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Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Coeur fragmenté — Chapitre 1 · Rencontre

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Semyaza
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La vivacité du personnage principal emporte tout : ses répliques tombent au bon moment, et ses élans impulsifs laissent place, l'instant d'après, à une vraie maladresse touchante. La façon dont elle regarde le monde — avec une pointe d'humour tendre qu'on ne voit pas venir — colore chaque scène sans jamais forcer le trait. Et le clin d'œil aux super-héroïnes donne au chapitre une chaleur inattendue pour ce qui pourrait n'être qu'une simple rencontre.

Coeur fragmenté

Chapitre 1 · Rencontre

CŒUR FRAGMENTÉ
[Notre préliminaire : cette histoire ne contient quasiment aucune scène de sexe. Autant prévenir tout de suite, pour que les lecteurs éventuels exclusivement à la recherche de contenu explicite puissent passer leur chemin sans avoir le sentiment de s'être fait flouer.
Pour les autres, ma foi, vous voilà prévenus... Libre à vous de tenter ou non cette histoire d'amour à développement long, si le cœur vous en dit.]
« Take away the pain inside my soul
And I'm afraid, so all alone
Take away the pain, that's burning in my soul
— Cause I'm afraid that I'll be all alone.
So just hold me, hold me, hold me
Hold on to my heart, to my heart, to me. »
(W. A. S. P. : « Hold On To My Heart »)
PROLOGUE
Est-ce que c'était sa super-héroïne personnelle ?
Depuis le sol où elle s'était étalée lamentablement, la petite rouquine la vit en contre-plongée: droite, le menton levé et le regard décidé. Les poings serrés et la posture de trois quarts profil, une jolie brune se tenait devant elle. Elle avait l'impression de voir Black Widow ou un personnage dans le genre, surgir à sa rescousse, alors que l'idiote en noir qui s'en était pris à elle quelques instants auparavant était elle aussi vautrée au sol un peu plus loin, encore sous le choc du monumental coup de pied au cul qu'elle venait de se manger. L'ersatz de Black Widow qui lui faisait face hurla alors en direction de la fille vêtue de noir :
— Et je t'invite vivement à bien réfléchir en admettant que t'en sois capable, avant d'emmerder les gens, si tu veux pas que j'expédie ton gros cul de connasse dans l'hémisphère sud à coups de pompes !
Un grand type à la dégaine de sportif, la tignasse en bataille, l'aida à se relever avant de prendre la fuite sans demander son reste, dans un déluge de jurons maugréés à volume à peine audible. Puis la sauveuse, semblant oublier complètement l'incident, s'agenouilla devant la petite jeune fille aux cheveux de feu, qui ne sut si elle devait lui en être reconnaissante ou un peu inquiète. Elle ne comprenait plus rien à rien. Elle avait beau être plutôt vive intellectuellement, elle savait bien que dès que le stress s'en mêlait, elle sombrait dans la panique, incapable de réagir. Et côté stress, elle avait été servie.
Premier jour à la fac dans un environnement nouveau, population estudiantin­e qui grouillait de partout, tranchant avec son caractère naturellement peu enclin à la sociabilité, ce prof qui l'avait mis mal à l'aise sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi, une parfaite inconnue qui se jetait sur elle pour l'attaquer sans aucune raison apparente pour la faire tomber devant tout le monde, et enfin, cette autre inconnue qui jaillissait comme un diable de sa boîte pour botter le train de la précédente. Qu'allait-elle faire maintenant, cette diablesse ? S'en prendre à elle également ? Depuis le sol où elle gisait pitoyablement, elle se sentait tellement perdue qu'elle se demanda si elle n'allait pas s'évanouir. Mais l'infinie douceur avec laquelle la fille lui demanda : « ça va ? » la rassura immédiatement.
Cette première journée était déjà un véritable chaos et il était à peine 10h.
I - RENCONTRE
La grisaille de ce 15 septembre n'exacerbait guère l'enthousiasme à la perspective d'effectuer sa toute première rentrée universitaire. A dix-neuf ans, Laure s'apprêtait à intégrer pour la première fois les bancs de la fac de Lettres, afin de poursuivre une licence d'anglais, et cette surabondance de garçons et de filles qui s'éparpillaient dans toutes les directions, et principalement dans la direction où elle-même allait, n'avait rien pour la rassurer. En règle générale, elle préférait se tenir à distance des gens autant que possible. Mais là, dans le brouhaha infernal de ces milliers d'étudiants, cela risquait de ne pas s'avérer aussi aisé, et la perspective de se rendre à son tout premier cours – un cours de littérature anglaise – lui paraissait nécessiter un effort à peine surmontable. Cerise pourrie sur le gâteau moisi, elle venait de voir entrer Lucia dans la salle de cours. Lucia...
