Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La dernière notification — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La dernière notification
Chapitre 6
Chapitre 6
Le silence de la suite d'hôtel est presque sacré après l'agitation de la nuit. Je suis allongé sur le lit immense, les draps frais contre ma peau, et Ezra est à côté de moi, son corps encore chaud de la douche. Son débardeur blanc colle légèrement à son torse, révélant les contours de ses muscles sans rien d'ostentatoire – juste un homme, pas une star. Ses cheveux blonds humides sentent la menthe, et son sourire est doux, presque timide, comme s'il redécouvrait comment être vulnérable. On s'est embrassés plusieurs fois depuis qu'il m'a rejoint sur le lit, des baisers lents et tendres qui me laissent essoufflé, le cœur battant. Mais maintenant, le silence s'étire, et je sens qu'il veut dire quelque chose de plus profond.
— Marceau, murmure-t-il en se tournant vers moi, sa main effleurant mon bras. On peut parler ? Vraiment parler, comme dans nos messages ?
Je hoche la tête, me redressant un peu contre les oreillers. Mon corps est encore en feu du baiser précédent, mais je sais qu'il a raison. On a besoin de ça – de creuser sous la surface, de partager ces ombres qu'on a effleurées par écran interposé.
— Oui… je veux savoir. Tout.
Il s'assoit en tailleur, face à moi, et prend une grande inspiration. Ses yeux bleus sont hantés, comme s'il revivait des souvenirs douloureux.
— La célébrité… c'est une prison dorée. Au début, c'était un rêve : la musique, les applaudissements, l'adrénaline. Mais maintenant ? Je suis entouré de gens qui me voient comme un produit. Mon manager dicte mes interviews, mes posts sur les réseaux, même mes « relations » publiques. Je n'ai pas d'amis vrais, juste des employés et des fans qui crient mon nom sans savoir qui je suis vraiment. J'ai peur tout le temps : peur d'être trahi, peur que quelqu'un vende une histoire sur moi, peur que si je dis qui je suis – gay, fatigué, seul – tout s'effondre. C'est pour ça que Félix existait. Pour respirer un peu. Pour être… normal.
Ses mots me touchent profondément. Je vois les fissures dans son armure, les mêmes que les miennes, juste à une échelle différente.
— Je comprends, je dis doucement. Moi… je t'ai parlé de ma dépression, mais pas de tout. Cette nuit où on s'est rencontrés sur l'app… j'étais prêt à en finir. J'avais vidé l'armoire à pharmacie, écrit une lettre à mes parents. J'étais invisible : au boulot, dans la vie, partout. Personne ne me voyait. Et puis ton message est arrivé. « Tu es très craquant avec ton côté timide. » Ça m'a sauvé. Littéralement.
Ezra tend la main, prend la mienne, la serre fort. Ses yeux s'embuent.
— Mon dieu, Marceau… je ne savais pas à quel point. Si j'avais su… je t'aurais appelé tout de suite. Tu n'es pas invisible. Pas pour moi. Jamais.
On reste comme ça un moment, mains enlacées, à laisser les larmes couler en silence. Puis mon téléphone vibre sur la table de chevet – une rafale de notifications. Je le prends, et c'est Tiphaine : des dizaines de messages, des emojis en folie, des questions en majuscules.
— MARCEAU !!! C'ÉTAIT EZRA AU VISIO ??? RACONTE TOUT ! IL EST COMMENT ? IL T'A TOUCHÉ ? PHOTOS !!!!
— JE SUIS CHEZ MOI MAIS JE NE DORS PAS TANT QUE TU NE M'AS PAS TOUT DIT !
— T'ES ENCORE AVEC LUI LÀ ??? DIS-MOI TOUT JE SUIS EN TRAIN DE MOURIR.
— JE SUIS CHEZ MOI MAIS JE NE DORS PAS TANT QUE TU NE M'AS PAS TOUT DIT !
— T'ES ENCORE AVEC LUI LÀ ??? DIS-MOI TOUT JE SUIS EN TRAIN DE MOURIR.
Je montre l'écran à Ezra, et on éclate de rire ensemble, un rire libérateur qui allège la tension émotionnelle. Il secoue la tête, amusé.
