Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le féal et les ardents — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le féal et les ardents
Chapitre 1
Depuis des mois je fréquentais ce club gay et je m'y sentais vraiment bien. Une salle de musculation jouxtant une zone humide classique et un étage consacré aux plaisirs entre hommes, qui plus est naturiste du jeudi au dimanche, j'utilisais à plein mon abonnement.
Basque ayant choisi de travailler à Paris, j'avais une vie professionnelle bien remplie que j'agrémentais de larges plages horaires de sport ainsi que de plaisirs grecs auxquels je m'adonnais sans retenue. Triathlète, je nageais, courais et pédalais chaque semaine, en plus des séances de renforcement musculaire que je pratiquais nu au club avec des bons camarades aussi voyeurs et exhibitionnistes que moi.
Au moins une fois par semaine je terminais ma séance par un tour jouissif dans l'espace plaisirs. Parfois dans une cabine avec un gars avec qui on avait mutuellement accroché, le plus souvent en public avec un ou plusieurs gars dans des séances que la morale récuse. Que voulez-vous, les basques ont une vie très sociale et collective !
Je venais justement de prendre un pied fou au milieu d'un groupe de quatre jeunes comme moi, à nous sodomiser les uns les autres sévèrement sous le regard envieux de nombreux voyeurs. Après un magnifique orgasme, le corps recouvert du sperme de mes partenaires comme de voyeurs-branleurs, j'étais allé prendre une douche ludique puis m'étais retrouvé au bar pour me désaltérer et avaler un morceau. Nu, comme tout le monde, la queue encore gonflée mais molle.
Gilles, le patron du club, me remercie alors pour le beau spectacle qu'il avait pu suivre à l'écran, notre habitude étant de nous amuser dans une large cage que l'on sait être sous vidéosurveillance.
Avec deux de mes partenaires et quelques copains, les commentaires vont bon train sur notre partie de jambes en l'air. Tout à coup je sens une main caresser mes fesses dépassant du tabouret-haut. C'est Gilles qui se penche et me glisse à l'oreille qu'un homme souhaite s'entretenir avec moi et m'offre un verre.
Je regarde dans la direction indiquée et remarque un bel homme, quinqua, assis dans un fauteuil qui me sourit.
Intrigué mais fatigué de mes efforts physiques, je dis au patron que je ne suis plus en état, ni même motivé, pour m'amuser avec un homme mature.
– Il n'est pas là pour cela. Pas d'inquiétude, il n'est pas intéressé par les petits jeunes comme toi. Il s'amuse toujours avec des gars à peu près de son âge. Je le connais. C'est un mec bien, sain. Il a un truc à te proposer. Tu devrais l'écouter, cela devrait te plaire. Je te le recommande !
Je l'observe à nouveau et apprécie le beau morceau. S'il est plus épais que les jeunes de vingt-cinq ans comme moi, de toute évidence il s'entretient physiquement car il est joliment musclé de partout. Un beau sexe à peine moins gonflé que le mien, de beaux cheveux gris, une barbe parfaitement taillée, c'est un mâle alpha séduisant.
Brusquement je réalise que je l'ai déjà vu. Oui, je l'ai croisé plusieurs fois au club ces derniers mois. Et tout à l'heure, alors qu'on copulait joyeusement, il était là à nous mater.
Je me lève et le rejoins. Il me salue par un beau sourire et me remercie d'accepter son invitation. Je rétorque qu'après ma soirée au club, je ne crains plus rien. Son visage s'éclaire sous un rire franc.
Tout de suite il me dit qu'il n'est pas intéressé par frayer avec moi.
– Je sais, Gilles me l'a dit.
– On se connait bien tous les deux. On s'apprécie. Cela fait quelques semaines que je t'ai remarqué. Tu viens souvent ici ?
Je lui raconte sans réserve ma vie, tant sa qualité d'écoute est agréable. Peu nous importe d'être nus face à face, de nous tripoter parfois le sexe, dans un geste si naturel. L'échange avec lui est si fluide qu'au bout de trois quart d'heure à me déshabiller intellectuellement devant lui, je ne sais toujours pas ce qu'il me veut.
– Bon, et si on en venait au fait ? lui demande-je, profitant d'un silence. Tu voulais faire ma connaissance pour me connaitre très profondément de l'intérieur, pour toi ou pour un ami ?
– Non, sourit-il. Je te l'ai dit, je n'ai aucunement pour objectif de te mettre dans mon lit.
– Ailleurs, peut-être ? Ici ?
– Non plus. Je comprends ta question. J'apprécie que tu parles franchement, que tu oses la poser. Cela confirme ce que je pense de toi. Tu n'es pas seulement un beau jeune mâle très agréable à regarder, que ce soit là au calme ou quand tu te donnes à fond dans l'expression du plaisir sexuel… Il est vrai que la plupart des hommes de mon âge fantasment sur ceux du tien. Souvenir de notre vitalité passée, et définitivement perdue, amour du corps masculin surtout quand il est frais et bien fait, musclé mais pas trop, de belles courbes… Ces hommes cherchent en quelque sorte à s'accoupler avec un jeune pour l'éduquer aux choses du corps, pour lui transmettre ce que la vie, sexuelle, nous a appris…
– Eraste et éromène !
– Oui, ce vieux fantasme grec qui est l'expression charnelle du besoin de transmettre, voire de se reproduire. C'est d'autant plus fort que, nous les homos, avons statistiquement bien moins d'enfants que les hétéros.
– Ne rentrons pas dans le débat !
– Certes non ! C'est pourquoi je n'évoque que des statistiques, même si les bisexuels les rééquilibrent fortement… Non, ce n'est pas cela le sujet. Pour moi et quelques-uns de mes amis l'expérience ne se transmet pas. Elle est uniquement personnelle. En revanche nous pouvons créer le terreau qui permet à des jeunes hommes véloces comme toi d'amplifier leur expérience, entre jeunes hommes, vivre des expériences charnelles originales et fondatrices d'une découverte de ce que nous sommes vraiment.
– Le « connais-toi toi-même » de Socrate.
– Sur le plan sexuel, plus largement charnel, oui, en quelque sorte.
– Et comment ?
– Vois-tu, la vie m'a plutôt souri. Je suis un homme socialement privilégié. Remarque, ce privilège je l'ai conquis par moi-même… C'est ce qui lui donne un goût si délicieux… J'ai une grande propriété dans les Cévennes. Calme, tranquille, ensoleillée, chaude…
– Chaude ? Dans tous les sens du terme ?
