Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ce que Marianne s’autorise — Chapitre 9 · Le plaisir de plaire
Auteur
Ce que Marianne s’autorise
Chapitre 9 · Le plaisir de plaire
Le dimanche matin, lorsque je descendis prendre mon petit déjeuner, Antoine était déjà installé dans la cuisine, une tasse de café devant lui et son ordinateur ouvert sur quelques documents professionnels qu’il consultait distraitement. Il leva les yeux à mon arrivée, m’adressa un sourire affectueux et me demanda si j’avais bien dormi, avec une simplicité bienvenue après notre conversation de la veille. Il semblait détendu et me parla d’abord d’un collègue malade, d’un remplacement qu’il faudrait probablement organiser dans la semaine et d’un restaurant dont un patient lui avait vanté la cuisine.
Nous décidâmes de profiter du beau temps pour sortir après le déjeuner et, lorsque je montai m’habiller, je retrouvai la robe rouge que j’avais soigneusement suspendue la veille, entre deux vêtements dont la sobriété faisait paraître sa couleur encore plus vive. Je passai les doigts sur le tissu, remis en place un lacet qui s’était retourné, puis refermai l’armoire pour choisir une jupe en jean et un chemisier blanc, accompagnés de chaussures assez légères pour marcher. Je laissai mes cheveux tomber sur mes épaules et ajoutai un peu de rouge à lèvres, sans prendre autant de temps que la veille devant le miroir.
Antoine remarqua immédiatement ma tenue lorsque je le rejoignis dans l’entrée et me complimenta en passant les mains autour de ma taille, puis nous partîmes nous promener dans les rues commerçantes encore tranquilles en ce dimanche après-midi. Quelques boutiques avaient ouvert, les terrasses commençaient à se remplir et nous nous arrêtâmes pour boire un café au soleil de ce dimanche de printemps, après avoir marché assez longtemps pour qu’Antoine commence à regretter les chaussures qu’il avait choisies. Pendant qu’il allait régler nos consommations, je remarquai un homme assis quelques tables plus loin qui suivit brièvement mon passage du regard avant de reprendre sa conversation. Je n’en fis rien, mais me surpris à sourire en retrouvant Antoine près de la sortie.
Sur le chemin du retour, nous passâmes devant une boutique dont la vitrine présentait plusieurs robes légères et quelques ensembles élégants. Je m’arrêtai devant un mannequin portant une robe verte, assez simple, cintrée à la taille et légèrement évasée sur les hanches, dont la couleur me plut immédiatement. Antoine vint se placer derrière moi pour regarder la vitrine, posa une main sur mon épaule et me proposa de revenir l’essayer pendant la semaine, ajoutant qu’il me trouvait particulièrement jolie en vert.
Le lundi, à la faveur d’une pause un peu plus longue entre deux visites, je retournai devant la boutique et entrai presque sans hésiter. La vendeuse, une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux courts et au sourire agréable, me proposa plusieurs modèles après m’avoir demandé ce que je recherchais. Je lui montrai la robe aperçue la veille, puis acceptai d’en essayer deux autres, dont une jupe droite que j’aurais probablement écartée quelque temps auparavant parce qu’elle épousait trop étroitement mes hanches.
Dans la cabine, je pris plaisir à découvrir ces silhouettes successives, tournant légèrement devant la glace pour observer la façon dont les tissus accompagnaient mes mouvements. La robe verte suivait agréablement ma taille et soulignait la courbe de mes fesses, tandis que son encolure assez sage convenait mieux à ma poitrine que les décolletés profonds dans lesquels je me sentais parfois moins à l’aise. Lorsque la vendeuse vint vérifier la longueur, elle me conseilla une taille légèrement plus ajustée et arrangea le tissu au niveau des hanches avant de reculer pour observer le résultat.
— Celle-ci vous va vraiment bien. Vous avez de très belles jambes, il faut en profiter.
Je souris en la remerciant, puis me regardai encore quelques instants avant de décider de l’acheter. En quittant la boutique, je portais mon paquet avec ce plaisir un peu enfantin que procurent parfois les achats imprévus, et je le déposai soigneusement sur le siège passager avant de reprendre ma tournée.
Le soir, Antoine remarqua le sac posé dans notre chambre et me demanda ce que j’avais trouvé. Je sortis la robe pour la lui montrer, puis acceptai de l’enfiler une seconde fois tandis qu’il s’installait sur le bord du lit. Lorsqu’il me vit apparaître dans l’encadrement de la salle de bains, il sourit avec une admiration qui me toucha, puis se leva pour poser les mains sur mes hanches et me regarder de plus près. Il trouva la couleur magnifique, suivit du regard la ligne de ma silhouette et m’embrassa avec cette tendresse familière qui me plaisait toujours autant.
Il ne fit aucune allusion à Marc ni à notre soirée du samedi, et je n’abordai pas davantage le sujet. Nous descendîmes préparer le dîner, échangeant des nouvelles du cabinet et de ma tournée sans revenir à la rencontre de la veille.
Ce fut moi qui revins sur Marc deux jours plus tard.
Nous étions installés dans le salon après le dîner, Antoine lisant quelques articles médicaux sur sa tablette tandis que je parcourais un magazine, lorsque je lui demandai s’il avait eu des nouvelles de notre invité. Il releva les yeux avec une surprise visible, puis m’expliqua qu’il lui avait simplement écrit pour le remercier de sa visite et lui assurer qu’il n’avait rien à se reprocher. Marc avait répondu qu’il avait apprécié notre accueil et qu’il comprenait parfaitement ma décision, sans chercher à prolonger la conversation.
Je laissai passer quelques secondes avant de demander à Antoine s’il accepterait de me communiquer son numéro.
