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✦ tounet777 La proie du chasseur XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La proie du chasseur — Chapitre 8

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La proie du chasseur

Chapitre 8

Chapitre 8
Le monde extérieur n'existe plus. Dans la pénombre douillette de la chambre, seule la lueur bleutée et timide de l'aube, qui commence à filtrer à travers les volets de bois massif, vient dessiner des formes incertaines sur les murs lambrissés du chalet. Je suis plongé dans un sommeil profond, un de ces sommeils réparateurs où l'on se sent enfin en sécurité, quand une sensation de chaleur et de douceur commence à me tirer de ma torpeur. Ce n'est pas un réveil brutal, mais une lente ascension vers la conscience, guidée par des caresses légères et expertes qui parcourent mon épaule et ma nuque.
Je sens des lèvres se poser délicatement sur ma tempe, puis sur ma joue, avant de descendre vers le creux de mon oreille. Une voix grave, encore un peu enrouée par la nuit et les plaisirs partagés, murmure doucement, faisant vibrer chaque fibre de mon être.
— Il est l'heure de se lever, la marmotte, dit-il avec une tendresse infinie. Le soleil commence à pointer derrière les cimes.
J'ouvre les yeux avec lenteur, le regard encore embrumé par le sommeil, mais mon visage s'illumine d'un grand sourire dès que je croise celui de Robin. Il est déjà redressé, appuyé sur un coude, son torse nu sortant de la couette lourde. Ses cheveux sont en bataille, ce qui lui donne un air plus jeune, et ses yeux verts sont d'une douceur totale, dépouillés de cette vigilance constante qu'il porte lorsqu'il est en service.
— Bonjour toi, murmuré-je d'une voix ensablée, le cœur battant calmement dans ma poitrine.
— Bonjour, répond-il en se penchant pour m'embrasser tendrement sur les lèvres.
Je m'étire longuement sous les draps, sentant encore sur ma peau les traces de sa passion de la veille, et je fais mine de vouloir me lever pour l'aider. Mais Robin pose une main ferme et douce sur mon torse, m'immobilisant contre les oreillers.
— Reste là. Réveille-toi doucement, ne bouge pas, me dit-il. Je m'occupe de tout, je vais préparer le petit-déjeuner.
Je le regarde sortir du lit. Robin se lève et reste entièrement nu devant moi, sans aucune gêne. Je reste immobile, les mains derrière la tête, fasciné par la puissance de sa silhouette qui se découpe dans la pénombre matinale. Ses muscles roulent sous sa peau alors qu'il s'étire, révélant la cambrure de son dos et la fermeté de ses fesses. Je le regarde s'éloigner et quitter la chambre ainsi, dans sa plus simple expression, sa démarche assurée faisant craquer le plancher.
J'écoute les sons du chalet qui s'éveille. Le cliquetis de la vaisselle dans la cuisine en bas, et bientôt, les effluves qui s'élèvent jusqu'à moi. Quelques minutes plus tard, Robin réapparaît dans l'encadrement de la porte, toujours nu, portant un grand plateau de bois massif lourdement garni. Il le dépose avec précaution sur le lit, entre mes jambes alors que je me redresse contre la tête de lit.
— Un petit-déjeuner de champion, plaisante-t-il en s'asseyant à mes côtés sur le matelas.
Pour moi, il a préparé un thé brûlant dont l'arôme délicat embaume la pièce. Je prends le bol entre mes mains, savourant la chaleur qui se communique à mes doigts. Il y a aussi des tartines de pain de campagne avec du beurre, de la confiture de myrtilles sauvages et quelques tranches de fromage. Je le remercie d'un baiser long et langoureux sur la bouche, savourant son goût. Nous déjeunons ainsi, dans l'intimité de la chambre, partageant la nourriture et des regards qui en disent long sur ce que nous ressentons. Tout en buvant mon thé, je ne peux m'empêcher de détailler son corps, cette force tranquille qui s'offre à moi.
— Dis-moi, Robin, dis-je après une gorgée de thé, ce soir c'est toi qui viens chez moi. J'ai envie que tu passes la nuit dans mon petit chalet. C'est mon tour de t'accueillir.
Robin marque une petite pause, puis il hoche la tête avec un sourire ravi.
— C'est d'accord, Jonas. On fait comme ça. Je passerai juste ici après ma patrouille pour m'occuper de mes deux chiens, les nourrir et les sortir un moment, puis je te rejoins à ton chalet.
