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Couverture de Ce que Marianne s’autorise, par EntreDeux
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Ce que Marianne s’autorise — Chapitre 6 · Ce qu’Antoine avait vu

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EntreDeux
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Ce que Marianne s’autorise

Chapitre 6 · Ce qu’Antoine avait vu

Chapitre VI — Ce qu’Antoine avait vu

Antoine attendait ma réponse, appuyé contre le plan de travail, avec le sourire amusé qu’il prenait lorsqu’il pensait avoir observé quelque chose d’intéressant. Je gardai les mains près de l’évier, cherchant une réponse qui ne trahirait rien de ce qui s’était passé hors de son regard.
Bien sûr que je l’avais remarqué. Je l’avais observé plus attentivement que je ne voulais l’admettre et, lorsque son regard cherchait le mien, il m’arrivait de ne pas l’éviter ; le reste de la soirée, surtout notre passage dans la cuisine, ne regardait que lui et moi. Antoine, lui, avait passé une excellente soirée avec un collègue qu’il appréciait, heureux de me voir élégante et souriante, sans imaginer qu’une partie de mon attention s’était portée vers cet homme dont j’avais pourtant toujours critiqué les manières.
Je finis par hausser légèrement les épaules, sans me retourner complètement.
— Philippe regarde toujours les femmes, tu le connais aussi bien que moi.
Antoine eut un petit rire, mais ne parut pas satisfait de cette réponse. Il s’approcha pour déposer le dernier verre près de l’évier, puis resta à côté de moi en expliquant qu’il avait trouvé son collègue particulièrement admiratif ce soir-là, au point de perdre parfois le fil d’une conversation lorsqu’il me voyait traverser la pièce. Il évoqua ma robe, la façon dont elle suivait ma silhouette et les regards que Philippe avait portés sur mes jambes, avec une précision qui me surprit davantage que ses remarques elles-mêmes, car je découvrais que mon mari avait observé beaucoup plus de choses que je ne l’avais imaginé.
Je tournai enfin la tête vers lui et retrouvai une expression où je ne distinguais ni reproche ni mécontentement, mais plutôt une curiosité presque joyeuse, comme s’il venait de partager avec moi une plaisanterie que nous étions seuls à pouvoir apprécier. Il passa une main autour de ma taille et m’attira doucement contre lui, puis m’embrassa sur la joue en ajoutant qu’il comprenait parfaitement son collègue, puisque lui-même m’avait trouvée particulièrement belle lorsque j’étais descendue de notre chambre en début de soirée.
Ce compliment me fit plaisir malgré tout. J’aimais toujours qu’Antoine me trouve jolie, même si ses attentions étaient devenues si familières que je ne les entendais plus toujours avec la même émotion qu’autrefois, et je me laissai aller quelques instants contre lui, retrouvant son odeur, la souplesse de son corps et cette manière tranquille qu’il avait de me tenir sans chercher immédiatement à obtenir davantage. Ses mains étaient plus fines que celles de Philippe, ses gestes plus légers, et j’aurais voulu pouvoir profiter de cette tendresse sans que le souvenir d’un autre contact vienne s’imposer au même moment.
Antoine se recula légèrement pour me regarder, puis me demanda si j’avais trouvé cette insistance désagréable. Je répondis qu’elle m’avait parfois mise mal à l’aise, ce qui était parfaitement vrai, mais je m’entendis ajouter que je ne pouvais pas non plus prétendre n’avoir rien remarqué de ses compliments. Il sourit davantage, visiblement satisfait de cette nuance, puis retourna vers la table pour récupérer les dernières serviettes tandis que je vidais l’évier.
Nous continuâmes à ranger la cuisine pendant qu’Antoine, amusé par le manque de discrétion de Philippe, me décrivait les regards qu’il avait surpris au cours du dîner. Je l’écoutais en essuyant les derniers verres, sensible à ses compliments, mais gardant pour moi la part de la soirée qu’il n’avait pas vue.