– Absolument ! Idéal pour passer des vacances entre hommes gays !
– Nous y voilà donc… Gilles a parlé ! Il t'a raconté notre débat d'il y a quelques semaines sur une destination de vacances entre pédés ?
– Ce n'est pas pour cela que je voulais te parler, mais oui, il m'a raconté. Ibiza, c'est trop artificiel pour toi. Ton besoin de nudité, de pratique du sport, de te retrouver entre gays pas farouches mais ayant quelque chose dans le cerveau…
– Il va falloir que je sois prudent dans ce que je raconte ici !
– Pourquoi ? As-tu honte d'avoir besoin de vacances ? De vouloir en passer une partie avec des gars mignons, chauds et cultivés ? Allons…
– Effectivement, vu comme cela, je n'ai pas à rougir de mes envies ! Remarque, à poil devant toi dans un club gay à te raconter ma vie après que tu m'as reluqué en train de baiser avec plusieurs gars, rougir pour cela serait indécent !
L'homme éclate de rire. Il me tend la main et, enfin, se présente :
– Charles, enchanté.
– Jonas, dit « joli petit cul », tout le plaisir est pour moi !
– Surnom pertinent ! Mais trop réducteur… Bon, je voulais t'entretenir de la proposition de nous rejoindre pour un séjour chez moi lors de la deuxième quinzaine d'août. Vingt jeunes bien virils comme toi, entre vingt et trente ans, et cinq hommes plus ou moins de mon âge. Cela fait treize ans maintenant que j'organise cela. Tous ceux qui sont venus me sollicitent pour revenir. Mais c'est un fusil à un coup. Je parle du séjour, pas des plaisirs entres gars ! Pour cela c'est plutôt fusil mitrailleur…
– Je vois…
– Deux semaines entre gars sympas à copuler autant que vous voulez entre séances de sport, baignades, culture, farniente, etc. Je veux te donner la garantie que tout cela est extrêmement sain ! Personne ne force personne, sinon dehors ! Mais cela n'est jamais arrivé. Vous copulez au gré de vos envies, en liberté, les uns avec les autres, les uns devant les autres, sans pudeur aucune, comme tu le fais ici. Je ne demande qu'une participation de vingt-cinq euros par jour pour la nourriture et les boissons. Le gite est offert. J'ai les moyens.
– Et quel est ton intérêt dans tout cela ?
– Le plaisir d'admirer pendant deux semaines la plastique de beaux gosses comme toi, alimenter ma libido en admirant votre énergie sexuelle, libido que j'exprime avec mes amis. C'est tout.
– C'est trop beau pour être vrai.
– C'est vous, les jeunes, qui êtes beaux ! Vous ne risquez rien. Si ce n'est de renforcer votre addiction au sexe. Mais c'est sain et sûr, je te le promets. Gilles en est garant.
C'est justement Gilles qui nous interrompt en nous informant que le club va fermer. Il s'amuse de nous avoir vus si longtemps ensemble, supposant que nous nous entendons bien.
– Je ne sais pas encore, réplique-je en étant conscient de casser l'ambiance.
– Bon, réfléchis. Le premier point c'est qu'il faut en avoir envie. Si c'est le cas, on se revoit et je t'explique tout dans le détail. D'accord ?
– D'accord.
Charles se lève, s'approche de moi, pose une main sur mon épaule et dépose une bise sur chaque joue, laissant nos verges se frôler. Un peu paumé par cette conversation, et surtout fatigué à cette heure-ci, je file dans le vestiaire désert pour me rhabiller.
Gilles est seul quand je m'apprête à quitter le club. Il me sourit et me tend une carte de visite.
– Tiens, Charles a laissé cela pour toi, prends-la. Tu lui as beaucoup plu. Si tu as envie de vraies vacances libres et libératrices sur le plan sexuel, n'hésite pas. C'est un mec bien. Vraiment. Aucun danger, je t'assure.
– Il faut juste en avoir envie…
– Exactement. Mais si tu en as, ne serait-ce qu'un peu, envie, tu ne seras vraiment pas déçu !
Je consacre les trois jours qui suivent à rechercher une destination de vacances gay. Ce que je trouve m'excite (au point que je me masturbe et jouis en solitaire chaque soir) mais ne m'enthousiasme pas. J'ai envie de me retrouver entre homos, de préférence entre homos nus, pour évidemment baiser comme un lapin. Mais faire la fête toutes les nuits pour dormir chaque matin et être une larve tous les après-midis n'est pas vraiment mon truc. Sans compter que le budget à y mettre est déraisonnable pour quelqu'un qui bosse depuis moins de deux ans.
Nu chez moi, la carte de visite de Charles sous mes yeux, posée sur la table basse, j'hésite. J'hésite mais je dois bien reconnaitre que mon excitation au comble de ma virilité est un signe. Je bande dru.
Je me décide. J'appelle au club. Je tombe sur Gilles.
– Tu es vraiment certain que Charles est sain ? Je ne vais pas tomber sur un truc glauque ou tordu ?
– S'il t'arrive quoi que ce soit de glauque ou de tordu, je t'offre en compensation un an d'abonnement au club. Non, cinq ans ! Cela te va comme réponse de la part d'un super radin ?
J'éclate de rire, je le remercie, je raccroche.
Je me sers un whisky que je sirote lentement en me disant que, oui, vraiment, j'ai vraiment besoin de ce genre de vacances… Le verre vide, j'appelle Charles.
Il répond aussitôt. Je me présente. Il me remercie de l'avoir appelé. Il me demande si j'ai réfléchi. Je lui réponds que oui mais que je souhaite en savoir un peu plus. Rendez-vous est pris deux semaines plus tard, un soir à vingt-et-une heure.
– Tu comptes me garder pour la nuit ? lui demande-je, un rien agressif.
– Non. Je te l'assure. C'est juste que je travaille beaucoup en ce moment et que je ne serai pas rentré avant. Ça marche ?
– D'accord, je serai là.
– On partage des sushis ? Tu aimes ?
– Oui. Mais tu n'es pas obligé…
– C'est vrai, mais j'aime les sushis, j'aime les hommes, même quand ils ne sont pas nus, et j'ai vraiment apprécié notre conversation de l'autre soir, au club… Au fait, je ne t'ai pas demandé, quels sont tes hobbies, à part le sport ?