Sa très chère ennemie depuis sa dernière année au collège, puis ensuite au lycée. Toutes deux considéraient que si elles parvenaient ne serait-ce qu'à se croiser sans s'agonir d'injures, on pouvait en toute bonne foi estimer que la journée n'avait pas été si mauvaise. En vérité, aucune des deux ne savait plus vraiment pourquoi elles se détestaient tant. C'était tellement ancré en elles que c'était devenu plus une habitude qu'autre chose. Toutefois, la simple vue de cette conne sapée tout en noir – C'était nouveau, ça...
Elle se prenait pour une gothique, ce mois-ci, ou quoi ? Ou alors, c'était une manœuvre pour en draguer un ? Bah, peu importait – fit redescendre d'un cran son moral qui n'était déjà pas au beau fixe.
Tentant sans grand espoir de trouver un peu de réconfort dans tout ce chahut, elle examina la salle de cours. Son regard tomba sur un petit bout de fille toute menue, qui paraissait frêle comme une feuille d'arbre en automne et fine comme une allumette. Mais une allumette qu'on venait de gratter, alors, car sa chevelure était une flamme rouge flamboyante, attachée en arrière dans un chaos de boucles frisées dont seule une mèche rebelle s'échappait et qu'elle tortillait nerveusement de sa petite main gracile et si pâle.
Laure ressentit immédiatement une certaine admiration pour celle qu'elle venait intérieurement de surnommer « Salamèche » tout à la fois à cause de sa petite constitution, du feu de sa crinière, et de sa mèche rebelle : c'était la seule personne dans cette pièce qui avait l'air encore plus mal à l'aise qu'elle, et ça, c'était un exploit. Elle la suivit un instant du regard et vit qu'elle s'était trouvé une place à l'exact opposé de là où Lucia avait décidé de se poser. Parfait ! D'un pas décidé, Laure traversa la salle et se plantant devant la chaise vide juste à côté de la petite rouquine avec une assurance de pure apparence, lança en arborant son plus beau sourire :
— Salut !
— Bonjour, répondit-elle timidement.
— Je peux ? demanda-t-elle en pointant la chaise du doigt.
— Oh... Oui, bien sûr », s'entendit-elle répondre, alors que « Salamèche » rassemblait ses affaires éparpillées pour lui faire un peu plus de place sur la table. Ce faisant, elle tourna la tête vers Laure qui put enfin la voir de face.
Qu'est-ce qu'elle était jolie, dis donc ! Elle avait un visage aux traits délicats. Au-dessus de son petit menton légèrement pointu, ses lèvres fines s'étiraient en un sourire timide. Plus haut, sa fossette sous son petit nez légèrement retroussé lui donnait des faux airs de petite fille espiègle. Mais ce qui coupa presque le souffle à Laure, ce fut ses pommettes légèrement saillantes qui semblaient n'avoir été créées que pour piéger le regard et le forcer à remonter un cran encore au-dessus, vers les plus beaux yeux qu'elle n'avait jamais vus. Deux immenses gemmes bleu pâle, presque grises – à moins que ce ne fut le contraire. Ça devait dépendre de l'éclairage ambiant, se dit-elle – qui lui firent penser un instant au design un peu cliché des personnages de mangas, avec leurs immenses yeux qui ont l'air de leur bouffer les trois quarts du visage. Pourtant, de ceux de « Salamèche » semblait irradier une certaine... tristesse... Ou résignation... Elle n'aurait su dire.
Elle eut juste le temps de la remercier d'avoir déplacé ses affaires que le prof entra.
L'homme, dans la soixantaine, grisonnant avec un faciès qui exprimait autant de joie de vivre qu'un croque-mort en phase terminale, s'installa derrière son bureau et se présenta. Après un long laïus sur l'importance d'avoir une connaissance des écrits littéraires de toutes les cultures pour comprendre le monde, son passé, son présent, son avenir et blablabla et blablabla, Monsieur Laprade, c'était son nom, se décida enfin à faire l'appel.
Pour quelqu'un comme Laure, qui avait toujours du mal à nouer spontanément les premiers contacts, l'appel était toujours un moment qu'elle affectionnait : cela lui permettait de connaître le nom des gens autour d'elle sans avoir à le leur demander.
