00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Coeur fragmenté — Chapitre 11

39 minutes
2.5k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de Semyaza
Semyaza
Histoires publiées
33
Abonnés
44
J'aime cumulés
3.4k

Coeur fragmenté

Chapitre 11

                                            
CHAPITRE FINAL : Cœur réparé
                                      
                                          Le début du mois d'avril fut relativement détendu sur le plan émotionnel, sinon sur le plan intellectuel. Emma et Laure avaient trouvé un équilibre entre leur vie amoureuse et leurs études. Elles parvenaient de nouveau à se concentrer sur le travail. Elles révisaient ensemble, comme avant, et elles sentaient que leurs efforts portaient leur fruit. Leur niveau avait un peu baissé entre le moment où elles avaient souffert de ne pas réussir à s'avouer leurs sentiments et la période où elles n'étaient plus capables de faire autre chose que de se bécoter amoureusement.
Le jour venu, Laure, qui avait passé la nuit chez Emma, l'embarqua dans sa petite voiture. Elles arrivèrent à la maison Lamarne vers midi. Elles eurent le plaisir de découvrir que la maison n'était pas trop froide. Richard avait fait en sorte de maintenir la température à un degré confortable. Sur la table de la cuisine, elles trouvèrent un petit ballotin de chocolats avec une enveloppe. Laure ouvrit la lettre. Il y était écrit :
"J'aurai bien aimé être là pour vous voir un peu. Je vous ai mis tout un tas de victuailles diverses dans le frigo. Passez un bon séjour. Je vous embrasse toutes les deux. - plusieurs traits soulignaient « toutes les deux. - Gros bisous. Papa."
Elles montèrent s'installer dans la chambre de Laure, déposèrent leurs affaires, passèrent se rafraîchir à la salle de bains, puis redescendirent au rez-de-chaussée. Elles firent un tour d'horizon de la cuisine, regardant ce que contenait le réfrigérateur ou ce qui manquait et qu'elles devraient acheter lorsqu'elle sortiraient faire des courses. Elles se reposèrent un moment autour de boissons fraîches. Tout s'annonçait pour le mieux. Elles passèrent l'après-midi à paresser dans le jardin ou à se promener dans le voisinage, se contentant de profiter de l'instant présent. Le soir venu, elles dînèrent en tête à tête, puis choisirent un film pour occuper leur soirée. C'était toujours le moment préféré d'Emma. Elle savait qu'elle allait passer une heure et demi ou deux blottie dans les bras de sa chérie. Elle aimait ces instants qui n'étaient que chaleur, réconfort et tendresse. Ça lui faisait oublier tous les soucis du monde extérieur. Elle se sentait aimée et protégée.
C'était si exaltant. Le contact rassurant des bras de Laure autour d'elle lui fit perdre sa concentration sur le film. Elle ne pensait plus qu'à cette douce étreinte. Elle se laissa aller en arrière, huma l'odeur du parfum de sa compagne, posa ses lèvres sur son cou, et commença à la couvrir de baisers. Sa main, qui était délicatement posée sur son genou, se mit à effleurer doucement la jambe, puis la caressa, remontant lentement vers la cuisse.
— Oups ! Je dois aller aux toilettes, s'écria soudain Laure.
Elle se décala sur le côté, repoussa précautionneusement sa petite puce en se levant et disparut en trottinant vers les toilettes.
— Encore raté ! Se désola Emma, seule sur le canapé. Elle avait très bien compris que c'était simplement une esquive et pas une envie pressante.
Lorsque Laure revint, elle se rassit à côté d'elle, machinalement.
Emma eut le sentiment, peut-être à tort que son contact était purement formel, sans véritable chaleur, comme si ce n'était rien de plus qu'une habitude.
Elle perdit tout intérêt pour le film. Elle tortillait sa mèche à toute vitesse, signe d'une intense réflexion. Au bout d'un moment, elle secoua la tête dans un soupir, se leva et sans un mot, remonta dans la chambre, sous le regard interloqué de Laure.
Celle-ci fronça les sourcils, inquiète par ce comportement, mit le film en pause, se leva à son tour, et partit à la suite de son amoureuse. Elle s'approcha en silence de la porte, jeta un œil dans l'entrebâillement et vit Emma, seule, assise en tailleur sur le lit, sa mèche à la main, perdue dans ses pensées.
Elle gratta doucement à la porte.
— Puce ? Je peux entrer ?
— Oui.
Elle s'exécuta.
— Il y a un problème, amour ?
— Viens ! Assieds-toi. Il faut que je te parle.
Son cœur manqua un battement. Elle était terrorisée à l'idée qu'il y ait un souci entre elles. Non, ça n'avait aucun sens. Il fallait qu'elle se reprenne, tout allait bien, jusqu'à présent. Elle prit une inspiration et s'assit face à Emma.
— Qu'est-ce qu'il y a ? Je dois avoir peur ? Parce que tu me fais peur, là.
Emma lui prit doucement la main, et la sonda du regard. Elle prit une inspiration, et d'une voix qu'elle voulut à la fois douce et sérieuse demanda :
— Pourquoi tu me repousses tout le temps ?
Laure serra plus fort la petite main.
— Mais... Je te repousse pas.
— Laure ! Tonna-t-elle. - Ça avait sonné plus agressif qu'elle ne le voulait. Elle caressa doucement la main de son interlocutrice pour montrer qu'elle n'était pas fâchée. L'intéressée avait sursauté. C'était la première fois depuis qu'elles étaient en couple qu'elle l'appelait par son prénom. Ça l'effraya et ses yeux s'embuèrent instantanément.
— Ma puce, je...
Sa lèvre vibra et elle ne parvint pas à poursuivre.
Emma, comprenant qu'elle lui avait fait peur, la prit dans ses bras et la câlina tendrement. Pour autant, elle continua de dire ce qu'elle avait à dire :
— Écoute, mon cœur ! Chaque fois que je fais un pas un vers toi, tu recules. Je ne veux pas te forcer, pas te presser, pas te faire de reproche, je vais pas me fâcher, t'inquiète pas, ni même te faire culpabiliser de quoi que ce soit, si c'est ça qui te fait peur. Mais, je m'interroge. Je veux juste comprendre. Que tu m'expliques.
— C'est... Je sais pas... Je crois que ça me fait peur. J'ai jamais fait ça, moi.
Elle se sentait un peu honteuse d'avouer son inexpérience totale.
