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✦ tounet777 La proie du chasseur XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La proie du chasseur — Chapitre 5

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La proie du chasseur

Chapitre 5

Chapitre 5
Je ferme les yeux. Et c'est immédiat : Robin est là. Je revois ses lèvres sur les miennes devant la voiture, ce baiser brutal, désespéré, ses mains qui me plaquaient contre la tôle froide. Je revois son regard quand il m'a dit « Tu sais que j'en ai envie aussi », sa voix grave, presque suppliante. Je revois la porte qui claquait derrière lui, et moi, immobile, les doigts sur mes lèvres gonflées, le sexe dur dans mon pantalon, incapable de bouger pendant de longues secondes.
Mon corps réagit malgré moi. Je sens la chaleur monter dans mon ventre, descendre plus bas. Mon sexe durcit lentement, douloureusement, contre le tissu du boxer. Je serre les dents, refuse d'y toucher. Je me retourne sur le côté, ramène les genoux contre ma poitrine, comme si je pouvais contenir cette chaleur, cette envie. Mais ça ne marche pas. Les images reviennent, plus précises encore. Hier soir : sa langue dans ma bouche, ses mains qui me soulevaient, son torse contre le mien, sa queue qui entrait en moi, lentement d'abord, puis violemment. Je revois mes propres gémissements, mes jambes qui s'enroulaient autour de lui, mon cul qui se contractait autour de sa longueur quand j'ai joui si fort que j'ai crié son nom. Je revois son râle quand il a déversé tout son sperme au fond de moi, puis ces derniers allers-retours pour tout tasser, comme s'il voulait marquer chaque centimètre de mon corps.
Je gémis doucement malgré moi, un son étouffé dans l'oreiller. Mon sexe est dur maintenant, tendu à l'extrême, et je sens une goutte de liquide pré-séminal mouiller le tissu. Je me hais. Je me hais de bander encore pour lui, pour cet homme qui représente tout ce que je combats. Et pourtant… pourtant, je revois ses yeux quand il m'a murmuré « J'ai jamais eu autant de plaisir avec quelqu'un », sa voix rauque, presque vulnérable. Je revois ses doigts caressant mes fesses après, tendres, presque amoureux. Et cette tendresse-là me perturbe encore plus que le sexe brut.
Je me relève d'un coup, fais les cent pas dans la chambre. Liberté me suit des yeux depuis le lit, miaule doucement. Je vais à la fenêtre, regarde la forêt noire qui commence à s'assombrir. Il est là-bas, à quelques kilomètres, dans son chalet. Il est peut-être en train de préparer son dîner, ou de caresser son chien, ou simplement assis devant sa cheminée. Cette idée me fait mal au ventre. Je bande encore plus fort. Je retourne me coucher, m'allonge sur le dos, fixe le plafond. Les heures passent. 19 heures. 20 heures. 21 heures. Je n'ai pas allumé la lumière. Je n'ai pas mangé. Je n'ai pas bougé, sauf pour changer de position toutes les dix minutes, cherchant une posture qui calmerait mon corps, qui apaiserait mon esprit. Rien ne marche.
Vers 22 heures, je n'en peux plus. Je tends le bras vers la table de nuit, attrape mon téléphone. Mes doigts tremblent quand je fais défiler les contacts. Son numéro est là, enregistré depuis la première fois qu'il m'a appelé pour son chien. Je fixe l'écran un long moment, le cœur battant si fort que j'ai l'impression qu'il va exploser. Puis j'appuie sur l'icône d'appel. Une sonnerie. Deux. Trois. Messagerie. Sa voix enregistrée, grave, posée : « Salut, c'est Robin. Laissez-moi un message, je vous rappelle. »
Le bip retentit. Je panique. Je ne sais pas quoi dire. Les mots se bousculent dans ma gorge.
