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✦ tounet777 Runway à contre-courant XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Runway à contre-courant — Chapitre 8

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Ce chapitre tient sur un fil tendu entre deux désirs incompatibles, et c'est ce déséquilibre qui le rend si prenant. L'écriture sait passer sans transition d'une brutalité sèche à une douceur presque trop belle, et ce contraste de tons dit plus sur Gaspard que n'importe quelle confession. On suit un personnage qui se débat avec lui-même autant qu'avec les autres, et cette honnêteté-là est rare.

Runway à contre-courant

Chapitre 8

L'aube s'infiltre par les fentes des volets, découpant des lames de lumière froide sur le parquet de ma chambre. Je m'éveille avec la sensation atroce d'avoir été passé au broyeur. Mes membres sont d'une lourdeur de plomb, ma tête résonne encore des échos électriques de la nuit, et ma peau semble brûler là où l'ombre de David flottait quelques heures plus tôt. Je tends la main machinalement vers la gauche, cherchant la chaleur d'un corps, le grain d'une peau, ou même simplement le réconfort d'une présence physique.
Rien.
Le drap est glacial. L'oreiller est désespérément lisse, comme si personne n'y avait jamais posé la tête pour m'observer perdre pied. Un frisson d'angoisse pure me parcourt l'échine. Je me redresse d'un bond, le cœur cognant contre mes côtes comme un animal en cage.
Je parcours la maison de mes parents en hâte, mes pas nus résonnant sur le carrelage de la cuisine, puis sur le bois de l'étage. — David ? ma voix est rauque, étranglée par une panique que je refuse encore de nommer. Je sors en trombe dans la cour de la ferme. L'air matinal est vif, presque tranchant, chargé de l'odeur de terre mouillée et de foin, mais le silence qui m'accueille est total.
La voiture de David n'est plus là. L'allée de gravier porte encore les traces nettes de ses pneus, une cicatrice fraîche dans le sol meuble de la ferme de mes parents. Il est parti. Il m'a laissé seul dans cette immense bâtisse vide, avec mes mensonges et mon désir inavouable pour seule compagnie. Je retourne à l'intérieur, le souffle court, chaque mur semblant se rapprocher pour m'étouffer. Je me dirige vers la table de la cuisine et vois mon téléphone. L'écran s'allume. Une notification. Un message.
Je déverrouille l'appareil, les doigts tremblants d'une peur viscérale. C'est un pavé. Direct. Sans filtre. Brutal.
« Je me suis barré à l'aube. Rester là à te regarder faire semblant de dormir alors que tu transpires de désir, c'était devenu insupportable. Tu veux jouer au mec fidèle, au petit protégé de ses parents, à l'amoureux transi d'un fantôme italien ? Grand bien te fasse, Gaspard. Mais je ne suis pas un accessoire pour tes crises d'identité.
Tu m'as dit hier que c'était "biologique". La vérité, c'est que tu es terrifié. Tu crèves d'envie que je te prenne sur ce matelas, tu crèves d'envie de sentir ma queue en toi pour oublier tes responsabilités, mais tu n'as pas les couilles d'assumer que je te plais plus que ton rêve de carte postale. Je ne reviendrai pas te border tant que tu n'auras pas décidé ce que tu veux vraiment. Arrête de te mentir, ça te rend hideux. Choisis : soit tu restes dans ton déni puritain, soit tu assumes que c'est moi que tu veux toucher quand tu fermes les yeux. En attendant, démerde-toi avec ton silence. »
La lecture de ces mots agit comme une décharge électrique sur mes nerfs à vif. La cruauté du ton, cette façon ignoble qu'il a de piétiner ma pudeur et mes efforts désespérés pour rester "droit", fait monter en moi une pression insoutenable. Ce n'est plus de la honte. C'est une rage primale, une fureur qui prend racine dans mon ventre et remonte jusqu'à ma gorge pour exploser.
Je balance mon téléphone sur la table de la cuisine avec une violence inouïe. Le bruit du choc ne suffit pas à calmer l'incendie. Je saisis un torchon, je le serre à m'en blanchir les phalanges, et soudain, je lâche tout.
— PUTAIN !