— Et alors ? Moi non plus, j'ai jamais fait ça, comme tu dis. Évidemment, j'appréhende un peu, mais... J'ai quand même envie de connaître ça avant de mourir. Et pour être tout à fait honnête, je suis pas une pou... - Elle allait dire « poupée », mais réalisa en le disant que le choix de ce mot aurait été particulièrement désastreux, quand on connaissait le passé de Laure. Elle se corrigea immédiatement. Son interlocutrice nota le lapsus, mais n'y prêta pas attention : elle savait qu'elle n'avait pas cherché intentionnellement à la blesser. -... machine. J'ai des désirs. Des envies. Et j'ai pas envie d'y céder juste pour le plaisir d'y céder. Je veux partager ces moments avec quelqu'un qui fasse que ça compte vraiment. Et tu te doutes bien que je ne conçois personne d'autre au monde que toi. Le truc, c'est que... si toi, de ton côté, t'en as pas envie... J'aimerais au moins le savoir.
— C'est pas que... Que je veux pas. C'est que j'ose pas. J'ai peur. Peur de me laisser aller. Si je me laissais trop emporter et que je te faisais quelque chose que tu aimes pas ?
Emma fronça les sourcils.
— T'as l'intention de me poignarder pendant l'amour ?
— Quoi ? Non !
— De me frapper, alors ?
— Ça va pas ? Jamais de la vie, voyons !
— De te moquer de moi ? De m'insulter ? De m'humilier ou de me rabaisser, peut-être ?
— Mais arrête, enfin ! Tu sais bien que je te ferais jamais des choses pareilles.
Elle criait presque, tant cette liste d'options lui paraissait abjecte.
— Bon ! Et bien alors ? Où est le problème ?
— Bin... Sans aller jusqu'à tout ça... Je pourrais être amenée à faire quelque chose que tu aimes pas... Sans mauvaises intentions... Un geste maladroit, un truc douloureux, je sais pas, moi...Et sans m'en rendre compte parce que je me serais laissée emporter. Tu sais comment je suis... Je t'ai déjà fait assez de mal comme ça. Je me pardonnerais jamais si je t'en faisais encore plus.
Elle la serra dans ses bras, en une étreinte protectrice.
Emma soupira.
— Mon adorable idiote adorée. Tu m'as jamais fait de mal, voyons ! On est toutes les deux un peu maladroites, parfois, c'est tout. C'est pas ce que j'appelle « se faire du mal ». Et si c'était le cas, tu me penses idiote au point de pas savoir parler ? Tu crois que je serais pas capable de te dire « arrête» ? Ce serait pas si grave, tu sais. Que ce soit dans ce domaine ou dans un autre, tu peux toujours être amenée à faire quelque chose qui me plairait pas et moi à te faire quelque chose qui te plairait pas. On peut juste se dire « non », non ? Mais il faut pas hésiter. Je te jugerai jamais, tu le sais. Mais s'il y a le moindre doute, le moindre problème, il faut qu'on en parle. Là, je m'interroge, donc je t'en parle. Si un jour, tu as un doute, tu m'en parles. C'est tout. Je suis heureuse avec toi. Je veux pas que tout se retrouve complètement pourri parce qu'on n'a pas osé se dire les choses. D'accord ?
Laure hocha doucement la tête.
— D'accord !
— Promis ?
— Promis ! 
— Un jour, il va quand même falloir que tu acceptes le fait que certes, j'ai pas la carrure d'une championne du monde de M.M.A., mais pour autant, je suis pas faite en sucre, non plus, conclut-elle, un peu taquine.
Laure se mordilla les lèvres, puis se lança :
— Il y a autre chose, puce...
— Quoi ?
Elle rougit.
— Je... A un moment, je vais devoir me révéler entièrement à toi. J'ai un peu peur de ça.
— Pourquoi ?
— C'est que... Je sais pas... Tu m'as jamais vue... Imagine si... Si ce que tu vois, ça te plaît pas, que t'es déçue, que je réponde pas à tes attentes, ou que je te dégoûte...
Emma secoua la tête, incrédule. Elle la taquina avec un ton attendri :
— C'est pas vrai ! T'es pas croyable, toi, quand même !. - Puis reprenant son sérieux- Pardonne-moi cette question qui risque de sonner un peu gnangnan, mais... Est-ce que tu m'aimes ?
— Évidemment ! Complètement ! Totalement ! Sans aucune réserve ! J'espère que tu n'en doutes pas, répondit-elle, légèrement offusquée.
— Bon ! Alors ? Moi, c'est pareil ! Je t'aime sans réserve. Depuis le premier jour, quasiment. Je t'aime pour ce que tu es. Non. Je t'aime comme tu es. Et je n'attends rien d'autre de toi qu'être ce que tu es. Tu comprends ? C'est pas parce que tu te crois un peu trop ceci ou pas assez cela que ça change la moindre chose pour moi. De toute façon, c'est trop tard : je t'aime déjà, on peut plus rien y faire. C'est foutu, irréversible. Tiens, en parlant de ça, tu voudrais pas que je change quelque chose chez moi ? - Elle agrippa sa petite poitrine avec ses mains – Je pourrais me faire gonfler les seins. Après tout, ils sont pas terribles.
Laure eut un sursaut de fureur en entendant cela. Elle prit une grande inspiration pour se contrôler, se retenant de ne pas crier.
— Arrête ça ! Ne fais plus jamais ça devant moi ! Jamais ! Te dénigrer comme ça ! Je le tolère de personne, même pas de toi-même, compris ? Ça me fait mal quand tu fais ça. Physiquement mal. Plus mal que si tu m'en collais une. Je te trouve belle, moi ! Belle à un point qui me bouleverse, tu as même pas idée. Et c'est même pas ce que je préfère chez toi. Il n'y a pas une demi-seconde où il me viendrait à l'idée de vouloir t'aimer autrement que comme tu es. Je comprends même pas que tu me demandes un truc pareil, même pour rire.
Emma sourit, se serra un peu plus contre elle, émue. Laure avait mordu à l'hameçon, mais il y avait plus : ce n'était pas de l'humour, pas une façon de parler. C'était un fait , pas une supposition: elle était belle aux yeux de quelqu'un, finalement.
Elle lui assena le coup final :
— Je commence à te connaître, mon cœur. Je commence à comprendre comment tu penses. Je me doutais un peu que tu dirais quelque chose dans ce genre-là. Tu dis que tu m'aimes comme je suis et que tu comprends pas que je puisse en douter. Alors demande-toi une seule chose : pourquoi ça semble ne pas te paraître évident quand il s'agit de voir les choses dans l'autre sens. Moi non plus, je ne peux pas comprendre que tu puisses imaginer que je te veuille autrement.
Laure ouvrit la bouche, la referma, ne trouva rien à répondre. Elle était vaincue. Tout en l'embrassant, elle fit simplement :
— Décidément... Tu es beaucoup trop maline pour moi...
— C'est pas un scoop, ça, la taquina-t-elle. Écoute, pense à tout ça. Encore une fois, je veux pas te presser à faire quoi que ce soit. Je veux juste que tu saches que quand tu seras prête, je serai là pour toi. En attendant, serre-moi très très fort pour que je m'endorme, et que demain, on passe une merveilleuse journée ensemble.
— Bonne nuit, mon bel amour !
— Bonne nuit, mon petit cœur adoré. On ira se promener le long du canal, demain aprèm' ?