Il posa lentement sa tablette sur la table basse et me regarda, puis me demanda si je souhaitais écrire à Marc pour m’excuser de la manière dont notre rencontre s’était terminée. Je répondis que ce n’était pas nécessaire, puisqu’il n’avait manifesté aucune contrariété et que je n’avais pas davantage de raisons de lui présenter des excuses, mais que j’aimerais pouvoir échanger directement avec lui, sans devoir systématiquement passer par mon mari.
Antoine resta silencieux un moment. Il avait lui-même choisi Marc, engagé les premiers échanges et organisé notre dîner, mais ma demande semblait le surprendre davantage que je ne l’aurais imaginé. Il finit par me demander si j’avais réellement envie de le revoir, et je répondis que je l’avais trouvé agréable, que notre soirée s’était terminée trop tôt pour que j’aie véritablement eu le temps de le connaître et que je serais peut-être heureuse de prendre un café avec lui dans des circonstances plus ordinaires.
Mon mari acquiesça, reprit son téléphone et chercha le numéro dans ses messages avant de me le dicter. Je l’enregistrai sans écrire immédiatement, puis me rapprochai d’Antoine pour déposer un baiser sur sa joue, tandis qu’il reprenait sa tablette avec une expression un peu plus sérieuse qu’auparavant.
Le lendemain, pendant une pause entre deux patients, je m’arrêtai quelques minutes sur un parking tranquille et envoyai un message à Marc pour lui dire que j’avais apprécié notre conversation et que je serais heureuse de prendre un café avec lui s’il en avait envie. Je précisai qu’Antoine savait que je le contactais, puis rangeai mon téléphone dans mon sac avant de reprendre ma tournée.
Marc répondit une vingtaine de minutes plus tard. Il me remercia de lui avoir écrit et proposa de nous retrouver dans une petite ville située à mi-chemin entre nos domiciles, ajoutant qu’il serait heureux de me revoir sans que nous ayons à nous préoccuper des circonstances particulières de notre premier dîner. Nous convînmes du mardi suivant, en fin d’après-midi, et échangeâmes encore quelques messages pour choisir un café.
Au cours des jours suivants, il m’écrivit de temps en temps sans multiplier les compliments ni revenir sans cesse sur notre rencontre chez Antoine. Il me parla d’un déplacement professionnel, se moqua de la météo qui compliquait ses trajets et me demanda comment se passaient mes tournées, tandis que je découvrais progressivement chez lui un humour assez discret et une manière de converser qui me plaisait. Nous ne parlâmes ni de la robe rouge ni de ce qui s’était passé sur le canapé, et je ne cherchai pas davantage à ramener ces souvenirs dans nos échanges.
Le mardi arriva plus vite que je ne l’aurais cru. J’avais terminé ma tournée vers seize heures et disposais de suffisamment de temps pour rentrer chez nous avant le rendez-vous. Antoine ne devait pas revenir avant dix-neuf heures, mais il connaissait l’heure et l’endroit où je retrouverais Marc, puisque nous en avions parlé la veille sans que cela donne lieu à une longue discussion.
Je montai directement dans notre chambre pour me changer, hésitai quelques minutes devant mon armoire, puis sortis la robe verte achetée le lundi de la semaine précédente. Je choisis des chaussures à talons modérés, un manteau léger et quelques bijoux discrets, laissai mes cheveux détachés et pris le temps de me maquiller devant la glace. Lorsque j’eus terminé, je tournai légèrement sur moi-même pour vérifier l’ensemble, satisfaite de voir le tissu suivre ma silhouette sans exiger les précautions auxquelles m’avait obligée la robe rouge. Je pris mon sac, redescendis l’escalier et quittai la maison avec quelques minutes d’avance.
Le ciel était couvert lorsque j’arrivai dans la petite ville où nous avions rendez-vous, mais la pluie s’était arrêtée et les trottoirs conservaient cette humidité brillante qui reflète les vitrines et les phares des voitures en fin d’après-midi. Je trouvai une place sur un parking situé à quelques rues du café, puis rejoignis l’établissement en marchant assez vite pour échapper à la fraîcheur de cette fin de journée printanière.
Marc m’attendait à une table près de la fenêtre. Il se leva lorsque j’entrai et m’accueillit avec un sourire qui me parut immédiatement plus naturel que celui de ses photographies, puis m’embrassa simplement sur les joues avant de reculer pour me laisser retirer mon manteau. Il portait un pantalon sombre et une chemise bleu clair sous une veste légère, tenue moins apprêtée que celle qu’il avait choisie pour notre premier dîner, et je retrouvai chez lui cette carrure athlétique, ces épaules larges et cette manière assez tranquille de se tenir qui m’avaient plu dès notre première rencontre.
Nous commandâmes deux cafés et commençâmes à parler avec une facilité qui me surprit agréablement. Marc me demanda comment s’était passée ma journée et je lui racontai quelques anecdotes de tournée, évoquant une patiente obstinée à conserver ses habitudes malgré les recommandations de son médecin et un autre qui m’avait longuement retenue pour me montrer des photographies de son jardin. Il m’écoutait avec intérêt, posait parfois une question et racontait à son tour certaines difficultés de son travail, sans chercher à ramener constamment la conversation vers lui.
Je découvris ainsi un homme beaucoup plus ordinaire que ne le laissaient supposer ses photographies, avec ses préoccupations professionnelles, ses habitudes sportives et ses goûts parfois surprenants. Il aimait marcher, cuisiner lorsqu’il en avait le temps et partir quelques jours à l’improviste, mais il se montrait aussi capable de parler longuement d’un film ou d’un livre sans avoir besoin d’étaler ses connaissances. Il raconta notamment une randonnée entreprise avec des amis au cours de laquelle ils s’étaient perdus pendant plusieurs heures, récit dont certains détails me firent rire au point d’attirer le regard de la serveuse qui passait près de notre table.