— Elle est intense, ta collègue. Envoie-lui une autre photo si tu veux. Dis-lui que je suis… charmant.
Je ris encore, et ça fait du bien. Ça rend tout plus réel, plus léger.
Mais le rire s'estompe, et Ezra me regarde à nouveau, avec cette intensité qui me fait frissonner.
Mais le rire s'estompe, et Ezra me regarde à nouveau, avec cette intensité qui me fait frissonner.
— Marceau… je ne veux pas que cette nuit s'arrête là. Je pars demain, mais… on peut faire plus que discuter, si tu en as envie. Sans pression.
Mon cœur s'emballe. Je sais ce qu'il veut dire. Je sens la chaleur monter en moi, un mélange de désir et de terreur. Je n'ai jamais… avec personne. Je suis pudique, timide, et l'idée de me mettre nu devant lui me terrifie.
— Je… j'ai envie, je murmure. Mais c'est ma première fois. Et… j'ai peur. Peur d'avoir mal, peur de ne pas être à la hauteur. Je ne me suis jamais montré nu devant quelqu'un. Et toi… tu es si… parfait.
Il me regarde avec une tendresse infinie, caresse ma joue.
— On n'est pas obligés. Vraiment. Je serai doux, si tu veux. On ira à ton rythme. Ou on peut juste se câliner toute la nuit. C'est toi qui décides.
Je déglutis, mais le désir l'emporte. Je veux ça. Avec lui.
— J'en ai envie. Malgré tout.
Il sourit, se rapproche, et m'embrasse tendrement. Ses lèvres sont douces, chaudes, et le baiser s'approfondit lentement, nos langues se cherchant avec une patience infinie. Il me fait basculer sur le dos, son corps au-dessus du mien sans m'écraser, juste une présence rassurante. Ses mains explorent mon torse par-dessus mon t-shirt, caressant mes côtés, descendant jusqu'à l'ourlet. Il le soulève doucement, attendant mon accord. Je hoche la tête, et il me l'enlève, exposant ma peau pâle, mes cicatrices invisibles de l'ancien moi. Il embrasse mon cou, descend sur mon torse, ses lèvres laissant une traînée de feu. Je frissonne sous ses caresses, ses doigts traçant des cercles sur mon ventre, descendant plus bas.
Il se redresse, enlève son débardeur, révélant son torse sculpté mais pas intimidant – juste beau, avec une peau lisse et chaude. Puis son short. Je retiens mon souffle en voyant son sexe, dur et imposant. La peur monte : il est énorme, et je crains la douleur.
— Ezra… j'ai peur. Ça va faire mal, non ? Et… je suis si pudique… je n'ai jamais été nu comme ça devant quelqu'un.
Il s'allonge à côté de moi, me prend dans ses bras, son corps nu contre le mien, sa peau chaude et douce contre ma poitrine encore habillée en partie.
— Je serai doux. Très doux. On arrête si tu veux. Mais je te promets, on ira lentement. Je vais te préparer, te caresser, jusqu'à ce que tu sois prêt. Et si c'est trop, on s'arrête. D'accord ? Tu n'as pas à avoir honte. Tu es beau, Marceau. Pour moi, tu es parfait.
Je hoche la tête, les yeux fixés sur son sexe dressé, qui semble si imposant contre son ventre plat. Mon propre corps réagit malgré la peur – je sens mon excitation grandir, mais l'anxiété est là, serrant ma poitrine. Ezra remarque mon regard, et il caresse doucement mon visage, me forçant à lever les yeux vers les siens.
— Regarde-moi, pas ça. C'est nous deux, ici. Juste nous.
Il m'embrasse à nouveau, plus profondément cette fois, sa langue explorant ma bouche avec une passion contenue, ses mains descendant pour défaire mon pantalon. Il l'enlève lentement, ses doigts effleurant mes cuisses, me faisant frissonner. Puis mes sous-vêtements suivent, et je me sens complètement exposé, vulnérable sous son regard. Je croise les bras sur mon torse instinctivement, rougissant jusqu'aux oreilles, mais il les écarte gentiment, embrassant chaque centimètre de peau qu'il découvre.
