Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parce que je te Résiste — Chapitre 10 · L’art érotique attend son heure
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Parce que je te Résiste
Chapitre 10 · L’art érotique attend son heure
*Alexandre*
La Jaguar XJ glissait sur la petite route de campagne avec une souplesse presque animale, le moteur V6 ronronnant doucement sous le capot. Ce n'était pas une voiture extravagante, pas une de ces supercars clinquantes qui hurlent la richesse, mais un modèle élégant, raffiné, aux lignes épurées et à l'intérieur en cuir crème qui sentait encore le neuf malgré ses quelques années. Alexandre l'avait choisie précisément pour cela : le luxe discret, celui qui ne crie pas mais qui se fait sentir dans le silence feutré de l'habitacle, dans la façon dont les suspensions absorbaient les irrégularités du bitume. D'ordinaire, ses déplacements professionnels se faisaient en TGV, costume impeccable et ordinateur portable sur les genoux, entre les grandes villes de province. Il n'avait que rarement l'occasion de prendre le volant sur ces routes sinueuses bordées de champs et de bosquets, et il aimait cela – cette sensation de maîtrise tranquille, le paysage qui défile lentement, l'impression fugace d'être loin de tout.
La Jaguar XJ glissait sur la petite route de campagne avec une souplesse presque animale, le moteur V6 ronronnant doucement sous le capot. Ce n'était pas une voiture extravagante, pas une de ces supercars clinquantes qui hurlent la richesse, mais un modèle élégant, raffiné, aux lignes épurées et à l'intérieur en cuir crème qui sentait encore le neuf malgré ses quelques années. Alexandre l'avait choisie précisément pour cela : le luxe discret, celui qui ne crie pas mais qui se fait sentir dans le silence feutré de l'habitacle, dans la façon dont les suspensions absorbaient les irrégularités du bitume. D'ordinaire, ses déplacements professionnels se faisaient en TGV, costume impeccable et ordinateur portable sur les genoux, entre les grandes villes de province. Il n'avait que rarement l'occasion de prendre le volant sur ces routes sinueuses bordées de champs et de bosquets, et il aimait cela – cette sensation de maîtrise tranquille, le paysage qui défile lentement, l'impression fugace d'être loin de tout.
Mais aujourd'hui, son esprit était ailleurs.
À côté de lui, sur le siège passager, Sophia était assise en diagonale, une jambe repliée sous elle, le regard perdu par la vitre. Ses cheveux blonds ondulés capturaient la lumière déclinante du soleil couchant, et son parfum léger à la vanille flottait dans l'air climatisé. Elle portait une robe fluide d'un vert profond qui soulignait la courbe de ses hanches et laissait deviner, quand elle bougeait, la dentelle de ses bas. Alexandre jeta un bref coup d'œil dans sa direction ; elle était belle, indéniablement, avec cette assurance tranquille qui l'avait attiré dès leur première rencontre. Pourtant, ce n'était pas vraiment elle qui occupait toutes ses pensées.
C'était plutôt ce qu'ils avaient prévu de faire ce soir. Et, plus encore, ce qui les avait poussés à le prévoir.
Pour échapper à l'enquête sur le dossier Humanlink menée par Elena, Alexandre avait choisi la fuite. Contrairement à son habitude de tout affronter de front, il avait posé des congés de dernière minute, prétextant une urgence personnelle auprès de son responsable.
— Problème familial, avait-il menti, la voix neutre.
Moreau n'avait pas posé de questions ; il avait simplement hoché la tête. Mais une fois chez lui, dans son appartement parisien trop ordonné, l'épée de Damoclès ne s'était pas évaporée. Elle était restée suspendue au-dessus de sa tête, plus lourde encore, rejointe par un silence oppressant qui rendait chaque soirée interminable. Il avait tourné en rond, vérifié son téléphone toutes les cinq minutes, guettant un mail professionnel qui n'arrivait jamais ou, pire, celui qui annoncerait la découverte de sa faute.
Le seul rayon de soleil dans cette grisaille avait été Lila.