– Oh, eh bien, entre le boulot, le sport, et le club, il me reste peu de temps… Je continue un peu à dessiner. Ça me détend.
– Tu dessines ? Quoi ?
– Euh… C'est assez masculin…
– Des hommes nus ?
– Oui. C'est un peu obsessionnel chez moi… Des nus genre « nu académique », des gars plus ou moins en érection… J'aime dessiner des verges mi-molle, joliment courbes, bien grosses… Souvent excessivement grosses… Des hommes qui s'accouplent… Mais je dois reconnaitre qu'il faut que je travaille beaucoup plus pour que ces scènes ressemblent à quelque chose !
– C'est ton jardin secret ? demande l'homme qui a su garder un silence encourageant pour que je me confie.
– Oui. Je n'ai quasiment jamais montré mes dessins. A part à quelques copains, mes modèles du moment, avant ou après que…
– Je vois. Quand tu seras chez moi tu constateras que je suis amateur d'art, et en particulier de nus masculins. Tu veux bien venir avec quelques-uns de tes dessins ? Je te dirais ce que j'en pense. Je pourrais te donner quelques conseils. Je dessine des nus, moi aussi… Depuis longtemps. Je dessine ou peint mes modèles en étant nu moi-même. Toi aussi ?
– Toujours.
– C'est excitant, non ?
– Oui…
– Quand je suis content de moi, et cela est devenu croissant avec le temps, je suis en érection pendant l'épreuve, je mouille en continu en tachant mon tapis, et je conclus toujours ce moment par un feu d'artifice séminal. En général le modèle est aussi excité que moi. Nous ne copulons pas. Nous nous masturbons suavement l'un sur l'autre, l'un contre l'autre…
– Original !
– Je te l'ai dit, je ne suis pas intéressé par les jeunes hommes. Et j'ai découvert qu'il existe bien d'autres manières que le coït pour connaitre l'extase. Tu le sais aussi, c'est pour cela que tu dessines, non ?
– Euh… Oui… Peut-être… Sans doute. Je vais y réfléchir.
Deux semaines plus tard je me retrouve devant un hôtel particulier.
Je suis impressionné. Il ne semble y avoir qu'un seul occupant. Je suis au centre du quartier de Passy, dans le seizième arrondissement de Paris. Je sonne. Un homme dans la quarantaine, musclé, sort de la lourde porte en verre et métal, traverse la cour intérieure gravillonnée, ouvre la grille en fer forgé.
– Soyez le bienvenu Jonas, Charles vous attend.
Je ne me suis pas présenté. Le type m'attendait. Me voilà dans un monde qui m'est si étranger !
Charles m'attend dans un hall que surplombe un grand escalier double. Il remercie celui qui doit être un domestique et vient m'embrasser sur les joues, affectueusement mais sans geste ambigu.
– Je sais, cet hôtel particulier impressionne toujours. Même moi, parfois… Bref, comme promis je ne t'invite pas à monter à l'étage. Il n'y a que des chambres… Devant toi se trouve le grand salon où je reçois parfois. C'est une décoration sage… Mais nous allons dans mon salon privé où je ne reçois que des amis gays.
La pièce est impressionnante, richement décorée, mais surtout emplie de statues gréco-romaines d'hommes nus, de tableaux et de dessins de nus masculins, d'une grande bibliothèque d'où apparaissent des livres à ne pas mettre dans les mains d'une petite fille bien sage.
– Tu as amené certains de tes dessins, je vois, dit-il en regardant le carton que j'ai sous le bras. Viens sur cette table. Tu me montres ?
J'ouvre mon carton à dessins. J'en ai sélectionné une vingtaine dont je suis à peu près satisfait. Il s'extasie. Il me complimente. Il me dit que j'ai du talent.
– Du talent, je ne sais pas. Du désir pour le corps masculin, c'est certain…
Il me donne quelques conseils pertinents, comparant deux de mes dessins à des œuvres qu'il a au mur. Il ouvre des livres d'art et attire mon œil sur des traits, des postures, des couleurs… Je suis aux anges ! Excité comme un fou, lui aussi d'ailleurs qui a vu que j'ai vu et s'en moque, mais aux anges !
Nous délaissons l'art pour nous mettre autour d'une table basse à déguster des sushis. Tout en mangeant, il m'explique enfin.
– Tu as compris. Vous êtes vingt jeunes, pédés bien chauds, avec toute liberté pour copuler entre vous. Avec néanmoins quelques règles… La première est que c'est un séjour naturiste. Si j'accepte au début quelques sous-vêtements sexy du genre jockstrap, string ou slip résille, pour le reste c'est nu intégral.
– Cela me va.
– Je n'en doutais pas !
– La deuxième règle est qu'on n'a pas de pudeur, pas d'intimité. Les lits sont collectifs, genre couchages de refuges en montagne. En bien plus confortable, bien sûr. On se lave ensemble, on se caresse et on se pelote, on copule les uns devant les autres, on regarde comment les autres copulent. Sans complexe. Et quand je dis « on », c'est vous les jeunes de votre côté, nous les anciens du nôtre, éloignés ou pas les uns des autres.
– J'ai compris et j'accepte : tu veux pouvoir mater des jeunes mecs nus dans tous leurs états sauvages, et aussi quand ils baisent. Cela ne me pose pas de problème : si je fréquente ce club, c'est que je suis autant voyeur qu'exhibe. J'aime cela.
– Parfait. Effectivement, je l'avais remarqué… La troisième règle est « no-capote ».
– Aïe !
– Attends ! On se jute dessus ou dedans. On copule à cru. On utilise un maximum de lubrifiant. C'est moi qui m'en occupe, j'en prévois un peu partout. La contrepartie est que j'exige dans la semaine précédent ton arrivée que tu ailles consulter un médecin généraliste de mes amis, gay, qui officie dans le Marais, et qui te fera passer une batterie de tests pour vérifier que tu es clean, puis t'examinera soigneusement.
– Pas de problème.
– Quand je dis soigneusement, c'est qu'il examinera attentivement ton pénis et ton conduit rectal. Il faut accepter cela.
– Si c'est la condition pour baiser en toute liberté, ça marche. Mais qu'est-ce qui me dit que les autres mecs seront aussi clean que moi ?