— Robin… c'est Jonas. Je… je sais que c'est tard, et je… je ne sais même pas pourquoi je t'appelle. Enfin si, je sais. Aujourd'hui… devant la voiture… c'était… je sais pas. Je suis parti encore une fois comme un con, et je… je n'arrête pas de penser à toi. À hier soir. À tout ça. À toi. Je… je dors pas. Je tourne en rond depuis que je suis rentré. Je… je sais pas ce que je veux dire. Juste… si tu as ce message, appelle-moi. Ou pas. Enfin… tu peux m'appeler. Mais tard. Très tard. Parce que je dors pas. Je… je t'attends. Enfin non. Pas vraiment. Mais… appelle-moi si tu veux. Ou pas. Je sais pas. Pardon pour le message décousu. C'est… c'est compliqué.
Je raccroche, le cœur au bord des lèvres. Je repose le téléphone comme s'il me brûlait. Je me lève, vais dans la cuisine, me prépare un thé vert que je ne bois pas vraiment. Je m'assois devant la cheminée, allume un feu minuscule. Les flammes dansent, projettent des ombres sur les murs. J'attrape un livre au hasard sur l'étagère – un essai sur l'éthique animale que je connais par cœur – mais je n'arrive pas à lire une ligne. Les mots se brouillent. Je fixe les flammes, revois son visage quand il m'a embrassé devant la voiture, son regard chargé de désir et de frustration. Je bande encore. Je ferme les yeux, respire profondément. Il est minuit passé.
Soudain, des phares balaient la fenêtre. Une voiture se gare devant le chalet. Mon cœur fait un bond. Qui peut venir à une heure pareille ? Je me lève, le livre tombe par terre. J'ouvre la porte, l'air glacial me gifle. Robin descend de son pick-up noir, la lumière des phares éclairant son visage. Il porte la même veste kaki que ce matin, les mêmes bottes, et son regard vert me trouve immédiatement dans l'obscurité.
— Qu'est-ce que tu fais là ? dis-je, la voix mal articulée, tremblante.
Il s'approche lentement, les mains dans les poches, sans sourire.
— J'ai écouté ton message. J'ai préféré venir directement plutôt que t'appeler.
Il s'arrête sur le perron, à deux marches de moi.
— Tu ne veux pas me faire rentrer ?
Je déglutis, hésite. Puis je m'écarte.
— Entre.
Il monte les marches, passe devant moi. Je referme la porte derrière lui. L'air froid est remplacé par la chaleur du feu et par son odeur à lui, celle que j'ai essayé d'effacer sous la douche. Il se retourne vers moi.
— Alors… tu as pris ta décision ?
Je le fais s'asseoir sur le divan, mais je reste debout, incapable de le regarder dans les yeux. Je fixe le sol, les mains tremblantes.
— Je… je suis désolé. Je ne comprends pas ce qui se passe. Hier soir… c'était… je sais pas. Mais je veux bien… je veux bien te revoir. Mais tout en douceur. Pas comme hier. Pas tout de suite. Je… j'ai besoin de comprendre.
Robin sourit, un sourire doux, presque soulagé. Il tend la main vers moi.
— Viens là.
Je regarde sa main. Grande, calleuse, chaude. Je la prends, lentement. Il me tire doucement vers lui, me fait asseoir à côté. Il ne lâche pas ma main.
— Regarde-moi, Jonas.
Je relève les yeux. Ses yeux verts sont tendres, mais toujours chargés de désir.
— Est-ce que je peux t'embrasser ?
Je déglutis. Mon cœur bat à tout rompre.
— Oui.
Il se penche lentement, ses lèvres effleurent les miennes. Le baiser est doux, presque chaste au début, puis plus profond, plus lent. Je réponds, les mains sur ses épaules, et pour la première fois depuis hier soir, je me laisse aller sans culpabilité. Juste le désir, la tendresse, et cette promesse muette que nous allons essayer, doucement, de comprendre ce qui nous arrive. Le feu crépite, la nuit est longue, et pour la première fois depuis des heures, je respire.
Je reste assis sur le divan, le cœur encore battant de ce baiser doux et profond qui vient de sceller quelque chose entre nous. Robin est à côté de moi, sa main toujours dans la mienne, ses doigts entrelacés aux miens avec une fermeté tranquille. Le feu crépite doucement dans la cheminée, projetant des lueurs orangées sur les murs en rondins. La nuit dehors est noire, épaisse, seulement percée par le bruit lointain de la bruine qui frappe les vitres. Je sens sa chaleur contre mon flanc, son odeur familière – bois, sueur légère, un soupçon de forêt – qui m'envahit à nouveau, mais cette fois sans la panique de tout à l'heure. Juste une présence, calme, rassurante.