Au bout d’une heure, nous n’avions presque pas évoqué les circonstances de notre première rencontre. J’avais terminé mon café depuis longtemps et Marc avait commandé une seconde boisson, mais aucun de nous ne semblait pressé de partir. Je remarquais parfois ses mains lorsqu’il parlait, leurs mouvements précis autour de sa tasse et la façon dont il les reposait sur la table pour m’écouter, et je me surpris à apprécier davantage son visage lorsqu’il souriait ou se concentrait sur ce que je racontais que sur les photographies soigneusement choisies de son profil.
Il finit par me demander si je me sentais plus à l’aise que lors de notre premier dîner. Je répondis que oui, puis lui expliquai simplement que j’avais trouvé notre soirée un peu trop organisée pour me sentir complètement libre de faire sa connaissance. Marc acquiesça en reconnaissant qu’il avait lui-même eu cette impression, non parce qu’Antoine s’était montré désagréable, mais parce qu’il avait parfois senti que nous cherchions tous trois à suivre un déroulement prévu à l’avance.
Nous en parlâmes quelques minutes, assez pour dissiper la gêne laissée par notre rencontre, puis revînmes à des sujets plus légers jusqu’à ce que je remarque la tombée du soir derrière la fenêtre. Nous réglâmes nos consommations, reprîmes nos manteaux et sortîmes du café pour rejoindre le parking où Marc avait laissé sa voiture à quelques places de la mienne.
Les rues s’étaient vidées et quelques voitures traversaient lentement la place, leurs phares se reflétant sur les pavés encore humides, tandis que nous marchions côte à côte en poursuivant notre conversation. Je portais mon manteau ouvert malgré la fraîcheur et sentais parfois le tissu de ma robe bouger contre mes jambes, mais je n’y prêtais plus véritablement attention. Marc marchait près de moi, suffisamment pour que nos épaules se frôlent de temps en temps, et je retrouvais chez lui une présence dont j’appréciais maintenant la simplicité.
Nous nous arrêtâmes près de ma voiture. Il me remercia d’avoir proposé cette rencontre et me dit qu’il avait passé un excellent moment, puis resta devant moi avec un sourire légèrement hésitant, comme s’il cherchait la manière la plus naturelle de prendre congé. Je pouvais parfaitement lui tendre la main ou l’embrasser sur les joues, mais j’avais remarqué depuis quelques minutes sa façon de me regarder lorsqu’il pensait que je ne le voyais pas, et je n’avais aucune envie de repartir sur une poignée de main.
Je posai doucement mes doigts sur son avant-bras, sentis le tissu de sa veste sous ma paume et relevai les yeux vers son visage. Marc s’immobilisa sans chercher à anticiper mon geste, puis je m’approchai et l’embrassai.
Il répondit avec une douceur qui me surprit agréablement, posa les mains sur ma taille et me laissa décider de notre proximité, tandis que je passais une main derrière son cou pour prolonger le baiser. Nous restâmes quelques instants ainsi, à côté de ma voiture, sans nous préoccuper des passants qui traversaient le parking un peu plus loin. Lorsque je reculai légèrement, Marc me regardait avec un sourire heureux et une surprise qu’il ne cherchait pas à dissimuler.
Je lui rendis son sourire, puis laissai mes doigts glisser le long de sa manche avant de reprendre mon sac. Il me demanda si nous pourrions nous revoir et je répondis que j’en serais heureuse, sans chercher à fixer immédiatement une date. Il m’embrassa une dernière fois sur la joue, puis attendit que je sois installée dans ma voiture avant de rejoindre la sienne.
Je pris quelques instants pour régler le chauffage et vérifier l’heure sur mon téléphone, puis quittai le parking. Il me restait une quarantaine de minutes de route avant de rentrer, et je conduisis tranquillement, retrouvant parfois sur mes lèvres la sensation du baiser échangé quelques minutes auparavant.
Lorsque j’arrivai à la maison, Antoine était dans la cuisine, occupé à préparer le dîner. Il leva les yeux en m’entendant entrer, me demanda si j’avais fait bonne route et vint m’embrasser avec sa tendresse habituelle, mais je remarquai immédiatement qu’il observait mon visage avec un peu plus d’attention que d’ordinaire. Je posai mon sac sur une chaise, retirai mon manteau et le rejoignis près du plan de travail où il coupait des légumes avec une application qui me fit sourire.
Il me demanda si Marc s’était montré agréable et je lui racontai notre après-midi, le café, la conversation et les anecdotes qui nous avaient fait rire. Antoine semblait soulagé de m’entendre parler de lui avec autant de naturel, puis me demanda si j’étais contente d’avoir accepté ce rendez-vous. Je répondis que oui, mais remarquai qu’il continuait à me regarder comme s’il attendait autre chose.
Je lui dis alors que nous nous étions embrassés avant de nous séparer.
Il posa lentement son couteau sur la planche et tourna la tête vers moi, sans parvenir immédiatement à dissimuler sa surprise. Il me demanda si Marc avait pris l’initiative et je lui répondis que non, que je m’étais moi-même approchée de lui parce que j’en avais eu envie.
Antoine essuya ses mains dans un torchon, prit un verre dans le placard et se servit de l’eau avant de revenir s’appuyer contre le plan de travail, à quelques pas de moi. Je connaissais suffisamment ses réactions pour comprendre qu’il cherchait à mettre de l’ordre dans ses pensées, mais il ne manifesta aucune colère et finit simplement par me demander si ce baiser m’avait plu.
— Oui, répondis-je. Beaucoup plus que celui de samedi.
Il baissa les yeux vers son verre et acquiesça, puis me demanda si nous avions prévu de nous revoir. Je lui expliquai que nous en avions parlé sans fixer de date et que j’aimerais prendre le temps de mieux connaître Marc, sans transformer immédiatement notre prochaine rencontre en une soirée semblable à celle qu’il avait organisée.
Antoine resta silencieux quelques instants avant de reconnaître que cette situation lui faisait un drôle d’effet. Il avait longtemps imaginé le plaisir qu’il pourrait éprouver à me voir désirée par un autre homme, mais m’entendre raconter un baiser auquel il n’avait pas assisté lui donnait une impression beaucoup moins facile à définir.