L'idée de l'avoir chez moi, dans mon propre foyer, me remplit d'une joie immense. Une fois le plateau vidé, nous nous dirigeons vers la salle de bain. La pièce se remplit rapidement d'une buée épaisse alors que l'eau chaude commence à couler. Nous nous glissons ensemble sous le jet puissant. C'est un moment de complicité totale. Nous nous savonnons mutuellement, nos mains glissant sur nos peaux mouillées avec une tendresse infinie. Je passe le savon sur son dos large, sentant la puissance de ses muscles sous mes doigts, tandis qu'il lave mon torse et mes jambes en me caressant doucement.
Nous nous embrassons sous l'eau chaude, nos corps s'imbriquant naturellement, nos mains s'égarant sur nos hanches. Malgré les érections qui ne tardent pas à se manifester, pressées l'une contre l'autre sous le jet de la douche, nous restons sages. Nous savourons simplement le contact, la caresse de l'eau et celle de nos mains, avant de sortir pour nous sécher.
Une fois habillés — lui dans son uniforme de l'OFB, moi dans mes vêtements de vétérinaire — l'atmosphère change subtilement alors que nous redescendons.
— On doit faire attention en arrivant au village, me rappelle-t-il alors que nous sommes sur le perron. Les ragots vont vite, on doit protéger notre tranquillité.
— Je sais, Robin. Je serai discret, promis.
Je monte dans mon Defender tandis qu'il grimpe dans son pick-up. En démarrant, je jette un dernier regard vers lui. Je ne m'étais jamais senti aussi bien. Chaque fibre de mon corps semble vibrer d'une énergie nouvelle. Le trajet vers le cabinet se fait dans une sorte d'euphorie tranquille.
La route qui mène à la ferme des Hauts-Vents serpente entre les pâturages encore blanchis par le gel. Malgré la fraîcheur matinale qui pique les joues, je conduis le bras à la portière, une sensation de légèreté inhabituelle m'accompagnant à chaque coup de volant. Mon esprit est encore niché au creux du lit de Robin, bercé par l'odeur du thé, la vision de sa nudité matinale et le souvenir du bois de cerf gravé. Je me sens invincible, porté par une euphorie que rien ne semble pouvoir entamer.
Ma première consultation de la journée est pour une brebis de Monsieur Maréchal, un éleveur de la vieille école, connu autant pour la qualité de son cheptel que pour sa propension à commenter la vie du canton avec une pointe de malice souvent acide. Dès que je coupe le moteur de mon Defender, il m'attend sur le pas de la bergerie, calé sur sa canne en frêne, l'œil plissé sous son vieux béret.
— Alors, Docteur, on arrive de bonne humeur ce matin ? On dirait que le grand air vous réussit mieux qu'à votre arrivée, lance-t-il d'une voix traînante.
— Bonjour Monsieur Maréchal. On peut dire ça. Qu'est-ce qui arrive à votre bête ? répondis-je en sortant mon matériel.
Je m'active autour de la brebis, qui présente une petite infection respiratoire. Tout en préparant ma seringue, je sens le regard de Maréchal peser sur moi. Il ne parle pas tout de suite, il observe mes gestes avec une attention inhabituelle, presque scrutatrice. Il s'approche, s'appuie contre une barrière et crache par terre avant de reprendre.
— Dites-moi, Docteur, on vous voit beaucoup avec le garde-chasse ces derniers temps, non ? Je croyais que les vétérinaires et les gens de l'Office ne faisaient pas bon ménage à cause des histoires de loups et de lynx...
Je sens un léger raidissement dans mes épaules, mais je garde ma voix neutre, concentré sur l'injection.
— On a eu une affaire urgente avec un lynx blessé, Monsieur Maréchal. Cela demande une certaine coordination technique.
— Ah, le lynx... C'est ce que tout le monde dit. Mais certains disent que vous coordonnez aussi vos repas au snack. On vous a vus hier. Il paraît que Monsieur Blois vous a même emmené dans son pick-up de service. C'est rare de le voir faire le taxi pour quelqu'un du village, le Blois.
Il s'arrête, me regarde fixement pour guetter ma réaction, puis il baisse d'un ton, prenant un air de confidence qui me donne la nausée.