Nous restons silencieux un long moment, nos souffles qui se synchronisent peu à peu. Je sens son pouce caresser doucement le dos de ma main, un geste simple, presque machinal, mais qui me fait frissonner. Je n'ose pas parler. J'ai peur de rompre cet instant fragile, cette trêve que nous venons de signer sans mots. Pourtant, je sens que je dois dire quelque chose. Que je dois aller plus loin, même si c'est juste un pas minuscule.
Je relève les yeux vers lui. Il me regarde déjà, ses yeux vert brillant dans la pénombre, attentifs, patients.
— Robin… murmuré-je, la voix basse, hésitante.
Il incline légèrement la tête, m'encourageant sans un mot.
— Tu… tu veux bien rester dormir avec moi ce soir ?
Les mots sortent presque malgré moi. Je sens mes joues chauffer, mais je continue, parce que je ne peux plus reculer.
— Mais… il ne se passera rien. Juste dormir. Je… j'ai besoin de sentir quelqu'un près de moi. Sans plus. Pas ce soir.
Il me regarde un long moment, sans surprise, sans jugement. Puis un sourire très doux étire ses lèvres.
— Bien sûr.
Il se lève lentement, me lâche la main avec une petite pression rassurante. Il se dirige vers la porte d'entrée. Mon cœur se serre d'un coup. Je crois qu'il part. Je crois que j'ai mal formulé, que j'ai été trop clair, trop froid. Je me redresse sur le divan.
— Robin…
Il s'arrête, la main sur la poignée. Il se retourne, et je vois qu'il sourit toujours.
— Ok… je comprends. Mais merci d'être passé me voir.
Ma voix tremble un peu. Je baisse les yeux, honteux d'avoir osé demander, honteux d'avoir cru qu'il resterait.
Il ne répond pas tout de suite. J'entends le cliquetis de la clé dans la serrure. Il verrouille la porte. Puis il se retourne complètement vers moi, les bras croisés, un sourire en coin.
— Je déteste qu'une porte reste ouverte quand je vais dormir.
Je le regarde, les yeux brillants. Mon cœur s'illumine d'un coup, comme si une lumière s'allumait en moi. Il ne part pas. Il reste.
Il revient vers moi, lentement, les mains dans les poches.
— Et je dors où ?
Je le regarde encore, la gorge serrée, les joues en feu.
— Tu peux dormir avec moi… si tu veux. Mais juste dormir, ok ?
Il hoche la tête, le sourire toujours là, tendre et patient.
— Bien sûr. Juste dormir.
Je me lève, les jambes un peu tremblantes. Je lui tends la main.
— Viens avec moi.
Nous allons dans ma chambre. La pièce est sombre, seulement éclairée par la lueur rougeoyante qui filtre du salon. Je retire mon t-shirt, reste en boxer gris clair. Je me glisse sous les draps, le cœur battant. Robin fait la même chose : il enlève sa veste, son pull, son jean, reste en boxer noir moulant. Il se couche à côté de moi, à distance respectable au début. Le matelas s'affaisse légèrement sous son poids. Je sens sa chaleur, même sans le toucher.
Je tends la main dans le noir, trouve la sienne. Nos doigts s'entrelacent à nouveau. Je me rapproche doucement, pose mes lèvres sur les siennes. Un baiser léger, tendre, presque timide. Il répond avec la même douceur, sans forcer, sans urgence. Quand je m'écarte, il me regarde, un sourire dans les yeux.
— Cool… tu fais enfin un premier pas vers moi.
Je rougis dans l'obscurité, baisse les yeux, mais je souris malgré moi.
Nous restons comme ça un long moment, sans parler, juste à nous regarder dans la pénombre. Nos souffles se calment peu à peu. Nos doigts restent enlacés. Puis je l'embrasse à nouveau, doucement, lentement, comme pour sceller quelque chose de fragile entre nous.