Je m’approchai pour poser une main sur son bras et lui demandai s’il regrettait de m’avoir communiqué le numéro de Marc. Il secoua la tête presque immédiatement, puis me répondit qu’il était surtout surpris par sa propre réaction, parce qu’il avait passé tant de temps à imaginer certaines situations qu’il avait oublié combien elles pourraient lui sembler différentes lorsqu’elles se produiraient réellement.
Je le laissai poursuivre sans chercher à le rassurer trop vite. Il finit par sourire, un peu embarrassé de sa franchise, puis reprit son couteau et me demanda de lui passer le saladier posé près de l’évier.
Nous terminâmes de préparer le dîner ensemble. Antoine retrouva progressivement sa bonne humeur, me demanda ce que nous avions commandé au café et plaisanta sur la distance que Marc avait dû parcourir pour boire une simple tasse avec moi, mais il ne revint pas immédiatement sur notre baiser, et je respectai son silence.
Plus tard, lorsque nous nous installâmes dans le salon, il vint s’asseoir près de moi plutôt que dans son fauteuil habituel et passa un bras autour de mes épaules. Je me blottis contre lui, heureuse de retrouver sa chaleur familière, tandis qu’il regardait distraitement les premières images du film que nous avions choisi.
Au bout d’un moment, il me demanda si Marc m’avait trouvée jolie. Je lui répondis qu’il avait complimenté ma robe et que nous avions beaucoup parlé, puis lui racontai la manière dont il m’avait accueillie au café. Antoine sourit légèrement et passa une main sur mon genou avant de me demander si j’avais porté la robe verte que j’avais achetée quelques jours auparavant.
Je levai les yeux vers lui, amusée qu’il pose la question alors qu’il m’avait vue rentrer, puis il reconnut en riant qu’il cherchait surtout à savoir si Marc m’avait regardée avec autant d’admiration que lui. Je lui répondis que je n’avais pas passé tout l’après-midi à vérifier ses regards, ce qui le fit sourire davantage, et il m’attira doucement contre lui.
Nous restâmes installés l’un près de l’autre pendant une bonne partie du film, jusqu’au moment où Antoine me confia presque à voix basse qu’il avait été un peu jaloux en apprenant notre baiser. Je tournai la tête vers lui, mais il regardait toujours l’écran avec une expression sérieuse, puis ajouta qu’il ne savait pas encore si cette jalousie lui déplaisait ou si elle faisait partie de ce qu’il avait toujours souhaité éprouver.
Je ne lui demandai pas de préciser davantage sa pensée. Je posai simplement ma main sur la sienne et restai contre lui jusqu’à la fin du film, puis nous montâmes nous coucher.
Dans la chambre, Antoine remarqua que j’avais laissé ma robe verte sur une chaise et la récupéra pour la suspendre soigneusement dans l’armoire. Il resta quelques secondes devant mes vêtements, regardant les robes que j’avais achetées ou ressorties ces dernières semaines, puis referma les portes sans commentaire.
Je le rejoignis près du lit et l’embrassai longuement, touchée par cette attention discrète qui ne ressemblait ni à une demande ni à un reproche. Il me prit dans ses bras et resta un moment contre moi avant de rejoindre son côté du lit, puis nous éteignîmes la lumière sans reparler de Marc.
Les jours suivants, nos horaires reprirent leur place habituelle : mes visites du matin, les consultations d’Antoine et les fins de journée où nous nous retrouvions enfin dans la cuisine. Nous continuions à nous retrouver le soir autour du dîner, à parler de nos journées et à organiser les week-ends à venir, mais je remarquais parfois chez mon mari une attention nouvelle lorsque je choisissais une robe ou prenais quelques minutes supplémentaires pour me préparer avant de sortir.
Marc m’écrivit deux jours après notre café pour me dire qu’il avait apprécié notre rencontre. Je lui répondis avec plaisir et nous échangeâmes quelques messages assez légers, sans chercher à fixer immédiatement un nouveau rendez-vous. Je ne ressentais pas cette impatience presque physique que Philippe avait parfois éveillée en moi, mais j’aimais retrouver Marc dans ces échanges, découvrir certaines de ses habitudes et l’imaginer sourire en lisant mes réponses.
Un vendredi soir, Antoine rentra un peu plus tard que d’habitude. Il posa sa sacoche dans l’entrée, vint m’embrasser dans la cuisine et m’expliqua qu’il avait accepté de recevoir plusieurs collègues le samedi suivant afin de discuter de quelques difficultés rencontrées au cabinet avant les prochains congés. Je lui demandai qui viendrait, en continuant à préparer la salade que j’avais commencée, et il me cita Éric, Laurent, puis Philippe, avec le naturel de quelqu’un qui énumère des noms parfaitement familiers.
Je relevai les yeux vers lui.
Antoine ne remarqua pas immédiatement mon hésitation. Il cherchait déjà dans le placard le plat que nous utilisions lorsque nous recevions plusieurs personnes, puis me demanda si cinq couverts seraient suffisants et si je préférais que nous commandions quelque chose plutôt que de passer toute la journée à cuisiner.
Je lui répondis que nous pourrions parfaitement préparer le dîner ensemble, comme nous l’avions fait lors de la précédente invitation, et il sourit avant de m’embrasser sur la tempe.
Le lendemain matin, après son départ pour quelques courses, je montai choisir ce que je pourrais porter pour cette soirée. J’avais plusieurs robes qui conviendraient parfaitement à un dîner entre collègues, notamment la bleu nuit que Philippe avait tant regardée lors de sa dernière visite, mais mon attention revint vers la robe rouge suspendue un peu à l’écart.
Je la sortis de l’armoire et l’étendis soigneusement sur le lit, retrouvant son tissu léger, ses lacets croisés et cette couleur vive qu’aucun de mes autres vêtements ne possédait.