— Avec plaisir, puce.
Elles se blottirent l'une contre l'autre. Laure lui déposa quelques baisers au creux de son épaule et dans les cheveux, et elles s'endormirent.
Au réveil, le lendemain, elles se sentaient légères. La conversation de la veille les avaient un peu stressées sur le moment, mais avec le recul, elles se sentaient libérées d'un poids. Elles passèrent la matinée à farfouiller dans les vieilles affaires de Laure. Photos de son enfance, vieux jouets, vieilles fringues qu'elle avait gardée comme souvenir. Emma adorait ça. Elle avait l'impression d'entrer plus intimement dans la vie de son amour, comme une manière de resserrer encore leurs liens.
A midi, comme elles en avaient l'habitude, elles prirent un repas réconfortant puis passèrent un moment à se préparer. Dehors, il faisait beau, mais froid. Elles réfléchirent à comment s'habiller en conséquence pour aller se balader.
Une fois prêtes, elles quittèrent le domicile à pied, en direction du canal. Emma adorait cette endroit. Elle n'a l'avait vu qu'une seule fois, lors de son séjour à Noël, mais ça l'avait marquée. La longue promenade au bord de l'eau, les cygnes et les canards qui y nageaient, les pêcheurs, les promeneurs, le soleil qui brillait, les sous-bois fleuris sur la rive d'en face. C'était si joli. Et puis, être au bras de Laure. Comme c'était bon. Tout en marchant, leur bonne humeur avait quelque chose de communicatif. La plupart des passants leur souriaient. Les pêcheurs d'eau douce leur adressaient quelques mots aimables. Elles avaient l'impression d'être deux personnes différentes des deux adolescentes solitaires et moroses qu'elles étaient encore au mois de septembre. Elles étaient plus promptes aux échanges avec autrui, regardaient les gens plutôt que le sol. Il y avait devant elles tout un monde qu'elles semblaient découvrir pour la première fois.
Elles restèrent un long moment à regarder une maman canard filer sur l'eau suivie par une tripotée de petits canetons. Elles ne purent s'empêcher de les mitrailler avec leurs appareils photo. Ça et là, elles se prenaient en photo, leurs beaux visages radieux se découpant sur le ciel bleu. Les cygnes glissaient sur l'eau, en arrière-plan. Elles restèrent presque deux heures à s'extasier sur la beauté du monde. Elles commençaient à rebrousser chemin, lorsque Laure s'arrêta net, se crispant comme si elle avait été foudroyée sur place.
— Oh, non ! Pas maintenant ! Pas un jour comme aujourd'hui ! Viens ! Vite ! Gémit-elle, en tirant Emma par le bras.
Celle-ci n'eut pas besoin de demander quoi que ce soit, ni de chercher du regard ce qui avait stoppé sa compagne. Elle le comprit instantanément. Il n'existait sur cette planète qu'une seule personne qui pouvait terrifier Laure à ce point : Anne-Gaëlle. Elle était apparue dans les parages. Mais cette fois, Emma s'ancra solidement dans le sol, et empêcha Laure de fuir.
— Non ! S'exclama-t-elle.
— Mais qu'est-ce que tu fais ! Dépêche-toi ! Elle va nous voir, couina Laure cédant progressivement à la panique.
— Peut-être, oui...
— Mais arrête ! Je veux pas ! Je veux pas !
Elle était maintenant au bord de l'hystérie, mais Emma tenait bon. Elle lui saisit le visage, et le tint entre ses mains pour la forcer à la regarder.
— Hé ! Écoute-moi ! Elle a pas plus de droit que toi sur ce monde. Tu as tout autant le droit qu'elle de te promener où tu veux. Tu n'as pas à t'enfuir devant elle à chaque fois qu'elle pointe le bout de son nez.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu crois que j'y ai jamais pensé ? Que j'ai jamais essayé ?
Elle tremblait comme une feuille, désormais.
— Sans doute que si. La différence, c'est que maintenant, tu as quelque chose que tu n'avais pas avant.
— Et c'est quoi ?
— Moi ! Répondit-elle simplement.
— Super ! - Elle fit une moue dubitative.- Tu comptes faire quoi ?
— Moi ? Rien. Juste rester près de toi pour te donner du courage. Toi et moi, on va continuer à marcher, comme si de rien n'était. Elle nous verra, ou elle nous verra pas, mais on se défilera pas devant elle, compris ?
— C'est... C'est trop ! Je suis pas aussi forte que tu crois.
— Si ! Et même bien plus ! Écoute, je te demande pas d'aller te battre contre elle, ni même d'aller lui parler. Je te demande même pas de la regarder. Juste de pas te détourner de ton chemin. Tu vas marcher tout droit, comme prévu. Tu vas me serrer la main très fort, tu vas regarder ailleurs. Regarde les cygnes. Concentre-toi sur eux et sur rien d'autre, mais marche tout droit !
Laure poussa un long soupir et agrippa le poignet d'Emma avec sa main. Elle couina piteusement :
— Tu me fais faire de ces trucs, quand même...
Elle avala sa salive avec difficulté, puis focalisa son attention sur les cygnes majestueux qui glissaient sur le canal, tout en faisant des efforts démesurés pour ne pas s'enfuir en hurlant. Emma la soutenait, l'encourageant du regard, et elles avancèrent à petit pas. Chaque mètre parcouru les rapprochaient d'Anne-Gaëlle et la tête de Laure s'enfonça dans ses épaules. Elle était tendue à la limite de l'implosion. Elle aurait voulut se recroqueviller jusqu'à ne plus exister, mais en même temps, elle voulait montrer à Emma qu'elle méritait sa confiance. Elle ferma carrément les yeux au moment où elles croisèrent la terrible blonde. Et comme la fois précédente, celle-ci ne se rendit même pas compte de leur présence, et les croisa dans une indifférence absolue. Elles firent encore quelques mètres pour s'éloigner un peu, puis Emma jeta un bref coup d'œil en arrière, vérifia qu'elle était à une distance respectable. Elle s'arrêta alors, regarda son amoureuse et dit :
— Ça y est ! C'est fini ! C'est fini !
Laure soupira bruyamment. Ouvrant enfin les yeux, elle répondit :
— Faut-il que je t'aime pour faire des trucs pareils ! Pitié ! Me refais jamais ça, sinon, je te claque dans les pattes !
Emma lui adressa le plus beau de ses « sourires spéciaux », déposa un baiser sonore sur sa joue.
— Je suis très fière de toi.
— T'aimer, ça se mérite, quand même ! Parvint-elle à articuler, retrouvant son ton facétieux.
— Par contre, tu peux desserrer un peu ta main, là ? Parce que sinon, notre prochaine destination, ce sera les urgences, pour soigner mon poignet que tu vas pas tarder à casser en deux.
— Oh, pardon, ma puce. Je suis désolée !
