Le journal intime de Clémence — Chapitre 1
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Ce journal a quelque chose de rare : la voix de Clémence sonne vraiment juste, avec ses parenthèses, ses phrases qui partent dans tous les sens et ses revirements soudains — on a l'impression de lire par-dessus son épaule. La façon qu'elle a d'anticiper les disputes avec Pierre, de les rejouer mot pour mot avant qu'elles aient eu lieu, dit plus sur elle que n'importe quelle description psychologique. Et cette lucidité acérée sur elle-même, qui coexiste avec des élans qu'elle ne contrôle pas tout à fait, donne au récit une tension qui ne lâche pas.
Le journal intime de Clémence
Chapitre 1
‒ Il y a eu quoi au juste avec ce Stéphane ?
‒ Avec Stéphane ? Mais rien du tout enfin ! Stéphane, c'était un bon copain. Un point, c'est tout
‒ Tu ferais mieux d'avouer. Parce que je sais. Je sais tout.
‒ Tu sais quoi ? Il y a rien à savoir.
‒ Me prends pas pour un idiot, Clémence, me prends pas pour un idiot ! Ce truc-là, t'as pas appris à le faire toute seule. Il y a bien quelqu'un qui t'a montré. Alors qui ? Je veux savoir qui.
Et il va passer en revue tous les hommes qui m'ont approchée. De près ou de loin. Je vais m'énerver, l'envoyer sur les roses. Et on va s'engueuler. Je vais descendre furieuse.
‒ J'en ai marre, mais marre !
Ma mère va lever les yeux au ciel.
‒ Qu'est-ce qui se passe encore ?
‒ Il est d'une jalousie ! C'est pas possible de voir ça !
‒ Oui, mais enfin, Clémence, tu as ton petit caractère, toi aussi ! T'es pas facile tous les jours. Faudrait que t'apprennes à prendre sur toi aussi, à arrondir un peu les angles.
Et ça va me retomber dessus. Pierre, de toute façon – ils en sont convaincus – c'est le mari qu'il me faut. Il est pas pire qu'un autre. Et puis… un futur notaire ! Ça vaut la peine de mettre un peu d'eau dans son vin, non ? Un haussement d'épaules et je vais descendre faire un tour au jardin. Pour me calmer. J'en ai rien à battre, moi, de ça. Notaire ou autre chose, ça m'est bien égal. Non, ce qu'il y a avec Pierre, c'est que je le supporte pas et que je peux pas m'en passer non plus. En même temps. Depuis le début, c'est comme ça : je me demande ce que je fais avec, mais j'arrive pas à imaginer ma vie sans lui. Rien que l'idée qu'on puisse ne plus se voir. Alors je vais finir par remonter. Qu'on fasse la paix. Qu'on se réconcilie. Sur l'oreiller ? Peut-être. Avec lui on peut pas savoir. Oh, on va s'embrasser, ça, c'est sûr. Passionnément. Se caresser, oui. Quant au reste, ça dépendra. De lui. S'il en est. C'est pas toujours. C'est pas souvent que je l'ai en moi. C'est presque jamais. J'aimerais qu'il me dise. J'aimerais comprendre. Si ça vient de moi ou bien si… Je lui ai posé la question. Plusieurs fois.. Un mur. Je ne la lui pose plus.
‒ Je suis rentrée.
‒ Je vois, oui.
Tout en s'efforçant de se dissimuler maladroitement avec le couvre-lit.
‒ Excuse-moi ! Je pouvais pas savoir.
‒ Non, c'est moi. Désolé.
‒ J'ai qu'un truc à te dire : méfie-toi ! Méfie-toi de cette fille ! Les pires ennuis elle te fera avoir. ‒ Ah, oui ? Quel genre d'ennuis ?
‒ Tu verras bien. Je t'aurai prévenue.
Niveau CE². Et encore ! Si tu parles à cette fille t'es plus ma copine, na ! Et ça a vingt ans ! Et c'est inscrit à l'école vétérinaire. Non, mais je rêve, là ! Je rêve.
‒ Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce tu fais ?
‒ Oh, rien ! J'ai eu un de ces petits creux d'un seul coup. Alors je me fais un œuf. Avec du bacon. T'en veux un ? Tant que j'y suis.
‒ Non. Merci, non.
Je me suis retournée. Il a jeté un coup d'œil à mes seins, libres sous le pyjama.
‒ Oh, et puis si, tiens ! Je vais t'accompagner.
Je suis allée. Je suis venue. Sans plus me préoccuper de lui. Du moins en apparence. Il ne me quittait pas des yeux. Mes fesses surtout. Il s'en repaissait. Je le savais. Je le sentais.
‒ Qu'est-ce t'as ?
‒ Rien. J'ai rien. Pourquoi ?
‒ Je sais pas. T'es toute bizarre. T'as l'air ailleurs.
‒ Peut-être, oui. C'est parce que…
Et je lui ai raconté cette nuit. La cuisine. Mon pyjama. Et Julien. Julien sous le charme. Julien envoûté. Julien subjugué. Elle a souri, complice.
‒ On prend un sacré pied, hein, à éveiller le désir des hommes. À sentir combien on devient importante, d'un seul coup, à leurs yeux. Celles qui prétendent le contraire, elles mentent. Ou elles se mentent. Et… ?
‒ Et quoi ?
‒ Tu vas faire quoi avec lui maintenant ? Tu vas coucher ?
‒ Je sais pas, mais je crois pas, non.
‒ Si c'est le gros lourd de base il va vouloir. Il va forcément vouloir. Il peut pas concevoir que ça se passe autrement. Mais si le type il est un minimum subtil il va préférer le continuer le jeu. Le faire durer. Il y trouvera bien davantage son compte… Et toi aussi.
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Commentaires ()
J'aime beaucoup la variété que tu proposes, souvent des points de vue originaux.
Brave et merci de continuer !
Bonne journée à toi.
J'aime beaucoup la variété que tu proposes, souvent des points de vue originaux.
Brave et merci de continuer !
Merci, et vivement la suite :p