouvements avant de cesser complètement de lutter. D'abord, elle tendit la main droite vers l'ordinateur posé sur la table basse pour enfin lancer le film. Ensuite, se contorsionnant sur sa gauche, épreuve rendue ardue par l'étreinte de son invitée, elle attrapa une couverture qu'elle glissa sur elles, pour se faire un cocon douillet. Enfin, elle put se détendre tout à fait.
Le spectacle qui se déroula devant elle la captiva. L'histoire à proprement parler au déroulement assez lent de ce personnage surnommé Fitzcarraldo n'allait sans doute pas laisser dans son esprit une empreinte indélébile, mais les images, si. Elle plongea dans un émerveillement sans borne à chaque seconde où le bateau du protagoniste progressait le long de l'Amazone, bordé de part et d'autre par l'inextricable forêt. Elle trouva le film plus beau que foncièrement passionnant. A l'issue d'une scène où le bateau se retrouvait entraîné dans des rapides, au grand dam du héros, son esprit, comme trop souvent, se mit à vagabonder. Elle prit conscience d'à quel point, elle se sentait en paix. Protégée par l'abri de la couverture, mais surtout, par le contact de son amie. Les bras de Laure l'étreignaient, les mains croisées sur son petit ventre étroit. Emma se sentait comme un bijou protégé dans un écrin de douceur. Elle sentait le souffle de sa protectrice contre son cou.
Elle sentait les battements réguliers de son cœur marteler contre son dos. Elle ferma les yeux un instant pour s'y plonger entièrement.
Emma rouvrit les yeux. Pendant un instant, elle fut désorientée. Devant elle, l'écran de son ordinateur n'affichait ni image ni son. La main gauche de Laure était toujours passée nonchalamment autour de sa taille, et sa main droite, en une caresse à peine perceptible, lui effleurait tendrement ses boucles de feu. Elle battit des paupières. La voix de Laure contre elle demanda doucement :
— Alors ? Elle a fait un gros dodo, la p'tite puce ?
Elle reprit lentement ses esprits.
— Mince ! J'ai dormi longtemps ?
— Environ toute la dernière partie du film et encore vingt minutes après la fin.
— Environ toute la dernière partie du film et encore vingt minutes après la fin.
Elle parut effarée.
— Oh, non ! Mais pourquoi tu m'as pas réveillée ?
— Parce que tu dormais, pardi !
— Oui, mais...
— Mais rien. T'étais fatiguée. T'as dormi. C'est tout. C'est pas grave.
— Mouais... C'est-à-dire que le principe de se faire une soirée tranquille toutes les deux... S'il n'y en a plus qu'une seule qui est là, ça perd un peu en intérêt.
— Techniquement, on était présentes toutes les deux.
— Tu vois bien ce que je veux dire. T'es restée là sans rien dire à me regarder dormir ?
— Ça aurait été impoli de filer sans dire au revoir.
— Hmm... Je suis quand même vraiment désolée de pas avoir été de meilleure compagnie.
— C'est rien, je te dis. C'est des choses qui arrivent. On aura d'autres occasions de rattraper ça. Enfin, j'espère. Maintenant que tu as ressurgi des limbes, si ça te fait rien, je me sens moi-même un peu vacillante. Alors, si tu m'en donnes la permission, je vais te rendre ta liberté et m'en retourner dans mes confins.
— Parce que tu dormais, pardi !
— Oui, mais...
— Mais rien. T'étais fatiguée. T'as dormi. C'est tout. C'est pas grave.
— Mouais... C'est-à-dire que le principe de se faire une soirée tranquille toutes les deux... S'il n'y en a plus qu'une seule qui est là, ça perd un peu en intérêt.
— Techniquement, on était présentes toutes les deux.
— Tu vois bien ce que je veux dire. T'es restée là sans rien dire à me regarder dormir ?
— Ça aurait été impoli de filer sans dire au revoir.
— Hmm... Je suis quand même vraiment désolée de pas avoir été de meilleure compagnie.