Elle relâcha son emprise immédiatement, mais lui embrassa le poignet au passage pour se faire pardonner.
— C'est mieux. Allez ! On se prend un petit remontant au salon de thé de l'autre fois, pour se remettre de toutes ces émotions ?
— Pourquoi pas. Ce sera avec plai...
Leur conversation fut interrompue par un tumulte de bruits et de cris. Elles se retournèrent en sursaut et virent un peu plus loin Anne-Gaëlle qui s'enfuyait en criant, poursuivie par des cygnes qui l'attaquaient à coups de bec. Emma regarda avec impassibilité. Soudain, elle tendit son majeur en direction de la scène et cracha avec une haine viscérale et tout à fait inattendue :
— Dans ton cul, le karma, sale pute !
Laure en resta bouche bée. Elle n'avait quasiment jamais entendu Emma jurer. Les seules fois, c'était lors de cette triste soirée où elle avait trop bu pour attirer son attention, mais en général, elle ne recourait jamais à la vulgarité. Amusée, elle demanda :
— Mais qui êtes-vous donc, grossier personnage ? Et qu'avez-vous donc fait de ma petite amie, la si douce et si élégante Emma Van Loew ?
Elle lui répondit avec désinvolture en imitant le ton d'une bourgeoise hautaine :
— Il est vrai, ma bonne dame, que je ne suis guère encline à me complaire dans une rhétorique si véhémente et inconvenante à une dame de ma caste, mais vous conviendrez que je puisse m'octroyer un petit écart lorsqu'il s'agit d'invectiver ma pire ennemie.
Laure pouffa :
— Ah bon ? C'est ta pire ennemie, maintenant ?
Emma reprit son sérieux d'un coup. Plantant son regard dans celui de sa compagne, rétorqua froidement :
— Bien sûr, puisque c'est TA pire ennemie !
— A chaque fois que je me dis que ça peut pas être pire, j'arrive toujours à t'adorer un peu plus. C'est pas normal, à la fin.
Elles éclatèrent de rire en reprenant leur marche vers le salon de thé. La dame corpulente qui les avaient accueillies la fois précédente était toujours là. Elle les reconnut et sembla ravies de les voir en meilleure forme que lors de leur dernière visite. En effet, Laure était encore un peu sous le choc, mais beaucoup moins qu'elle ne l'aurait cru. Elle tremblait encore mais la présence d'Emma à ses côtés la rassurait. Elle n'avait même pas l'impression qu'elle allait éclater en sanglots comme à chaque fois qu'ellle croisait sa vieille ennemie. 
Elles s'assirent à une petite table, commandèrent du thé et des pâtisseries et les dégustèrent dans le calme. Laure ne détourna pas ses yeux une seconde de ceux de son amoureuse pendant tout le temps qu'elles passèrent dans le petit compartiment. Le monde extérieur était beau, mais pas autant que son regard gris-bleu. Une fois leur collation terminée, elles reprirent leur chemin pour rentrer à la maison.
En farfouillant dans un vieux placard, Laure retrouva la vieille console de jeux vidéo ayant appartenu à son père. Elle la sortit et s'exclama :
— Eh ! Tu te souviens de cette vieille bécane ? Ça te dit ?
— Oui ! Vas-y !
Elle sortit une poignée de cartouches poussiéreuses. Elles les essayèrent une par une, jusqu'à ce qu'elles trouvent un jeu qui se jouaient à deux. Elles passèrent toute la fin de l'après-midi et le début de soirée à s'affronter dans la joie et la bonne humeur. Vers 20 h, elles s'interrompirent pour prendre leur dîner en tête à tête, puis reprirent leurs parties endiablées jusqu'à 22 h, environ. Emma décida alors, qu'elle avait besoin de faire une petite pause et décida de remonter se rafraîchir. Il lui fallait une bonne douche et une tenue plus légère. Une fois toute propre, elle laissa sa place à Laure, qui occupa la salle de bains à sa suite.
Celle-ci y resta un long moment. Bien plus que nécessaire. Ses yeux étaient fixés sur ceux que lui renvoyaient le miroir. Ils semblaient la jauger, lui faire comprendre implicitement qu'ils attendaient quelque chose d'elle, et qu'elle ferait bien de commencer à se prendre en main et à arrêter d'agir comme une petite fille. Elle n'était plus toute seule, maintenant. Elle avait quelqu'un dans sa vie. Quelqu'un qui comptait. Et surtout, surtout, quelqu'un pour qui elle comptait. Elle le savait. Elle le comprenait. Emma faisait tellement pour elle. Il était temps de lui témoigner un peu de gratitude. C'était sa petite amie, pas un simple jouet à cajoler pour se rassurer. Il était grand temps de le lui faire savoir. Elle réfléchit à toute vitesse, retournant dans sa tête à la fois les récents événements et ses sentiments. Elle soupira un grand coup. Le visage dans le miroir parut lui lancer un petit sourire entendu.
Elle avait un petit peu peur, mais ça irait. Elle venait de prendre sa décision.
De son côté, Emma profitait de ce moment de flottement pour se détendre dans le lit. Elle avait lancé de la musique en attendant que sa chérie la rejoigne. « Dagger » de Slowdive emportait son esprit dans une envoûtante torpeur :
"She whispers while I'm sleeping: "I love you when you smile". I didn't really lose you. I just lost it for a while."
Elle entendit soudain gratter doucement à la porte.
— Puce ? Je peux entrer ?
— Bien sûr, mon cœur !
Laure entra. Elle était uniquement couverte d'un peignoir gris, ses cheveux lâchés encore ruisselants retombant sur ses épaules. Les joues empourprées, elle avait l'air un peu honteuse, ne sachant véritablement où regarder.
— Un souci ?
— Non, répondit-elle laconiquement.
D'un geste lent, un peu tremblant, elle tira sur le cordon de son peignoir, en saisit les revers et d'un mouvement d'épaule, s'en délesta. Le vêtement tomba à ses pieds dans un bruissement léger et elle apparut dans toute sa splendeur, uniquement vêtue du collier d'où pendait la petite émeraude que lui avait offert Emma.
Cette dernière ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes et sa bouche s'ouvrit en grand. Elle laissa échapper un petit couinement. Ce qu'elle ressentait, ce n'était plus de l'émerveillement. Elle était franchement intimidée. Son cœur tambourinait dans sa poitrine comme jamais. Pendant une seconde, elle se remémora les réticences qu'avait eu son amoureuse à l'idée de se révéler à elle, et se demanda bien pourquoi. Elle était tellement parfaite. Magnifique à en mourir d'adoration ! Son regard était captivé par le creux de ses reins, par le galbe de ses seins bien ronds terminés par les deux petits bouts rosés fièrement dressés vers le ciel, par le profond sillon qui les séparaient. Elle eut à peine la force de bredouiller :