— Vous savez, Docteur, il y a des bruits qui courent sur lui depuis longtemps. On raconte que le Blois, il est... enfin, vous savez... de la jaquette. On ne lui connaît aucune femme, et il vit seul comme un ours dans son bois.
Je reste silencieux, le dos tendu, rangeant mes médicaments. Maréchal insiste, préchant le faux pour savoir le vrai, son regard brillant d'une curiosité malsaine.
— Alors, je me demandais... est-ce que vous seriez du même bord que lui, par hasard ? C'est ce que les gens commencent à se demander à force de vous voir collés l'un à l'autre.
Je me redresse brusquement, le fixant droit dans les yeux. Ma colère est froide, mais elle palpite sous ma peau.
— Ma vie privée et celle de Monsieur Blois ne regardent que nous, Monsieur Maréchal. Et elles n'ont aucun rapport avec la santé de vos brebis.
Je range mon matériel dans ma mallette, le cœur battant à tout rompre. C'est donc déjà là. Les mots de Robin sur la vitesse des ragots résonnent dans ma tête comme un avertissement tardif. Je salue l'éleveur brièvement et remonte dans mon véhicule, sentant son regard moqueur dans mon rétroviseur jusqu'au bout du chemin de terre.
Le trajet de retour vers le village me semble soudainement beaucoup plus long. La bulle de bonheur de ce matin vient de se fissurer sous le poids des préjugés.
Quand je pousse la porte de la clinique, l'odeur habituelle de désinfectant m'accueille, mais le silence qui règne dans la salle d'attente est pesant, presque anormal. Lucie est penchée sur ses dossiers à l'accueil. D'ordinaire, elle me lance toujours un petit mot d'esprit ou me fait un résumé rapide des appels avec un sourire. Là, elle ne lève même pas les yeux. Elle range des feuilles avec une nervosité évidente, ses gestes sont brusques, saccadés.
— Ça va, Lucie ? Ma matinée s'est bien passée, si tu te poses la question, lancé-je en essayant de détendre l'atmosphère.
Elle lève enfin la tête. Ses yeux sont fuyants, et son visage, d'habitude si expressif et amical, est fermé, presque sévère.
— C'est bien, Jonas. Tant mieux pour toi, répond-elle d'un ton sec.
Je contourne le comptoir et m'arrête juste à côté d'elle. L'ambiance est devenue glaciale en l'espace de quelques secondes.
— Lucie, qu'est-ce qui se passe ? Tu es bizarre. Je t'ai fait quelque chose ?
Elle lâche le stylo qu'elle tenait et se tourne enfin vers moi. Je vois une pointe d'inquiétude, mais aussi une profonde déception dans son regard.
— Ce n'est pas ce que tu m'as fait, Jonas. C'est ce que j'entends depuis ce matin. J'ai passé ma matinée au téléphone avec des clients et au comptoir avec les gens du village qui viennent chercher des soins...
— Et alors ? Qu'est-ce qu'ils racontent de si spécial ? demandai-je d'une voix que je tente de garder ferme.
Lucie soupire et croise les bras sur sa poitrine, baissant d'un ton pour ne pas être entendue de la porte d'entrée.
— Ils racontent que le nouveau vétérinaire et le garde-chasse sont devenus très proches. On parle de vos regards complices au snack, du fait que tu sois monté dans son pick-up hier... et surtout, Jonas, certains disent avoir vu ton Defender garé toute la nuit en haut de la route, près du chalet de Blois.
Un silence de plomb s'installe entre nous. Je sens mes joues s'empourprer, non pas de honte, mais d'une sourde colère face à cette intrusion brutale dans mon intimité.
— Et alors, Lucie ? Admettons. On est en 2026. En quoi ma vie privée regarde-t-elle les gens du village ?
Lucie secoue la tête, l'air désolé pour ma naïveté.
— Jonas, tu ne comprends pas comment ça marche ici. On se fiche de tes préférences en théorie. Mais Blois est détesté par une partie des locaux. Il dresse des procès-verbaux, il traque les braconniers qui sont souvent des gars d'ici. S'ils pensent que le vétérinaire est intime avec le garde-chasse, ils vont te boycotter. Ils disent déjà que tu ne seras plus neutre, que tu vas devenir une balance pour l'Office des forêts.
Elle marque une pause, fixant mes yeux avec insistance.