Pas de chance, toutefois : Laprade fit son appel uniquement en se référant aux noms de famille. Elle n'apprendrait donc pas le prénom de sa voisine par ce biais. Dommage. Bah... Au moins, elle connaîtrait son patronyme, c'était toujours une information utile de glanée.
Monsieur Laprade enchaîna les noms, à un rythme régulier.
— Damasi ?
Laure ne put retenir une grimace de mépris. Elle connaissait bien ce nom : c'était celui de l'horrible Lucia.
La liste de noms continua de défiler jusqu'à :
— Lamarne ?
Ce fut Laure elle-même qui leva la main, cette fois, souriant intérieurement en pensant que si Lucia Damasi tirait la même tronche à l'annonce du nom de Laure que Laure à celui de Lucia, ça aurait sans doute valu le coup de jeter un œil dans sa direction.
Puis elle attendit, attendit, attendit, commençant à se demander si sa voisine était vraiment inscrite sur les listes, à force de ne la voir lever la main à aucun moment.
Lorsqu'enfin :
— Van Loew ?
Et elle leva enfin sa mimine toute menue.
Van Loew, donc...Ça sonnait un peu exotique. Enfin, exotique... Pas exotique du bout du monde, mais pas vraiment du coin, non plus. Belge, peut-être ? Ou hollandais ? C'était sans grande importance, en fait. Salamèche Van Loew, la fille qui était jolie comme une poup... Elle interrompit brutalement le fil de sa pensée. Certaines choses devaient rester dans les bas-fonds de son esprit et ne plus jamais remonter à la surface. Elle s'ébroua intérieurement et reporta sa concentration sur le cours qui avait commencé.
Laprade abordait les différents types de courants littéraires.
—... Ainsi donc, si je vous dis par exemple, « réalisme social britannique », vous me répondez... ?
Il balaya la salle du regard, s'arrêta sur « Salamèche », la pointa du doigt :
— Miss... Van Loew ?
Visiblement morte de trouille à l'idée d'avoir attiré l'attention, « Salamèche » doubla la vitesse à laquelle elle triturait sa mèche rebelle et bafouilla :
— Euh... Je... Euh... Cr... Stephen Crane ?
Laprade applaudit lentement et déclara avec emphase :
— Félicitations Miss Van Loew ! Pile dedans ! Vous vous êtes juste plantée d'une demi-planète, mais à part ça, vous aviez presque bon ! Le niveau des étudiants a à ce point baissé qu'ils ne soient plus capables de faire la distinction entre la Grande-Bretagne et les États-Unis ?
Quelques rares rires fusèrent. – Du côté de Lucia Damasi, sans aucun doute – Laure, qui jouait machinalement avec un stylo bille, fut tellement outrée de la méchanceté gratuite de la remarque du prof qu'elle le cassa net dans son poing à force de serrer.
Salamèche Van Loew, elle, se ratatina sur sa chaise, tentant de se rendre encore plus discrète qu'elle ne l'était déjà, si tant est que c'eut été possible. Laure lui jeta un bref regard et fut certaine de voir perler une larme au coin de son œil, ce qui fit grimper sa colère d'un cran.
Laprade se détourna de sa victime et posa son regard sur sa voisine.
— Miss... Laverne ?
— Lamarne ! corrigea Laure en grommelant, ses yeux rivés sur lui d'un air furieux.
— Miss Lamarne. Vous avez mieux à proposer ?
— Ouais...
— Je vous écoute, dit-il un peu surpris par ce « ouais » familier jeté avec un mépris évident.
— Bin... c't'à dire... j'ai bien une réponse à proposer, mais j'ai quand même vachement peur de me planter... Parce que... J'ai pas la science infuse et visiblement, ici, le niveau des profs a tellement baissé qu'ils en sont à humilier les étudiantes qui n'ont pas encore acquis toutes les connaissances que VOUS êtes censé leur apporter ou bien qui auraient pu éventuellement mal comprendre la question ou encore paniquer à cause du stress d'un nouvel environnement avec lequel elles n'ont pas eu le temps de se familiariser...
Laprade tout autant que « Salamèche » en restèrent bouche bée. Quelques murmures s'élevèrent dans l'assistance. Elle entendit clairement Lucia lancer :
— Mais quelle conne ! Elle peut jamais fermer sa gueule, celle-là ?
L'enseignant resta un instant à se tapoter les lèvres avec son index, visiblement plongé dans une intense réflexion. Puis il reporta son attention sur Laure.
— Vous savez quoi, Miss Lamarne ?
Il y eut un silence de mort. Toute la salle était en attente du verdict qui allait s'abattre sur la rebelle.