Je l’examinai quelques instants, puis repris le cintre et la suspendis derrière la porte de la chambre avant d’aller chercher les chaussures que j’avais portées lors de notre dîner avec Marc.
Nous décidâmes de profiter du beau temps pour sortir après le déjeuner et, lorsque je montai m’habiller, je retrouvai la robe rouge que j’avais soigneusement suspendue la veille, entre deux vêtements dont la sobriété faisait paraître sa couleur encore plus vive. Je passai les doigts sur le tissu, remis en place un lacet qui s’était retourné, puis refermai l’armoire pour choisir une jupe en jean et un chemisier blanc, accompagnés de chaussures assez légères pour marcher. Je laissai mes cheveux tomber sur mes épaules et ajoutai un peu de rouge à lèvres, sans prendre autant de temps que la veille devant le miroir.
Antoine remarqua immédiatement ma tenue lorsque je le rejoignis dans l’entrée et me complimenta en passant les mains autour de ma taille, puis nous partîmes nous promener dans les rues commerçantes encore tranquilles en ce dimanche après-midi. Quelques boutiques avaient ouvert, les terrasses commençaient à se remplir et nous nous arrêtâmes pour boire un café au soleil de ce dimanche de printemps, après avoir marché assez longtemps pour qu’Antoine commence à regretter les chaussures qu’il avait choisies. Pendant qu’il allait régler nos consommations, je remarquai un homme assis quelques tables plus loin qui suivit brièvement mon passage du regard avant de reprendre sa conversation. Je n’en fis rien, mais me surpris à sourire en retrouvant Antoine près de la sortie.
Sur le chemin du retour, nous passâmes devant une boutique dont la vitrine présentait plusieurs robes légères et quelques ensembles élégants. Je m’arrêtai devant un mannequin portant une robe verte, assez simple, cintrée à la taille et légèrement évasée sur les hanches, dont la couleur me plut immédiatement. Antoine vint se placer derrière moi pour regarder la vitrine, posa une main sur mon épaule et me proposa de revenir l’essayer pendant la semaine, ajoutant qu’il me trouvait particulièrement jolie en vert.
Le lundi, à la faveur d’une pause un peu plus longue entre deux visites, je retournai devant la boutique et entrai presque sans hésiter. La vendeuse, une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux courts et au sourire agréable, me proposa plusieurs modèles après m’avoir demandé ce que je recherchais. Je lui montrai la robe aperçue la veille, puis acceptai d’en essayer deux autres, dont une jupe droite que j’aurais probablement écartée quelque temps auparavant parce qu’elle épousait trop étroitement mes hanches.
Dans la cabine, je pris plaisir à découvrir ces silhouettes successives, tournant légèrement devant la glace pour observer la façon dont les tissus accompagnaient mes mouvements. La robe verte suivait agréablement ma taille et soulignait la courbe de mes fesses, tandis que son encolure assez sage convenait mieux à ma poitrine que les décolletés profonds dans lesquels je me sentais parfois moins à l’aise. Lorsque la vendeuse vint vérifier la longueur, elle me conseilla une taille légèrement plus ajustée et arrangea le tissu au niveau des hanches avant de reculer pour observer le résultat.
— Celle-ci vous va vraiment bien. Vous avez de très belles jambes, il faut en profiter.
Je souris en la remerciant, puis me regardai encore quelques instants avant de décider de l’acheter. En quittant la boutique, je portais mon paquet avec ce plaisir un peu enfantin que procurent parfois les achats imprévus, et je le déposai soigneusement sur le siège passager avant de reprendre ma tournée.
Le soir, Antoine remarqua le sac posé dans notre chambre et me demanda ce que j’avais trouvé. Je sortis la robe pour la lui montrer, puis acceptai de l’enfiler une seconde fois tandis qu’il s’installait sur le bord du lit. Lorsqu’il me vit apparaître dans l’encadrement de la salle de bains, il sourit avec une admiration qui me toucha, puis se leva pour poser les mains sur mes hanches et me regarder de plus près. Il trouva la couleur magnifique, suivit du regard la ligne de ma silhouette et m’embrassa avec cette tendresse familière qui me plaisait toujours autant.
Il ne fit aucune allusion à Marc ni à notre soirée du samedi, et je n’abordai pas davantage le sujet. Nous descendîmes préparer le dîner, échangeant des nouvelles du cabinet et de ma tournée sans revenir à la rencontre de la veille.
Ce fut moi qui revins sur Marc deux jours plus tard.
Nous étions installés dans le salon après le dîner, Antoine lisant quelques articles médicaux sur sa tablette tandis que je parcourais un magazine, lorsque je lui demandai s’il avait eu des nouvelles de notre invité. Il releva les yeux avec une surprise visible, puis m’expliqua qu’il lui avait simplement écrit pour le remercier de sa visite et lui assurer qu’il n’avait rien à se reprocher. Marc avait répondu qu’il avait apprécié notre accueil et qu’il comprenait parfaitement ma décision, sans chercher à prolonger la conversation.
Je laissai passer quelques secondes avant de demander à Antoine s’il accepterait de me communiquer son numéro.
Il posa lentement sa tablette sur la table basse et me regarda, puis me demanda si je souhaitais écrire à Marc pour m’excuser de la manière dont notre rencontre s’était terminée. Je répondis que ce n’était pas nécessaire, puisqu’il n’avait manifesté aucune contrariété et que je n’avais pas davantage de raisons de lui présenter des excuses, mais que j’aimerais pouvoir échanger directement avec lui, sans devoir systématiquement passer par mon mari.
Antoine resta silencieux un moment. Il avait lui-même choisi Marc, engagé les premiers échanges et organisé notre dîner, mais ma demande semblait le surprendre davantage que je ne l’aurais imaginé. Il finit par me demander si j’avais réellement envie de le revoir, et je répondis que je l’avais trouvé agréable, que notre soirée s’était terminée trop tôt pour que j’aie véritablement eu le temps de le connaître et que je serais peut-être heureuse de prendre un café avec lui dans des circonstances plus ordinaires.