— Ils disent que vous vous cachez parce que vous savez que c'est mal vu. Les Varin font déjà circuler le bruit que vous complotez ensemble contre les intérêts des fermiers. Ça va très vite, Jonas. Trop vite. Les gens n'aiment pas ce qu'ils ne contrôlent pas.
Je reste planté là, au milieu de mon cabinet, réalisant que le refuge que je pensais avoir construit avec Robin est déjà assiégé par la malveillance. La réalité sociale des montagnes vient de nous rattraper de plein fouet.
— Qu'ils parlent, Lucie, finis-je par dire d'une voix sourde. Je ne laisserai personne, et surtout pas les Varin, me dicter qui j'ai le droit de voir ou d'aimer.
— Je sais, Jonas, répond-elle doucement en reprenant ses dossiers d'un air las. Mais prépare-toi. Parce que la suite de ta collaboration avec les éleveurs risque de ne pas être simple du tout.
Le reste de la matinée s'étire dans une atmosphère de siège, lourde et étouffante. Je sens le regard de Lucie peser sur mon dos à chaque fois que je traverse le couloir pour aller chercher un dossier ou nettoyer un instrument, mais je refuse catégoriquement de courber l'échine ou de montrer le moindre signe de faiblesse. Je m'installe finalement à mon bureau pour trier mes fiches de prophylaxie, tentant de noyer mon inquiétude grandissante dans la rigueur froide de l'administration. Le silence entre Lucie et moi devient si épais qu'il en est presque palpable, seulement rompu par le tic-tac monotone de l'horloge murale.
— Tu sais Lucie, finis-je par lancer sans lever les yeux de mes papiers, la voix volontairement assurée. S'ils décident vraiment de me boycotter, c'est leur problème avant d'être le mien. Je suis le seul vétérinaire à quarante kilomètres à la ronde pour tous les villages de la vallée. S'ils veulent laisser leurs bêtes crever pour une simple histoire de chambre à coucher, c'est leur conscience que ça regarde. Mais ils auront bien du mal à trouver quelqu'un d'autre pour monter aux Hauts-Vents à trois heures du matin un dimanche de neige quand une vache fera une fièvre de lait.
Lucie ne répond pas tout de suite. Le seul bruit dans le cabinet est le cliquetis saccadé de son clavier et le ronronnement du chauffage. Elle s'arrête, soupire longuement et tourne sa chaise vers moi. Son visage est marqué par une fatigue soudaine.
— Je sais bien tout ça, Jonas, finit-elle par dire d'un ton las. Mais la logique et le bon sens ne pèsent pas lourd face à la rancœur et à l'ignorance dans ces montagnes. Tu es nouveau, ils te testent, et cette histoire avec Blois est l'étincelle qu'ils attendaient pour embraser la plaine.
En début d'après-midi, alors que j'espère une accalmie pour retrouver un peu de calme intérieur, le bruit d'un moteur poussif et le grincement strident de pneus sur le gravier me tirent de ma torpeur. Par la fenêtre, je vois apparaître une bétaillère délabrée, couverte de boue séchée. Mon sang ne fait qu'un tour : c'est l'un des frères Varin, celui qu'on redoute le plus pour son tempérament imprévisible et sa violence latente. Il descend du véhicule avec une brutalité apparente, claquant la portière si fort que le châssis en tremble, puis il tire derrière lui un vieux patou qui boite bas, le regard éteint par la douleur.
Il entre dans la salle d'attente sans même prendre la peine de frapper, l'odeur de fumier, de tabac froid et de sueur l'accompagnant comme une ombre envahissante. Lucie se raidit instantanément derrière son comptoir, ses mains se crispant sur ses dossiers.
— Le docteur est là ? aboie-t-il plus qu'il ne demande, son regard mauvais balayant la pièce comme s'il cherchait une proie.
Je sors de la salle de soins, les mains enfoncées dans les poches de ma blouse blanche, le visage de marbre, dissimulant avec peine le tumulte qui s'agite dans ma poitrine.
— Je suis là, Varin. Faites entrer le chien, ordonnai-je d'un ton sec et sans appel.
Dans la salle d'examen, l'ambiance devient immédiatement électrique, presque suffocante. Varin ne s'occupe même pas de son pauvre chien qui gémit doucement sur la table en inox froide. Il se campe devant moi, les jambes écartées, les bras croisés sur sa poitrine massive, un sourire méprisant et provocateur aux lèvres.