Ce n’était pas la première fois qu’il manifestait ce genre de curiosité. Depuis plusieurs années, Antoine revenait parfois, au détour de nos conversations les plus intimes, sur l’idée qu’un autre homme puisse me trouver désirable, m’observer ou chercher à me séduire. J’avais longtemps considéré ces remarques comme des fantasmes assez ordinaires, auxquels je répondais tantôt par une plaisanterie, tantôt avec une indulgence amusée, sans jamais imaginer qu’il souhaitait réellement me voir franchir les limites de notre mariage. Ses histoires mettaient presque toujours en scène une Marianne plus audacieuse que celle que je connaissais, une femme capable de plaire sans hésitation et d’accepter les compliments d’inconnus avec une assurance que je n’avais jamais possédée.
Mais ce soir-là, il ne parlait plus d’un homme imaginaire rencontré dans un restaurant ou sur une plage. Il parlait de Philippe, un collègue qu’il connaissait depuis longtemps, avec lequel il travaillait régulièrement et dont il avait lui-même organisé la venue chez nous. Je gardai pour moi les objections que j’avais si souvent formulées à son sujet, incapable cette fois de les prononcer avec la même assurance.
Antoine se servit un verre d’eau et s’appuya contre le meuble en face de moi, poursuivant ses remarques avec cette franchise un peu maladroite qui le caractérisait lorsqu’un sujet l’intéressait vraiment. Il me confia qu’il avait apprécié la manière dont Philippe m’avait complimentée devant lui, parce qu’il avait eu l’impression de retrouver la femme dont il était tombé amoureux, celle que les hommes regardaient lorsque nous sortions ensemble et qui n’avait pourtant jamais semblé mesurer l’effet qu’elle produisait.
Je baissai les yeux vers mon verre, touchée par cette évocation de nos premières années, au cours desquelles Antoine me trouvait toujours magnifique alors que je m’obstinais à critiquer mes longues jambes trop maigres, ma poitrine peu généreuse et cette silhouette que je jugeais moins féminine que celle de beaucoup de mes amies. Il m’avait souvent répété qu’il aimait précisément cette finesse, la longueur de mon cou, mes épaules étroites et la courbe de mes hanches, mais je n’avais jamais complètement réussi à partager son regard sur mon corps. Depuis les premiers regards de Delorme, je passais davantage de temps devant la glace et laissais parfois la voix d’Antoine l’emporter sur mes propres critiques.
Antoine posa son verre et vint m’entourer de ses bras, puis resta quelques instants derrière moi tandis que je terminais de ranger les derniers couverts. Sa joue effleura mes cheveux et je sentis ses mains se rejoindre doucement sur mon ventre, geste familier qui aurait dû me rassurer, mais je ne pus m’empêcher de retrouver dans cette position celle de Philippe quelques heures auparavant, lorsqu’il s’était arrêté derrière moi près du réfrigérateur. Le contraste entre les deux hommes était si saisissant que je fermai brièvement les yeux, embarrassée par cette comparaison que je n’avais aucune raison de faire.
Antoine me demanda alors, presque à voix basse, si je pouvais imaginer qu’un homme comme Philippe me désire réellement. La question était formulée avec une curiosité sincère, dépourvue de cette agressivité qu’aurait pu provoquer la jalousie, et je pris le temps de réfléchir avant de lui répondre que Philippe avait toujours été entreprenant avec les femmes, mais que cela ne signifiait pas nécessairement qu’elles avaient envie de lui.
Mon mari reconnut aussitôt que son collègue n’était pas particulièrement séduisant, puis ajouta, avec un sourire, que cela rendait peut-être ses compliments encore plus flatteurs puisqu’il semblait avoir oublié toute prudence en me regardant. Je ne pus retenir un rire bref devant cette conclusion, autant parce qu’elle me semblait parfaitement absurde que parce qu’elle révélait l’étrange indulgence qu’Antoine manifestait soudain envers un homme dont il avait lui-même critiqué plus d’une fois les plaisanteries déplacées.
Nous montâmes nous coucher un peu après minuit. Antoine me précéda dans l’escalier, puis s’arrêta près de la porte de notre chambre pour m’embrasser lorsqu’il me vit arriver, avec une impatience tendre qui me surprit agréablement. Il avait toujours été affectueux et notre vie conjugale n’avait jamais complètement perdu cette familiarité des corps qui se connaissent depuis longtemps, mais je remarquai ce soir-là une attention nouvelle, une manière de me regarder qui rappelait les premières années de notre relation, lorsqu’il s’attardait devant moi sans chercher à dissimuler son admiration.