Je hurle à plein poumons, un cri déchirant qui ricoche contre les casseroles en cuivre suspendues et les vieux murs de pierre. Je frappe du poing sur le plan de travail en chêne, encore et encore, jusqu'à ce que la douleur dans ma main dépasse celle de mon ego. Je suis en colère contre lui, contre son arrogance de prédateur, contre sa façon de m'abandonner après m'avoir mis psychologiquement à nu. Mais je suis surtout en colère contre moi-même, parce que chaque mot de ce message est une flèche empoisonnée qui a atteint le centre exact de ma vérité.
C'est alors que le téléphone vibre à nouveau sur le bois de la table. Un message de Vasco.
— Ciao caro Gaspard... Je vais être très pris par le travail ces trois prochains jours, je ne pourrai pas t'appeler. C'est frustrant mais ça me rend encore plus impatient. Vivement vendredi qu'on se voit enfin. Tu me manques déjà.
Je fixe l'écran, hébété, le souffle encore saccadé par mon cri. La douceur de Vasco est comme de l'eau glacée jetée sur de l'huile bouillante. C'est calme, c'est propre, c'est ce que l'on appelle le "grand amour". C'est tout ce que je devrais chérir. Et pourtant, après la violence organique de David, ce message me semble presque fade, délavé, lointain. Comme si Vasco appartenait à une fiction, une dimension où les corps ne tremblent pas de frustration brute.
Je réponds d'une main mécanique, presque absente :
— Moi aussi, j'ai hâte. À vendredi.
Le mensonge est maintenant total. Je viens de confirmer mon engagement envers l'un alors que chaque pore de ma peau est hanté par l'absence brutale de l'autre.
La journée qui suit est un calvaire de lenteur absolue. Je tourne en rond dans la ferme, j'essaie de ranger, de lire, de m'occuper du jardin, mais rien n'y fait. Je passe mon temps à scruter l'allée de gravier, espérant voir la voiture de David réapparaître, tout en me maudissant de cette attente. Je me sens sale, instable, incapable de définir ma propre identité. Suis-je le Gaspard "timide" qui veut une vie stable avec l'Italien, ou le Gaspard qui a besoin de se perdre dans la passion destructrice et cruelle de David ?
Quand mes parents rentrent enfin le soir, la maison retrouve une activité normale, mais pour moi, c'est le signal de la fin. Je ne peux plus respirer ici. L'air est trop chargé de tout ce qui ne s'est pas passé cette nuit.
Je trouve mon père dans le garage alors qu'il range calmement ses outils. Il lève les yeux, visiblement surpris de me voir si pâle, les yeux cernés de rouge.
— Papa ? je murmure, la voix brisée par l'épuisement. Je suis désolé d'écourter le séjour mais... est-ce que tu pourrais me ramener à la coloc ce soir ? S'il te plaît.
Il me regarde longuement, déchiffrant sans doute une partie de la détresse derrière mes traits tirés. Il ne pose aucune question, et sa discrétion me fait l'effet d'un coup de poignard. Il voit que son fils est en train de se noyer dans quelque chose de trop vaste pour lui.
— Allez, va faire ton sac. Je t'emmène.
Alors que je monte dans la voiture et que je regarde la ferme s'éloigner dans le rétroviseur, une certitude glaciale s'installe. Je retourne vers le danger, vers l'appartement que je partage avec lui, parce que même si David me rend fou et me méprise, l'idée d'être loin de lui est devenue une torture encore plus insupportable que son propre rire.
Le retour à la coloc n'a pas été le soulagement que j'espérais. C'est une plongée brutale dans un aquarium de glace. Depuis ce dimanche soir où mon père m'a déposé devant l'immeuble, le silence est devenu mon seul colocataire. David a érigé des murs invisibles, mais plus infranchissables que le béton, transformant chaque mètre carré de l'appartement en un champ de mines de froideur et de mépris.
La semaine commence sous le signe de l'effacement. David est devenu un maître dans l'art de l'absence présente. Le matin, je n'entends plus le sifflement de la cafetière quand il se lève ; il s'arrange pour avoir quitté les lieux avant même que mon réveil ne sonne. Dans les couloirs, s'il doit me croiser, il ne se contente pas de m'ignorer : il m'efface. Son regard passe à travers moi comme si je n'étais qu'une particule de poussière en suspension dans l'air.
Cette indifférence est une lame qui s'enfonce chaque jour un peu plus. Je guette le moindre bruit, le cliquetis de ses clés, le souffle de sa respiration derrière la porte de sa chambre, mais il ne me laisse rien. Rien d'autre qu'un vide abyssal qui me hurle ma propre lâcheté.