— Tu... Tu es sûre de toi ?
— Oh, oui ! Je n'ai jamais été aussi sûre de moi de toute ma vie !
Toutes les pensées d'Emma furent balayées brutalement par une vague de désir sauvage en regardant Laure avancer ses longues jambes fuselées dont le déplacement faisait se balancer ses hanches. Tout en se mordillant les lèvres pour contenir son excitation, Emma laissa son regard se fixer sur le petit nombril tout rond qui ornait le petit ventre plat à la peau satinée. Seul un triangle d'ombre, plus bas, venait rompre la monotonie des teintes. Elle crut qu'elle allait défaillir avant que sa compagne arrive jusqu'à elle. Elle venait pour elle. Rien que pour elle. Elle l'avait rêvée, espérée, fantasmée, mais maintenant qu'elle était là, en chair et en os, elle avait peine à croire que c'était réel. Elle n'avait pas l'impression de mériter un si grand honneur. Ses deux petits cônes de chair durcis semblaient vouloir transpercer le tissu de son pyjama. Son ventre se liquéfiait un peu plus à chaque pas de son amante vers elle. Un si petit ventre et tellement de papillons qui y virevoltaient ! Sa respiration devenait hachée et son cœur... Son cœur ! Il mitraillait si vite. Si fort. Comme si chaque battement était une bombe qui explosait.
Laure s'étendit sur le lit et rampa vers elle tout en braquant sur elle le vert hypnotisant de ses prunelles. Arrivée à sa hauteur, elle se redressa, et employa un ton qu'elle espérait plus assuré qu'il ne l'était en réalité.
— J'ai bien l'intention de dévorer tout cru chaque centimètre carré de toi, déclara-t-elle, un petit rictus sur les lèvres.
Emma saisit alors son amante avec ses jambes qu'elle lança autour de sa taille, et l'attirant vers son corps brûlant, la fit basculer en avant dans un cri de surprise. Elle la retint en lui passant les bras autour du cou, l'embrassa fougueusement et, tremblante de désir, lui murmura à l'oreille :
— Alors, bon appétit, mon tendre amour !
Sans un mot de plus, Laure et Emma s'aimèrent. Timidement. Maladroitement, d'abord. Chacune cherchant l'approbation dans le regard de l'autre avant d'esquisser le moindre geste. Puis, progressivement, elles prirent conscience de la même chose à peu près au même moment : aucune des deux n'attendaient de l'autre une performance digne d'une professionnelle. Tout ce qu'elles voulaient, c'était de la sincérité, de l'authenticité. Pas l'expression de l'amour, mais l'expression de LEUR amour. Elles comprirent également qu'elles n'avaient pas à s'interroger du regard avant d'oser le moindre mouvement : elles se faisaient suffisamment confiance. Alors, leurs gestes se firent plus assurés, plus spontanés. L'expression de leur amour se fit plus passionnée, plus intense et elles ne se préoccupèrent plus de rien d'autre que de leurs cinq sens sur-développés par leur étreinte charnelle, ne faisant plus qu'un seul corps, un seul cœur, une seule âme.
Elles ne furent plus qu'abandon de soi et dévouement total à l'autre, mais toujours en conservant une tendresse et une douceur infinies. Ainsi, deux jeunes filles devinrent deux femmes découvrant pour la première fois l'ampleur d'une sensualité dont elles n'avaient jamais eu alors qu'une vague connaissance théorique. Leurs doigts caressèrent chaque endroit secret de l'autre, leurs bouches se délectèrent de chaque nouvelle saveur inconnue. Chacune s'extasia des frissons qu'elle provoquait chez sa partenaire, et s'étonna de la puissance des plaisirs jusqu'alors insoupçonnés qu'elle recevait en retour. Elles ne s'exprimèrent plus que par des halètements et des gémissements d'un plaisir impossible à contenir. Et ce fut un délice inimaginable, le plus beau des partages, jusqu'au grand bouquet final qui les cueillit chacune à quelques secondes d'intervalle. Ce fut Emma qui s'envola la première, dans un grand cri de libération, portée par la symphonie des soupirs et par la danse lascive des corps enchevêtrés.
La vue de ce magnifique spectacle suffit à faire basculer Laure, qui la suivait de près dans sa montée vers les cieux, et elles se retrouvèrent un bref instant dans un endroit irréel, en dehors du temps et de l'espace.
Alors, vidées et pantelantes, elles se laissèrent retomber dans le lit, l'une contre l'autre, encore sous le choc des merveilleuses sensations qu'elles venaient de s'offrir : un acte d'amour pur qui venait de sceller définitivement leur union.
Avec le recul, ce ne fut probablement pas le plus intense des plaisirs intimes qu'elles connaîtraient au cours de leur vie, mais ce fut le premier. Celui qui compterait vraiment quand elles y repenseraient plus tard. Celui dont elles se souviendraient encore après qu'elles aient oublié tous les autres. Et c'était ça qui le rendrait si beau et si unique à leurs yeux, au final.
Du bout de son index, Laure dessinait sur le dos nu de sa bien-aimée des constellations imaginaires. Elle traçait des lignes invisibles, reliant un grain de beauté par-ci à une tâche de rousseur par-là ou suivait le trajet d'une goutte de transpiration symptomatique des conséquences de leurs ébats, tentant de retrouver un sentiment d'apaisement après le déluge de volupté qu'elle venait de vivre. Le bout de ses doigts effleura doucement la peau diaphane de ses jambes lisses. Elle vit une légère tâche à peine plus sombre, au milieu du tibia : c'était une infime trace de l'égratignure provoquée par Lucia, lors de leur première rencontre. Elle frissonna, comme si elle ressentait elle-même la douleur à l'évocation de ce vieux souvenir. Elle effleura la marque de ses lèvres, s'imaginant guérir de ses baisers l'ombre de cette plaie depuis longtemps oubliée de sa propriétaire.
Au bout d'un moment, Laure repoussa très délicatement sa compagne et entreprit de s'extirper du lit.
— Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Emma.
— Je suis trempée de sueur, après tout ce qu'on vient de faire. Je me refais une petite douche vite fait, histoire d'être plus présentable. Je reviens tout de suite. Je te ramène un truc ?
Emma la retint.
— Reste, s'il te plaît. - Laure hésita un instant, mais sa bien-aimée poursuivit – J'ai besoin de toi à mes côtés, mon Cœur. J'ai besoin de te sentir contre moi. Ta chaleur, ta tendresse. Ça me rassure... Après tout ce qu'on vient de se faire... J'en ai vraiment besoin pour redescendre. Ça me fait au moins autant de bien que de faire l'amour avec toi.