Pendant que je retirais mes boucles d’oreilles devant la glace, il vint se placer derrière moi et posa les mains sur mes hanches, suivant du regard la silhouette que dessinait ma robe bleu nuit. Il me dit qu’elle m’allait merveilleusement bien, et suivit silencieusement la ligne de mon dos dans le miroir.
Je rencontrai les yeux de mon mari dans le miroir, puis détournai la tête vers mes bijoux, incapable de lui expliquer que son collègue avait eu, à ce moment-là, bien d’autres raisons de se souvenir de ma présence près de lui. Antoine ne remarqua pas mon embarras et continua à me complimenter, évoquant la finesse de ma taille, mes jambes et cette allure élégante que j’avais conservée malgré les années.
Lorsqu’il m’aida à défaire la fermeture de ma robe, ses gestes furent plus attentifs que d’habitude, presque hésitants, comme s’il cherchait à retrouver une forme de séduction que nous avions longtemps laissée disparaître sous la familiarité. Je me tournai vers lui et l’embrassai avec une tendresse sincère, touchée de le sentir ainsi désireux de me plaire, mais je retrouvai bientôt dans son regard cette excitation particulière qui avait accompagné notre conversation depuis le départ de Philippe.
Il me demanda si j’avais remarqué combien son collègue avait apprécié ma tenue, puis revint sur la manière dont celui-ci avait suivi des yeux mes déplacements pendant le dîner. Sa voix était devenue plus basse, son sourire moins assuré, et je compris qu’il cherchait à partager avec moi quelque chose de plus intime que la simple satisfaction de m’avoir vue admirée par un autre homme.
Je l’écoutai sans l’interrompre. Je connaissais ce fantasme depuis longtemps, mais je n’avais jamais eu à envisager ce qu’il donnerait dans notre propre maison. Ce soir-là, pourtant, je sentais qu’il prenait davantage de plaisir à imaginer le désir de Philippe qu’à constater simplement que j’avais été élégante, et cette différence me troublait presque autant que les souvenirs que je m’efforçais de tenir à distance.
— Et si un homme me plaisait vraiment ? lui demandai-je finalement.
Antoine resta silencieux quelques secondes. Il avait conservé ses mains sur ma taille et me regardait avec une expression qui n’avait plus tout à fait la légèreté de ses plaisanteries précédentes, comme s’il venait de comprendre que la question pouvait dépasser les images rassurantes qu’il avait construites au fil des années.
Il finit par répondre qu’il ne savait pas exactement comment il réagirait, mais que l’idée de me savoir désirée, de me voir retrouver une assurance que j’avais longtemps perdue, avait toujours exercé sur lui une fascination particulière. Il ajouta qu’il ne souhaitait pas me pousser à faire quelque chose dont je n’aurais pas envie et qu’il aimait surtout imaginer que je puisse découvrir dans les regards des autres hommes une beauté que lui-même n’avait jamais cessé de voir.
Je le regardai avec une affection mêlée d’inquiétude. Antoine était sincère, j’en étais convaincue, mais je connaissais aussi son besoin de comprendre et d’organiser les choses, cette manière qu’il avait parfois de transformer un désir en projet dont il pouvait maîtriser les circonstances. Il parlait avec enthousiasme d’une femme libre d’être désirée, tout en semblant trouver rassurant que cette liberté reste pour le moment dans le domaine des conversations et des scénarios auxquels il donnait lui-même une forme.
Je lui demandai doucement s’il ne serait pas jaloux.
Il sourit d’abord, puis reconnut que la question était plus compliquée qu’il ne l’aurait cru. Il pouvait trouver excitant qu’un homme me regarde, imaginer certaines situations et prendre plaisir à me savoir admirée, mais il n’était pas certain de supporter avec la même tranquillité de découvrir que je désirais réellement quelqu’un d’autre. Cette hésitation, plus que toutes ses confidences précédentes, me parut révélatrice de l’homme que j’avais épousé, à la fois curieux, généreux dans ses intentions et profondément attaché à la place qu’il occupait dans ma vie.
Je passai les bras autour de son cou et l’embrassai, davantage pour retrouver notre proximité que pour mettre fin à cette conversation qui me semblait soudain beaucoup trop proche de la vérité. Antoine me serra contre lui, puis nous gagnâmes le lit avec cette tendresse familière que j’avais toujours appréciée chez lui, même si son désir paraissait ce soir-là plus vif et plus impatient que d’habitude.
