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Black Mirror X [1 chapitre = 1 épisode (indépendant)] — Chapitre 5 · Cash Illimité
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
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Black Mirror X [1 chapitre = 1 épisode (indépendant)]
Chapitre 5 · Cash Illimité
Quand Martin découvrit le bug dans le système de paiement sans contact, ce fut comme une révélation divine. Une faille minuscule, un trou dans la matrice. Et la carte devenait une fontaine intarissable.
Les premiers retraits furent timides – 200 euros ici, 500 là. Puis ce furent les distributeurs qui crachèrent leurs tripes vertes dans ses mains gourmandes. Il les empilait sur son lit, nus sous la lumière crue de l’ampoule, à contempler cette chair froide et croustillante.
Avec l’argent vinrent les femmes. Non pas celles du quartier, non – celles des palaces, des bars à champagne où la soie des robes froufroutait comme un aveu.
Il y eut d’abord Clara, la rousse aux seins lourds comme des pêches mûres. Elle se déshabilla devant lui dans une suite du Ritz, la lumière dorée caressant les fossettes de ses reins.
– Tu veux me prendre contre la fenêtre ? murmura-t-elle, ses ongles s’enfonçant dans ses hanches tandis que Paris clignotait en contrebas.
Martin jouit trop vite, honteux, mais elle rit en ramassant les billets épars.
– Je vais nous chercher des croissants, lui dit-elle.
Elle ne revint jamais. Vu la somme qu’elle avait prise, elle avait dû s’acheter des croissants en or. Ou du pain au diamant, peut-être ? Qu’importe. Il pouvait retirer. Du cash en illimité.
Puis ce fut Sophia, brune aux cuisses de gymnaste, qui l’enfourcha dans l’ascenseur privé d’un penthouse, sa sueur mêlée au parfum trop cher.
– Encore, gémissait-elle, avide, et il obéissait, croyant que c’était lui qu’elle désirait.
Il se foutait de ce qu’elles venaient chercher avec lui. Il avait le sexe. Il fermait les yeux. Il jouissait.
Et puis il y eut Laure.
Elle travaillait dans une galerie d’art, parlait bas, souriait peu. Ses cheveux noirs tombaient en vagues sur ses épaules, et quand elle marchait, ses hanches oscillaient avec une lenteur hypnotique.
La première fois qu’il la vit, elle lisait Madame Bovary au comptoir, ses doigts effleurant les pages comme on caresse un amant. Martin, habitué aux rires gras, resta cloué sur place.
Il l’acheta. Non pas avec de l’argent – elle refusa son argent – mais avec des mensonges. Il se construisit un passé, une âme, joua l’homme sensible. Et un soir, dans son petit appartement où traînaient des livres et des tasses de thé froid, il la posséda.
Elle était différente. Moins experte, plus vraie. Sa peau avait le goût du sel et du sommeil. Quand il la pénétra, elle ferma les yeux comme si elle priait. Et après, elle pleura sans bruit, le visage enfoui dans l’oreiller.
– Tu m’aimes ? demanda-t-elle.
Martin mentit. Il voyait toujours d’autres filles. Sophia, Martha, Angelica, Adrianna.
Un matin, la faille se referma. Les distributeurs recrachèrent sa carte avec un bip méprisant. Compte indisponible.
Sophia, Martha, Angelica, Adrianna disparurent comme des fantômes. Laure, elle, resta.
Elle lui préparait des petits plats, lui lisait des poèmes, croyant encore à leur histoire. Mais Martin, vidé de son or, se découvrit vide aussi.
Un soir, alors qu’elle chevauchait doucement son corps indifférent, il la regarda soudain – vraiment. Ses seins pendaient un peu, ses côtes saillaient sous la peau. Elle haletait, les yeux fermés, perdue dans son illusion. L’illusion qu’il l’aimait. Et lui ? Il ne sentait rien. Il ne prenait pas le plaisir qu’il avait avec les filles superficielles.
Quand elle partit (il l’avait fait pleurer, exprès, pour être sûr qu’elle ne reviendrait pas), il resta nu devant le miroir de la salle de bains. Son ventre mollissait. Ses mains, autrefois avides, tremblaient. L’argent était parti. Les femmes aussi. Et l’amour ? Il lui donnait la nausée. Il n’arrivait pas à bander quand il était amoureux. Alors, pourquoi faire ?