Il ajusta ses lunettes sur son nez et poursuivit :
— Je crois qu'en fait, vous avez raison... votre intervention aurait sans doute mérité un peu plus de... hum... retenue... mais n'était pas totalement injustifiée. Ainsi donc, - il se tourna vers « Salamèche » – miss Van Loew, je vous prie d'accepter mes excuses, je n'aurais effectivement pas dû vous asticoter ainsi dès le premier contact. Ce n'est pas vraiment idéal pour rompre la glace.
L'intéressée, qui était encore pétrifiée n'arriva pas à articuler le moindre mot, elle se contenta d'un petit sourire crispé et leva sa main tremblotante en un signe qui disait « c'est bon, c'est oublié ».
— Bien ! Miss Lamarne ? Si on repartait sur de meilleures bases ? Qu'en dites-vous ?
— J’en dis que ça roule, « Uncle Ernest » !
À ces mots, le prof inclina la tête et tordit sa bouche en une moue admirative. Par ce que les autres prirent pour un surnom familier donné par une étudiante insolente, Laprade comprit immédiatement ce qui se cachait derrière : elle venait de répondre de manière indirecte à la question que le prof avait posée plus tôt et que tout le monde avait oubliée suite à la confrontation. « Uncle Ernest » était le titre d'une nouvelle d'Alan Silitoe, un auteur britannique qui appartenait au mouvement du réalisme social.
— Eh bien ! Il semblerait que notre «Angry Young Woman» soit pleine de surprises ! Belle entrée en matière pour un premier cours ! conclut-il avec le maximum qu'il pouvait accomplir en termes de sourire, mais qui en réalité ne ressemblait pas à grand-chose.
La remarque n'échappa pas à Laure qui lui répondit par un clin d'œil. «Angry Young Men» étant un terme utilisé pour désigner des auteurs contestataires comme Sillitoe et consorts.
Le cours se poursuivit sans interruption et se termina dans le calme. Alors que les étudiants commençaient à sortir, monsieur Laprade retint Laure.
— Miss Lamarne. J'apprécie votre côté direct. Et j'admets volontiers que les enseignants aussi ont besoin de se remettre en question de temps à autre. Mais de grâce, modérez vos élans. La spontanéité n'est pas un mal, mais l'impulsivité irréfléchie... Ça pourrait vous nuire un jour ou l'autre. En plus, bon... C'est difficile de juger sur un seul cours, mais vous m'avez tout l'air d'avoir des connaissances. Utilisez-les à bon escient et ça ne pourra que vous profiter.
L'attitude de Laure avait changé du tout au tout. Elle fixait le sol, l'air gêné. Elle avait maintenant l'air d'une petite fille surprise en train de faire une bêtise et ne savait plus vraiment où se mettre.
— Je suis désolée, m'sieur Laprade... Y a certaines choses, parfois... C'est juste... Je peux pas... C'est... Je peux pas...
Il la fixa du regard un instant, sans rien dire et acquiesça lentement de la tête. Il en déduisit qu'elle avait sûrement été victime de quelque injustice par le passé et avait dû mal à la tolérer quand elle y était confrontée. Il étira les lèvres de cette étrange manière qui faisait que lui seul au monde pouvait penser qu'il s'agissait d'un sourire et la congédia.
— Allez, filez ! Et faites attention à vous !
Laure le salua poliment, prit son sac, et sortit de la salle de cours.
C'est quand elle arriva à l'extérieur qu'éclata le deuxième événement de cette journée : à l'instant où la petite Van Loew descendait les quelques marches qui séparaient le bâtiment comportant les salles de travail de la grande cour où allaient et venaient les étudiants, une fille avec une veste noire et un pantalon de la même couleur marcha d'un pas alerte vers elle et, arrivant à sa hauteur, la toisa d'un air hautain avant de lui couper la route.
— Tiens, tiens, tiens ! C'est pas gentil de faire baisser le niveau de la promo à toi toute seule ! C'est quoi ton nom, déjà ? « Vente d'œuf ? » railla-t-elle.
Le grand couillon à la tignasse en bataille qui l'accompagnait pouffa comme si c'était la remarque la plus drôle qu'il avait jamais entendue. «Vente d'œuf» resta pétrifiée. Elle ne comprenait absolument pas pourquoi cette parfaite inconnue s'en prenait à elle ni comment elle était censée réagir ni même SI elle était censée réagir. De toute façon, elle en aurait été totalement incapable. Pour autant, cela ne découragea pas son agresseuse qui, ne la voyant pas répliquer, s'engouffra dans la faille et poursuivit :
— Allo ? Y a quelqu'un, là-dedans ? Tu parles pas ? Tu penses pas ? P'têt' que t'entends pas, non plus ? Tu sais faire des trucs, sinon ? Attends, laisse-moi deviner... T'as oublié ton cerveau à la maison, c'est ça ? Ah non, je sais ! Il est sûrement dans ce petit sac que tu trimballes, là ! Fais voir...