Le mardi, au bahut, le choc est encore plus violent. Habituellement, nous occupons le même rang en amphithéâtre, partageant des remarques acerbes sur les cours de droit ou échangeant des regards complices. Ce matin-là, quand j'arrive, David est déjà installé. Mais il s'est assis tout en haut, à l'opposé de notre place habituelle, entouré de gens à qui il ne parle jamais d'ordinaire.
Quand j'entre dans son champ de vision, il ne sourit pas, il ne fronce pas les sourcils. Il détourne simplement la tête vers son ordinateur avec une lenteur insultante. Je reste planté au milieu de l'allée, le sac pesant une tonne sur mon épaule, sentant le regard des autres étudiants sur moi. Je finis par m'asseoir seul, le cœur serré, luttant contre l'envie de pleurer de rage et de frustration.
Marion n'est pas dupe. Elle a remarqué ce ballet de glace dès le premier jour. Entre deux cours, elle me coince près de la machine à café, son regard scrutateur ne me lâchant pas d'une semelle.
— Gaspard, c'est quoi ce bordel avec David ? demande-t-elle, la voix basse mais impérieuse. Vous ne vous adressez pas un mot, il a changé de place en amphi... Qu'est-ce qui s'est passé chez tes parents ?
Je fixe le gobelet en plastique entre mes mains, essayant de trouver une excuse qui tienne la route.
— Rien, Marion. On s'est juste... un peu pris la tête. Des trucs de coloc, tu sais.
— Des trucs de coloc ? répète-t-elle avec un rire incrédule. Gaspard, regarde-toi. Tu es livide, tu sursautes dès qu'une porte claque. Et lui ? On dirait qu'il a décidé que tu n'existais plus. Ce n'est pas une "prise de tête", c'est une exécution.
Je ne réponds pas. Que pourrais-je lui dire ? Que David a mis à nu mon désir pour lui dans la chambre de mes parents ? Que je suis terrifié par la vérité qu'il m'a jetée au visage ? Je me contente de hausser les épaules, le regard fuyant.
— Il veut que je le laisse tranquille. J'exécute.
Et puis, il y a les appels de Vasco. Chaque soir, vers vingt-deux heures, mon téléphone s'illumine. C'est la bouée de sauvetage à laquelle je devrais m'accrocher, mais elle me semble de plus en plus lourde à porter.
Le mercredi soir, je m'enferme dans ma chambre pour lui répondre. Sa voix est toujours aussi chaude, mélodieuse, pleine de promesses italiennes, mais le ton reste poli, presque révérencieux.
— Gaspard... tu as l'air fatigué. La semaine est longue ?
— Oui, Vasco. Beaucoup de boulot, je mens, la gorge serrée.
Je l'écoute me raconter ses journées à Rome, les projets qu'il imagine pour nous, la villa qu'il veut me faire visiter. C'est un conte de fées, une vie de rêve. Mais pendant qu'il parle, mes yeux sont fixés sur la porte de ma chambre. J'écoute les bruits dans le salon. J'entends David rentrer, le bruit sourd de ses chaussures sur le parquet, le clic de la porte de sa chambre qui se ferme.
Chaque parole tendre que je murmure à Vasco me semble être une trahison, non pas parce que nous nous sommes promis l'éternité, mais parce que mon esprit est hanté par cette vérité brutale que David a réveillée en moi. Je me sens comme un imposteur, un acteur jouant une pièce dont il a oublié le sens. La douceur de Vasco devient une pression, une exigence de perfection à laquelle je ne suis plus sûr de pouvoir répondre.
Le jeudi arrive, et avec lui, le message qui fait tout basculer. Ce n'est pas l'annonce de son arrivée à la coloc comme prévu.
— Changement de programme, Gaspard. Je ne peux pas venir te chercher, je suis retenu par une réunion de dernière minute à Paris demain matin. Prends le train de dix heures. Un chauffeur t'attendra à la gare de Lyon avec un panneau à ton nom. Il t'emmènera directement à l'hôtel où je séjourne. Je suis tellement impatient de te voir. À demain.
Je fixe l'écran, le souffle court. C'est concret. Demain, je serai dans un train. Demain, je serai avec Vasco. Demain, le rêve deviendra réalité et je n'aurai plus d'issue.
Je sors de ma chambre, le téléphone à la main, poussé par une urgence désespérée. Je trouve David dans la cuisine, en train de se verser un verre d'eau. Il ne se retourne pas quand j'entre. La pièce est saturée de son hostilité.