— Oooh, ma Puce... - Laure fut extrêmement touchée par cette requête. Elle se glissa à nouveau entre les draps, se lova contre son amoureuse en prenant bien soin de ne pas l'écraser sous son poids. - Prends tout le temps qu'il te faut pour redescendre, mon amour. Je serai près de toi tant qu'il faudra. - Puis, avec un petit rire légèrement embarrassé : - Et tant pis pour toi si t'es incommodée par ma puanteur...
Emma lui sourit, et comme toujours, lorsqu'elle voulait faire semblant de la réprimander, elle lui tapota le bout du nez de l'index.
— Je ne sais pas de quelle puanteur tu parles. Je ne sens que l'odeur de celle que j'aime, et qui est la conséquence de tout l'amour qu'elle vient de me donner. Pour moi, c'est le plus entêtant et agréable des parfums. J'y suis complètement accro !
Elle plongea son nez dans le cou brillant de tranpiration de son amante et inspira à pleins poumons, se gorgeant de ses effluves dans un frisson d'extase. Puis, elle y posa ses lèvres, darda sa langue pour recueillir quelques perles de cette rosée sacrée et aspira, coinçant la chair entre ses lèvres et sa langue, marquant la peau fine d'un gros suçon violacé.
Contemplant son œuvre avec satisfaction, elle singea une voix de méchant de film et s'exclama :
— Ah, ah, ah ! Je t'ai marquée de mon sceau. Tu es à jamais en mon pouvoir !
Prenant le ton approprié de la victime terrifiée, Laure entra dans son jeu :
— Oh, non ! Dark P'tite Puce a utilisé son pouvoir maléfique pour m'asservir. Je ne peux plus lutter. Je suis soumise à sa volonté jusqu'à la fin de l'Éternité.
Elles roulèrent sur le lit en riant, enlacées, s'embrassant sans fin. Enfin, éreintées, elles se blottirent à nouveau l'une contre l'autre, se laissant retomber sur leur oreiller.
Emma se sentait maintenant si sereine. Elle n'allait sans doute pas tarder à s'endormir, bercée par la caresse délicate des doigts de Laure qui effleurait à peine son cou, ses épaules, son dos, ses bras. Elle entendit contre son oreille la voix chaude qui demanda :
— Tout va bien, ma puce ? T'es un peu redescendue ?
Elle ronronna de plaisir.
— Mmmh, moui ! C'était le moment le plus merveilleux de toute ma vie, et c'était grâce à toi !
Elle sentit le corps contre elle être pris de soubresauts et entendit des bruits de reniflements. Elle se retourna. Laure était en train de pleurer.
— Cœur ! Qu'est-ce qu'il se passe ?
Elle répondit, ses sanglots entrecoupés de rires :
— Désolée. C'est rien. Enfin...C'est nerveux. Un trop-plein d'émotions. Je crois que c'est moi qui suis pas complètement redescendue... Tu te rends pas compte, mais... Depuis que je te connais, il m'est arrivé tant de choses. Il y a eu des moments pas marrants, mais ça a toujours débouché sur des purs instants de joie, et toujours crescendo. Là, j'ai atteint des degrés que je pensais même pas imaginables. On dirait que j'ai jamais eu la moindre notion de bonheur dans ma vie avant de te rencontrer. C'est pour ça que je supporte si mal quand tu te dénigres. Tu as toujours été là pour moi, pour m'aider à combattre mes faiblesses, et quand j'y arrive, la récompense est toujours plus grande que l'épreuve. Tu as en toi une force qui est inimaginable. Je me sens spéciale quand je suis près de toi. J'ai l'impression de compter vraiment pour quelqu'un. Je réalise que je serais rien sans toi. A chaque instant, je me crois obligée de vérifier que c'est bien réel, que je vais pas me réveiller d'un coup en réalisant que tout ça n'était qu'un rêve. Je me dis que je mérite pas quelqu'un comme toi.
Emma la serra encore plus fort contre elle, lui effleurant la joue :
— Au contraire, tu mérites que je fasse tout ce que je peux pour te rendre heureuse. Tu le mérites même plus que quiconque. Tu as un cœur gros comme... Je sais pas... Mais gros comme un truc vachement gros, en tout cas. Et tu as en toi une force qui est sans limite et dont tu as même pas conscience. Elle fait de toi une personne incroyable. Souviens-toi , quand on s'est rencontrées : J'osais même pas adresser la parole à qui que ce soit. Je me retrouvais prostrée dès qu'on me parlait. Lucia aurait pu me sauter dessus à pieds joints, je l'aurai laissée faire sans réagir. C'est à ton contact que j'ai appris à prendre confiance en moi et à ne plus me laisser marcher dessus. Alors, oui, je suis fière de t'avoir à mes côtés, et je t'aime. J'ai pas assez de mots pour te le dire, alors j'espère que je saurai te le montrer au quotidien. Je t'aime mon cœur. Je t'aime. Au-delà de tout !
Avec l'assurance insolente de la jeunesse, Laure déclara :
— L'Histoire dira de nous que nous nous sommes aimées et qu'à côté de nous, Tristan et Yseult ou Roméo et Juliette pouvaient pas se blairer !
Emma fit une moue dubitative.
— Excellents choix d'exemples pour illustrer ton propos, ma chérie. Tu m'excuseras, mais tant qu'à faire, j'aimerais autant qu'on finisse pas comme eux. Je sais pas si t'es au courant, mais ça s'est pas super bien terminé, dans les deux cas.
Elles se regardèrent en coin une seconde, puis explosèrent de rire, réduisant en miettes l'atmosphère solennelle que leurs paroles emplies d'émotion prononcées préalablement avaient instaurée.
Elles s'embrassèrent longuement, puis Emma lui tourna le dos, se blottit contre elle, s'assurant qu'elle était bien enlacée par ses bras, et se laissa porter par le sommeil.
EPILOGUE
Laure est dans une poussette. Elle rit à gorge déployée. C'est Emma qui la pousse à toute vitesse, le long des rives du canal. Lorsqu'elle regarde sur sa gauche, elle voit des cygnes qui les accompagnent. Il n'y a personne d'autre. Elle sait qu'elle est heureuse. Elle n'a aucune idée d'où elle est emmenée, mais elle sait qu'elle sera encore plus heureuse, une fois arrivée à destination, parce qu'elle sera avec Emma. La poussette roule à toute vitesse. Le ciel est d'un bleu éclatant. Elle découvre que plus elle avance, plus le ciel s'assombrit. Au bout de quelques instants, elle ne se trouve plus sur la rive. Elle est dans la rue, devant chez elle, et il fait maintenant nuit noire. Le sentiment de bonheur s'estompe pour ne plus laisser qu'un sentiment pesant d'inquiétude. Plus cette sensation oppressante se fait sentir, plus les ombres s'épaississent pour former une masse de plus en plus compacte.