— C'est rien, je te dis. C'est des choses qui arrivent. On aura d'autres occasions de rattraper ça. Enfin, j'espère. Maintenant que tu as ressurgi des limbes, si ça te fait rien, je me sens moi-même un peu vacillante. Alors, si tu m'en donnes la permission, je vais te rendre ta liberté et m'en retourner dans mes confins.
Elles se promirent de se refaire une soirée bien vite. De toute façon, elles auraient bien le temps d'en discuter, puisqu'elles se reverraient en cours. Emma s'excusa encore au moins une dizaine de fois, et autant de fois, Laure lui assura que c'était sans importance et qu'elle la remerciait pour son hospitalité.
Une fois son invitée partie, elle déplia son canapé avant de se laisser tomber dans son lit. Elle se sentait tellement bête. Elle avait anticipé cette soirée des jours à l'avance, au point que ça en tournait à l'obsession. Elle avait tout mis en œuvre pour que tout soit parfait, pour pas que le moindre détail ne lui échappe. Finalement, c'était elle qui avait échappé à tout. Quelle nulle ! Elle se demanda ce qui avait conduit à cela. La journée avait été longue, bien sûr. Intense, un peu aussi. Mais tout de même, pas épuisante au point de lâcher-prise à ce point. Non, c'était juste la présence amicale contre elle. Ça l'avait fait se sentir bien. Mieux que bien. Détendue. Rassurée, même. Jamais véritablement auparavant, ce profond sentiment de bien-être n'avait été déclenché par l'intermédiaire d'une autre personne. C'était... bien. C'était agréable. Elle aurait voulu que ça continue encore, mais comme la solitude reprenait ses droits, cette sensation n'était déjà plus qu'un souvenir.
Avant de se glisser sous ses draps, elle attrapa son téléphone, et envoya un message à Laure, dans lequel elle la remercia de sa patience, s'excusa une énième fois de s'être endormie en sa présence et lui souhaita une bonne nuit. Elle reçut une réponse au bout de quelques minutes. C'était bon. Elle pouvait s'endormir tranquille.
Dès le lendemain, le train-train de la vie estudiantine reprit ses droits. Cours, Resto U, études personnelles, cours magistraux et repetita ad nauseam. Certains soirs, elles se retrouvaient chez l'une ou chez l'autre indifféremment. Parfois pour réviser, parfois pour réfléchir de concert à un exercice. Pour autant, elles n'en oubliaient pas la détente. Quand le besoin de se délasser se faisait sentir, une petite soirée autour d'un film. C'était devenu leur récompense bien méritée après tant d'efforts. Emma ne s'était plus jamais assoupie au cours d'une de ces occasions, mais une nouvelle habitude était née. Elle restait toujours assise sur les genoux de son amie ou à défaut, allongée à ses côtés, la tête reposant sur ses cuisses. Si par hasard, Laure ne le faisait pas spontanément, elle lui attrapait le bras et l'enroulait elle-même autour de ses frêles épaules ou de sa taille. Sans doute un genre de réflexe enfantin, pensait Laure, qui la laissait faire bien volontiers.
Elle se souvenait qu'elle avait dit qu'elle avait un manque affectif à combler, du fait de l'absence permanente de ses parents. A sa manière, elle ne savait que trop bien ce que l'on pouvait ressentir, et côté réflexes enfantins, elle n'avait pas été en reste non plus. Alors, si un simple geste, qui lui coûtait si peu, suffisait à réconforter sa meilleure -seule- amie, elle était bien volontiers prête à lui en donner sans compter. En plus, ça lui faisait du bien à elle aussi de témoigner un peu d'affection, alors, pourquoi s'en priver ?
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Commentaires ()
Encore bravo
Qui sait ce que le sort réserve à nos deux amies ? ....
(...Enfin, moi, je le sais, mais bon.... :D )
Jusque là, bravo ! "Rien à dire, c'est à lire"
En tout cas, ça fait quand même plaisir à entendre. Je fais partie de vos lecteurs, d'ailleurs....
Très agréable à lire.
Merci