Mon mari acquiesça, reprit son téléphone et chercha le numéro dans ses messages avant de me le dicter. Je l’enregistrai sans écrire immédiatement, puis me rapprochai d’Antoine pour déposer un baiser sur sa joue, tandis qu’il reprenait sa tablette avec une expression un peu plus sérieuse qu’auparavant.
Le lendemain, pendant une pause entre deux patients, je m’arrêtai quelques minutes sur un parking tranquille et envoyai un message à Marc pour lui dire que j’avais apprécié notre conversation et que je serais heureuse de prendre un café avec lui s’il en avait envie. Je précisai qu’Antoine savait que je le contactais, puis rangeai mon téléphone dans mon sac avant de reprendre ma tournée.
Marc répondit une vingtaine de minutes plus tard. Il me remercia de lui avoir écrit et proposa de nous retrouver dans une petite ville située à mi-chemin entre nos domiciles, ajoutant qu’il serait heureux de me revoir sans que nous ayons à nous préoccuper des circonstances particulières de notre premier dîner. Nous convînmes du mardi suivant, en fin d’après-midi, et échangeâmes encore quelques messages pour choisir un café.
Au cours des jours suivants, il m’écrivit de temps en temps sans multiplier les compliments ni revenir sans cesse sur notre rencontre chez Antoine. Il me parla d’un déplacement professionnel, se moqua de la météo qui compliquait ses trajets et me demanda comment se passaient mes tournées, tandis que je découvrais progressivement chez lui un humour assez discret et une manière de converser qui me plaisait. Nous ne parlâmes ni de la robe rouge ni de ce qui s’était passé sur le canapé, et je ne cherchai pas davantage à ramener ces souvenirs dans nos échanges.
Le mardi arriva plus vite que je ne l’aurais cru. J’avais terminé ma tournée vers seize heures et disposais de suffisamment de temps pour rentrer chez nous avant le rendez-vous. Antoine ne devait pas revenir avant dix-neuf heures, mais il connaissait l’heure et l’endroit où je retrouverais Marc, puisque nous en avions parlé la veille sans que cela donne lieu à une longue discussion.
Je montai directement dans notre chambre pour me changer, hésitai quelques minutes devant mon armoire, puis sortis la robe verte achetée le lundi de la semaine précédente. Je choisis des chaussures à talons modérés, un manteau léger et quelques bijoux discrets, laissai mes cheveux détachés et pris le temps de me maquiller devant la glace. Lorsque j’eus terminé, je tournai légèrement sur moi-même pour vérifier l’ensemble, satisfaite de voir le tissu suivre ma silhouette sans exiger les précautions auxquelles m’avait obligée la robe rouge. Je pris mon sac, redescendis l’escalier et quittai la maison avec quelques minutes d’avance.
Le ciel était couvert lorsque j’arrivai dans la petite ville où nous avions rendez-vous, mais la pluie s’était arrêtée et les trottoirs conservaient cette humidité brillante qui reflète les vitrines et les phares des voitures en fin d’après-midi. Je trouvai une place sur un parking situé à quelques rues du café, puis rejoignis l’établissement en marchant assez vite pour échapper à la fraîcheur de cette fin de journée printanière.
Marc m’attendait à une table près de la fenêtre. Il se leva lorsque j’entrai et m’accueillit avec un sourire qui me parut immédiatement plus naturel que celui de ses photographies, puis m’embrassa simplement sur les joues avant de reculer pour me laisser retirer mon manteau. Il portait un pantalon sombre et une chemise bleu clair sous une veste légère, tenue moins apprêtée que celle qu’il avait choisie pour notre premier dîner, et je retrouvai chez lui cette carrure athlétique, ces épaules larges et cette manière assez tranquille de se tenir qui m’avaient plu dès notre première rencontre.
Nous commandâmes deux cafés et commençâmes à parler avec une facilité qui me surprit agréablement. Marc me demanda comment s’était passée ma journée et je lui racontai quelques anecdotes de tournée, évoquant une patiente obstinée à conserver ses habitudes malgré les recommandations de son médecin et un autre qui m’avait longuement retenue pour me montrer des photographies de son jardin. Il m’écoutait avec intérêt, posait parfois une question et racontait à son tour certaines difficultés de son travail, sans chercher à ramener constamment la conversation vers lui.
Je découvris ainsi un homme beaucoup plus ordinaire que ne le laissaient supposer ses photographies, avec ses préoccupations professionnelles, ses habitudes sportives et ses goûts parfois surprenants. Il aimait marcher, cuisiner lorsqu’il en avait le temps et partir quelques jours à l’improviste, mais il se montrait aussi capable de parler longuement d’un film ou d’un livre sans avoir besoin d’étaler ses connaissances. Il raconta notamment une randonnée entreprise avec des amis au cours de laquelle ils s’étaient perdus pendant plusieurs heures, récit dont certains détails me firent rire au point d’attirer le regard de la serveuse qui passait près de notre table.
Au bout d’une heure, nous n’avions presque pas évoqué les circonstances de notre première rencontre. J’avais terminé mon café depuis longtemps et Marc avait commandé une seconde boisson, mais aucun de nous ne semblait pressé de partir. Je remarquais parfois ses mains lorsqu’il parlait, leurs mouvements précis autour de sa tasse et la façon dont il les reposait sur la table pour m’écouter, et je me surpris à apprécier davantage son visage lorsqu’il souriait ou se concentrait sur ce que je racontais que sur les photographies soigneusement choisies de son profil.
Il finit par me demander si je me sentais plus à l’aise que lors de notre premier dîner. Je répondis que oui, puis lui expliquai simplement que j’avais trouvé notre soirée un peu trop organisée pour me sentir complètement libre de faire sa connaissance. Marc acquiesça en reconnaissant qu’il avait lui-même eu cette impression, non parce qu’Antoine s’était montré désagréable, mais parce qu’il avait parfois senti que nous cherchions tous trois à suivre un déroulement prévu à l’avance.