— David, je commence, la voix tremblante. Vasco... il veut que je le rejoigne à Paris demain. Un chauffeur vient me chercher à la gare.
David repose lentement son verre. Il se tourne vers moi, ses yeux noirs comme des puits de pétrole, vides de toute émotion.
— Pourquoi tu me racontes ça ? demande-t-il d'un ton monocorde qui me glace le sang.
— Je... je voulais juste te dire que je serai absent ce week-end.
— Gaspard, écoute-moi bien, dit-il en s'approchant, sa présence occupant soudain tout l'espace. Je m'en fous de ton week-end. Je m'en fous de ton chauffeur et de ton Italien. Tant que tu n'es pas capable d'être franc envers toi-même, tant que tu préfères fuir dans des palaces plutôt que d'affronter ce que tu ressens ici, lâche-moi. Oublie-moi. Fais tes valises, va rejoindre ton prince charmant, mais ne viens pas chercher ma bénédiction. Pour moi, tu n'es déjà plus là.
Il me contourne sans me toucher, mais le déplacement d'air me fait l'effet d'une gifle. Il retourne dans sa chambre et verrouille la porte.
Je reste seul dans la cuisine, le message de Vasco brillant encore sur mon écran. Je suis censé être heureux. Je suis censé être impatient. Mais au lieu de cela, je m'effondre sur une chaise, les mains tremblantes, réalisant que je pars rejoindre un homme pour qui je devrais brûler, alors que je me consume déjà pour celui qui vient de me rayer de sa vie.
La nuit est une agonie. Je prépare mon sac dans un état de transe, glissant des vêtements que je ne suis même pas sûr de vouloir porter. Chaque bruit dans la coloc me fait espérer une dernière confrontation, un dernier geste, mais le silence de David est définitif. Il m'a laissé le choix : la vérité ou le train. Et alors que je ferme ma valise, je sais que je suis en train de choisir la fuite, tout en sachant que j'emporte l'incendie avec moi.
Le train déchire la campagne française dans un sifflement métallique qui semble enfin mettre de la distance entre moi et mon propre désastre. Assis dans le confort feutré de la première classe, je regarde les paysages défiler comme une pellicule de film rayée. L'image de David, debout dans cette cuisine baignée d'hostilité, commence enfin à s'estomper. Ses mots — « Pour moi, tu n'es déjà plus là » — résonnent encore, mais ils perdent de leur superbe face à la vitesse du TGV.
Je n'ai pas envoyé de message. Je n'ai pas regardé mon téléphone une seule fois depuis que j'ai franchi le seuil de la coloc. Pour la première fois de la semaine, je ne suis plus une proie que l'on traque du regard ou que l'on efface d'un silence méprisant. Je redeviens Gaspard, l'étudiant attendu, le garçon que l'on veut voir.
À l'arrivée en Gare de Lyon, l'agitation parisienne m'agresse à peine. Je flotte. Je marche le long du quai, ma valise roulant derrière moi, et je le vois. Un homme d'une quarantaine d'années, vêtu d'un manteau de laine impeccable et de gants de cuir, se tient immobile au milieu du chaos des voyageurs. Il ne cherche pas mon regard avec l'insistance vulgaire des chauffeurs de taxi. Il maintient simplement devant lui, à hauteur de poitrine, une pancarte blanche.
Dessus, il n'y a ni logo, ni symbole complexe. Juste mon prénom, tracé en lettres sobres : Gaspard. C'est suffisant pour que je comprenne que ma transition a commencé.
— Monsieur ? murmure l'homme en s'inclinant légèrement dès que je m'approche.
Je hoche la tête, incapable de prononcer un mot. Il s'empare de ma valise avec une efficacité silencieuse et me guide vers la sortie. La berline noire qui nous attend est garée dans une zone interdite, brillante sous la pluie fine de Paris. L'intérieur sent le cuir neuf et un parfum boisé qui me rappelle immédiatement les bras de Vasco. En m'installant sur la banquette arrière, je sens une tension quitter mes épaules. Ici, David ne peut pas entrer. Ici, son mépris ne pèse rien face à la puissance de l'argent et de l'organisation.
La voiture ne s'attarde pas dans les embouteillages. Elle file vers la place Vendôme et s'arrête devant la façade imposante d'un palace. Je m'apprête à sortir, m'attendant à monter dans une suite pour m'effondrer, mais la portière s'ouvre sur un tourbillon d'élégance.