Des mois plus tard, errant dans un parc sous la pluie, il croisa Laure. Elle tenait la main d’un autre, souriait pour de vrai.
Martin serra les poings. Dans sa poche, une carte bancaire morte. Et dans sa gorge, un goût de cendres. Flambeur un jour…
– Toi, là !
Des hommes en cagoule le plaquèrent au sol.
– Laure !
Il criait pour rien. Il ne se rappelait même plus que la journée avait passé et qu’il était seul dans une ruelle sombre à présent. Il reçut un coup. Puis, il se réveilla ailleurs.
Martin ouvrit les yeux dans une cave aux murs suintants, éclairée par une ampoule qui oscillait au plafond. Deux hommes en costume trop chers pour le décor l’observaient, l’un accoudé à un bar en formica, l’autre assis sur une caisse de whisky, un pistolet posé négligemment sur ses genoux.
– T’as de la chance, grogna l’homme au bar en faisant tourner un glaçon dans son verre.
– On t’a pas buté direct. T’as volé de l’argent qui nous appartenait.
Martin voulut protester, mais sa bouche était sèche, son crâne martelé par les coups. L’autre homme, plus jeune, aux yeux bleus délavés comme un jean trop lavé, se pencha vers lui :
– Mais on a une proposition. T’as trouvé la faille une fois. On te file le matos pour la rouvrir. À condition que tu partages.
Une valise s’ouvrit devant lui, pleine de cartes vierges, de puces électroniques, de câbles.
– Bienvenue dans la famille, ricana le premier.
Trois mois plus tard, Martin naviguait au large de Saint-Tropez sur un monstre de fibre carbone, entouré de filles dont les bikinis coûtaient plus cher que son ancien loyer. Le soleil cognait, le champagne coulait, et l’argent – l’argent n’était plus qu’un chiffre sur un écran, transféré de compte en compte, lavé, divisé, multiplié.
Il y avait Elena, une Russe aux cheveux platine qui mordillait son oreille en murmurant des obscénités dans sa langue. Naomi, une Japonaise au corps lisse comme de la porcelaine, qui le regardait avec des yeux de chatte affamée. Et Lola, la plus dangereuse, une Brésilienne aux hanches de carnassière qui dansait sur le pont, nue sous la lune, en riant comme une démente.
Mais quelque chose clochait. Même quand il les prenaient toutes en même temps, même quand leurs ongles lui labouraient le dos, même quand leurs bouches avides engloutissaient chaque parcelle de son corps… Il ne sentait plus rien.
Le Composé X
C’est sur ce yacht, un soir où la mer était trop calme et le silence trop lourd, qu’il rencontra Darius.
Un type étrange, vêtu d’un costume blanc immaculé, qui parlait avec l’accent traînant des bayous. Il s’assit à côté de Martin sans invitation, un sourire énigmatique aux lèvres.
– Tu cherches quelque chose, hein ? dit-il en sortant une petite fiole de sa poche. À l’intérieur, une poudre dorée scintillait comme des éclats de soleil.
– Le Composé X. Ça déforme la réalité. Ça te montre ce que tu veux voir. Ce dont t’as besoin.
Martin éclata de rire.
– De la came ? J’en ai déjà.
Darius secoua la tête, lentement.
– Non. C’est pas pour planer. C’est pour exister.
La première dose lui brûla les narines, puis ce fut comme si son crâne explosait en mille éclats de verre.
Soudain, les femmes autour de lui n’étaient plus des femmes.
Elena se transforma en une créature aux seins multiples, sa peau devenant transparente, révélant des veines bleues où coulait du champagne. Naomi grandit, ses membres s’allongeant démesurément, sa bouche s’étirant en un rictus carnassier. Lola littéralement, son corps se liquéfiant en une mare dorée dans laquelle il plongea les mains, riant comme un fou.
Il les prit toutes. Ou peut-être était-ce lui qui fut pris ?
Les corps se mélangeaient, se dupliquaient. Des bouches apparaissaient sur des ventres, des doigts poussaient comme des racines entre ses cuisses. Il vit Laure, soudain, surgir du néant – mais son visage se fissura, révélant un vide noir où grouillaient des vers d’argent.