Et tout en parlant, elle attrapa la bride du sac de sa victime pour tenter de voir ce qui s'y cachait.
— Laisse-moi ! parvint à couiner la pauvrette, tout en tirant son sac vers elle de toutes ses maigres forces.
A ce moment, l'idiote en noir lâcha prise. Le sac revint brutalement entre les mains de sa propriétaire qui, déséquilibrée par le mouvement, vacilla, tenta de faire un pas en arrière pour se reprendre, mais buta contre une des marches et s'affala au sol, s'égratignant copieusement le tibia au passage. A voir la tête de miss tout en noir et son camarade, c'était le plus beau spectacle de l'année. Mais leur jubilation extatique fut de courte durée, car au même moment, la tornade Lamarne s'abattit sur le monde. Elle surgit de nulle part, écumant de rage, se ruant sur l'adversaire, qui, trop occupée à savourer sa domination, ne se douta pas un instant que le Châtiment allait jaillir par-derrière. Laure lança son pied en avant droit dans l'arrière-train de sa vieille ennemie, qui parut s'envoler brièvement avant de s'étaler de tout son long de manière assez peu gracieuse. Afin que le tableau soit complet, Laure s'entendit lui balancer quelques insultes bien senties.
Elle était tellement emportée dans sa rage, que l'instant d'après, elle ne se souvenait déjà plus de ce qu'elle avait hurlé. Quelque chose à propos de l'expédier dans l'hémisphère sud à coups de pompe dans le cul, ou quelque chose dans le genre, croyait-elle. Ça n'avait déjà plus d'importance, de toute façon. La seule chose qui en avait, c'était la pauvre petite Van Loew qui n'avait rien demandé à personne et qui se retrouvait affalée par terre sans raison. Elle s'approcha, s'agenouilla devant elle et lui demanda avec douceur :
— Ça va ?
— Euh... Oui, oui... C'est rien... T'en fais pas...
Laure était sur le point de se relever, lorsqu'elle vit le tibia égratigné de la jeune fille.
— Mais... Tu saignes !
— C'est rien. C'est juste une éraflure...
— Tu parles si c'est rien ! grogna Laure.
Elle ramassa le sac de Van Loew, et la prit délicatement par le bras pour l'aider à se relever. Puis elle l'épousseta un peu du revers de la main et tira sur ses habits pour tenter sans véritable succès de les défroisser. Elle l'entraîna avec douceur, mais d'un pas résolu au loin.
— Viens, il faut nettoyer ça. Tu voudrais pas que ça s'infecte !
Un peu gênée, son interlocutrice, qui commençait à retrouver ses esprits se lança dans la plus longue phrase qu'elle eut prononcée depuis le début de la journée :
— Écoute... Je te remercie pour ton aide. Sincèrement. Mais t'embête pas. C'est trois fois rien. J'en ai vu d'autres, tu sais. Je devrais pouvoir survivre.
— J'en doute pas. Mais tu as encore plus de chances de survie si on te soigne. Ce serait dommage de pas en profiter, non ? Et puis de toute façon, je ne te laisse pas le choix. Si tu veux te défiler, faudra que tu te battes contre moi. Ça te tente ?
Elle lui adressa un grand sourire pour être tout à fait certaine qu'elle comprenait bien que c'était de l'humour.
— Non. Trop facile. Je suis sûre que je te mets au tapis en moins de deux, répondit-elle en luttant sans grand succès pour garder son sérieux.
Elles entrèrent dans les toilettes des filles. Laure la fit asseoir sur une cuvette après en avoir rabattu le couvercle. Elle fouilla dans son sac et en sortit une petite bouteille d'eau vide qu'elle alla remplir d'eau tiède, attrapa un morceau de savon au bord du lavabo et revint vers sa patiente. Avec toute la délicatesse possible, elle fit couler l'eau sur le tibia blessé, nettoya avec le savon, rinça.