— Bonne nuit, Robin.
Je me retourne, lui tourne le dos, tire la couverture sur moi. Je ferme les yeux, espérant que le sommeil viendra enfin.
Quelques secondes passent. Je sens le matelas bouger. Robin se rapproche, glisse un bras autour de ma taille, me prend contre lui en cuillère. Sa poitrine contre mon dos, son souffle chaud sur ma nuque. Il dépose un baiser léger dans mon cou, juste sous l'oreille.
— Bonne nuit, Jonas, murmure-t-il. Je suis content d'avoir eu ton appel ce soir.
Je souris dans le noir, le cœur plus léger. Sa chaleur m'enveloppe, son bras autour de moi me sécurise. Pour la première fois depuis des jours, je respire vraiment. Le sommeil arrive enfin, doucement, comme une vague lente. Je m'endors dans ses bras, sans peur, sans culpabilité, juste avec cette présence qui me fait du bien. La nuit est calme, le feu crépite au loin dans le salon, et pour la première fois depuis longtemps, je ne suis plus seul.
Je me réveille plusieurs fois dans la nuit, brièvement, juste assez pour sentir son corps contre le mien, son souffle régulier dans mon cou, son bras qui me tient toujours. Chaque fois, je me rendors presque aussitôt, apaisé. À un moment, je me retourne dans son étreinte, me retrouve face à lui. Nos fronts se touchent. Je sens son souffle sur mes lèvres. Je ne bouge pas. Je reste là, les yeux fermés, à écouter son cœur battre contre le mien. C'est la première fois depuis des mois que je dors vraiment.
Quand le matin arrive, la lumière grise filtre à travers les volets. Robin dort encore, son visage détendu, ses cheveux en bataille. Je le regarde un long moment, le cœur battant doucement. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve. Je ne sais pas si je vais réussir à concilier ce désir avec mes convictions. Mais là, à cet instant, dans ce lit, avec lui contre moi, je me sens… bien. Juste bien.
Je me lève doucement pour ne pas le réveiller. Je vais dans la cuisine, prépare deux thés verts. Quand je reviens dans la chambre avec les tasses fumantes, il ouvre les yeux, sourit en me voyant.
— Bonjour.
— Bonjour.
Je lui tends une tasse. Il s'assoit contre la tête de lit, prend le thé, me regarde par-dessus le bord.
— Tu as bien dormi ?
— Oui. Pour la première fois depuis longtemps.
Il hoche la tête, boit une gorgée.
— Moi aussi.
Nous restons silencieux un moment, juste à boire notre thé, côte à côte dans le lit. Puis il pose sa tasse sur la table de nuit, se tourne vers moi.
— On prend notre temps, d'accord ?
Je hoche la tête.
— D'accord.
Il se penche, m'embrasse doucement sur la tempe.
— Merci de m'avoir laissé rester.
Je souris, pose ma tête sur son épaule.
— Merci d'être venu.
Le jour se lève doucement. La forêt dehors est silencieuse. Nous restons là, enlacés, sans rien dire de plus. Juste présents. Juste ensemble. Et pour la première fois depuis des mois, je sens que quelque chose peut commencer. Lentement. Doucement. Sans forcer.
Nous finissons notre thé en silence, savourant chaque gorgée, chaque regard échangé. La tasse vide dans mes mains, je la repose sur la table de nuit et me tourne vers lui. Son profil est illuminé par la lumière filtrant des volets, ses yeux verts captant les premiers rayons comme des émeraudes. Mon cœur bat un peu plus fort. Je sais que le temps presse – le cabinet m'attend –, mais je n'ai pas envie de briser cet instant.
— Robin… commencé-je, la voix hésitante.
Il tourne la tête, me regarde avec cette attention totale qui me désarme toujours.
— Oui ?
Je déglutis, cherchant mes mots.
— Je… je dois aller travailler. Les consultations commencent à 9 heures.
Il hoche la tête, sans surprise, son pouce caressant toujours le dos de ma main.
— Je sais. Tu as des responsabilités.
Je souris faiblement, touché par sa compréhension.
— Mais… est-ce que je peux venir chez toi ce soir ? Après mon travail… ou quand tu veux. Juste… être là.