L'inquiétude laisse place à la peur lorsque la masse sombre prend la forme d'une grande fille aux cheveux blonds qui s'approche vers elles à une vitesse sans cesse croissante. Elle veut s'enfuir, mais son corps ne répond pas. Les grands bras puissants s'étirent dans leur direction. Il ne faut pas qu'elle s'en prenne à Emma. Pas Emma ! Pas Emma ! Pitié ! Pas Emma! Mais les mains agrippent Laure, la saisissent et la soulèvent de terre. Elle veut hurler. Dire à Emma qu'elle l'aime, mais aucun son ne sort de sa bouche. Elle va mourir. Elle le sait. Fracassée au sol, explosant en un million de fragments de porcelaine. Mais elle s'en fiche de ça. Tout ce qu'elle veut, c'est dire à Emma qu'elle l'aime. Alors, contre toute attente, son grand amour s'approche, et saisit le bras de la silhouette maléfique. D'un geste vif, elle arrache Laure à l'étreinte malveillante et la pose délicatement au sol, à côté d'elle.































Puis, avançant d'un pas, elle lance ses poings en avant et frappe le monstre blond, encore et encore et encore et encore...















A chaque coup de poing, la forme recule, recule, recule, et recule encore, avant de basculer en arrière. Soudain, sortis de nulle part, une dizaine de majestueux cygnes blancs se ruent dessus, et se mettent à l'attaquer à coups de bec. Enfin, prenant leur envol, ils la saisissent et l'emportent au loin, vers l'Inconnu et l'Oubli.
Laure ouvrit les yeux dans un sursaut incontrôlé qui éveilla aussi Emma.
— Kiskiya ? Demanda cette dernière d'une voix ensommeillée.
— Rien, puce. Juste un rêve.
— Un mauvais ?
Elle réfléchit. Est-ce que ça avait vraiment été un cauchemar ?
— Non. Tu étais dedans, alors ça va. Mais rendors-toi vite, amour. C'est sans importance.
Emma se repositionna. Laure se serra plus fort contre elle. Elle déposa quelques petits bisous tout doux sur son épaule et dans son cou. Elle aimait. Elle était aimée. Elle se sentait bien. Le corps chaud de son amante entre ses bras, sa respiration régulière, les battements de son cœur, son odeur dont elle aimait s'enivrer, le goût de sa peau. Elle était passée d'une petite fille malheureuse à une jeune femme qui était plus heureuse qu'elle l'avait jamais souhaité.
Les détails de son rêve lui revinrent en mémoire. Cette fois, il y avait eu une variante tout à fait nouvelle. Anne-Gaëlle avait perdu. Et c'était Emma qui l'avait battue. Étrange. Tiens... Elle avait pensé « Anne-Gaëlle » ! Elle avait osé prononcer son nom. Même si ce n'était qu'en pensée, elle avait osé. Ce n'était jamais arrivé. Pas une seule fois depuis le fameux incident. Elle réalisa alors que ce nom ne signifiait plus rien pour elle. Il ne lui faisait plus peur, ne la faisait pas pleurer, ni se recroqueviller de terreur. Ce n'était rien de plus qu'un nom. Un vague souvenir évanescent d'une personne qu'une petite fille perturbée avait connu jadis, mais qui ne lui évoquait plus grand chose. Elle célébrait là une grande victoire. Sa victoire sur Anne-Gaëlle. Sa victoire sur ses blessures infantiles. Elle les avait vaincues. Non. Ce n'était pas exact. Ce n'était pas elle qui avait vaincu. C'était Emma. C'était Emma qui lui avait donné la force. C'était Emma qui lui avait donné l'amour et la confiance nécessaire pour accomplir ce prodige. Quand il lui arrivait quelque chose de bien, c'était Emma. Toujours Emma.
Un soupçon la traversa. Elle savait qu'Emma était intelligente. Très intelligente. Elle avait même prouvé qu'elle était capable de concevoir des stratagèmes élaborés. Et si... Et si cette « rencontre » avec Anne-Gaëlle, dans l'après-midi n'avait pas été un hasard total ? Après tout, c'était Emma qui avait demandé à ce qu'elles aillent se promener. Elle aurait tout à fait pu traquer son ennemie sur internet, apprendre qu'elle serait sur place à ce moment là et s'arranger pour mettre Laure face à sa peur afin de la surmonter. Elle n'avait aucune certitude, seulement une intuition. Mais quoiqu'il en soit, si elle se sentait enfin en paix en cet instant, c'était uniquement grâce au petit chaton pelotonné entre ses bras.
Elle lui murmura au creux de l'oreille :
— Mon cœur est infiniment trop petit pour contenir tout mon amour pour toi.
Entre ses bras, Emma bougea légèrement. Elle marmonna d'une voix à l'élocution encombrée par le sommeil et étouffée par son oreiller, une phrase rendue quasiment inintelligible, mais Laure la comprit néanmoins :
— T'aime 'cor plus. T'es ma Lumière … Pour toujours...
Et sur ces mots, elle attrapa la main de Laure, lui effleura les doigts de ses lèvres et la serra fort contre son cœur. Elle resta ainsi en se rendormant.
Laure demeura encore un instant à la contempler, le cœur débordant de tendresse, et, alors que le sommeil la prenait à son tour, une dernière pensée lui traversa l'esprit.
D'elles deux, c'était bien Emma la plus forte. A tous les niveaux. Oui, indubitablement, elle était plus que son grand amour :
Emma Van Loew l'avait sauvée, car elle était sa super-héroïne personnelle.
Fin.
« Carry on, carry on and make our dreams come true
And for a little while we stay together.
Carry on, carry on, may all our loving stay
And for a little while we stay together forever,
Together.
Forever.
Together.
Forever.
Together.
Forever. »
(Gamma Ray : The Silence)




























