– C'est moi qui te le garantis. Et le médecin, qui nous remettras, à toi et à moi, un certificat médical. Je les afficherai dans la maison.
– Cela me semble bien… Il est vraiment pro ton médecin ?
– Il est gay. Les trois-quarts de ses patients sont gays. Il connait parfaitement les pratiques sexuelles entre hommes. Il a tout vu, probablement tout vécu. Pas de tabou avec lui.
– Parfait. Je prends. Cela tombe bien, je n'avais pas de généraliste à Paris.
– Eh bien tu vois, une première bonne conséquence de notre rencontre.
– Il y en a eu d'autres avant ! Nos conversations, tes conseils sur le dessin… Quoi que je décide, je te remercie déjà !
– C'est moi qui te remercie ! Mais ne t'emballe pas trop vite… J'en arrive à la règle du jeu entre vous… C'est le quatrième point. Je te répète que notre objectif, avec mes amis, c'est de vous permettre à vous, les jeunes, d'enrichir votre expérience sexuelle et sensuelle, entre vous. Pour cela il y a une règle du jeu. Premièrement il est interdit de jouir pendant les trois premiers jours…
– Quoi ? C'est quoi cette connerie ? Tu veux dire qu'on se retrouve à poil entre mecs chauds et qu'on ne peut pas baiser ?
– Exactement. Les trois premiers jours. L'objectif, je t'explique, ce n'est pas du pur sadisme… c'est de faire connaissance entre vous et de tisser des affinités qui soient autre chose que le coït. C'est la caractéristique de la jeunesse, j'ai connu : faut que ça jute ! Oui, d'accord, mais pas tout de suite. D'abord on s'intéresse les uns aux autres, on se découvre…
– Nous serons nus…
– On s'apprécie. Ensuite il y a la deuxième phase. En fin de journée du troisième jour, nous allons tous ensemble constituer quatre groupes de cinq. C'est vous qui vous choisirez. Vous allez chacun noter les autres et nous on a un petit logiciel et on va vous associer par affinité, vous accoupler, vous apparier, dis-le comme tu veux. L'expérience est qu'un groupe de vingt c'est trop pour tisser des liens intimes. A cinq on peut plus facilement se connaitre, se reconnaitre, s'apprécier, au point de se donner plus intimement les uns aux autres.
– Ce n'est pas faux… Vingt c'est beaucoup. Cinq…
– Dans tous les cas on constate qu'à vingt personnes, des sous-groupes se forment. Autant le faire avec le maximum de critères objectifs pour obtenir le maximum de soupirs orgasmiques…
– Bon, pourquoi pas…
– C'est là que vient la découverte de son propre plaisir. Il faut accepter cette règle du jeu si tu veux venir. Sinon il ne faut pas venir. D'abord on constitue les groupes de cinq. Vous serez, nous serons (car on s'impose la même règle qu'à vous, même si c'est moins douloureux à notre âge) hyper excités.
– Probable !
– Et dans chaque groupe de cinq nous désignerons, nous, un féal.
– Un féal ? C'est quoi cela ?
– Un ami dévoué, totalement fidèle à l'accord passé ensemble.
– Oui, et alors ?
– Ce féal devra être exclusivement passif. Les quatre autres seront exclusivement actifs. Au sens coïtal du terme, s'entend. Ce n'est pas une question de comportement.
– Tu veux dire qu'un des cinq va se faire enfiler pendant douze jours d'affilé par les quatre autres ?
– Qui ne pourront pas se faire enfiler, mais seulement butiner le petit cul du féal. Oui. C'est exactement cela. Mais rassure-toi, il n'y a pas de limitation aux gourmandises buccales !
– C'est complètement dingue !
– C'est une question de point de vue.
Je reste interdit pendant un petit moment au cours duquel il scrute mon visage, un léger sourire aux lèvres. Il tente de deviner ce qui me passe par la tête. Ce qui tourne en boucle dans ma tête est pourtant simple : se retrouver à cinq gars nus, quatre actifs comme moi qui pourront bourriner autant que souhaité le petit cul d'un passif est un programme hyper excitant !
J'essaie quand même de résister.
– Je ne vois vraiment pas l'intérêt de cela. Si je préfère nettement prendre qu'être pris, le fait de me retrouver avec des gars sympas et nus pourrait me donner envie de pratiquer les deux !
– Et alors ?
– Pourquoi se limiter ? D'accord, un vrai passif sera content de se faire prendre à répétition par des bonnes queues bien viriles. Mais pour les autres, les actifs ? Qu'est-ce que cette règle apporte ?
– Une première chose, mon jeune ami, c'est de faire confiance à des vieux pédés expérimentés. Si nous fixons cette règle, c'est parce qu'elle permet de découvrir de nouvelles formes de plaisir, crois-moi. En allant plus loin que ce que nous faisons tous dans la sodomie, on élargit considérablement le champ de son propre plaisir. Sans forcer quiconque, bien sûr !
– Je veux bien croire qu'un passif, même expérimenté, va tellement en prendre plein le cul qu'il va élargir son horizon autant que son conduit. Mais c'est frustrant pour les autres !
– Qui te dit que c'est le féal seul qui va faire de nouvelles découvertes extatiques ?
– Euh…
– C'est pourquoi il faut accepter cette règle et nous faire confiance. Je répète, notre objectif est de vous permettre, entre jeunes hommes, d'aller plus loin dans la découverte de votre propre plaisir.
– Je… Je ne m'attendais pas à cela.
– C'est pourquoi tu dois prendre le temps de la réflexion. Réfléchis et rappelle-moi dans quelques jours. Tu auras sûrement d'autres questions. Je répondrai à tout. D'accord ? Je veux que les jeunes hommes qui participent le fassent en toute connaissance de cause avec pour seule ambition de laisser leur pulsion homosexuelle s'exprimer le plus loin possible.
J'ai beau faire, le programme et la règle du jeu de ces vacances entre mecs me perturbent complètement. Je suis sans cesse excité. Je me masturbe chaque jour en rêvant d'un entremêlement de corps de beaux mecs nus. Je multiplie les partenaires : il faut que je prenne un gars chaque jour !
Très vite je sais que je vais accepter. C'est trop excitant. Mais cela me rend nerveux. Y a-t-il un piège ? Comment seront les autres gars ?
Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Je finis par donner mon accord à Charles qui me renvoie un engagement à respecter la règle du jeu. Nu et en complète érection, constatant une fuite séminale qui s'écoule en filet, je le signe.
Basque ayant choisi de travailler à Paris, j'avais une vie professionnelle bien remplie que j'agrémentais de larges plages horaires de sport ainsi que de plaisirs grecs auxquels je m'adonnais sans retenue. Triathlète, je nageais, courais et pédalais chaque semaine, en plus des séances de renforcement musculaire que je pratiquais nu au club avec des bons camarades aussi voyeurs et exhibitionnistes que moi.
Au moins une fois par semaine je terminais ma séance par un tour jouissif dans l'espace plaisirs. Parfois dans une cabine avec un gars avec qui on avait mutuellement accroché, le plus souvent en public avec un ou plusieurs gars dans des séances que la morale récuse. Que voulez-vous, les basques ont une vie très sociale et collective !
Je venais justement de prendre un pied fou au milieu d'un groupe de quatre jeunes comme moi, à nous sodomiser les uns les autres sévèrement sous le regard envieux de nombreux voyeurs. Après un magnifique orgasme, le corps recouvert du sperme de mes partenaires comme de voyeurs-branleurs, j'étais allé prendre une douche ludique puis m'étais retrouvé au bar pour me désaltérer et avaler un morceau. Nu, comme tout le monde, la queue encore gonflée mais molle.
Gilles, le patron du club, me remercie alors pour le beau spectacle qu'il avait pu suivre à l'écran, notre habitude étant de nous amuser dans une large cage que l'on sait être sous vidéosurveillance.
Avec deux de mes partenaires et quelques copains, les commentaires vont bon train sur notre partie de jambes en l'air. Tout à coup je sens une main caresser mes fesses dépassant du tabouret-haut. C'est Gilles qui se penche et me glisse à l'oreille qu'un homme souhaite s'entretenir avec moi et m'offre un verre.
Je regarde dans la direction indiquée et remarque un bel homme, quinqua, assis dans un fauteuil qui me sourit.
Intrigué mais fatigué de mes efforts physiques, je dis au patron que je ne suis plus en état, ni même motivé, pour m'amuser avec un homme mature.
– Il n'est pas là pour cela. Pas d'inquiétude, il n'est pas intéressé par les petits jeunes comme toi. Il s'amuse toujours avec des gars à peu près de son âge. Je le connais. C'est un mec bien, sain. Il a un truc à te proposer. Tu devrais l'écouter, cela devrait te plaire. Je te le recommande !
Je l'observe à nouveau et apprécie le beau morceau. S'il est plus épais que les jeunes de vingt-cinq ans comme moi, de toute évidence il s'entretient physiquement car il est joliment musclé de partout. Un beau sexe à peine moins gonflé que le mien, de beaux cheveux gris, une barbe parfaitement taillée, c'est un mâle alpha séduisant.
Brusquement je réalise que je l'ai déjà vu. Oui, je l'ai croisé plusieurs fois au club ces derniers mois. Et tout à l'heure, alors qu'on copulait joyeusement, il était là à nous mater.
Je me lève et le rejoins. Il me salue par un beau sourire et me remercie d'accepter son invitation. Je rétorque qu'après ma soirée au club, je ne crains plus rien. Son visage s'éclaire sous un rire franc.
Tout de suite il me dit qu'il n'est pas intéressé par frayer avec moi.
– Je sais, Gilles me l'a dit.
– On se connait bien tous les deux. On s'apprécie. Cela fait quelques semaines que je t'ai remarqué. Tu viens souvent ici ?
Je lui raconte sans réserve ma vie, tant sa qualité d'écoute est agréable. Peu nous importe d'être nus face à face, de nous tripoter parfois le sexe, dans un geste si naturel. L'échange avec lui est si fluide qu'au bout de trois quart d'heure à me déshabiller intellectuellement devant lui, je ne sais toujours pas ce qu'il me veut.
– Bon, et si on en venait au fait ? lui demande-je, profitant d'un silence. Tu voulais faire ma connaissance pour me connaitre très profondément de l'intérieur, pour toi ou pour un ami ?
– Non, sourit-il. Je te l'ai dit, je n'ai aucunement pour objectif de te mettre dans mon lit.
– Ailleurs, peut-être ? Ici ?
– Non plus. Je comprends ta question. J'apprécie que tu parles franchement, que tu oses la poser. Cela confirme ce que je pense de toi. Tu n'es pas seulement un beau jeune mâle très agréable à regarder, que ce soit là au calme ou quand tu te donnes à fond dans l'expression du plaisir sexuel… Il est vrai que la plupart des hommes de mon âge fantasment sur ceux du tien. Souvenir de notre vitalité passée, et définitivement perdue, amour du corps masculin surtout quand il est frais et bien fait, musclé mais pas trop, de belles courbes… Ces hommes cherchent en quelque sorte à s'accoupler avec un jeune pour l'éduquer aux choses du corps, pour lui transmettre ce que la vie, sexuelle, nous a appris…
– Eraste et éromène !
– Oui, ce vieux fantasme grec qui est l'expression charnelle du besoin de transmettre, voire de se reproduire. C'est d'autant plus fort que, nous les homos, avons statistiquement bien moins d'enfants que les hétéros.
– Ne rentrons pas dans le débat !
– Certes non ! C'est pourquoi je n'évoque que des statistiques, même si les bisexuels les rééquilibrent fortement… Non, ce n'est pas cela le sujet. Pour moi et quelques-uns de mes amis l'expérience ne se transmet pas. Elle est uniquement personnelle. En revanche nous pouvons créer le terreau qui permet à des jeunes hommes véloces comme toi d'amplifier leur expérience, entre jeunes hommes, vivre des expériences charnelles originales et fondatrices d'une découverte de ce que nous sommes vraiment.
– Le « connais-toi toi-même » de Socrate.
– Sur le plan sexuel, plus largement charnel, oui, en quelque sorte.
– Et comment ?
– Vois-tu, la vie m'a plutôt souri. Je suis un homme socialement privilégié. Remarque, ce privilège je l'ai conquis par moi-même… C'est ce qui lui donne un goût si délicieux… J'ai une grande propriété dans les Cévennes. Calme, tranquille, ensoleillée, chaude…
– Chaude ? Dans tous les sens du terme ?
– Absolument ! Idéal pour passer des vacances entre hommes gays !