– Tu vois ? murmura Darius quelque part dans le brouillard.
– La réalité est molle. Tu peux la pétrir.
– C’est de la merde, ton truc ! J’ai pas envie de voir des monstres quand je baise des femmes, putain !
– Ah oui ? Tu veux pas ouvrir des portes ? Tu veux pas aller au delà, tu veux pas exister ?
– Qu'est-ce que tu racontes… Ça fait juste halluciner, ta daube…
– Une dernière dose… double… Je te promets. Tu vas pas regretter cette fois. C’est moi qui offre.
– Allez… d’accord.
– C’est de la merde, ton truc ! J’ai pas envie de voir des monstres quand je baise des femmes, putain !
– Ah oui ? Tu veux pas ouvrir des portes ? Tu veux pas aller au delà, tu veux pas exister ?
– Qu'est-ce que tu racontes… Ça fait juste halluciner, ta daube…
– Une dernière dose… double… Je te promets. Tu vas pas regretter cette fois. C’est moi qui offre.
– Allez… d’accord.
Martin prend la double dose. Il en a plus rien à foutre. Après tout, ça va peut-être marcher. Puis c’est le black-out.
Quand Martin revint à lui, il était seul sur le pont d’un yacht, nu, couvert de sueur et de…
– Putain, mais c’est du sang ? remarqua-t-il avec horreur.
– T’es un malade, putain ! cria Darius, la gueule en sang.
– Putain, mais c’est du sang ? remarqua-t-il avec horreur.
– T’es un malade, putain ! cria Darius, la gueule en sang.
Il avait visiblement pris des coups.
– C’est moi qui t’ai fait ça ?! Merde…
Darius était blême. Il tremblait, incapable de bouger, regardant Martin comme il aurait fixé le Diable.
– Faut que je m’hydrate… dit Martin, la gorge sèche.
Il alla vers la cabine principale. Un spectacle effroyable l’y attendait. Il en ressortît aussitôt et alla vomir sur le pont.
– Qu'est-ce que… murmura t-il, la voix troublée par la nausée.
– Tu les as saignées, puis tu les a bouffées, espèce de pourriture de psychopathe de bordel de cul de merde ! cria Darius en sanglots.
– Je… C’est ta drogue qui… Qu'est-ce que tu m’as fait… Non… C’est impossible…
– Ferme ta gueule ! Tu as aimé ça. Tu as dit : c’est la première fois, enfin, que je me sens exister. Tu as dit : cette fois, ça y est, j’ai aimé une femme. Et elle était délicieuse…
– Délicieuse ? répéta-t-il, livide.
– Tu m’as forcé à tout filmer. T’as qu’à voir par toi-même.
– Tu les as saignées, puis tu les a bouffées, espèce de pourriture de psychopathe de bordel de cul de merde ! cria Darius en sanglots.
– Je… C’est ta drogue qui… Qu'est-ce que tu m’as fait… Non… C’est impossible…
– Ferme ta gueule ! Tu as aimé ça. Tu as dit : c’est la première fois, enfin, que je me sens exister. Tu as dit : cette fois, ça y est, j’ai aimé une femme. Et elle était délicieuse…
– Délicieuse ? répéta-t-il, livide.
– Tu m’as forcé à tout filmer. T’as qu’à voir par toi-même.
Martin était médusé et il accepta de se voir à l’écran. Il était heureux. Jamais il ne s'était vu si heureux. C'était un monstre assoiffé de sang mais il avait bu à sa soif.
– Je.. c’est moi…
Il devint blanc et éclata en sanglots. Puis, Darius éclata de rire.
– C'était un prank ! C’est un deep-fake, gros nigaud !
Derrière lui, il vit les caméras, un réalisateur sourire. Cela sembla durer une éternité pendant qu’on filmait sa réaction puis, alors qu’il n’en était qu’au début de son traumatisme, Darius décréta qu’on avait bien ri et un technicien annonça :
FIN DE TRANSMISSION
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Commentaires ()
Il est toujours facile de donner des conseils après coup, mais est-ce que la fin n’aurait pas été plus percutante s’il s’était rendu compte que sa quête de sens et sa recherche de l’amour passaient par un véritable acte de cannibalisme ?