Vasco est là. Il ne sort pas de l'hôtel, il en descend les marches comme s'il possédait la rue. Il porte un costume anthracite coupé au millimètre, une écharpe de cachemire négligemment jetée sur l'épaule. Dès qu'il me voit, son visage s'illumine d'un sourire d'une sincérité désarmante. Il s'engouffre dans la voiture à mes côtés avant même que j'aie pu dire "bonjour".
— Gaspard... enfin, souffle-t-il.
Il ne me laisse pas le temps de répondre. Il prend mon visage entre ses mains — des mains chaudes, soignées, si différentes de celles rugueuses que j'imaginais me hanter — et m'embrasse sur la bouche. C'est un baiser long, passionné, qui scelle mon appartenance à son monde. Ce n'est pas la brutalité de la coloc, c'est une revendication douce. Ses lèvres ont un goût de café et de luxe. À cet instant précis, le souvenir de David est totalement annihilé. Il n'existe plus de coloc, plus de bahut, plus de province. Il n'y a que cet homme magnifique qui me regarde comme si j'étais la seule chose de valeur dans cette ville.
— On ne s'arrête pas, me dit-il en s'écartant juste assez pour plonger ses yeux dans les miens. Change de programme, mon ange. On part à l'aéroport.
Le chauffeur redémarre en trombe. Je suis hébété, un sourire idiot collé aux lèvres.
— L'aéroport ? Mais... où est-ce qu'on va ?
— À Londres, répond-t-il en me serrant la main, ses doigts entrelacés aux miens. J'ai un jet qui nous attend au Bourget. J'avais besoin de toi pour ce week-end, Gaspard. Je ne pouvais pas imaginer vivre ça sans ton regard pour me porter.
Le trajet jusqu'à l'aéroport se passe dans un cocon de prévenance. Vasco me demande si j'ai faim, si j'ai froid, il ajuste mon col, il me raconte des anecdotes légères pour me détendre. Il est aux petits soins, d'une attention presque maternelle mêlée à un désir évident. Je me laisse porter par son flot de paroles italiennes et françaises, savourant chaque seconde de cette importance retrouvée.
Une fois installés dans les sièges en cuir blanc de l'avion privé, survolant la Manche, Vasco débouche une bouteille de champagne. Les bulles picotent ma gorge, achevant d'anesthésier mes dernières inquiétudes.
— Pourquoi Londres, Vasco ? Qu'est-ce qui est si important ?
Il pose son verre et me regarde avec une fierté immense.
— Demain matin, je signe le contrat de ma vie, Gaspard. Un contrat mondial, une égérie exclusive. Je deviens le nouveau visage de Burberry.
Le nom claque dans la cabine silencieuse. Burberry. L'élégance britannique, le trench iconique, les défilés mondiaux.
— C'est... c'est incroyable, je balbutie.
— C'est un nouveau chapitre pour moi. Et je veux que tu sois à mes côtés pour chaque signature, chaque dîner, chaque séance photo. Je veux que tu découvres ce monde avec moi. Tu n'es plus seulement le petit étudiant de la coloc, Gaspard. À partir de ce soir, tu es avec moi, dans la cour des grands.
Il se penche à nouveau vers moi, son parfum m'enveloppant comme une armure. Il dépose un baiser sur mon front, puis un autre, plus insistant, sur le coin de mes lèvres.
— Oublie tout, murmure-t-il contre ma peau. Oublie la France, oublie tes soucis. Ce soir, Londres est à nous.
Je ferme les yeux, me perdant dans sa chaleur. Pour la première fois depuis des mois, la tempête dans mon crâne s'est tue. Je suis à des milliers de pieds au-dessus de ma vie habituelle, porté par un homme qui m'offre le monde sur un plateau d'argent. David avait raison sur une chose : j'ai choisi la fuite. Mais dans les bras de Vasco, la fuite a le goût de la victoire.
Le trajet entre l'aéroport privé et le cœur de Londres n'est qu'un ruban de lumières floues et de pluie fine. Confortablement installé dans le cuir de la voiture de maître, je regarde la ville défiler : Park Lane, les grilles sombres de Hyde Park, les silhouettes des bus à impériale qui ressemblent à des vaisseaux fantômes dans la brume. Mais mon regard revient sans cesse vers Vasco. Il est là, à quelques centimètres de moi, dégageant cette aura de puissance tranquille qui semble repousser les murs de la réalité.