– Nous y voilà donc… Gilles a parlé ! Il t'a raconté notre débat d'il y a quelques semaines sur une destination de vacances entre pédés ?
– Ce n'est pas pour cela que je voulais te parler, mais oui, il m'a raconté. Ibiza, c'est trop artificiel pour toi. Ton besoin de nudité, de pratique du sport, de te retrouver entre gays pas farouches mais ayant quelque chose dans le cerveau…
– Il va falloir que je sois prudent dans ce que je raconte ici !
– Pourquoi ? As-tu honte d'avoir besoin de vacances ? De vouloir en passer une partie avec des gars mignons, chauds et cultivés ? Allons…
– Effectivement, vu comme cela, je n'ai pas à rougir de mes envies ! Remarque, à poil devant toi dans un club gay à te raconter ma vie après que tu m'as reluqué en train de baiser avec plusieurs gars, rougir pour cela serait indécent !
L'homme éclate de rire. Il me tend la main et, enfin, se présente :
– Charles, enchanté.
– Jonas, dit « joli petit cul », tout le plaisir est pour moi !
– Surnom pertinent ! Mais trop réducteur… Bon, je voulais t'entretenir de la proposition de nous rejoindre pour un séjour chez moi lors de la deuxième quinzaine d'août. Vingt jeunes bien virils comme toi, entre vingt et trente ans, et cinq hommes plus ou moins de mon âge. Cela fait treize ans maintenant que j'organise cela. Tous ceux qui sont venus me sollicitent pour revenir. Mais c'est un fusil à un coup. Je parle du séjour, pas des plaisirs entres gars ! Pour cela c'est plutôt fusil mitrailleur…
– Je vois…
– Deux semaines entre gars sympas à copuler autant que vous voulez entre séances de sport, baignades, culture, farniente, etc. Je veux te donner la garantie que tout cela est extrêmement sain ! Personne ne force personne, sinon dehors ! Mais cela n'est jamais arrivé. Vous copulez au gré de vos envies, en liberté, les uns avec les autres, les uns devant les autres, sans pudeur aucune, comme tu le fais ici. Je ne demande qu'une participation de vingt-cinq euros par jour pour la nourriture et les boissons. Le gite est offert. J'ai les moyens.
– Et quel est ton intérêt dans tout cela ?
– Le plaisir d'admirer pendant deux semaines la plastique de beaux gosses comme toi, alimenter ma libido en admirant votre énergie sexuelle, libido que j'exprime avec mes amis. C'est tout.
– C'est trop beau pour être vrai.
– C'est vous, les jeunes, qui êtes beaux ! Vous ne risquez rien. Si ce n'est de renforcer votre addiction au sexe. Mais c'est sain et sûr, je te le promets. Gilles en est garant.
C'est justement Gilles qui nous interrompt en nous informant que le club va fermer. Il s'amuse de nous avoir vus si longtemps ensemble, supposant que nous nous entendons bien.
– Je ne sais pas encore, réplique-je en étant conscient de casser l'ambiance.
– Bon, réfléchis. Le premier point c'est qu'il faut en avoir envie. Si c'est le cas, on se revoit et je t'explique tout dans le détail. D'accord ?
– D'accord.
Charles se lève, s'approche de moi, pose une main sur mon épaule et dépose une bise sur chaque joue, laissant nos verges se frôler. Un peu paumé par cette conversation, et surtout fatigué à cette heure-ci, je file dans le vestiaire désert pour me rhabiller.
Gilles est seul quand je m'apprête à quitter le club. Il me sourit et me tend une carte de visite.
– Tiens, Charles a laissé cela pour toi, prends-la. Tu lui as beaucoup plu. Si tu as envie de vraies vacances libres et libératrices sur le plan sexuel, n'hésite pas. C'est un mec bien. Vraiment. Aucun danger, je t'assure.
– Il faut juste en avoir envie…
– Exactement. Mais si tu en as, ne serait-ce qu'un peu, envie, tu ne seras vraiment pas déçu !
Je consacre les trois jours qui suivent à rechercher une destination de vacances gay. Ce que je trouve m'excite (au point que je me masturbe et jouis en solitaire chaque soir) mais ne m'enthousiasme pas. J'ai envie de me retrouver entre homos, de préférence entre homos nus, pour évidemment baiser comme un lapin. Mais faire la fête toutes les nuits pour dormir chaque matin et être une larve tous les après-midis n'est pas vraiment mon truc. Sans compter que le budget à y mettre est déraisonnable pour quelqu'un qui bosse depuis moins de deux ans.
Nu chez moi, la carte de visite de Charles sous mes yeux, posée sur la table basse, j'hésite. J'hésite mais je dois bien reconnaitre que mon excitation au comble de ma virilité est un signe. Je bande dru.
Je me décide. J'appelle au club. Je tombe sur Gilles.
– Tu es vraiment certain que Charles est sain ? Je ne vais pas tomber sur un truc glauque ou tordu ?
– S'il t'arrive quoi que ce soit de glauque ou de tordu, je t'offre en compensation un an d'abonnement au club. Non, cinq ans ! Cela te va comme réponse de la part d'un super radin ?
J'éclate de rire, je le remercie, je raccroche.
Je me sers un whisky que je sirote lentement en me disant que, oui, vraiment, j'ai vraiment besoin de ce genre de vacances… Le verre vide, j'appelle Charles.
Il répond aussitôt. Je me présente. Il me remercie de l'avoir appelé. Il me demande si j'ai réfléchi. Je lui réponds que oui mais que je souhaite en savoir un peu plus. Rendez-vous est pris deux semaines plus tard, un soir à vingt-et-une heure.
– Tu comptes me garder pour la nuit ? lui demande-je, un rien agressif.
– Non. Je te l'assure. C'est juste que je travaille beaucoup en ce moment et que je ne serai pas rentré avant. Ça marche ?
– D'accord, je serai là.
– On partage des sushis ? Tu aimes ?
– Oui. Mais tu n'es pas obligé…
– C'est vrai, mais j'aime les sushis, j'aime les hommes, même quand ils ne sont pas nus, et j'ai vraiment apprécié notre conversation de l'autre soir, au club… Au fait, je ne t'ai pas demandé, quels sont tes hobbies, à part le sport ?
– Oh, eh bien, entre le boulot, le sport, et le club, il me reste peu de temps… Je continue un peu à dessiner. Ça me détend.