Nous en parlâmes quelques minutes, assez pour dissiper la gêne laissée par notre rencontre, puis revînmes à des sujets plus légers jusqu’à ce que je remarque la tombée du soir derrière la fenêtre. Nous réglâmes nos consommations, reprîmes nos manteaux et sortîmes du café pour rejoindre le parking où Marc avait laissé sa voiture à quelques places de la mienne.
Les rues s’étaient vidées et quelques voitures traversaient lentement la place, leurs phares se reflétant sur les pavés encore humides, tandis que nous marchions côte à côte en poursuivant notre conversation. Je portais mon manteau ouvert malgré la fraîcheur et sentais parfois le tissu de ma robe bouger contre mes jambes, mais je n’y prêtais plus véritablement attention. Marc marchait près de moi, suffisamment pour que nos épaules se frôlent de temps en temps, et je retrouvais chez lui une présence dont j’appréciais maintenant la simplicité.
Nous nous arrêtâmes près de ma voiture. Il me remercia d’avoir proposé cette rencontre et me dit qu’il avait passé un excellent moment, puis resta devant moi avec un sourire légèrement hésitant, comme s’il cherchait la manière la plus naturelle de prendre congé. Je pouvais parfaitement lui tendre la main ou l’embrasser sur les joues, mais j’avais remarqué depuis quelques minutes sa façon de me regarder lorsqu’il pensait que je ne le voyais pas, et je n’avais aucune envie de repartir sur une poignée de main.
Je posai doucement mes doigts sur son avant-bras, sentis le tissu de sa veste sous ma paume et relevai les yeux vers son visage. Marc s’immobilisa sans chercher à anticiper mon geste, puis je m’approchai et l’embrassai.
Il répondit avec une douceur qui me surprit agréablement, posa les mains sur ma taille et me laissa décider de notre proximité, tandis que je passais une main derrière son cou pour prolonger le baiser. Nous restâmes quelques instants ainsi, à côté de ma voiture, sans nous préoccuper des passants qui traversaient le parking un peu plus loin. Lorsque je reculai légèrement, Marc me regardait avec un sourire heureux et une surprise qu’il ne cherchait pas à dissimuler.
Je lui rendis son sourire, puis laissai mes doigts glisser le long de sa manche avant de reprendre mon sac. Il me demanda si nous pourrions nous revoir et je répondis que j’en serais heureuse, sans chercher à fixer immédiatement une date. Il m’embrassa une dernière fois sur la joue, puis attendit que je sois installée dans ma voiture avant de rejoindre la sienne.
Je pris quelques instants pour régler le chauffage et vérifier l’heure sur mon téléphone, puis quittai le parking. Il me restait une quarantaine de minutes de route avant de rentrer, et je conduisis tranquillement, retrouvant parfois sur mes lèvres la sensation du baiser échangé quelques minutes auparavant.
Lorsque j’arrivai à la maison, Antoine était dans la cuisine, occupé à préparer le dîner. Il leva les yeux en m’entendant entrer, me demanda si j’avais fait bonne route et vint m’embrasser avec sa tendresse habituelle, mais je remarquai immédiatement qu’il observait mon visage avec un peu plus d’attention que d’ordinaire. Je posai mon sac sur une chaise, retirai mon manteau et le rejoignis près du plan de travail où il coupait des légumes avec une application qui me fit sourire.
Il me demanda si Marc s’était montré agréable et je lui racontai notre après-midi, le café, la conversation et les anecdotes qui nous avaient fait rire. Antoine semblait soulagé de m’entendre parler de lui avec autant de naturel, puis me demanda si j’étais contente d’avoir accepté ce rendez-vous. Je répondis que oui, mais remarquai qu’il continuait à me regarder comme s’il attendait autre chose.
Je lui dis alors que nous nous étions embrassés avant de nous séparer.
Il posa lentement son couteau sur la planche et tourna la tête vers moi, sans parvenir immédiatement à dissimuler sa surprise. Il me demanda si Marc avait pris l’initiative et je lui répondis que non, que je m’étais moi-même approchée de lui parce que j’en avais eu envie.
Antoine essuya ses mains dans un torchon, prit un verre dans le placard et se servit de l’eau avant de revenir s’appuyer contre le plan de travail, à quelques pas de moi. Je connaissais suffisamment ses réactions pour comprendre qu’il cherchait à mettre de l’ordre dans ses pensées, mais il ne manifesta aucune colère et finit simplement par me demander si ce baiser m’avait plu.
— Oui, répondis-je. Beaucoup plus que celui de samedi.
Il baissa les yeux vers son verre et acquiesça, puis me demanda si nous avions prévu de nous revoir. Je lui expliquai que nous en avions parlé sans fixer de date et que j’aimerais prendre le temps de mieux connaître Marc, sans transformer immédiatement notre prochaine rencontre en une soirée semblable à celle qu’il avait organisée.
Antoine resta silencieux quelques instants avant de reconnaître que cette situation lui faisait un drôle d’effet. Il avait longtemps imaginé le plaisir qu’il pourrait éprouver à me voir désirée par un autre homme, mais m’entendre raconter un baiser auquel il n’avait pas assisté lui donnait une impression beaucoup moins facile à définir.
Je m’approchai pour poser une main sur son bras et lui demandai s’il regrettait de m’avoir communiqué le numéro de Marc. Il secoua la tête presque immédiatement, puis me répondit qu’il était surtout surpris par sa propre réaction, parce qu’il avait passé tant de temps à imaginer certaines situations qu’il avait oublié combien elles pourraient lui sembler différentes lorsqu’elles se produiraient réellement.
Je le laissai poursuivre sans chercher à le rassurer trop vite. Il finit par sourire, un peu embarrassé de sa franchise, puis reprit son couteau et me demanda de lui passer le saladier posé près de l’évier.