Leur dernier rendez-vous au cinéma l'avait laissé sur un nuage. Cette fellation audacieuse dans l'obscurité de la salle, sa main possessive sur sa cuisse ensuite… Il avait commencé, presque malgré lui, à s'investir émotionnellement. À imaginer la revoir, à échanger des messages qui n'étaient plus seulement charnels mais teintés d'une vraie curiosité. Et puis, du jour au lendemain, plus rien. Elle ne répondait plus à ses appels, laissait ses messages en vu sans jamais répondre. Le ghosting pur et simple.
Alexandre, qui croyait pourtant comprendre les jeux de séduction, se posa des questions. Avait-il dit quelque chose de travers ? Fait un geste maladroit ? Il ne comprenait décidément rien aux femmes. Comment l'enthousiasme qu'elle avait montré pouvait-il s'être envolé si vite ?
La réponse était venue de Sophia.
Un long appel téléphonique, la veille au soir, alors qu'il fixait le plafond de sa chambre, incapable de dormir. Sa voix chaude, posée, avec cette pointe d'autorité qui le faisait toujours frissonner légèrement.
— Lila traverse une mauvaise passe, mon chou. Ce n'est pas toi. Vraiment pas.
Elle lui avait tout expliqué : le tableau que Lila avait présenté en cours, cette toile audacieuse inspirée – il le comprenait maintenant – de leur nuit à trois. L'humiliation publique par son professeur, les critiques cinglantes, l'expulsion. Lila s'était refermée comme une huître, incapable de parler à quiconque, même à lui. Sophia avait récupéré la toile in extremis, alors que Lila, dans un accès de rage et de désespoir, avait failli la détruire. Elle l'avait sauvée, enveloppée, cachée, convaincue que cette œuvre méritait mieux qu'un rejet borné.
Et puis Sophia avait proposé un plan.
Un plan simple, avait-elle dit. Pour aider Lila. Pour lui redonner confiance. Pour que la toile trouve enfin un public qui la comprenne.
C'était pour cela qu'ils roulaient maintenant vers cette petite galerie privée, une adresse confidentielle que Sophia avait dénichée parmi ses contacts libertins aisés. Un collectionneur discret, amateur d'art érotique, prêt à exposer des œuvres provocantes et authentiques. La toile, soigneusement enveloppée dans un voile épais, reposait sur la banquette arrière, calée contre les appuie-têtes. Sophia était persuadée qu'une fois l'œuvre acceptée, célébrée même, Lila se sentirait enfin comprise, validée, capable de surmonter le rejet de son professeur.
Alexandre jeta un nouveau regard à Sophia. Elle semblait calme, mais il percevait la tension dans la façon dont elle triturait la ceinture de sécurité.
— Tu es bien sûre que je n'ai rien fait qui l'ait contrariée ? demanda-t-il soudain, brisant le silence qui s'était installé depuis une dizaine de kilomètres.
Sophia tourna la tête vers lui, un sourire amusé mais un peu las aux lèvres.
— Mais oui, mon chou. Tu n'es pas le centre du monde, c'est malheureux pour toi. Mais c'est indéniablement la réception de sa toile qui l'a mise dans cet état. Vous avez déjà parlé de ses peintures ?
— Elle m'a vaguement dit qu'elle étudiait dans une école d'art, répondit Alexandre, les yeux fixés sur la route qui serpentait entre les champs de tournesols fanés. Mais elle ne s'est jamais vraiment attardée dessus. Et les photos qu'elle m'envoyait… relevaient d'une autre forme d'art.
Il sentit ses joues chauffer légèrement en disant cela. Les images de Lila en lingerie, ses courbes délicates, son regard provocant à travers l'écran…
Sophia eut un sourire en coin.
— Je vois.
Elle posa une main légère sur sa cuisse, un geste à la fois rassurant et possessif.
— Écoute, les rencontres que je fais sur ce site sont plutôt des relations à usage unique. Lila a dérogé à cette règle. Toi, tu es un accident, en quelque sorte. Mais tu es là, et pour que mon plan fonctionne, j'ai besoin de toi. Fais comme je t'ai dit et suis mon rythme, tout sera réglé.