Pendant tout ce temps, et pour la première fois, « Salamèche » prit le temps d'observer en détail cette étrange super-héroïne qui avait surgi à sa rescousse. C'était l'incarnation de la beauté naturelle, sans artifice. L'harmonie des courbes. Tout son contraire, estima-t-elle, elle qui se trouvait tout en os et en angles. Cette Lamarne, c'était l'ovale parfait du visage, les lèvres pulpeuses, mais sans excès, – Elle détestait ce qu'elle appelait les «lèvres en saucisses cocktail» – de longs cheveux bruns soyeux, légèrement ondulés et des yeux en amande d'un vert émeraude hypnotisant, presque... abyssal. Elle n'osait même pas la regarder en face, de peur de se retrouver envoûtée comme Mowgli devant le python Kaa, dans «Le Livre de la Jungle».
Le reste de sa personne était du même niveau de perfection, selon elle : ses hanches finement dessinées et sa poitrine bien marquée sans être trop volumineuse lui firent se dire que quand même, elle n'aurait pas détesté ressembler un peu plus à ça plutôt qu'à elle-même. Maintenant, le mystère qui demeurait était le suivant : comment une fille d'apparence si douce pouvait avoir un caractère aussi explosif ? Le contraste était plus que saisissant.
Elle fut interrompue dans ses pensées par la voix de sa super-héroïne du jour qui venait de tempêter :
— Non, mais quelle conne, cette Lucia ! Il faut toujours qu'elle abîme tout ce qui est beau !
— Tout ce qui est beau?
C'était d'elle qu'elle parlait, là ? Elle s'empourpra légèrement en recevant le compliment.
— Tu la connais ? demanda-t-elle.
— Hélas, oui ! Elle et moi, c'est une longue histoire d'inimitié qui remonte à des années. C'est tout moi, ça ! Je me réjouis de quitter le lycée pour plus voir sa sale trogne et qui c'est, la première personne que je croise en arrivant à la fac ?
Laure fouilla dans son sac, sortit un pansement d'une petite trousse et l'appliqua sur la partie la plus égratignée de sa patiente qui, pour sa part, bien que reconnaissante des soins apportés, était persuadée que ce dernier geste était plus symbolique et révélateur d'une véritable bienveillance que franchement utile.
— Et voilà ! C'est terminé. Je t'ai pas trop fait mal, j'espère ? En tout cas, je suis vraiment désolée pour tout ça. J'espère que tu m'en veux pas trop.
— Tu parles de quoi là ? Du moment où tu m'as défendue face à un prof un peu trop inspiré ? Ou bien du moment où tu m'as sauvée des griffes d'une furie qui m'attaquait pour rien ? Ou bien peut-être du moment où t'as décidé de jouer les infirmières ? Oh... Bah, je sais pas, – Elle prit un ton faussement narquois – avec quelques années de travail acharné sur moi-même, je pense que je pourrais peut-être être capable de te pardonner d'être devenue ma super-héroïne personnelle en moins d'une heure.
Laure lui sourit.
— Alors, ça va. Tu sais, je me sens quand même un peu responsable. Je pense que si elle s'en est prise à toi, c'est pour m'emmerder moi. Comme je suis intervenue en ta faveur auprès de Laprade, pour elle, ça fait automatiquement de toi mon amie. Et les amis des ennemis, etc. Tu connais la chanson...
— Non. C'est sa faute à elle, et seulement à elle. Toi, en revanche, ton seul tort, c'est de foncer tête baissée comme une tornade. Tu devrais y aller mollo, tu sais. Faudrait pas que ça te retombe dessus un jour ou l'autre.
— Laprade m'a dit à peu près la même chose, tout à l'heure. Bon. Ça va ? T'es d'attaque pour repartir ?
— Oui, oui. Nickel.
Laure se remit debout.
— Bon... Alors, je vais y aller.
— Okay... Et encore merci pour tout, hein !
Elle fit un geste de la main qui disait «bah, c'est rien !», puis s'éloigna. Au moment où elle allait sortir des toilettes, elle s'arrêta dans l'embrasure de la porte, hésita un instant, se retourna et lança :
— Ah... Au fait ! – Elle s'inclina et balaya l'air de son bras, en une parodie de salut qui lui donna un air comique. – Laure Lamarne, pour vous servir !
En réponse, l'autre inclina légèrement la tête sur le côté, la regarda de ses grands yeux pâles et avec un grand sourire répondit :
— Emma ! Emma Van Loew !
La brunette hocha imperceptiblement la tête, lui sourit en retour. Emma, donc. Ça sonnait mieux que «Salamèche» finalement. Elle tourna les talons et disparut.