— Ne te cache pas. Tu es beau. Tellement beau.
Ses compliments me font fondre un peu, et je me détends sous ses caresses. Il prend du temps – beaucoup de temps – pour m'explorer : ses lèvres sur mon cou, suçant doucement pour laisser une marque légère, ses mains sur mes hanches, descendant pour caresser mon sexe qui durcit sous ses doigts experts. Il me masturbe lentement, son pouce frottant le gland sensible, me faisant gémir et arquer le dos. Puis il descend plus bas, ses doigts lubrifiés – il a pris le temps d'en appliquer généreusement – effleurant mon entrée. Un doigt d'abord, entrant lentement, me faisant haleter de surprise et d'un mélange d'inconfort et de plaisir naissant.
— Respire, murmure-t-il contre ma peau. Détends-toi pour moi.
Je ferme les yeux, me concentrant sur sa voix, sur ses baisers qui descendent sur mon ventre. Le doigt bouge doucement, explorant, étirant. Puis un deuxième, et la sensation est plus intense, une brûlure qui me fait serrer les dents. Je gémis de douleur, et il s'arrête, m'embrassant les lèvres pour me distraire.
— Ça va ? On peut arrêter.
— Non… continue. Juste… doucement.
— Non… continue. Juste… doucement.
Il obéit, ses doigts bougeant avec une patience infinie, courbant pour toucher ce point sensible en moi qui me fait voir des étoiles, transformant la douleur en vagues de plaisir croissant. Je gémis plus fort, mes hanches se soulevant malgré moi, et il sourit contre ma peau, accélérant légèrement tout en continuant à me caresser ailleurs – mon torse, mes cuisses, partout pour me détendre.
Quand il sent que je suis prêt, il se positionne entre mes jambes, son sexe lubrifié et gainé d'un préservatif. Nos yeux se verrouillent – il ne me quitte pas du regard, comme pour me rassurer.
— Regarde-moi, dit-il. Si ça fait mal, dis-le. On s'arrête quand tu veux.
Il entre en moi doucement, millimètre par millimètre, son gland poussant contre l'entrée étroite. La douleur est vive au début, un étirement brûlant qui me fait grimacer, les larmes aux yeux, mon corps se crispant instinctivement autour de lui. Je halète, mes mains agrippant les draps, mon souffle saccadé.
— Attends… ça fait mal. Trop mal.
Il s'arrête immédiatement, son corps tremblant d'effort pour se retenir, m'embrasse le front, caresse mon visage avec une tendresse infinie, ses lèvres effleurant mes paupières pour essuyer mes larmes.
— Respire. Concentre-toi sur moi. Sur mes yeux. On y va doucement. Je ne bouge pas tant que tu n'es pas prêt.
Je respire profondément, fixant ses yeux bleus pleins d'amour et de patience. Il attend, immobile, jusqu'à ce que la brûlure s'atténue, que mon corps s'habitue à l'intrusion. Puis il avance un peu plus, toujours les yeux dans les yeux, son front perlant de sueur. La douleur persiste, un feu lancinant qui me fait mordre ma lèvre, mais elle se mêle progressivement à une plénitude étrange, une sensation de complétude qui grandit à chaque centimètre. Quand il est enfin complètement en moi, il s'arrête à nouveau, haletant, ses mains caressant mes côtés pour me détendre.
— Tu es si serré… si parfait. Ça va mieux ?
Je hoche la tête, les larmes coulant sur mes joues, mais un sourire timide aux lèvres.
— Oui… ça va. Bouge… s'il te plaît.
Ses mouvements commencent lents, rythmés, ses hanches roulant contre les miennes avec une tendresse infinie qui transforme la douleur résiduelle en vagues de plaisir croissant. Chaque retrait et chaque poussée est calculé, doux, ses mains partout sur moi : caressant mes cuisses pour les détendre, remontant sur mon torse pour pincer doucement mes tétons durcis, descendant pour me caresser en rythme avec ses va-et-vient, amplifiant les sensations. Je gémis plus fort, arquant le dos, nos regards toujours accrochés – ses yeux bleus intenses, pleins d'émotion, comme s'il voulait graver ce moment dans sa mémoire. Il accélère légèrement quand il sent que je me détends complètement, mais reste attentif à chaque réaction de mon corps, ajustant l'angle pour toucher ce point sensible en moi qui me fait voir des étoiles, des éclairs de plaisir pur qui me font haleter son nom.