Il se montra d’abord particulièrement attentif, me regardant avec une admiration qui me toucha et prenant le temps de retrouver des gestes que nous avions quelque peu négligés au fil des années. J’avais envie de lui faire plaisir, de profiter de cette intimité retrouvée et surtout de sentir que nous étions encore capables de partager autre chose que les habitudes de notre mariage, mais je remarquai rapidement que son imagination revenait vers le dîner, vers Philippe et vers ces regards qu’il avait observés avec une satisfaction dont je commençais à mesurer l’importance.
Je répondais à sa tendresse sans chercher à l’interrompre, mais chacune de ses allusions à son collègue ramenait devant moi le visage de cet homme dont je connaissais désormais beaucoup trop bien les manières. Je retrouvais son ventre, son parfum trop fort, ses mains épaisses, puis le souvenir de notre rapprochement dans la cuisine, tandis qu’Antoine continuait à évoquer une situation dont il croyait encore tout inventer. J’aurais voulu chasser ces images et retrouver simplement mon mari, mais elles revenaient avec une facilité déconcertante, mêlant le désir sincère d’Antoine au souvenir d’une expérience dont il ignorait l’existence.
Notre rapprochement fut plus passionné qu’à l’ordinaire, du moins pour lui. Je sentais son impatience, son plaisir à me tenir contre lui et cette excitation nouvelle que la soirée avait manifestement réveillée, mais son élan finit par l’emporter sur l’attention qu’il avait essayé de me donner au début, et je retrouvai bientôt le déséquilibre qui s’était installé depuis longtemps dans notre vie intime. Antoine fut satisfait avant que j’aie véritablement trouvé le même plaisir, puis resta quelques instants près de moi avec une tendresse qui n’avait rien perdu de sa sincérité.
Je lui caressai doucement les cheveux tandis qu’il reprenait son souffle, sans éprouver le besoin de lui reprocher cette déception qui nous était devenue si familière qu’elle n’occupait presque plus de place dans nos conversations. Il m’embrassa sur l’épaule, murmura quelques mots affectueux et resta encore un moment près de moi avant de se tourner sur le côté, épuisé par la journée et par cette soirée qui l’avait visiblement davantage troublé qu’il ne s’y attendait.
Je demeurai éveillée dans la pénombre, attentive à sa respiration qui devenait progressivement régulière. Nous venions de partager un moment de tendresse sincère, et pourtant je ressentais encore cette frustration que je connaissais depuis des années, aggravée maintenant par le souvenir d’un plaisir beaucoup plus intense que j’avais découvert avec un homme auquel je n’éprouvais toujours aucune attirance. Le contraste était si cruel que je tournai légèrement la tête vers Antoine, comme si le simple fait de regarder son visage paisible pouvait me débarrasser de cette comparaison que je détestais faire.
Mon téléphone vibra sur la table de nuit.
Je n’avais pas besoin de regarder l’écran pour soupçonner l’identité de celui qui m’écrivait à une heure pareille, mais j’attendis quelques secondes avant de tendre la main, craignant presque qu’Antoine ne se réveille et me demande pourquoi je recevais un message au milieu de la nuit.
Philippe voulait simplement savoir si j’avais apprécié le dîner.
Je restai un moment à regarder cette phrase parfaitement ordinaire, derrière laquelle je retrouvais sans difficulté son sourire satisfait et cette manière qu’il avait de transformer notre secret en une familiarité dont il semblait déjà considérer qu’elle lui appartenait. Je verrouillai l’écran sans répondre, puis posai le téléphone près de la lampe, décidée à ne pas lui donner une fois de plus le plaisir d’une conversation nocturne.
Quelques minutes plus tard, un second message arriva.
Il me demandait si Antoine avait remarqué quelque chose.
Je regardai mon mari, toujours endormi près de moi, puis repris le téléphone avec une hésitation que je n’avais pas éprouvée en lisant le premier message. La question de Philippe était suffisamment vague pour pouvoir concerner simplement ses regards pendant le dîner, mais je savais qu’il cherchait probablement à vérifier jusqu’où notre discrétion avait été efficace, et cette légèreté me contraria autant que la curiosité qu’elle provoquait en moi.
Je lui répondis qu’Antoine avait effectivement remarqué la manière dont il me regardait.