– Tu dessines ? Quoi ?
– Euh… C'est assez masculin…
– Des hommes nus ?
– Oui. C'est un peu obsessionnel chez moi… Des nus genre « nu académique », des gars plus ou moins en érection… J'aime dessiner des verges mi-molle, joliment courbes, bien grosses… Souvent excessivement grosses… Des hommes qui s'accouplent… Mais je dois reconnaitre qu'il faut que je travaille beaucoup plus pour que ces scènes ressemblent à quelque chose !
– C'est ton jardin secret ? demande l'homme qui a su garder un silence encourageant pour que je me confie.
– Oui. Je n'ai quasiment jamais montré mes dessins. A part à quelques copains, mes modèles du moment, avant ou après que…
– Je vois. Quand tu seras chez moi tu constateras que je suis amateur d'art, et en particulier de nus masculins. Tu veux bien venir avec quelques-uns de tes dessins ? Je te dirais ce que j'en pense. Je pourrais te donner quelques conseils. Je dessine des nus, moi aussi… Depuis longtemps. Je dessine ou peint mes modèles en étant nu moi-même. Toi aussi ?
– Toujours.
– C'est excitant, non ?
– Oui…
– Quand je suis content de moi, et cela est devenu croissant avec le temps, je suis en érection pendant l'épreuve, je mouille en continu en tachant mon tapis, et je conclus toujours ce moment par un feu d'artifice séminal. En général le modèle est aussi excité que moi. Nous ne copulons pas. Nous nous masturbons suavement l'un sur l'autre, l'un contre l'autre…
– Original !
– Je te l'ai dit, je ne suis pas intéressé par les jeunes hommes. Et j'ai découvert qu'il existe bien d'autres manières que le coït pour connaitre l'extase. Tu le sais aussi, c'est pour cela que tu dessines, non ?
– Euh… Oui… Peut-être… Sans doute. Je vais y réfléchir.
Deux semaines plus tard je me retrouve devant un hôtel particulier.
Je suis impressionné. Il ne semble y avoir qu'un seul occupant. Je suis au centre du quartier de Passy, dans le seizième arrondissement de Paris. Je sonne. Un homme dans la quarantaine, musclé, sort de la lourde porte en verre et métal, traverse la cour intérieure gravillonnée, ouvre la grille en fer forgé.
– Soyez le bienvenu Jonas, Charles vous attend.
Je ne me suis pas présenté. Le type m'attendait. Me voilà dans un monde qui m'est si étranger !
Charles m'attend dans un hall que surplombe un grand escalier double. Il remercie celui qui doit être un domestique et vient m'embrasser sur les joues, affectueusement mais sans geste ambigu.
– Je sais, cet hôtel particulier impressionne toujours. Même moi, parfois… Bref, comme promis je ne t'invite pas à monter à l'étage. Il n'y a que des chambres… Devant toi se trouve le grand salon où je reçois parfois. C'est une décoration sage… Mais nous allons dans mon salon privé où je ne reçois que des amis gays.
La pièce est impressionnante, richement décorée, mais surtout emplie de statues gréco-romaines d'hommes nus, de tableaux et de dessins de nus masculins, d'une grande bibliothèque d'où apparaissent des livres à ne pas mettre dans les mains d'une petite fille bien sage.
– Tu as amené certains de tes dessins, je vois, dit-il en regardant le carton que j'ai sous le bras. Viens sur cette table. Tu me montres ?
J'ouvre mon carton à dessins. J'en ai sélectionné une vingtaine dont je suis à peu près satisfait. Il s'extasie. Il me complimente. Il me dit que j'ai du talent.
– Du talent, je ne sais pas. Du désir pour le corps masculin, c'est certain…
Il me donne quelques conseils pertinents, comparant deux de mes dessins à des œuvres qu'il a au mur. Il ouvre des livres d'art et attire mon œil sur des traits, des postures, des couleurs… Je suis aux anges ! Excité comme un fou, lui aussi d'ailleurs qui a vu que j'ai vu et s'en moque, mais aux anges !
Nous délaissons l'art pour nous mettre autour d'une table basse à déguster des sushis. Tout en mangeant, il m'explique enfin.
– Tu as compris. Vous êtes vingt jeunes, pédés bien chauds, avec toute liberté pour copuler entre vous. Avec néanmoins quelques règles… La première est que c'est un séjour naturiste. Si j'accepte au début quelques sous-vêtements sexy du genre jockstrap, string ou slip résille, pour le reste c'est nu intégral.
– Cela me va.
– Je n'en doutais pas !
– La deuxième règle est qu'on n'a pas de pudeur, pas d'intimité. Les lits sont collectifs, genre couchages de refuges en montagne. En bien plus confortable, bien sûr. On se lave ensemble, on se caresse et on se pelote, on copule les uns devant les autres, on regarde comment les autres copulent. Sans complexe. Et quand je dis « on », c'est vous les jeunes de votre côté, nous les anciens du nôtre, éloignés ou pas les uns des autres.
– J'ai compris et j'accepte : tu veux pouvoir mater des jeunes mecs nus dans tous leurs états sauvages, et aussi quand ils baisent. Cela ne me pose pas de problème : si je fréquente ce club, c'est que je suis autant voyeur qu'exhibe. J'aime cela.
– Parfait. Effectivement, je l'avais remarqué… La troisième règle est « no-capote ».
– Aïe !
– Attends ! On se jute dessus ou dedans. On copule à cru. On utilise un maximum de lubrifiant. C'est moi qui m'en occupe, j'en prévois un peu partout. La contrepartie est que j'exige dans la semaine précédent ton arrivée que tu ailles consulter un médecin généraliste de mes amis, gay, qui officie dans le Marais, et qui te fera passer une batterie de tests pour vérifier que tu es clean, puis t'examinera soigneusement.
– Pas de problème.
– Quand je dis soigneusement, c'est qu'il examinera attentivement ton pénis et ton conduit rectal. Il faut accepter cela.
– Si c'est la condition pour baiser en toute liberté, ça marche. Mais qu'est-ce qui me dit que les autres mecs seront aussi clean que moi ?
– C'est moi qui te le garantis. Et le médecin, qui nous remettras, à toi et à moi, un certificat médical. Je les afficherai dans la maison.
– Cela me semble bien… Il est vraiment pro ton médecin ?