— Il paraît que tu fricotes avec le garde-chasse, le p'tit nouveau, lâche-t-il avec une agressivité mal contenue. On raconte partout que vous passez vos nuits ensemble à comploter contre nous au milieu des bois. T'as choisi ton camp, hein ? Le camp de celui qui veut nous coller des amendes et nous empêcher de bosser comme nos pères le faisaient avant nous.
Je l'observe un instant en silence, sentant une colère froide et lucide monter en moi. Je ne recule pas d'un millimètre, soutenant son regard haineux.
— Je suis ici pour soigner vos bêtes, Varin, pas pour discuter de mes relations privées avec vous ou qui que ce soit d'autre, répondis-je d'une voix coupante. Mais puisque vous abordez le sujet avec tant d'élégance, sachez une chose : si vous ou vos proches continuez les calomnies, les injures et les rumeurs infondées à mon sujet, Monsieur Blois et moi-même n'hésiterons pas une seconde à porter plainte pour harcèlement et diffamation. Et vu votre dossier déjà bien chargé auprès de la gendarmerie et de l'Office, je ne pense pas que cela arrangerait votre cas devant un juge de se retrouver avec une plainte supplémentaire sur le bureau.
Varin blêmit sous la crasse qui marque ses traits, ses poings se serrent à s'en blanchir les articulations. Il tire violemment sur la laisse de son chien, manquant de faire basculer l'animal de la table.
— Tu nous menaces, le véto ? Tu ne paies rien pour attendre, crois-moi. Les gens comme toi, les étrangers qui viennent nous faire la leçon, on finit toujours par s'en débarrasser par ici. On sait s'y prendre pour faire partir les indésirables.
Il se dirige vers la sortie avec une hâte furieuse, bousculant presque Lucie au passage qui manque de tomber.
— C'est une menace, Varin ? lançais-je d'un ton monocorde alors qu'il atteint la porte d'entrée. Parce que si c'est le cas, sachez que je n'ai absolument pas peur de vous. Ni de vous, ni de vos frères, ni de vos intimidations de cour de ferme.
Une fois qu'il a quitté les lieux dans un nuage de fumée noire et un crissement de pneus agressif, le silence retombe brusquement, plus lourd qu'avant. Lucie entre dans la salle de soins, le visage décomposé, les yeux brillants d'une inquiétude sincère. Elle remarque immédiatement que mes mains tremblent légèrement, un contrecoup inévitable de l'adrénaline qui retombe.
— Ça va, Jonas ? demande-t-elle tout bas, posant une main hésitante sur mon bras pour me réconforter.
— Oui, ça va, soufflé-je en m'appuyant lourdement contre la table d'examen. Écoute Lucie, tu peux rentrer chez toi maintenant. Il n'y a personne d'autre de prévu sur l'agenda et je n'ai aucune envie de voir une autre tête aujourd'hui. Je vais fermer le cabinet plus tôt.
Elle hoche la tête sans discuter, ramasse ses affaires en silence et me lance un dernier regard plein de soutien avant de franchir le seuil. Je ferme la porte à double tour et tire le rideau de fer. J'ai besoin d'air, mais surtout de calme pour préparer la soirée.
Je passe par la petite boucherie du village sur le chemin du retour. J'ignore superbement les regards curieux et les chuchotements de la commerçante derrière son étal de marbre. Pour la première fois de ma vie d'adulte, je décide de rompre radicalement avec mes convictions végétaliennes. Je sais que Robin brûle une énergie folle lors de ses patrouilles en montagne, et qu'il apprécie la viande de qualité. Je veux faire cet effort pour lui, un geste de partage et de respect pour ses propres besoins. J'achète deux magnifiques tournedos de bœuf local, coupés avec soin.
De retour à mon petit chalet, je m'active avec une nervosité fébrile en cuisine. L'odeur de la viande qui commence à griller dans la poêle est inhabituelle dans ces murs, presque étrangère, mais elle marque mon envie profonde de lui faire plaisir. Je prépare une poêlée de champignons de Paris à l'ail et quelques pommes de terre sautées. Mon cœur fait un bond douloureux mais joyeux quand j'entends enfin le moteur caractéristique du pick-up de Robin se garer devant chez moi.
Il entre, l'air marqué par la fatigue d'une longue journée de terrain, mais son regard s'illumine d'une chaleur immédiate dès qu'il m'aperçoit. Il porte un petit paquet enveloppé dans un papier de soie kraft.