La sensation devient intense, bouleversante : la plénitude en moi, la friction chaude et humide de son sexe glissant profondément, ses caresses partout sur ma peau sensible. Il murmure mon nom contre mes lèvres, son souffle saccadé, ses doigts s'emmêlant dans mes cheveux pour me tenir plus près. Je sens la pression monter en moi, une boule de feu au bas de mon ventre, et il accélère un peu plus, ses hanches, claquant doucement contre les miennes, son corps luisant de sueur. Nos gémissements se mêlent, intenses, et il capture ma bouche dans un baiser passionné, sa langue mimant les mouvements de son corps en moi.
— Tu es parfait… tellement parfait, souffle-t-il entre deux baisers, sa voix brisée par le plaisir.
On jouit ensemble, un climax tendre et intense : mes mains agrippées à ses épaules, mes ongles s'enfonçant légèrement dans sa peau, nos corps tremblants en synchronie, des vagues de plaisir déferlant comme un tsunami. Il s'effondre doucement sur moi, m'embrasse encore longuement, puis se retire avec soin, me nettoyant avec une serviette chaude qu'il a préparée. Il me serre contre lui, nos corps encore nus, collants de sueur et de plaisir partagé.
On s'endort dans les bras l'un de l'autre, épuisés, enlacés comme si on avait toujours été faits pour ça. Son bras autour de ma taille, ma tête sur son torse, écoutant son cœur ralentir jusqu'à un rythme paisible.
Le matin arrive trop vite. Le téléphone de la réception sonne, un réveil programmé. Ezra grogne, répond d'une voix pâteuse, puis raccroche. Il se tourne vers moi, m'embrasse langoureusement, nos corps encore nus sous les draps. Ses lèvres sont paresseuses, sa langue explorant la mienne avec une familiarité nouvelle, ses mains caressant mon dos nu. On reste comme ça un long moment, à s'embrasser dans le lit, les draps emmêlés autour de nous, nos jambes entrelacées.
Puis il se lève, jette un regard à l'heure.
— On descend prendre le petit-déjeuner en bas ? La salle de restaurant est calme à cette heure, et… j'ai envie de te voir dans la lumière du jour, pas juste ici.
Je rougis, mais l'idée me plaît. On s'habille rapidement – lui en jogging gris et sweat à capuche pour rester discret, moi en reprenant mes vêtements de la veille – et on descend par l'ascenseur privé. La salle de restaurant de l'hôtel est élégante mais presque vide : quelques tables en bois clair, une grande baie vitrée donnant sur une cour intérieure, un buffet discret avec croissants frais, pains au chocolat, fruits coupés, jus pressés, café fumant. Une serveuse nous salue poliment sans rien montrer, habituée aux clients discrets.
On s'installe à une table dans un coin, près de la fenêtre. Ezra commande du café noir serré, moi du thé, et on se sert au buffet : croissants chauds, confiture de fraise pour moi, un yaourt et des fruits pour lui. On mange en silence au début, juste à se regarder, à sourire timidement. La lumière du matin traverse les vitres, dorée et douce, illuminant ses traits fatigués mais heureux.
Au milieu du repas, Ezra prend ma main discrètement sous la table, entrelace nos doigts.
— Marceau… je dois partir bientôt. Mais avant… je veux te demander quelque chose. Est-ce que tu veux être mon petit ami ? Malgré la distance, malgré tout ça. Je sais que c'est fou, mais… je veux essayer. Vraiment.
Je rougis violemment, mon cœur explose dans ma poitrine. Je hoche la tête, incapable de parler tout de suite, les yeux brillants d'émotion.
— Oui… oui, je veux.
Il sourit, un sourire immense et heureux, porte ma main à ses lèvres, l'embrasse tendrement, même ici, dans cette salle presque vide.
— Merci. On va y arriver. Je te le promets.
Le petit-déjeuner dans la salle de restaurant de l'hôtel touche à sa fin, mais aucun de nous deux ne semble pressé de bouger. Les tasses de café sont vides, les miettes de croissant éparpillées sur la nappe blanche, et la lumière du matin continue de baigner la pièce d'une douceur presque cruelle. Ezra regarde sa montre pour la énième fois, ses doigts serrant les miens sous la table avec une force contenue. Son expression est tendue, un mélange de regret et de détermination.
— Mon avion privé m'attend à Dole dans trois heures, dit-il enfin, sa voix basse pour ne pas attirer l'attention des quelques clients encore attablés. C'est plus proche que Lyon, et ça évite les aéroports bondés. Mais… je ne veux pas te quitter comme ça. Pas encore.
Je sens mon cœur se serrer. Trois heures. C'est à la fois trop long et terriblement court. Trop long pour supporter l'attente du départ, trop court pour tout ce qu'on voudrait encore se dire, se faire.
— Trois heures… ce n'est pas beaucoup, je murmure.
Il hoche la tête, son pouce caressant le dos de ma main en cercles lents, comme pour m'ancrer à lui.
— Non, ce n'est pas beaucoup. Mais je vais t'accompagner jusqu'en bas de ton immeuble. Avec la voiture et le chauffeur. Je ne sortirai pas – trop risqué après les photos d'hier soir. Mais je veux te garder contre moi jusqu'au dernier moment possible. D'accord ?
Je hoche la tête, la gorge nouée. On se lève enfin, et il fait signe à Thomas, qui attend discrètement près de la sortie. Dans l'ascenseur qui nous ramène au rez-de-chaussée, on ne dit rien ; ses doigts effleurent les miens en silence, un contact discret mais chargé d'émotion.
Dehors, la voiture noire nous attend, moteur tournant doucement. On s'installe à l'arrière, et le chauffeur démarre sans un mot, connaissant l'adresse que je lui ai donnée plus tôt – mon immeuble, ce bâtiment vieillot et anonyme où tout a commencé.
Le trajet est silencieux au début, mais Ezra ne supporte pas longtemps le vide. Il se tourne vers moi, prend mon visage entre ses mains, ses paumes chaudes contre mes joues.
— Marceau… je ne sais pas comment dire au revoir. Cette nuit… c'était tout ce que j'espérais et plus. Tu es… tu es incroyable. Et je t'aime déjà. C'est fou, je sais. Mais c'est vrai.
Ses mots me transpercent. Je sens les larmes monter à nouveau, mais je les retiens. Je me penche, et nos lèvres se rejoignent. Le baiser est long, très long, presque désespéré. Ses lèvres pressent les miennes avec une urgence douce, sa langue s'insinuant lentement, explorant ma bouche comme s'il voulait mémoriser chaque sensation. Je réponds avec la même intensité, mes mains agrippant son sweat, le tirant plus près. Nos souffles se mêlent, saccadés ; je sens son cœur battre contre le mien à travers le tissu. Ses doigts glissent dans mes cheveux, tirent légèrement ma tête en arrière pour approfondir le baiser, sa langue dansant avec la mienne en un ballet lent et passionné. Le goût de café et de lui m'envahit, et je gémis doucement contre sa bouche. Il mordille ma lèvre inférieure, puis l'apaise d'un coup de langue, avant de replonger plus profondément, nos langues s'entremêlant avec une faim contenue.
Le baiser dure des minutes, peut-être quinze, vingt, jusqu'à ce que le chauffeur tousse discrètement pour la troisième fois, signalant qu'on est arrivés.
Ezra se recule à regret, nos fronts collés, son souffle haletant contre mes lèvres encore gonflées.
— Je t'appelle dès que j'atterris. Promis. Et en attendant… j'essaierai d'envoyer des messages depuis l'avion. Même si le Wi-Fi est pourri. Je ne veux pas te laisser sans nouvelles une seconde de trop.
Je souris faiblement, les larmes coulant maintenant librement sur mes joues.
— D'accord. Prends soin de toi. Et… reviens vite.
Il m'embrasse une dernière fois, rapide mais intense, ses lèvres effleurant les miennes comme un serment. Puis je sors de la voiture, la portière se ferme derrière moi avec un clic définitif. Je reste planté sur le trottoir, les bras ballants, regardant la voiture noire s'éloigner dans la rue étroite. Elle tourne au coin, ses feux arrière clignotant une dernière fois, et elle disparaît. Juste comme ça. Le vide m'envahit, un creux douloureux dans la poitrine, comme si on m'avait arraché une partie de moi. Je sens des larmes chaudes couler sur mes joues, et je les essuie d'un revers de main, essayant de me composer un visage neutre.
Mon téléphone vibre dans ma poche presque immédiatement. Je le sors d'un geste mécanique, et le nom Ezra illumine l'écran. Mon cœur fait un bond douloureux.
[SMS] Ezra : Marceau… tu me manques déjà. Tellement. J'étais si bien avec toi. Vraiment. Heureux comme je ne l'ai jamais été. Merci de m'avoir laissé entrer dans ta vie. Dans ton cœur. Je pense à toi à chaque seconde.
[SMS] Ezra : Marceau… tu me manques déjà. Tellement. J'étais si bien avec toi. Vraiment. Heureux comme je ne l'ai jamais été. Merci de m'avoir laissé entrer dans ta vie. Dans ton cœur. Je pense à toi à chaque seconde.
Les larmes reviennent, plus fortes. Je m'arrête net devant la porte de l'immeuble, le dos contre le mur froid, et je tape ma réponse, les doigts tremblants sur l'écran.
[SMS] Moi : Toi aussi tu me manques déjà. Terriblement. J'avais si hâte de retrouver tes bras. De me réveiller contre toi. C'était… parfait. Reviens vite. S'il te plaît.
[SMS] Moi : Toi aussi tu me manques déjà. Terriblement. J'avais si hâte de retrouver tes bras. De me réveiller contre toi. C'était… parfait. Reviens vite. S'il te plaît.
Je relis, j'appuie sur envoyer. Les trois petits points apparaissent presque immédiatement.
[SMS] Ezra : Je reviens. Promis. Je t'appelle dès que j'atterris. Et je t'envoie des messages tout le trajet. Je t'aime.
[SMS] Ezra : Je reviens. Promis. Je t'appelle dès que j'atterris. Et je t'envoie des messages tout le trajet. Je t'aime.
Je ferme les yeux une seconde, le téléphone serré contre ma poitrine comme un talisman. Puis je pousse la porte de l'immeuble, les jambes lourdes, le visage encore humide de larmes.
Mais le répit est de courte durée. Devant la cage d'escalier, Tiphaine m'attend, adossée au mur, les bras croisés, un sourire impatient et curieux plaqué sur le visage. Elle porte encore son maquillage pailleté de la veille, légèrement effacé par la nuit, et ses yeux pétillent d'une excitation presque maniaque. À peine m'aperçoit-elle qu'elle se jette sur moi, m'attrape par le bras avec une force surprenante et me traîne vers les escaliers, montant les marches deux par deux malgré mes protestations étouffées.
— Marceau ! Enfin ! J'ai poireauté ici depuis une heure, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit ! Allez, monte, on va chez toi, et tu me racontes TOUT ! Absolument tout ! Pas question de me laisser sur ma faim après ce visio de fou !
Je la suis, les jambes lourdes comme du plomb, le cœur encore serré par le départ d'Ezra. On grimpe les quatre étages en silence – ou presque, car Tiphaine n'arrête pas de babiller, sa voix résonnant dans la cage d'escalier étroite :
— T'imagines pas, j'ai repassé le visio cent fois ! Ezra qui me parle, à moi ! Et cette photo… oh mon dieu, je l'ai mise en fond d'écran ! Allez, dépêche-toi, je veux savoir ce qui s'est passé après ! ».
Arrivés devant ma porte, je fouille mes poches pour les clés, les doigts encore tremblants de l'émotion, et elle me pousse presque à l'intérieur dès que j'ouvre, claquant la porte derrière nous comme si on était en pleine conspiration.
Le studio est tel que je l'ai laissé avant le concert : le lit défait, la table encombrée d'un dessin inachevé et de crayons épars, la kitchenette avec une tasse de thé froid oubliée. Tiphaine s'assoit sur le bord du lit sans attendre d'invitation, me fixant comme si j'étais un suspect dans une enquête policière, ses yeux brillants d'une curiosité insatiable.
— Bon, vas-y. Comment ça se fait que tu n'es pas rentré cette nuit ? T'as passé la nuit avec Ezra ? Chez lui ? À l'hôtel ? Raconte ! Il est comment en privé ? Il est gentil ? Il est aussi beau de près ? Et après, qu'est-ce qui s'est passé ? Il t'a raccompagné en limo ? C'est pour ça que t'es arrivé dans cette voiture noire tout à l'heure ? Allez, Marceau, crache le morceau !
Je m'assois sur une chaise en face d'elle, les mains tremblantes, le visage en feu. Je ne sais pas quoi dire. Les mots se bousculent dans ma tête – le baiser dans la voiture, la nuit à l'hôtel, le petit-déjeuner – mais rien ne sort. Je rougis encore plus, baissant les yeux sur le sol usé de mon studio, évitant son regard perçant.
Tiphaine fronce les sourcils, son excitation se transformant en curiosité accrue, presque investigatrice. Elle se penche en avant, les coudes sur les genoux, comme pour mieux me scruter.
— Attends… t'as passé la nuit avec lui, c'est ça ? Oh mon dieu, Marceau ! T'as passé la nuit avec Ezra ? C'est pour ça que tu rougis comme une tomate ? Raconte, allez ! C'était comment ? Il est tendre ? Passionné ? Il t'a fait quoi ? Des câlins ? Des baisers partout ? Et le matin, vous avez pris le petit-déj ensemble ? C'est pour ça que t'as l'air si… rêveur ?
Ses questions fusent comme des balles, rapides et incessantes, et je sens ma tête tourner. Je rougis encore plus, si c'est possible, mes joues brûlantes, mon cœur battant la chamade. Je n'arrive pas à répondre, pas à articuler un mot. Mais Tiphaine est implacable ; elle ne lâche pas, ses yeux s'agrandissant à mesure qu'elle assemble les pièces du puzzle.
— Marceau… attends. T'es pas… t'es gay ? C'est pour ça que tu rougis ? C'est pour ça que t'as jamais répondu quand je te taquinais sur les filles au boulot, ou quand je te proposais des blind dates avec des copines ? Oh mon dieu, ça explique tout ! T'es gay, et Ezra est ton… ton crush ? Ton mec ? C'est pour ça que vous avez passé la nuit ensemble ?
Je relève la tête, les joues en feu, et je hoche la tête imperceptiblement, confirmant sans mots. Elle l'a compris. À quoi bon nier maintenant ? Le secret que j'ai gardé si longtemps, enfoui au fond de moi comme une honte, est enfin dévoilé, et à ma meilleure amie – ou du moins, la personne la plus proche que j'aie au boulot.
— Oui… je suis gay, je murmure enfin, la voix cassée par l'émotion. Mais s'il te plaît, Tiphaine, ne dis rien à personne. Absolument rien. C'est… c'est privé. Personne ne sait. Pas mes parents, pas les collègues. S'il te plaît.
Elle ouvre la bouche, stupéfaite, puis un sourire immense illumine son visage, un mélange d'excitation et de tendresse.
— Promis ! Croix de bois, croix de fer ! Mais oh mon dieu, Marceau, c'est trop beau ! Une star qui tombe amoureux d'un caissier comme toi ? C'est comme un film ! Je suis contente pour toi, vraiment. Mais… je suis un peu jalouse, quand même. Ezra ! Mon idole ! Et c'est toi qui l'as eu !
Je ris nerveusement, mais je la fixe sérieusement, mon regard implorant.
— Tiphaine… promets-le-moi encore. Ne dis rien. S'il te plaît. Je te fais confiance, mais… c'est important.
— Je promets ! Juré craché ! Allez, maintenant, raconte-moi les détails croustillants. C'était comment, le baiser ? Et le reste ? Il est aussi tendre qu'il en a l'air sur scène ?
— Je promets ! Juré craché ! Allez, maintenant, raconte-moi les détails croustillants. C'était comment, le baiser ? Et le reste ? Il est aussi tendre qu'il en a l'air sur scène ?
Je soupire, résigné. Elle ne lâchera pas. Et au fond, peut-être que ça me fera du bien d'en parler. Je m'assois plus confortablement, et je commence à tout lui expliquer, les détails défilant comme un film dans ma tête.
— C'était sur Grindr, il y a quelques jours. J'étais… vraiment mal ce soir-là. J'avais besoin de parler à quelqu'un, n'importe qui. Et puis un message est arrivé : un mec nommé Félix, avec des photos sans visage, mais un corps… enfin, tu imagines. Il m'a dit que j'étais craquant, timide mais attirant. On a commencé à discuter. Il était doux, vulnérable, il parlait de sa solitude, de son boulot qui le faisait voyager tout le temps. On a continué comme ça, des messages, des vocaux, des photos anodines – mes crayons, sa vue d'hôtel. Il m'a dit qu'il était promoteur en cosmétiques, qu'il était de passage à Besançon. Et puis… hier, quand tu m'as forcé à venir au concert, je lui ai dit que j'y allais. Il m'a demandé ma place exacte. Et pendant le show, Ezra n'arrêtait pas de regarder vers notre gradin. J'ai trouvé ça bizarre, je lui ai écrit. Et à la fin… on m'a tiré au sort pour un meet & greet. Mais ce n'était pas un tirage au sort. C'était lui. Il m'a choisi. Et quand il est entré dans la loge, il m'a dit « Salut Marceau, c'est moi ». Félix, c'était Ezra. Il avait menti pour se protéger, pour que je l'aime pour lui, pas pour la star.
Tiphaine écoute, bouche bée, les yeux écarquillés comme si je lui racontais un conte de fées moderne, ses mains serrées sur ses genoux pour contenir son excitation.
— Et après ? La nuit… vous avez… ?
Je rougis à nouveau, mais je continue, choisissant mes mots avec soin.
— Oui… on a passé la nuit ensemble. À l'hôtel. C'était… magique. Il a été doux, patient. On a parlé toute la nuit, on s'est embrassés beaucoup, on s'est… rapprochés. Et le matin, on a pris le petit-déjeuner ensemble dans la salle de restaurant. Et là… il m'a demandé d'être son petit ami. Malgré la distance. Et j'ai dit oui.
Tiphaine pousse un petit cri étouffé, les mains sur la bouche.
— Oh mon dieu ! C'est incroyable ! C'est trop beau ! Et maintenant ? Il part quand ? Il revient quand ? Et toi, tu vas faire quoi ? Tu vas le rejoindre en tournée ?
Je soupire, les yeux dans le vide.
— Il part dans trois heures. Son avion privé l'attend à Dole. Il doit être à Lyon au plus vite pour la suite de la tournée. Il m'a raccompagné en voiture jusqu'ici, mais il n'est pas sorti. On s'est embrassés longtemps… très longtemps. Et il m'a promis d'appeler dès qu'il atterrit.
Tiphaine me prend dans ses bras d'un coup, me serrant fort.
— Marceau… je suis tellement contente pour toi. Vraiment. Tu mérites ça. Tu mérites quelqu'un qui te voit vraiment. Et si je peux faire quoi que ce soit – couvrir pour toi au boulot, t'aider à gérer les rumeurs – je suis là. Mais… promets-moi une chose : quand il reviendra, tu me le présenteras en vrai. Pas juste en visio !
Je ris, malgré les larmes qui reviennent.
— Promis. Mais toi… tu promets de ne rien dire. À personne.
— Juré ! Sur ma vie !
— Juré ! Sur ma vie !
On reste comme ça un long moment, enlacés sur mon lit défait, elle me serrant comme une sœur, moi essayant de retenir les sanglots qui menacent de déborder. Le téléphone dans ma poche vibre – un message d'Ezra :
[SMS] Ezra : En route pour Dole. Je pense à toi à chaque seconde. À tout à l'heure. Je t'embrasse partout.
[SMS] Ezra : En route pour Dole. Je pense à toi à chaque seconde. À tout à l'heure. Je t'embrasse partout.
Et le vide se comble un peu. Juste un peu.
Fin du chapitre 6.
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