Emma resta pensive un instant, puis entendant approcher un groupe de filles sur le point d'entrer dans les toilettes, elle se leva à son tour, et quitta les lieux. Le reste de sa journée se déroula dans la plus grande platitude. Rien d'autre à faire que suivre les cours, écouter les longs monologues des enseignants, prendre des notes et tenter d'assimiler le plus de connaissances possibles. Elle ne recroisa pas Laure. Elles ne devaient pas avoir d'autres cours en commun, ce jour-là. En milieu d'après-midi, sa journée était terminée. Ce début de première journée, quelle histoire ça avait été ! Elle avait l'impression d'avoir vécu plus de choses pendant la première partie de la matinée que durant sa vie entière.
Elle rentra dans son petit studio, se laissa tomber sur son sofa, et laissa libre cours à ses pensées.
Dans quelque temps, ce serait son anniversaire. Comme chaque année, ce serait un jour ordinaire pour elle. Si ses parents avaient seulement la présence d'esprit de le lui souhaiter, elle pourrait déjà estimer que ce serait un grand jour, mais elle en doutait fort. Ses dix-huit ans...
L'âge de la majorité...
Un passage symbolique à l'âge adulte. Tout le monde célébrait l'événement d'une manière plus ou moins marquante. Elle ne le ferait pas. Elle ne l'avait jamais fait. De toute manière, elle n'avait personne avec qui le célébrer, alors à quoi bon ? Elle traîna un moment sur internet, dans l'espoir de trouver un endroit atypique qu'elle pourrait aller visiter ce jour-là. Ce serait sa façon à elle de marquer ce non-événement. Elle était à peine arrivée en ville et le peu de temps qu'elle y avait passé, elle l'avait consacré à son inscription à la fac et à la recherche du studio qu'elle louait. Dans le gouffre numérique d'informations qui défilait sur l'écran, elle entraperçut un article qui annonçait la sortie imminente d'un énième film de super-héros. Par association d'idées, elle se fit un top 5 mental de ses 5 héroïnes préférées.
En cinquième place, elle choisit Wonder Woman. Elle n'avait pas vraiment apprécié les films récents, mais d'une certaine manière, elle avait une forme de respect pour le personnage lui-même et sa longévité. Après tout, c'était la « mère » des super-héroïnes. Elle était là avant toutes les autres, comme Superman l'était pour leurs pendants masculins.
Elle décréta que Black Widow méritait la quatrième place. Principalement parce que...
Eh bien, parce qu'elle avait été interprétée par Scarlett Johansson. Et « Scarjo », elle était trop belle, et elle avait trop la classe. En plus, les cheveux roux de l'héroïne étaient ce qui se rapprochait le plus des siens, alors elle s'identifiait un tout petit peu à elle, même si elle regrettait parfois de ne pas être gaulée pareil. Elle savait qu'elle avait des qualités, comme tout un chacun, mais franchement, quand elle regardait le reflet que lui renvoyait le miroir, elle trouvait que ce n'était pas sur son apparence qu'il y avait des raisons de s'extasier. Elle se trouvait tellement sans intérêt. D'ailleurs, personne ne lui avait jamais dit qu'elle était jolie. Ça prouvait bien qu'elle ne devait pas l'être. Ceci dit, Laure, tout à l'heure, avait sous-entendu quelque chose...
Elle supposa qu'elle avait surinterprété ses propos, mais sur le coup, ça lui avait quand même fait plaisir. Ça y est ! Elle se remettait à gamberger. Un autre de ses défauts.
Elle se recentra. Pour la troisième place de son classement, elle décida de quitter le monde des super, et choisit Alabama Worley, l'héroïne du film « True Romance ». Elle avait adoré ce film. Le couple Clarence/Alabama était tellement attachant. Et le personnage interprété par Patricia Arquette l'avait pas mal marquée : elle apparaissait comme un genre de bimbo un peu écervelée au début, mais quand la situation finissait par tourner au vinaigre, elle se révélait être une sacrée battante avec une force de caractère incroyable.
Pour sa première dauphine, elle n'eut pas à réfléchir : c'était Ellen Ripley de la saga « Alien ». Les films d'horreur, elle n'aimait pas trop, en règle générale. Ça lui faisait peur. Mais Ripley ! Ca c'était une dure à cuire. Elle tenait bon. Elle ne renonçait jamais. Elle faisait face à l'horreur, et la chassait sans jamais se plaindre. C'était ce qu'elle reprochait aux héroïnes plus récentes dans de nombreux films. Tout leur tombait tout cuit dans le bec. Elles étaient dès le début les plus fortes et les meilleures. Elles avaient à peine à lever le petit doigt pour vaincre les obstacles. Ripley, elle gagnait toujours, bien sûr, mais au prix d'une lutte acharnée, et sans jamais pleurer sur son sort. Oui, Ellen Ripley, ça avait toujours été son héroïne préférée... jusqu'à aujourd'hui.