Lorsque la voiture s'immobilise devant l'entrée majestueuse du JW Marriott Grosvenor House, un portier en livrée s'élance. Ici, tout est ordre, luxe et déférence. On nous escorte à travers les halls aux tapis épais, sous des lustres de cristal qui projettent des milliers d'éclats sur les boiseries sombres. Nous ne passons pas par la réception. Pour Vasco, les protocoles habituels n'existent pas. On nous conduit directement vers les étages nobles, jusqu'à une double porte massive.
— La Royal Mayfair Suite, monsieur, annonce le majordome avec une inclinaison de tête avant de s'éclipser.
Dès que la porte se referme derrière nous, le silence devient souverain. La suite est un palais dans le palais. L'espace est immense : des plafonds ornés de moulures complexes, des meubles de style Regency, et de larges fenêtres ouvrant sur le panorama nocturne de Londres. Mais l'opulence du lieu me semble soudain secondaire.
Vasco retire lentement son écharpe de cachemire et la jette sur un fauteuil en velours. Il consulte sa montre, une pièce d'horlogerie fine qui brille sous la lumière tamisée.
— Il nous reste une heure et demie, Gaspard, dit-il, sa voix résonnant avec une profondeur nouvelle dans le calme de la suite. Une heure et demie avant que je ne doive rejoindre les directeurs de Burberry.
Il s'approche de moi. Je suis resté planté au milieu du salon, un peu intimidé par la démesure du décor. Il pose ses mains sur mes épaules, ses doigts massant doucement mes trapèzes contractés par le stress des derniers jours.
— Tu es encore ailleurs, murmure-t-il. Je sens ton cœur battre d'ici. Qu'est-ce qu'il y a dans ta tête, piccolo ?
— Rien... C'est juste... tout va si vite, Vasco. Le train, Paris, le jet, ce palace... J'ai l'impression que si je ferme les yeux, tout va s'évaporer.
Vasco laisse échapper un petit rire, un son chaud qui me fait frissonner. Il réduit la distance entre nous, m'obligeant à lever les yeux vers lui. Son regard est d'une intensité insoutenable, chargé d'une envie si brute, si irrésistible, qu'elle semble consumer l'air autour de nous.
— Rien ne va s'évaporer. Tu sais... j'attendais ce moment, ce calme absolu avec toi, depuis la seconde même où je t'ai embrassé sur ce quai de gare. Depuis ce jour-là, j'ai le goût de tes lèvres qui me hante. Chaque contrat, chaque voyage, chaque séance photo... tout ça n'était que du bruit de fond. Ce qui compte, c'est ce qui se passe ici, maintenant.
Il me guide doucement, presque sans en avoir l'air, vers la lourde porte en chêne que nous venons de franchir. Il me plaque contre le battant de bois, ses mains glissant de mes épaules vers mes hanches. La pression n'est pas violente, elle est possessive.
— Regarde-moi, Gaspard.
Je lui obéis, hypnotisé. Ses yeux parcourent mon visage comme s'il cherchait à en mémoriser chaque millimètre. Puis, sans plus attendre, il m'embrasse.
C'est un baiser qui ne ressemble à aucun autre. Il est profond, lent, exploratoire. À cet instant précis, le monde extérieur cesse d'exister. Londres disparaît. Le contrat Burberry n'est plus qu'une abstraction lointaine. Et David... l'ombre de David qui me rongeait le cœur depuis dimanche soir est littéralement aspirée dans un vide sidéral. Sa froideur, ses silences, son mépris au bahut, tout cela est balayé par la chaleur dévorante de Vasco.
Le temps s'arrête. Je perds la notion de l'espace. Je ne sais plus si nous sommes à Londres ou au bout du monde. Le seul point d'ancrage qui me reste est la sensation de ses lèvres contre les miennes et le battement sourd de mon propre sang dans mes tempes.
Vasco ne s'arrête pas au baiser. Ses mains entament un voyage lent et méthodique sur mon corps, par-dessus mes vêtements. Je sens la paume de sa main remonter le long de mon torse, devinant la courbe de mes côtes sous ma chemise fine. Ses doigts s'attardent sur mon cou, là où ma peau est la plus sensible, avant de redescendre vers ma taille. Chaque contact déclenche une décharge électrique, une sensation si forte que j'en ai le vertige.
Il se détache de mes lèvres quelques secondes pour m'observer, son souffle court se mêlant au mien.
— Tu es si beau, Gaspard. Tu n'as aucune idée de l'effet que tu me fais. Je pourrais rester ici, dans cette suite, et oublier le reste du monde. Je pourrais laisser Burberry attendre indéfiniment.
— Ils ne seraient pas contents, je souffle, ma voix n'étant plus qu'un murmure rauque.
— Qu'ils attendent, répond-il avec un sourire carnassier. Ils attendent le futur visage de leur marque, mais moi... j'ai déjà tout ce dont j'ai besoin sous les mains.
Il reprend mon visage entre ses paumes, ses pouces caressant mes pommettes. Il me regarde avec une adoration qui me fait presque mal, une envie si manifeste qu'elle me donne l'impression d'être la personne la plus précieuse au monde. Pour moi qui ai été traité comme une "particule de poussière" toute la semaine par David, ce contraste est une drogue puissante.
Il m'embrasse à nouveau, plus farouchement cette fois, ses mains pressant mon dos contre la porte comme s'il voulait me fondre en lui. Je me laisse aller, mes mains s'égarant dans ses cheveux parfaits, brisant leur ordonnance pour la première fois. Je réalise que je suis prêt à tout lui donner, à le suivre n'importe où, pourvu que ce sentiment de plénitude ne s'arrête jamais.
Dans le silence de la Royal Mayfair Suite, alors que la ville de Londres s'agite sous la pluie, je comprends que je viens de franchir un point de non-retour. L'incendie que David avait allumé en moi n'est pas éteint, mais Vasco est en train de construire un palais de verre tout autour pour m'empêcher de brûler. Et pendant cette heure et demie volée au destin, je décide que ce mensonge doré est la seule vérité que je veux connaître.
L'attente a été une agonie feutrée. Après notre baiser contre la porte, Vasco a dû s'arracher à mes bras pour son rendez-vous crucial avec les dirigeants de Burberry. Je suis resté seul dans la démesure de la Royal Mayfair Suite, arpentant les tapis épais comme on parcourt une cage dorée. Pendant deux heures, le silence du palace est devenu mon seul confident. J'ai tenté de ne pas penser, de ne pas laisser mon esprit dériver vers la France ou vers l'ombre de David, mais le vide de la suite m'y ramenait sans cesse. J'ai fini par m'immobiliser près de la grande fenêtre, observant les lumières de Londres se refléter dans les flaques de Park Lane, mon esprit flottant dans une sorte de stase cotonneuse, suspendu au claquement d'une serrure.
Le silence est enfin rompu par le son sec de la porte d'entrée. Lorsque je me retourne, Vasco est là. Il dégage une aura de puissance presque tangible, une électricité qui semble saturer l'oxygène de la pièce. Son costume anthracite est impeccable, sa silhouette sculptée par la lumière tamisée des lustres. Il ne ressemble plus seulement à cet homme fascinant qui m'a emmené loin de tout ; il est l'incarnation du succès, le nouveau visage d'un empire.
Il ne dit rien. Il traverse la pièce avec une démarche de prédateur, s'arrêtant seulement pour saisir une bouteille de Louis Roederer Cristal qui attendait dans son seau de glace. Le bouchon saute avec un bruit mat. Il pose la bouteille, s'approche de moi et plante ses yeux sombres dans les miens.
— C'est fait, Gaspard, murmure-t-il, sa voix vibrant d'une adrénaline qu'il ne cherche plus à masquer. Mais ce contrat ne vaut rien si je ne peux pas te montrer à quel point il me donne envie de toi ici, tout de suite.
Il se tient devant moi, immobile. Sa présence m'intimide. Ce n'est plus le Vasco protecteur, c'est un homme qui a conquis le monde et qui vient réclamer son dû.
— Aide-moi, ordonne-t-il doucement.
Mes mains tremblent alors que je dénoue sa cravate. Je retire sa veste, puis je m'attaque aux boutons de sa chemise de soie. À chaque bouton libéré, Vasco dépose un baiser brûlant sur mes doigts. Sous la soie, je découvre son torse musclé, une architecture de marbre vivant. Sa faim animale commence à percer ; il ne me regarde plus, il me dévore.
— Viens, souffle-t-il.