Alexandre ne pouvait pas lui donner tort. Lui non plus ne s'était pas attendu à revoir la jeune femme après leur première nuit. Et pourtant… il y avait eu cette connexion inattendue, ce quelque chose de plus profond que le simple plaisir charnel. Il percevait aussi dans la voix de Sophia toute l'affection qu'elle éprouvait pour Lila. Cette volonté farouche de la protéger, de la relever. Elle était prête à tout pour elle.
Et cela, curieusement, réveilla en lui une pointe de rivalité qu'il ne se connaissait pas. Pas une jalousie mesquine, non. Plutôt le sentiment étrange de partager quelque chose de précieux, d'être à la fois complice et concurrent dans l'attention qu'ils portaient tous les deux à Lila.
Il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur. La toile était là, invisible sous son voile, mais présente. Comme un secret partagé.
Le plan était simple, en effet. Mais il n'était pas innocent. Sophia connaissait le couple de collectionneurs de réputation : des libertins aisés, adeptes d'une manière atypique de recevoir leurs invités, l'échangisme. L'art érotique n'était pour eux qu'un prélude. Sophia, en femme seule, n'avait jamais pu franchir leur porte close. Avec Alexandre comme second, les choses changeaient. Ce soir, dans l'intimité du manoir transformé en galerie privée, il aurait pour mission de mettre madame dans de bonnes dispositions – un rôle qu'il acceptait, presque avec soulagement. Il était, après tout, l'un des « modèles » inconscients du tableau. Sa présence ajouterait de l'authenticité, de la valeur. Et peut-être, si tout se passait bien, passerait-il lui aussi un bon moment.
Le but ultime restait Lila : lui prouver que son art, et par extension elle-même, pouvait être désiré, célébré, compris.
Alexandre serra légèrement le volant. La route laissait place à un chemin de terre, annonçant l'approche du manoir. Le soleil disparaissait derrière les arbres, peignant le ciel de teintes orangées.
Il ne savait pas exactement ce qui l'attendait ce soir. Mais pour la première fois depuis des jours, l'épée de Damoclès sembla s'éloigner un peu. Remplacée par autre chose : une attente fébrile, un mélange d'appréhension et d'excitation.
Sophia retira sa main de sa cuisse pour couper la radio. Un silence emplit l'habitacle.
— Détends-toi, murmura-t-elle. Tout va bien se passer.
Il hocha la tête, sans répondre. La Jaguar fut légèrement secouée sur le chemin caillouteux, avalant les derniers mètres.
Dans le rétroviseur, la toile enveloppée semblait attendre, patiente.
Bientôt, elle trouverait un public plus réceptif.
Le manoir apparut enfin, une bâtisse du dix-neuvième siècle restaurée avec goût, entourée d'un parc à l'abandon romantique. Des lumières tamisées filtraient à travers les hautes fenêtres. Alexandre gara la Jaguar sur le gravier devant l'entrée, coupa le moteur. Le silence soudain fut presque assourdissant.
Sophia se redressa, ajusta sa robe d'un geste fluide.
— Prêt ? demanda-t-elle, ses yeux verts pétillants d'une malice qu'il connaissait bien.
Il inspira profondément, sentant déjà cette chaleur familière monter en lui – celle du désir anticipé, du lâcher-prise qu'il recherchait tant ces derniers temps.
— Prêt, répondit-il simplement.
Ils descendirent de voiture. Alexandre récupéra la toile sur la banquette arrière, la tenant précautionneusement contre lui. Sophia passa son bras sous le sien, un geste presque conjugal. Ensemble, ils gravirent les marches du perron.
La porte s'ouvrit avant même qu'ils ne sonnent. Un homme d'une cinquantaine d'années, élégant dans un costume sombre, les accueillit avec un sourire poli mais complice.
— Sophia, enfin. Et vous devez être Alexandre.
La soirée commençait.
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