Philippe mit moins d’une minute à demander ce que mon mari en avait pensé. Je restai quelques secondes immobile, puis répondis qu’il avait trouvé cela amusant, sans entrer dans les détails de notre conversation ni lui révéler ce qu’Antoine venait de me confier. Cette partie de notre soirée appartenait encore à mon mari et à moi, et je n’avais aucune envie d’offrir à Philippe une confidence qui aurait probablement renforcé son assurance.
Il répondit qu’Antoine avait toujours eu bon goût, puis ajouta qu’il m’avait trouvée particulièrement belle dans ma robe bleu nuit.
Je relus son compliment avec une satisfaction que je ne cherchai pas à nier, mais je n’y répondis pas davantage. Il avait déjà obtenu suffisamment de place dans mes pensées au cours de cette soirée et je n’avais aucune intention de lui laisser croire que son attention pouvait lui ouvrir toutes les portes, même si je ne parvenais toujours pas à comprendre pourquoi le souvenir de ses mains demeurait si présent.
Je reposai mon téléphone et me tournai vers Antoine, dont le visage se distinguait à peine dans la lumière qui filtrait entre les rideaux. Il avait retrouvé cette expression paisible que je connaissais depuis les premières années de notre mariage, et je ressentis une tendresse presque douloureuse en pensant qu’il s’était endormi heureux, persuadé d’avoir partagé avec moi un fantasme encore imaginaire, alors que je portais seule le poids d’une réalité dont je n’avais pas osé lui parler.
Le dimanche, nous partîmes marcher après le déjeuner, profitant d’une belle éclaircie de printemps et de quelques heures pendant lesquelles Antoine n’avait ni consultation ni dossier urgent à terminer. Il se montra particulièrement affectueux, glissant régulièrement sa main dans la mienne, me racontant ses projets pour les vacances et s’amusant de me voir m’arrêter devant certaines vitrines de vêtements, chose que je ne faisais presque plus depuis des années. Nous prîmes un café en terrasse avant de rentrer, et je retrouvai auprès de lui cette complicité tranquille qui avait traversé notre mariage sans jamais véritablement disparaître, même lorsque notre intimité s’était peu à peu enfermée dans ses habitudes.
En fin d’après-midi, tandis que je rangeais quelques vêtements dans notre chambre, Antoine vint me rejoindre et passa les bras autour de ma taille, posant son menton sur mon épaule pour regarder avec moi les robes que j’avais sorties de l’armoire. Il me demanda en souriant si j’avais l’intention de devenir élégante tous les jours, puis ajouta qu’il aimait beaucoup me voir reprendre plaisir à me faire belle. Je me retournai pour l’embrasser et restai un moment contre lui, touchée par cette attention qui ne ressemblait en rien aux compliments appuyés de Philippe.
Nous descendîmes préparer le dîner ensemble, comme nous l’avions fait la veille, et je recherchais volontiers la proximité d’Antoine, qui venait parfois déposer un baiser dans mon cou entre deux préparations. Il semblait heureux de ces attentions nouvelles et y répondait avec une tendresse spontanée qui me donnait presque envie de prolonger indéfiniment cette soirée ordinaire.
Plus tard, lorsque nous nous installâmes sur le canapé, Antoine m’attira contre lui et posa machinalement une main sur mon genou avant de reprendre le livre qu’il avait commencé quelques jours auparavant. Je restai près de lui, la tête contre son épaule, tandis qu’il tournait les pages avec cette tranquillité que je lui connaissais si bien.
Au bout d’un moment, il referma son livre, m’embrassa sur le front et me dit simplement qu’il avait passé un très bon week-end.
Je levai les yeux vers lui, puis me rapprochai encore un peu, sans trouver autre chose à répondre que de déposer un baiser sur sa joue.
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Chapitre 7 · Les derniers soins
Trois visites séparent encore Marianne de la fin de sa tournée chez Monsieur Delorme. Infirmière libérale, elle a pris l'habitude de ce patient réservé et poli, dont le regard discret accompagne chacune de ses matinées. Alors que la cicatrice évolue bien, quelque chose dans l'air de cette maison commence à peser différemment. Que se passe-t-il quand un lien né au fil des pansements approche de sa limite ?
14 minutes
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hinéros
30 octobre 2026 à 23:44
"une tendresse presque douloureuse" : cette phrase résume à elle seule la situation.

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