Il m'entraîne vers la salle de bain monumentale en marbre. La vapeur de la baignoire emplit déjà la pièce d'effluves de santal. Vasco se déshabille entièrement, révélant une anatomie si parfaite qu'elle me coupe le souffle. Quand il se retrouve nu devant moi, mon regard descend inévitablement. Sa virilité est monstrueuse, massive, une colonne de chair sombre et palpitante. C'est une promesse de possession totale qui me fait reculer contre la pierre froide.
— Vasco... j'ai peur d'avoir mal, balbutie-je, sentant mes joues s'empourprer violemment.
Il ne répond pas par des mots. Il me fait asseoir sur le rebord de la baignoire et s'installe entre mes jambes écartées. Sur une étagère de marbre juste à côté, il saisit un flacon d'huile de massage ambrée. Il en verse généreusement dans sa paume, la réchauffant un instant avant de l'étaler sur mes cuisses.
Puis, il plonge ses yeux directement dans les miens, un regard d'une intensité insoutenable qui m'interdit de détourner la tête. Sous ce contact visuel hypnotique, ses doigts experts, enduits d'huile, viennent caresser mon entrée. Il commence ses préliminaires avec une patience de sculpteur. D'abord une simple pression, puis il insère un premier doigt avec une lenteur calculée, sans jamais rompre notre échange de regards. Je sens mon visage brûler de plus en plus, un rouge écarlate envahissant mon cou et mes joues alors qu'il ajoute un deuxième doigt pour m'élargir, me préparant millimètre par millimètre. La sensation de l'huile et la chaleur de son toucher me font basculer dans une vulnérabilité totale, tandis qu'il observe chaque tressaillement de mon plaisir et de ma pudeur.
Il me sort de l'eau, mon corps ruisselant et glissant d'huile, pour me porter dans la chambre. La suite est entourée de miroirs dorés. Il me place debout, face à l'un d'eux, me pressant contre le verre froid tandis qu'il s'ancre derrière moi.
— Regarde-nous, Gaspard. Regarde ce que je te fais.
Dans le miroir, je vois le contraste de ma peau diaphane contre son corps de colosse. Il saisit mes cuisses pour m'écarter et je vois, dans le reflet, sa queue énorme qui presse l'entrée qu'il a si soigneusement lubrifiée. Lorsqu'il commence à s'enfoncer, je lâche un cri, les yeux rivés sur l'image pornographique de notre union. Je vois ma chair s'étirer pour l'accueillir tandis qu'il pénètre en moi avec une force irrésistible. Sa queue disparaît en moi jusqu'à la garde, me remplissant jusqu'à l'absurde. Chaque poussée est un choc électrique qui brouille ma vision.
Dans le miroir, je vois l'expression de triomphe sauvage sur son visage et mon propre visage, encore rouge de honte et de désir, s'abandonner totalement. David n'existe plus ; il n'y a que ce géant qui me broie.
L'urgence devient une nécessité de fusion. Il me retourne sur les draps de coton égyptien. Vasco me surplombe, ses yeux brillant d'une lumière animale. À chaque poussée profonde, sa queue énorme me martèle, me sauvant de mes propres démons. Je suis à lui, corps et âme, perdu dans le rythme de sa possession brutale.
Alors que l'orgasme approche, Vasco se retire brusquement. Je lâche un cri de frustration pure. Il se redresse, imposant, et me guide doucement par les cheveux, m'indiquant sa volonté. Je me soumets à genoux devant cette icône de puissance. Je veux tout prendre de lui.
Lorsque la fin arrive, Vasco lâche un grognement de fauve, un cri de victoire qui résonne contre les murs. Il jouit longuement dans ma bouche, une offrande chaude, abondante et amère, le sceau définitif de son pouvoir absolu. Je m'effondre contre lui, le souffle court. À Londres, dans la chaleur de ses bras, j'ai enfin trouvé mon exil.
Fin du chapitre 8.
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Chapitre 9
Londres, une suite au cœur de Mayfair. Gaspard, étudiant de vingt et un ans venu du Jura, se retrouve dans l'orbite éblouissante de Vasco, mannequin international à la puissance intimidante. Entre un dîner clandestin dans une cabine privée et les coulisses d'une carrière mondiale qui s'ouvre dès le lendemain, deux corps et deux mondes se heurtent dans l'intimité dorée du luxe londonien. Jusqu'où Gaspard est-il prêt à s'aventurer dans cette réalité qui n'est pas la sienne ?
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