Sans prévenir, une petite bombe à retardement sur pattes venait de rafler la première place du podium. Elle était belle, elle était dangereuse, elle était gentille, aussi. Elle s'appelait Laure Lamarne. Elle n' avait pas affronté des dictateurs extra-terrestres, des dieux de la guerre, des narcotrafiquants surarmés, ou des monstruosités toutes dégueu avec de l'acide en guise de sang, mais elle était venue à son secours à elle, et ça, c'était plus grisant que tout. Elle se plut à penser que peut-être, seulement peut-être, pour une fois dans sa vie, elle pourrait se faire une amie, allez savoir...
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Chapitre 2 · Convergence
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Iznogood
8 novembre 2025 à 20:01
à lire et... à relire, tiens... bonne idée ! ;)

Bonne idée, en effet.... :D C'est pas moi qui vais dire le contraire :D
L'occasion de se remettre dans le bain, en attendant de nouvelles aventures qui pourraient arriver, finalement.... Pas tout de suite, mais ça avance.......

OH ? Alors ça, ce serait vraiment super-chouette !
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Semyaza
8 novembre 2025 à 19:20
à lire et... à relire, tiens... bonne idée ! ;)

Bonne idée, en effet.... :D C'est pas moi qui vais dire le contraire :D
L'occasion de se remettre dans le bain, en attendant de nouvelles aventures qui pourraient arriver, finalement.... Pas tout de suite, mais ça avance.......
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Utilisateur supprimé
8 novembre 2025 à 17:59
Heureux de n' être qu'au début de la série.
Bien écrit!
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Moutcho
17 septembre 2025 à 06:17
J'adore
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Monsieur Plume
11 août 2025 à 19:19
Un très joli premier chapitre qui m'a rapidement mis dans l'ambiance. C'est un très bon point que de prendre le temps d'installer les personnages et j'avoue que ça a été plaisant de découvrir Salamèche Van Loewe et Super-Laure qui sont des plus touchantes dans leurs difficultés à sociabiliser.
J'ai hâte de découvrir si ce qui débute ici sera plus qu'une amitié naissante.
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Utilisateur supprimé
23 mai 2025 à 09:44
Le titre m’a interpellé..
Et puis…
Des références musicales, littéraires et cinématographiques dont « True Romance » , une écriture fluide et agréable… je m’installe, pour sûr.
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Iznogood
15 mai 2025 à 16:38
Merci pour ce retour positif.
Ça fait un moment que je trimballe cette histoire sans trop savoir quoi en faire.. Alors, que le premier comm soit à peu près le meilleur dont je puisse rêver, ça me touche. Si, si.
En plus, venant de quelqu'un pour qui Blackie Lawless n'est pas un parfait inconnu...

Je ne me considère pas vraiment comme un fan, mais THE CRIMSON IDOL... Quelle tuerie! Dommage que leur gloire passée soit passée aux oubliettes... bref, j'arrête là. On n'est pas sur un forum metal...

et quand je commence... d'ailleurs, ça se verra plus tard, je fous compulsivement des refs musicales partout, tout le temps, et sans raison....

Après, je sais pas si c'est le post bac à proprement parler qui inspire, mais disons que c'est la période la plus propice aux premiers émois.. Avant, ça implique des persos un peu jeunes, et après, un peu âgés....

Bref, j'espère que les tribulations de mes deux petites chéries tiendront le coup sur la distance et sauront titiller les cœurs d'artich'....

Plaisir d'offrir, Joie de recevoir 🫠
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unzeste85
15 mai 2025 à 08:37
Houlà ! Danger pour les premières place de la catégorie! Et bravo pour cet excellent début
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Photo de profil de OlivX
OlivX
15 mai 2025 à 08:26
Voilà un premier épisode attachant, on connaît un peu les 2 principales protagonistes ( pour pas dire héroïnes), qui donne envie de découvrir la suite de cette histoire
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Iznogood
15 mai 2025 à 01:40
Oulah ! Alors si on commence avec une citation de Blackie Lawless (🥹 ...) et que l'on poursuit par une mise en situation de rencontre avec des personnages attachants, c'est parti pour une histoire aussi jolie que sentimentale, j'adore ça (☺️ ouais je sais, "cœur d'artichaut spotted" mais bon, j'vais pas m'refaire) ^^

Décidément, la première année post-bac inspire. 👩🏻‍🎓
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