— Ça sent incroyablement bon ici, dit-il en s'approchant pour me prendre dans ses bras et m'embrasser longuement, un baiser qui balaie toutes les tensions accumulées durant la journée.
— Ne te réjouis pas trop vite, préviens-je en riant nerveusement alors qu'il me libère. J'ai cuisiné de la viande, mais je n'y ai même pas goûté, alors je ne sais absolument pas si c'est réussi ou non. Ce n'est vraiment pas dans mes habitudes de manipuler et de cuisiner ça.
Robin pose son paquet sur la table en bois massif et vient se placer juste derrière moi, passant ses bras puissants autour de ma taille alors que je surveille la cuisson avec une anxiété visible.
— Tu n'étais vraiment pas obligé de faire ça pour moi, Jonas, murmura-t-il contre mon cou, sa barbe naissante me picotant la peau. Je sais ce que ça représente pour toi et tes convictions.
— Tu penses toujours à moi en ne cuisinant que des légumes quand je suis là, alors j'ai voulu te rendre la pareille ce soir dans mon chalet. C'est... c'est ma façon de te dire que je tiens à toi, tout simplement.
Visiblement touché, il me prend doucement les ustensiles des mains pour me soulager.
— Laisse, je vais t'aider à finir pour que ce soit parfait. On va faire ça ensemble. Merci infiniment de faire ça pour moi, Jonas. C'est le plus beau des gestes.
Pendant que nous terminons de préparer le repas côte à côte, l'ambiance devient plus sérieuse, plus intime. Je lui raconte alors ma journée point par point : les insinuations grasses de Maréchal, le silence pesant de Lucie, et surtout la visite venimeuse et les menaces physiques de Varin. Robin serre les dents à s'en faire craquer la mâchoire, une lueur sombre et farouchement protectrice passant dans ses yeux verts.
— J'ai entendu des choses pas très sympas non plus aujourd'hui pendant ma tournée, avoua-t-il d'une voix sourde. À la gendarmerie quand je suis passé déposer un rapport de braconnage, et même au dépôt de bois. Les gens parlent, Jonas. Ils nous appellent "les compères". Ils essaient de nous faire passer pour des comploteurs qui veulent nuire aux intérêts du village. Varin essaie de monter tous les éleveurs contre toi en disant que tu es devenu mon indicateur personnel infiltré.
— Je lui ai dit en face que je porterais plainte s'il continuait ses calomnies, dis-je en le regardant droit dans les yeux, cherchant son approbation.
— Tu as bien fait, il faut leur montrer qu'on ne se laissera pas intimider. Ils ne comprennent que la force ou la loi. Mais ce soir, Jonas, on oublie tout ça, d'accord ? On ne les laisse pas franchir le seuil de ce chalet.
Une fois installés à table, la petite flamme d'une bougie, dansant entre nous deux, Robin me tend son paquet.
— J'ai un cadeau pour toi aussi. Un cadeau vraiment spécial pour quelqu'un de spécial. J'ai déniché ça chez un antiquaire qui vend des objets de marine et de nature. J'ai choisi cet animal parce qu'il représente exactement ce que je ressens.
Je déballe le papier avec précaution. À l'intérieur se trouve une magnifique figurine ancienne, un couple de cygnes sculptés dans une matière blanche et lisse, dont les cous s'entrelacent pour former un cœur. La pièce est délicate, d'une grande finesse, et les détails des plumes sont d'une précision incroyable.
— Ce sont des cygnes, Jonas, explique-t-il d'une voix chargée d'émotion. Tu sais, dans la nature, les cygnes forment des couples qui ne se séparent jamais. Ils restent fidèles à leur compagnon jusqu'à la fin de leur vie, quoiqu'il arrive. S'il arrive malheur à l'un, l'autre reste souvent seul. J'aimerais être comme ça avec toi, Jonas. Je ne veux plus me séparer de toi. Je veux qu'on soit comme ces oiseaux, unis malgré les courants, les ragots et les tempêtes.
— Robin... c'est le plus beau cadeau qu'on m'ait jamais fait, murmuré-je, les larmes aux yeux devant tant de sincérité.
On dîne dans une complicité totale et retrouvée, le goût de la viande — que Robin juge excellente pour me rassurer — se mêlant aux confidences profondes et aux rires étouffés.
Fin du chapitre 8.
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