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 12 · Scène post-générique
9 minutes
1.8k
54
18
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 15 commentaires
Photo de profil de Semyaza
Semyaza
27 mars 2026 à 09:57
Oh, eh bien, merci beaucoup ! Ca fait plaisir à entendre :)
Mon but est atteint, alors :)
Soyez respectueux
Répondre
marred.593562
27 mars 2026 à 09:50
Bonjour Semyaza
j'avais lu cette histoire il y a u ou deux ans, je l'avais appréciée
Je viens de la relire, j'ai adoré.
Je me suis ressenti fleur bleue comme aux premiers émois de l'adolescence.
j'ai eu les yeux humides plus d'une fois.
Magnifique récit retransmettant toutes les émotions et contradictions des amoureux en herbe.
Bravo!
PS: comme cela a été dit dans un commentaire plus haut: je dois faire partie des coeurs d'artichaut
Soyez respectueux
Répondre
marred.593562
27 mars 2026 à 09:48
Bonjour Semyaza
j'avais lu cette histoire il y a u ou deux ans, je l'avais appréciée
Je viens de la relire, j'ai adoré.
Je me suis ressenti fleur bleue comme aux premiers émois de l'adolescence.
j'ai eu les yeux humides plus d'une fois.
Magnifique récit retransmettant toutes les émotions et contradictions des amoureux en herbe.
Bravo
Soyez respectueux
Répondre
RG38000
22 janvier 2026 à 23:49
Je viens de lire cette histoire et je me suis régalé. Bravooooo
Soyez respectueux
Répondre
désireux 33
6 octobre 2025 à 18:35
J'ai beaucoup aimé. Merci.
Soyez respectueux
Répondre
trebuh
2 octobre 2025 à 09:45
bonjour je suis niala de l'ile de la reunion ;merci pour ces moments de douceur et d' amour sans vulgarite . j esperes lire d autres histoires bientot .
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
1 octobre 2025 à 16:48
Bon… Faut pas se leurrer, ceux qui ont suivi cette superbe histoire et l’ont commenté à chaque épisode ou presque, sont des cœurs d’artichaut, ou au minimum de grands romantiques. Je savais, depuis un moment déjà que la « scène » resterait non pas soft, mais centrée sur l’essentiel. Et se fut un régal à lire de bout en bout.
Alors encore une fois, merci, pour l’histoire, la musique, le plaisir de lire et l’essence de ce qu’est cette histoire.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Iznogood
Iznogood
1 octobre 2025 à 16:04
Alors le truc dingue : j’ai reçu la notification quand j’étais au supermarché et je suis resté sur le parking du SUPER U pour pouvoir lire ^^
Ça c’est quand même pas le truc le plus commun du monde.
Et je suis passé du rire aux yeux embués.

Les situations, les dialogues, l’humour, le recul et puis l’émotion et puis… arriver à décrire une scène d’amour sans un mot sexuel tout en étant totalement dans l’amour, ça c’est un réel bonheur.

Ça ne veut pas dire que je n’aime pas les choses un peu salées (ou poivrées plutôt), mais cette histoire est marquée du sceau de l’émotion, de l’amour, de la tendresse, de la tolérance, de la compréhension, de la découverte et… je vais redémarrer la voiture et rentrer à la maison avant de dire trop de conneries.

Mais je reviendrai avec d’autres commentaires !

Non mais ! ^^
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
1 octobre 2025 à 14:44
Une fin à l'image de toute cette histoire : tendre et positive. Tu nous offres ici un bien beau happy end comme j'aime en lire !

Merci pour tous ces beaux moments de lecture et... peut-être à bientôt (je n'ai pas bien compris ce chapitre final qui est suivi d'une annonce pour un chapitre supplémentaire).
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ Semyaza Inseme XSTORY
Inseme
Chapitre 7
Par Semyaza
73
12
2.1k
Lesbiennes
✦ Semyaza Inseme XSTORY
Inseme
Chapitre 5
Par Semyaza
78
6
2.2k
Lesbiennes
✦ Lolo069 La carriériste déchue XSTORY
La carriériste déchue
Chapitre 3
Par Lolo069
164
19
8.6k
Lesbiennes
✦ Semyaza Inseme XSTORY
Inseme
Chapitre 4
Par Semyaza
66
2
2.7k
Lesbiennes
✦ Semyaza Inseme XSTORY
Inseme
Chapitre 9
Par Semyaza
81
13
2k
Lesbiennes
✦ dominic47 Confinement bis XSTORY
Confinement bis
Chapitre 3
Par
142
6
13.9k
Lesbiennes
✦ HamsterJoe Histoire d'amour imaginaire dans une ville perdue. XSTORY
Histoire d'amour imaginaire dans une ville perdue.
Chapitre 1
Par HamsterJoe
3
0
4k
Hétéro
✦ Lolo069 La carriériste déchue XSTORY
La carriériste déchue
Chapitre 2
Par Lolo069
185
2
9k
Lesbiennes

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio