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Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
Couverture de Coeur fragmenté, par Semyaza
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Coeur fragmenté — Chapitre 7 · Seconde complication : prise de conscience

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Semyaza
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Coeur fragmenté

Chapitre 7 · Seconde complication : prise de conscience

INTERLUDE
Laure sort de chez elle. Elle aperçoit un groupe d'amis qui lui font des grand signes en souriant. Elle est heureuse. Elle se dirige vers eux, impatiente de leur montrer le petit paquet qu'elle porte dans ses bras. Une fois qu'elle les a rejoints, elle révèle le contenu de ce qu'elle tient contre elle. Une jolie poupée au visage de porcelaine. Tous s'extasient devant la beauté de l'objet. Elle est très flattée de recevoir autant d'éloges. Soudain, une ombre s'abat sur la rue et grandit, grandit, grandit. La silhouette terrifiante d'une immense fille blonde aux traits durs se dresse face à elle. La monstrueuse figure la fixe avec un regard haineux. Elle tend son bras et se saisit du paquet que Laure serre contre elle. Elle voudrait l'en empêcher, mais elle n'y parvient pas. Ses bras n'ont plus aucune force. Elle voudrait crier, hurler, pleurer, mais aucun son ne sort de sa bouche. Tout ce qu'elle peut faire, c'est voir. Voir la gigantesque créature blonde lever la jolie poupée au-dessus de sa tête et la fracasser au sol. En même temps que le petit visage de porcelaine, le cœur de Laure explose en milliers de fragments.
Laure se réveilla en sursaut, étouffant un petit cri de stupeur. Elle avait refait ce foutu cauchemar. Ça ne l'affectait plus tellement, à force. Elle l'avait vécu tellement de fois qu'elle y était plus ou moins habituée. Néanmoins, cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé, mais elle n'était pas surprise. Les événements de la journée l'avaient marquée, pour sûr. Elle se sentit presque immédiatement rassurée. Les bras d'Emma autour d'elle la firent se sentir mieux, mais le petit spasme qu'elle avait eu en se réveillant avait également sorti son amie du monde des rêves, et elle demanda d'une voix ensommeillée :
— Kizispasse ?
— Rien, ma p'tite puce. Juste un cauchemar, t'inquiète.
— Oh ! Ça va aller ?
— Oui, oui, t'en fais pas. C'est rien du tout, vraiment. Rendors-toi vite.
Elle lui fit un petit bisou sur le dos de la main et le sommeil reprit bien vite ses droits.
Au petit matin, quand elle s'éveilla, la première chose qu'elle vit fut Emma, déjà réveillée, qui la regardait avec bienveillance.
Après un rapide petit-déjeuner, elles se préparèrent, puis firent en sorte que tout soit près pour le retour de Richard et surtout, la soirée de nouvel an qui s'annonçait. Préparation de toasts, cuisine,, décoration de la table, le tout dans la joie et les rires.
Il arriva chez lui en début d'après-midi. Les filles furent très contentes de le retrouver lui et sa bonne humeur habituelle. Il les embrassa tour à tour.
— Alors, les filles ? Tout va bien ? Vous ne vous êtes pas entre-tuées en mon absence ?
— Non, on s'amusait bien, mais il a fallu que tu reviennes, plaisanta Laure.
Il reprit sa place au sein de sa propre demeure et sa simple présence fit oublier aux filles leur mésaventure de la veille, qu'elles se gardèrent bien de raconter.
Richard sortit ses affaires du coffre de sa voiture : son sac contenant ses effets personnels et un gros carton de vivres destinées à égayer leur soirée. Les filles avaient bien précisé qu'elles s'occupaient de tout, mais il n'avait pas pu s'empêcher de mettre la main à la pâte. Vins fins, champagne, chocolats, pâtisseries diverses. En le voyant faire, sa fille secoua la tête de dépit. Encore une fois, ils avaient vu bien trop large. Ils avaient de quoi faire la fête jusqu'à la semaine suivante sans discontinuer.
Une fois installé à son domicile, il se retira un moment pour se délasser, se doucher et se changer, afin d'être plus présentable. Laure et Emma firent de même. Elles passèrent la fin de l'après-midi à se pomponner. Une fois tout le monde prêt, les trois se retrouvèrent au salon et se prélassèrent devant la télévision, regardant les bêtisiers ou autres émissions de divertissements de fin d'année. De temps en temps, l'une ou l'autre se levait pour aller mettre un plat à cuire, ou remuer le contenu d'une casserole.
Vers 20h, Laure éteignit le poste et annonça :
— Bon. Eh bien... Je propose qu'on se prenne un petit apéro pour commencer.
Elle se leva, fila à la cuisine, et revint avec trois verres à cocktails remplis d'un liquide rosé.
— Je sais pas si c'est bon, mais c'est joli, en tout cas. C'est quoi ? Demanda Richard.
— Prosecco, litchi et sirop de rose, expliqua sa fille.
Il haussa un sourcil admiratif. Au même instant, Emma prit le relais et fila chercher un plateau rempli de toasts. Guacamole, tapenade, petites gougères et quelques crackers et chips. Emma ayant repris sa place, ils trinquèrent et burent tout en grignotant, papotant, rigolant. Une fois mis en appétit, ils passèrent à table. Richard n'ayant pas le droit de s'interposer dans cette soirée, demanda tout de même si elles désiraient qu'ils ouvrent une bouteille de vin. Elles lui répondirent qu'elles y avaient pensé. Un vin rouge de Bourgogne les attendaient, mais celui qu'elles avaient vu dans ses affaires quand il était rentré serait certainement de meilleure qualité. Elles l'autorisèrent à se lever pour aller chercher ladite bouteille et l'ouvrir. Il servit trois verres, mais ce fut une de ses très rares implications concernant ce dîner. Servir les boissons seraient tout ce qu'elles lui autorisèrent car elles concédèrent que c'était un sujet qu'il maîtrisait mieux qu'elles.
Ils dégustèrent chacun une verrine à base de saumon, guacamole et de fromage frais, puis du chapon au vin jaune avec une sauce aux morilles et une purée de patate douce et châtaigne. Ils se régalèrent. Richard était étonné. Il ignorait que ses filles – Il se surprit à penser « ses filles » au lieu de « sa fille et son amie », tant Emma s'était parfaitement intégrée à la famille et tant leur complicité semblait aller de soi - étaient des cuisinières si douées. Il les complimenta longuement. Le dessert, elles ne l'avaient pas préparé elles-mêmes. Elles l'avaient acheté à la même pâtisserie qu'à Noël. Cette fois, c'était un gâteau à base de mousse à la pistache et de ganache au chocolat. C'était un délice.
Une fois repus, il leur proposa de reprendre place plus confortablement dans le canapé du salon, et insista pour leur servir un petit digestif. Il sortit une bouteille de liqueur de clémentine. C'était frais et pas trop fort. Parfait après ce bon dîner. Emma n'en accepta qu'un fond. Elle n'était pas habituée à l'alcool et sa petite constitution faisait que ça lui montait vite à la tête. L'attention de Laure se porta vers un placard au fond de la pièce. Elle claqua des doigts, elle venait subitement d'avoir une idée. Elle se leva, alla fouiller dans le placard en question et en sortit une boîte en carton. C'était un jeu de société.
— Ça vous dit ? Demanda-t-elle.
— Pourquoi pas. Enfin... Si Emma est d'accord, répondit son père.
— Oh, moi, je veux bien. Mais faudra m'expliquer les règles. Je connais pas ce jeu, précisa l'intéressée.
Richard et Laure lui expliquèrent rapidement. Il s'agissait d'un jeu de société somme toute assez simple avec des questions de culture générale. Une sorte de Trivial Pursuit en plus moderne. Emma comprit facilement de quoi il retournait. Ils firent quand même une partie « pour rien » pour s'en assurer. Quand ils jouèrent pour de vrai, Richard et Emma se partagèrent les victoires selon les parties. Laure faisait semblant de se vexer de ses défaites en riant, mais au fond d'elle-même, elle était fière quand son amie parvenait à atomiser son père. Emma, elle, malgré ses victoires, ne cessait d'encourager Laure, persuadée qu'elle finirait bien pas gagner à son tour. Ce qui finit par se produire. Alors qu'ils étaient sur le point de relancer une nouvelle partie, elle s'écria soudain :
— Hé ! Attendez ! Regardez l'heure ! Il est minuit moins six.
Tous mirent leur jeu de côté et se concentrèrent sur leurs montres, tout en retenant leur souffle.
Quand le moment fut venu, ils comptèrent à rebours à l'unisson :
— Dix ! Neuf ! Huit ! Sept ! Six ! Cinq ! Quatre ! Trois ! Deux ! Un ! Bonne année !
Ils se jetèrent dans les bras les uns les autres, s'embrassant se souhaitant une bonne année et une bonne santé pour l'année à venir... Richard s'absenta une seconde et revint avec une bouteille de champagne et trois flûtes. Il fit sauter le bouchon et remplit les verres. Ils trinquèrent à la nouvelle année.
— Alors ? Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter comme bonnes choses à venir ? Demanda-t-il.
— Bin, la classique ! Santé, bonheur, réussite dans les études, avec supplément Chantilly, rétorqua sa fille.
— Amour ? Ajouta-t-il avec un petit sourire en coin.
— Mffff ! Ça, c'est pas gagné, grogna-t-elle.
Il eut juste le temps de voir Emma rougir. Il eut l'impression de déceler une certaine déception dans son regard, et sa bouche se tordit en une imperceptible moue de dépit, mais elle se reprit immédiatement, se plongeant immédiatement dans sa flûte à champagne pour se donner une contenance. Richard n'avait plus guère de doute, mais il fit semblant de n'avoir rien remarqué. Il se contenta de constater.
— On en refait une ? Intervint Emma, pointant le plateau de jeu du doigt, soudain désireuse de changer le cours de la conversation.
Ils rejouèrent plusieurs parties, tout en sirotant du champagne. Vers 1h30, Richard annonça qu'il était fatigué et qu'il souhaitait aller se coucher. Il leur souhaita une bonne nuit et se retira, non sans avoir encore copieusement remercié les filles pour le succulent repas qu'elles avaient préparé. Emma et Laure restèrent encore une bonne heure à discuter, puis convinrent qu'il était temps de dormir.
Emma, un brin éméchée, se jeta dans les bras de son hôte pour lui souhaiter une bonne nuit, l'étreignant un peu trop fort. Elle lui déposa un baiser humide un peu trop appuyé sur la joue, assez mal centré, et un peu trop proche de la commissure des lèvres, avant de se détourner prestement afin de masquer son visage qui venait de virer cramoisi. Laure eut un petit rire, amusée par ce doux contact amical. Chacune rejoignit sa chambre. Elles se glissèrent dans leurs lits respectifs et s'endormirent presque instantanément.
RE-INTERLUDE
Le soleil brille sur le canal. Laure trottine le long de la rive, dirigeant une poussette. Dans celle-ci est assise Emma. Elles rient à gorges déployées. Et Laure court. Et elle pousse. Et Emma rit. Et Laure rit avec elle. Le reste du monde n'existe plus. Il n'y a plus qu'elles. Laure. Emma. La poussette. La voie pavée. Le canal qui défile sur leur gauche. Le soleil qui brille. Des rires. De la joie. Elles prennent de la vitesse, comme si leur accélération dépendait de leur bonheur. Et puis soudain, tout bascule. Le ciel s'assombrit. Les rires cessent. Jambes et roues ne semblent plus avoir suffisamment de force pour accomplir le moindre mouvement. La gigantesque silhouette se dresse devant elles. Laure a peur. Elle veut attraper Emma et l'attirer en arrière, mais elle ne peut pas bouger. Elle veut lui crier de s'enfuir. Aucun son ne sort. La silhouette approche. Elle a un sourire vicieux. Ses cheveux blonds encadrent son visage dur. Son regard est acéré. Elle avance lentement, mais inexorablement. Elle lance ses bras en avant et se saisit de la jeune fille assise dans la poussette. Laure pleure et hurle des supplications hystériques dans un silence absolu. Elle veut s'interposer, mais ses jambes ne réagissent pas. Avec ses deux bras tendus, l'immense silhouette lève la pauvre jeune fille haut au-dessus sa tête. Alors, elle l'abat vers le sol. Dans un mouvement en arc de cercle parfait, Emma est propulsée vers le bas au ralenti. Au beau milieu de sa chute, le temps s'arrête et les grands yeux gris-bleus se fixent sur ceux de Laure. Ce que cette dernière voit dans le regard baigné de larmes de son amie lui donne envie de mourir de désespoir . Elle y lit un mélange de chagrin, d'incompréhension et le pire de tout : de déception. Elle l'entend lui dire, perplexe : 



— Mais... Mais moi... Moi, je t'aimais...



Et le temps reprend son cours. La chute s'accélère, et le visage d'Emma frappe le sol à pleine vitesse, explosant en un millier de fragments de porcelaine, en même temps que le cœur de Laure.
Laure se réveilla en sursaut dans un cri. Elle était en sueur. Son cœur battait à tout rompre. Toujours ce satané cauchemar ! Cette fois, il avait été plus fort et plus précis que d'habitude. Elle prit quelques longues inspirations pour se calmer. Elle tenta de se rappeler ce qui s'était passé. Il y avait eu une variante. A la place de sa poupée, ça avait été Emma. C'était nouveau, ça. Ça ne la surprenait qu'à moitié. Emma faisait tellement partie de sa vie, désormais, qu'elle se retrouvait intégrée à son cauchemar récurrent. Elle se retourna dans son lit, chercha sans y parvenir une position plus confortable pour se rendormir lorsque soudain, les détails de son rêve lui revinrent en mémoire. Emma, la poussette, les rires. Elle se rassit et tenta de mettre de l'ordre dans ses pensées.
Sans qu'elle s'en rende vraiment compte, une sorte de porte fermée se forma aux frontières de sa conscience.
Un point précis de son cauchemar lui revint alors : la plupart des éléments, elle les connaissait pour les avoir vécus un nombre incalculable de fois. La présence de son amie, ça ne la surprenait pas plus que ça.
Mais ce qu'elle avait lu dans son regard, c'était ce qu'il y avait eu de pire : la déception. C'était insupportable. La tristesse, c'était déjà beaucoup, mais la déception, ça lui renvoyait un abominable sentiment de culpabilité. Si elle était déçue, c'était sa responsabilité et son incapacité à la protéger. Elle se mit à prier pour ne jamais voir ce regard en vrai. Et puis, il y avait eu autre chose : ces mots : « Moi, je t'aimais ..»
Cette phrase eut un effet inattendu. Un peu comme une clé tournant dans une serrure. Sa porte mentale se déverrouilla et une nouvelle pensée lui vint : Ce cauchemar, elle l'avait certes fait des centaines sinon des milliers de fois. Pourtant, cela faisait un moment qu'elle le faisait beaucoup moins souvent. En fait, en faisant abstraction de ces deux dernières nuits, où croiser sa Némésis lui avait fait remonter ses peurs à la surface, elle ne l'avait plus jamais fait. Elle réalisa alors que ça ne faisait pas juste « un moment » qu'elle ne l'avait pas fait, mais qu'elle pouvait très précisément dater quand ça s'était arrêté : quand elle avait rencontré Emma.
Sa porte mentale s'entrebâilla à peine.
Emma... Cinq années à vivre dans la solitude absolue, sans amis, sans personne à qui parler. Soudain, cette petite tête d'allumette débarquait et en un clin d'œil, elle devenait totalement indispensable à sa survie.
La porte s'entr'ouvrit un peu plus.
Le fil de sa pensée se déroula encore un peu. Oui, c'était son amie, mais... Il y avait autre chose. Elle était tellement plus heureuse quand elle était près d'elle, et elle se sentait si vide quand elle n' était pas là.
La porte était désormais ouverte à moitié.
Elle prit alors conscience d'à quel point elle la trouvait belle. Sa peau pâle, ses boucles rougeoyantes, ses immenses yeux clairs. Elle l'avait toujours trouvée jolie, certes, mais elle ne s'était jamais rendue compte à quel point sa beauté l'émouvait. Elle était tellement craquante avec « son adorable petite frimousse un peu enfantine », comme avait dit son père, une fois. Et pas juste cela, mais aussi sa gentillesse, sa douceur, son intelligence, et même cette sensation de fragilité qu'elle dégageait. Elle avait le sentiment que c'était son devoir moral de tout faire pour la protéger de tout et de tout le monde. Elle lui était trop précieuse pour laisser le monde extérieur l'abîmer. Paradoxalement, la force intérieure d'Emma, sa solidité psychologique était pour Laure une véritable ancre à laquelle elle pouvait se raccrocher et puiser sa propre détermination.
La porte s'ouvrit encore.
En y réfléchissant attentivement, elle constata que tous les matins depuis des mois, la première pensée qui lui venait au réveil, c'était Emma. Et le soir, la dernière pensée avant que le sommeil ne la prenne, c'était pour Emma. Présentement, son cœur tambourinait follement dans sa poitrine, pourtant, ce n'était pas dû au stress de son mauvais rêve. C'était de penser à Emma qui lui faisait cet effet.
Sa porte mentale était aux trois quarts ouverte, maintenant.
Un souvenir qu'elle avait complètement oublié lui revint en pleine figure sous un jour nouveau : une brève discussion avec son père qu'elle n'avait pas prise au sérieux, pensant qu'il plaisantait, comme à son habitude. Une simple question qu'il avait posée : Il lui avait demandé si Emma était « seulement » son amie. Ça lui avait paru complètement stupide sur le coup. Soudainement, cette phrase anodine prit une tournure tout à fait différente. Qu'est-ce que son père avait essayé de lui dire, au juste ? Avait-il décelé quelque chose avant même qu'elle en prenne conscience ? Était -il observateur au point qu'il avait découvert en elle ce qu'elle n'avait même pas envisagé à ce moment-là ? Était-elle donc si bête ou si naïve au point d'être la dernière à connaître ses propres sentiments ? Elle savait bien qu'elle n'était pas très douée pour comprendre ou analyser ce qu'elle ressentait, mais tout de même... A ce point-là ?
Et la porte fut grande ouverte. La révélation la percuta de plein fouet. Elle porta ses mains à sa bouche et dans un murmure adressé au vide de sa chambre, elle verbalisa ce qui venait de frapper sa conscience :
— Oh, putain ! Ma p'tite puce ! Je... Je t'aime !
Elle se laissa tomber en arrière sur son lit, tout en riant. Elle serrait la petite émeraude entre ses mains et répéta frénétiquement tout en battant des pieds :
— Je t'aime ! Je t'aime ! Je t'aime !
Elle sentait toute son âme vibrer de toute la passion du monde. Rien sur Terre n'aurait pu la rendre plus heureuse que penser que sa petite puce avait élu domicile dans son cœur, qu'elle y était plus que bienvenue et qu'elle ne lui ferait pas payer le loyer.
Et puis son bonheur niais s'effaça d'un coup. Tout s'écroula. Ça n'allait pas. Pas du tout. Pas du tout du tout. Pourquoi était-elle soudain amoureuse de son amie ? C'était parce qu'elle avait un peu trop bu ? Elle n'était pas lesbienne... Si ? Il y avait des tas de filles qu'elle trouvait jolies, mais de manière objective. Aucune ne l'avait jamais attirée. Ceci dit, en y repensant, elle n'avait jamais été attirée par les garçons non plus. Mais ça ne voulait pas dire grand chose. Elle savait pertinemment qu'elle n'avait jamais été particulièrement en avance de ce côté-là. Pourtant, ce n'était pas ça le pire. Comment pourrait-elle gérer sa relation actuelle avec Emma si tout était bouleversé par un sentiment amoureux ? Elle avait toujours fait montre d'affection envers sa « p'tite puce ». Ça lui paraissait naturel. Mais maintenant, Elle se disait que si elle se montrait trop proche d'elle, Emma remarquerait qu'elle ressentait pour elle bien plus que de la simple amitié. Et si elle ne partageait pas ses sentiments, Laure serait malheureuse. Pire, si elle les trouvaient révoltants ou inappropriés et qu'elle la rejetait ? Elle perdrait sa seule amie. Elle se retrouverait seule. Encore. Même ce surnom de « p'tite puce », il lui paraissait tellement déplacé, désormais. Elle n'oserait plus jamais l'utiliser.
Au final, Laure passa une nuit affreuse. Se tournant et se retournant dans son lit, ressassant ses pensées qui se bousculaient toutes les unes contre les autres. Chaque fois qu'elle arrivait à trouver une solution, un nouveau problème apparaissait. Elle n'en pouvait plus, et au petit matin, elle n'avait dormi qu'à peine deux heures. Elle était dépitée. Elle ne voulait même plus voir Emma, tellement elle ne savait plus comment se comporter avec elle. Elle était persuadée que le seul fait de lui adresser la parole ferait l'effet d'une sirène d'alarme qui lui hurlerait dessus à plein volume : « Attention, cette fille est amoureuse de toi ! », la faisant passer pour une idiote avec des lubies ridicules et inconvenantes. Elle ne voulait plus la voir, mais elle ne voulait plus voir qu'elle. Sa prise de conscience nocturne l'avait complètement chamboulée. Elle soupira. Elle tenait bien de son père : elle aussi était une contradiction permanente.
Résignée, elle se leva et se rendit à la cuisine pour prendre son petit déjeuner. Emma était déjà là, plantée devant son café. Elle la salua avec un grand sourire – Mon dieu, qu'elle était belle ! -
— Bonjour, Laure. Bien dormi ?
— Mmmh.... Bof..., répondit-elle sans enthousiasme, incapable de trouver quelque chose de plus pertinent à dire.
Elle traîna les pieds jusqu'à la table pour se servir un café à son tour, tout en évitant soigneusement le regard de son invitée. Laure ne répondait qu'avec des phrases courtes ou des monosyllabes, sans jamais vraiment chercher à relancer la conversation d'Emma, qui babillait gaiement, sans remarquer que son hôte était perturbée. Elle devait penser simplement qu'elle était encore fatiguée de la veille.
Richard parut quelques minutes plus tard, lui aussi d'humeur légère. Il conversa un moment avec Emma, puis, au bout de quelques instants, s'interrompit, réalisant que sa fille se murait dans un mutisme total.
— Ça va, chérie ?
— Mmmh ? Oui, oui...
— Ça a pas l'air... Mal dormi ?
— Un peu...
— Bon. De toute façon, vous allez passer la journée à vous reposer, non ? Vous repartez demain, c'est ça ?
Elle hocha la tête en signe d'acquiescement.
De repos, il ne fut guère question pour Laure, au cours de cette journée. Elle trouva au contraire que c'était épuisant d'adopter un air serein, alors qu'elle n'en éprouvait rien ; de jouer les hôtes modèles, alors qu'elle voulait se terrer dans son trou ; de ne pas trop en dire alors qu'elle voulait hurler à Emma son adoration.
Elle trouva tant bien que mal un équilibre, agissant avec amabilité, mais sans chaleur ; restant distante, mais sans impolitesse.
Dès qu'elle eut une occasion de se retrouver seule, elle en profita. Préparer son sac de voyage pour son retour à la fac fut le meilleur moment de la journée. Elle était enfin seule. Elle n'avait plus à faire semblant. Elle alla se coucher le plus tôt possible. Une fois dans son lit, elle soupira à la fois de soulagement et de dépit. Cette journée était enfin terminée. Le plus dur, maintenant, ça allait être les suivantes.
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Semyaza
21 septembre 2025 à 17:00
Hé hé ! Ca ne devrait plus trop tarder, maintenant........ :)
Soyez respectueux
Répondre
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Monsieur Plume
21 septembre 2025 à 16:57
Enfin la prise de conscience de Laure …
Laure qui évidemment ne va pas oser l’avouer à Emma…
Emma qui est trop timide pour révéler ses sentiments….

Comment ce joli sac de noeuds sentimental va-t-il pouvoir se dénouer ? J’attends de voir ça avec impatience.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Iznogood
Iznogood
20 septembre 2025 à 00:25
Ah oui, au fait... il faudra régler son affaire à l'autre dinde traitresse d'amitié.
Un truc bien ficelé (et je ne parle pas de Sweet Gwendoline hihi)

L'important, c'est pas la défaite des "méchants", c'est la victoire des "gentils"...... ;)

La victoire des gentils signe la défaite des méchants quand les méchants apprennent la victoire des gentils ☺️
(en gros…) ^^’
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Iznogood
Iznogood
19 septembre 2025 à 19:46
Aïe...
Troisième complication en vue.
Malentendu (pourquoi tu es si distante) et fâcherie (bouhouhou) ? Possible.
Papa Roger en entremetteur (mais tu n'as pas compris qu'elle t'aime, elle aussi) ? Possible aussi
Tomber dans les bras l'une de l'autre ? (Pas encore voyons... des complications d'abord ! ) ^^'
Soyez respectueux
Répondre

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