Nous terminâmes de préparer le dîner ensemble. Antoine retrouva progressivement sa bonne humeur, me demanda ce que nous avions commandé au café et plaisanta sur la distance que Marc avait dû parcourir pour boire une simple tasse avec moi, mais il ne revint pas immédiatement sur notre baiser, et je respectai son silence.
Plus tard, lorsque nous nous installâmes dans le salon, il vint s’asseoir près de moi plutôt que dans son fauteuil habituel et passa un bras autour de mes épaules. Je me blottis contre lui, heureuse de retrouver sa chaleur familière, tandis qu’il regardait distraitement les premières images du film que nous avions choisi.
Au bout d’un moment, il me demanda si Marc m’avait trouvée jolie. Je lui répondis qu’il avait complimenté ma robe et que nous avions beaucoup parlé, puis lui racontai la manière dont il m’avait accueillie au café. Antoine sourit légèrement et passa une main sur mon genou avant de me demander si j’avais porté la robe verte que j’avais achetée quelques jours auparavant.
Je levai les yeux vers lui, amusée qu’il pose la question alors qu’il m’avait vue rentrer, puis il reconnut en riant qu’il cherchait surtout à savoir si Marc m’avait regardée avec autant d’admiration que lui. Je lui répondis que je n’avais pas passé tout l’après-midi à vérifier ses regards, ce qui le fit sourire davantage, et il m’attira doucement contre lui.
Nous restâmes installés l’un près de l’autre pendant une bonne partie du film, jusqu’au moment où Antoine me confia presque à voix basse qu’il avait été un peu jaloux en apprenant notre baiser. Je tournai la tête vers lui, mais il regardait toujours l’écran avec une expression sérieuse, puis ajouta qu’il ne savait pas encore si cette jalousie lui déplaisait ou si elle faisait partie de ce qu’il avait toujours souhaité éprouver.
Je ne lui demandai pas de préciser davantage sa pensée. Je posai simplement ma main sur la sienne et restai contre lui jusqu’à la fin du film, puis nous montâmes nous coucher.
Dans la chambre, Antoine remarqua que j’avais laissé ma robe verte sur une chaise et la récupéra pour la suspendre soigneusement dans l’armoire. Il resta quelques secondes devant mes vêtements, regardant les robes que j’avais achetées ou ressorties ces dernières semaines, puis referma les portes sans commentaire.
Je le rejoignis près du lit et l’embrassai longuement, touchée par cette attention discrète qui ne ressemblait ni à une demande ni à un reproche. Il me prit dans ses bras et resta un moment contre moi avant de rejoindre son côté du lit, puis nous éteignîmes la lumière sans reparler de Marc.
Les jours suivants, nos horaires reprirent leur place habituelle : mes visites du matin, les consultations d’Antoine et les fins de journée où nous nous retrouvions enfin dans la cuisine. Nous continuions à nous retrouver le soir autour du dîner, à parler de nos journées et à organiser les week-ends à venir, mais je remarquais parfois chez mon mari une attention nouvelle lorsque je choisissais une robe ou prenais quelques minutes supplémentaires pour me préparer avant de sortir.
Marc m’écrivit deux jours après notre café pour me dire qu’il avait apprécié notre rencontre. Je lui répondis avec plaisir et nous échangeâmes quelques messages assez légers, sans chercher à fixer immédiatement un nouveau rendez-vous. Je ne ressentais pas cette impatience presque physique que Philippe avait parfois éveillée en moi, mais j’aimais retrouver Marc dans ces échanges, découvrir certaines de ses habitudes et l’imaginer sourire en lisant mes réponses.
Un vendredi soir, Antoine rentra un peu plus tard que d’habitude. Il posa sa sacoche dans l’entrée, vint m’embrasser dans la cuisine et m’expliqua qu’il avait accepté de recevoir plusieurs collègues le samedi suivant afin de discuter de quelques difficultés rencontrées au cabinet avant les prochains congés. Je lui demandai qui viendrait, en continuant à préparer la salade que j’avais commencée, et il me cita Éric, Laurent, puis Philippe, avec le naturel de quelqu’un qui énumère des noms parfaitement familiers.
Je relevai les yeux vers lui.
Antoine ne remarqua pas immédiatement mon hésitation. Il cherchait déjà dans le placard le plat que nous utilisions lorsque nous recevions plusieurs personnes, puis me demanda si cinq couverts seraient suffisants et si je préférais que nous commandions quelque chose plutôt que de passer toute la journée à cuisiner.
Je lui répondis que nous pourrions parfaitement préparer le dîner ensemble, comme nous l’avions fait lors de la précédente invitation, et il sourit avant de m’embrasser sur la tempe.
Le lendemain matin, après son départ pour quelques courses, je montai choisir ce que je pourrais porter pour cette soirée. J’avais plusieurs robes qui conviendraient parfaitement à un dîner entre collègues, notamment la bleu nuit que Philippe avait tant regardée lors de sa dernière visite, mais mon attention revint vers la robe rouge suspendue un peu à l’écart.
Je la sortis de l’armoire et l’étendis soigneusement sur le lit, retrouvant son tissu léger, ses lacets croisés et cette couleur vive qu’aucun de mes autres vêtements ne possédait.
Je l’examinai quelques instants, puis repris le cintre et la suspendis derrière la porte de la chambre avant d’aller chercher les chaussures que j’avais portées lors de notre dîner avec Marc.
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Commentaires ()
S belle histoire bien menée pleine de sensualité on a hâte de voir la prochaine soirée ... félicitations
Elle accepte de rencontrer Marc et tête à tête, ce qui paraît parfaitement logique et compréhensible, et maintenant elle va revenir cette robe audacieuse pour accueillir plusieurs collègues de son mari !!! Hummm... cette soirée à venir s'annonce... "passionnante" !!!
Vivement la suite !