Les mots sortent un peu maladroits, mais sincères. Je sens mes joues chauffer légèrement, comme un adolescent qui demande un rencard pour la première fois. Robin me regarde un long moment, ses yeux s'illuminant d'un éclat joyeux, presque triomphant.
— J'attendais vraiment que tu me le demandes, murmure-t-il, sa voix basse, chargée d'une émotion contenue.
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je baisse les yeux une seconde, gêné par l'intensité de son regard, mais heureux, si heureux que j'ai l'impression de flotter. Il se penche alors, m'embrasse sur le front, un geste tendre, paternel presque, puis sur les lèvres – un baiser léger, doux, qui promet plus sans exiger. Ses lèvres sont chaudes, légèrement rugueuses de sa barbe naissante, et je réponds avec une douceur égale, mes mains remontant sur ses avant-bras pour le retenir un instant de plus.
Il se lève enfin, commence à s'habiller avec une lenteur délibérée. Je le regarde enfiler son jean sombre qui moule parfaitement ses cuisses musclées, son pull gris qui souligne ses épaules larges, sa veste kaki qu'il boucle avec soin. Chaque geste est simple, quotidien, et pourtant je ne peux pas détacher mes yeux de lui. Il est beau, si masculin, si réel. Il boucle sa ceinture, enfile ses bottes robustes, se retourne vers moi. Je suis toujours assis dans le lit, les draps remontés jusqu'à la taille, le cœur battant un peu trop vite, un sourire timide aux lèvres.
Il s'approche à nouveau, se penche au-dessus de moi. Ses mains encadrent mon visage, ses pouces caressent doucement mes joues, effleurant la ligne de ma mâchoire. Il m'embrasse une dernière fois, plus longuement, profondément, sa langue effleurant la mienne avec une tendresse qui me fait fondre. Je réponds, les mains sur ses avant-bras, sentant la force tranquille de ses muscles sous le tissu. Quand il s'écarte, il pose son front contre le mien une seconde, nos souffles se mêlant.
— À ce soir, Jonas, murmure-t-il, sa voix rauque d'émotion.
Puis il me serre contre lui – une étreinte forte, enveloppante, où je sens chaque centimètre de son corps contre le mien, sa chaleur, son cœur qui bat au même rythme que le mien. Il m'embrasse une dernière fois sur la tempe, inhale mon odeur comme pour la graver en lui, et se redresse.
Il se dirige vers la porte, s'arrête une dernière fois sur le seuil, se retourne. Son sourire est doux, confiant.
— Prends soin de toi aujourd'hui. Et… pense à moi.
La porte se referme doucement derrière lui. J'entends le moteur de son pick-up démarrer, les pneus crisser sur le gravier humide, puis le silence revient, seulement troublé par le chant matinal des oiseaux et le murmure du vent dans les sapins.
Je reste assis dans le lit un long moment, immobile, un sourire idiot sur les lèvres. Je suis sur un petit nuage. Mon cœur bat encore vite, mais cette fois ce n'est pas d'angoisse. C'est d'excitation, de joie pure, d'une légèreté que je n'ai pas ressentie depuis des mois, depuis Lyon peut-être. Je touche mes lèvres du bout des doigts, là où il m'a embrassé, et je souris encore plus, les joues rosissant toutes seules. Il vient ce soir. Chez lui. Juste nous deux. Pas de pression, pas de chasse, pas de cabinet. Juste Robin et moi.
Je me lève enfin, les pieds touchant le plancher froid. La chambre est baignée d'une lumière grise et douce, filtrant à travers les volets. Liberté miaule depuis le pas de la porte, réclamant son petit-déjeuner. Je souris, le caresse en passant.
— T'inquiète, mon vieux. Tout va bien.
Je me douche rapidement, l'eau chaude rinçant la fatigue de la nuit précédente, mais pas cette joie pétillante qui danse en moi. Je m'habille avec soin – jean slim bleu foncé, chemise bleu marine ajustée, pull cachemire gris, veste tweed –, passe mes doigts dans mes cheveux pour les discipliner, enfile mes baskets blanches montantes. Je me regarde dans le miroir : les cernes ont presque disparu, mes yeux pétillent, un sourire naturel aux lèvres. Je suis… heureux.
Je prends mes clés, ma sacoche, sors. Le Defender démarre au quart de tour. La piste est encore humide de la bruine nocturne, mais le soleil perce timidement à travers les nuages, illuminant la forêt d'une lumière dorée. Le trajet jusqu'au cabinet se fait dans un état second, comme si le monde était plus lumineux, plus vivant. Les sapins majestueux qui bordent la route semblent danser doucement dans le vent, le lac de Vouglans en contrebas scintille comme un joyau turquoise sous les premiers rayons. Je conduis en pilote automatique, un sourire stupide aux lèvres, les mains détendues sur le volant. Je ne pense qu'à lui. À son sourire quand je lui ai demandé de venir ce soir. À la façon dont il m'a embrassé avant de partir, longuement, profondément. À ce qu'il a dit : « J'attendais vraiment que tu me le demandes. » Je revois son corps dans le lit ce matin, détendu, vulnérable, beau. Je revois son bras autour de ma taille pendant la nuit, son souffle régulier dans mon cou.
Mon sexe durcit légèrement rien qu'en y pensant, une chaleur familière monte dans mon ventre, mais cette fois je ne me hais pas. Je souris encore plus. Je me sens vivant, désiré, entier.
À chaque virage, je m'imagine chez lui ce soir : son chalet rustique, la cheminée allumée, nous deux sur son canapé, parlant, nous embrassant doucement, sans urgence. Pas de sexe cette fois, pas encore. Juste être ensemble, apprendre à se connaître sans la pression de la chair. Je repense à la mise bas chez les Guerrin, à la façon dont il m'a aidé, émerveillé par la naissance du veau. À sa petite Lou, la chienne du SPA, qui trottinait joyeusement pendant la traque. À son rire quand je lui ai dit que je haïssais les chasseurs, et comment il m'avait répondu avec calme, sans se vexer. Il n'est pas le monstre que j'imaginais. Il est complexe, passionné, tendre sous sa carapace de garde-chasse. Et moi… moi, je commence à l'aimer, peut-être. Ou du moins, à le désirer au-delà de la chair, au-delà de nos différences.
Le cabinet apparaît au bout de la route sinueuse. Lucie est déjà là, range les dossiers de la matinée. Elle lève les yeux quand j'entre, surprise par mon sourire.
— Bonjour, docteur Ruiz. Vous avez l'air… reposé.
Je ris doucement, pose ma sacoche.
— Oui. J'ai bien dormi. Prêt pour la journée ?
Elle hoche la tête, un peu perplexe devant ce changement d'humeur.
— Les premiers rendez-vous sont à 9 heures. Un chiot pour vaccin, une chatte stérilisée.
Je commence la journée sur un nuage. Les consultations défilent avec une facilité inhabituelle : je vaccine le chiot avec soin, explique aux propriétaires les bienfaits d'une alimentation végétale, ils écoutent vraiment cette fois. La chatte se remet bien de sa stérilisation, je la palpe, vérifie les points de suture, et Lucie m'assiste avec son efficacité habituelle. Entre deux patients, je jette un œil à mon téléphone : un message de Robin. « À ce soir. Pense à moi. » Mon cœur fait un saut périlleux. Je souris comme un idiot, range le téléphone avant que Lucie ne voie.
Midi arrive. Je mange un sandwich végétarien au bureau – avocat, tomates, pain complet –, mais je n'ai presque pas faim. Je pense à lui, à ce soir. Je m'imagine chez lui, entrant dans son chalet, sentant son odeur, le voyant sourire. La tension monte, agréable, excitante. L'après-midi, un cheval boiteux dans une ferme voisine : je l'examine, conseille un ferrage adapté, le propriétaire écoute attentivement. Tout va bien. Je suis efficace, joyeux, vivant.
À 17 heures, je ferme le cabinet. Lucie me salue d'un sourire complice.
— Bonne soirée, docteur. Vous avez l'air… heureux.
Je ris.
— Oui. Bonne soirée, Lucie.
Fin du chapitre 5.
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