– Il est gay. Les trois-quarts de ses patients sont gays. Il connait parfaitement les pratiques sexuelles entre hommes. Il a tout vu, probablement tout vécu. Pas de tabou avec lui.
– Parfait. Je prends. Cela tombe bien, je n'avais pas de généraliste à Paris.
– Eh bien tu vois, une première bonne conséquence de notre rencontre.
– Il y en a eu d'autres avant ! Nos conversations, tes conseils sur le dessin… Quoi que je décide, je te remercie déjà !
– C'est moi qui te remercie ! Mais ne t'emballe pas trop vite… J'en arrive à la règle du jeu entre vous… C'est le quatrième point. Je te répète que notre objectif, avec mes amis, c'est de vous permettre à vous, les jeunes, d'enrichir votre expérience sexuelle et sensuelle, entre vous. Pour cela il y a une règle du jeu. Premièrement il est interdit de jouir pendant les trois premiers jours…
– Quoi ? C'est quoi cette connerie ? Tu veux dire qu'on se retrouve à poil entre mecs chauds et qu'on ne peut pas baiser ?
– Exactement. Les trois premiers jours. L'objectif, je t'explique, ce n'est pas du pur sadisme… c'est de faire connaissance entre vous et de tisser des affinités qui soient autre chose que le coït. C'est la caractéristique de la jeunesse, j'ai connu : faut que ça jute ! Oui, d'accord, mais pas tout de suite. D'abord on s'intéresse les uns aux autres, on se découvre…
– Nous serons nus…
– On s'apprécie. Ensuite il y a la deuxième phase. En fin de journée du troisième jour, nous allons tous ensemble constituer quatre groupes de cinq. C'est vous qui vous choisirez. Vous allez chacun noter les autres et nous on a un petit logiciel et on va vous associer par affinité, vous accoupler, vous apparier, dis-le comme tu veux. L'expérience est qu'un groupe de vingt c'est trop pour tisser des liens intimes. A cinq on peut plus facilement se connaitre, se reconnaitre, s'apprécier, au point de se donner plus intimement les uns aux autres.
– Ce n'est pas faux… Vingt c'est beaucoup. Cinq…
– Dans tous les cas on constate qu'à vingt personnes, des sous-groupes se forment. Autant le faire avec le maximum de critères objectifs pour obtenir le maximum de soupirs orgasmiques…
– Bon, pourquoi pas…
– C'est là que vient la découverte de son propre plaisir. Il faut accepter cette règle du jeu si tu veux venir. Sinon il ne faut pas venir. D'abord on constitue les groupes de cinq. Vous serez, nous serons (car on s'impose la même règle qu'à vous, même si c'est moins douloureux à notre âge) hyper excités.
– Probable !
– Et dans chaque groupe de cinq nous désignerons, nous, un féal.
– Un féal ? C'est quoi cela ?
– Un ami dévoué, totalement fidèle à l'accord passé ensemble.
– Oui, et alors ?
– Ce féal devra être exclusivement passif. Les quatre autres seront exclusivement actifs. Au sens coïtal du terme, s'entend. Ce n'est pas une question de comportement.
– Tu veux dire qu'un des cinq va se faire enfiler pendant douze jours d'affilé par les quatre autres ?
– Qui ne pourront pas se faire enfiler, mais seulement butiner le petit cul du féal. Oui. C'est exactement cela. Mais rassure-toi, il n'y a pas de limitation aux gourmandises buccales !
– C'est complètement dingue !
– C'est une question de point de vue.
Je reste interdit pendant un petit moment au cours duquel il scrute mon visage, un léger sourire aux lèvres. Il tente de deviner ce qui me passe par la tête. Ce qui tourne en boucle dans ma tête est pourtant simple : se retrouver à cinq gars nus, quatre actifs comme moi qui pourront bourriner autant que souhaité le petit cul d'un passif est un programme hyper excitant !
J'essaie quand même de résister.
– Je ne vois vraiment pas l'intérêt de cela. Si je préfère nettement prendre qu'être pris, le fait de me retrouver avec des gars sympas et nus pourrait me donner envie de pratiquer les deux !
– Et alors ?
– Pourquoi se limiter ? D'accord, un vrai passif sera content de se faire prendre à répétition par des bonnes queues bien viriles. Mais pour les autres, les actifs ? Qu'est-ce que cette règle apporte ?
– Une première chose, mon jeune ami, c'est de faire confiance à des vieux pédés expérimentés. Si nous fixons cette règle, c'est parce qu'elle permet de découvrir de nouvelles formes de plaisir, crois-moi. En allant plus loin que ce que nous faisons tous dans la sodomie, on élargit considérablement le champ de son propre plaisir. Sans forcer quiconque, bien sûr !
– Je veux bien croire qu'un passif, même expérimenté, va tellement en prendre plein le cul qu'il va élargir son horizon autant que son conduit. Mais c'est frustrant pour les autres !
– Qui te dit que c'est le féal seul qui va faire de nouvelles découvertes extatiques ?
– Euh…
– C'est pourquoi il faut accepter cette règle et nous faire confiance. Je répète, notre objectif est de vous permettre, entre jeunes hommes, d'aller plus loin dans la découverte de votre propre plaisir.
– Je… Je ne m'attendais pas à cela.
– C'est pourquoi tu dois prendre le temps de la réflexion. Réfléchis et rappelle-moi dans quelques jours. Tu auras sûrement d'autres questions. Je répondrai à tout. D'accord ? Je veux que les jeunes hommes qui participent le fassent en toute connaissance de cause avec pour seule ambition de laisser leur pulsion homosexuelle s'exprimer le plus loin possible.
J'ai beau faire, le programme et la règle du jeu de ces vacances entre mecs me perturbent complètement. Je suis sans cesse excité. Je me masturbe chaque jour en rêvant d'un entremêlement de corps de beaux mecs nus. Je multiplie les partenaires : il faut que je prenne un gars chaque jour !
Très vite je sais que je vais accepter. C'est trop excitant. Mais cela me rend nerveux. Y a-t-il un piège ? Comment seront les autres gars ?
Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Je finis par donner mon accord à Charles qui me renvoie un engagement à respecter la règle du jeu. Nu et en complète érection, constatant une fuite séminale qui s'écoule en filet, je le signe.
à suivre...
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Commentaires ()
Je vois que tu suis précisément le récit. Merci.