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Couverture de Ce que Marianne s’autorise, par EntreDeux
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Ce que Marianne s’autorise — Chapitre 11 · Le lendemain

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Ce que Marianne s’autorise

Chapitre 11 · Le lendemain

Antoine acheva de remettre en place les derniers croisements du lacet, puis en laissa retomber l’extrémité sur la robe étendue entre nous. Dans le salon, les coussins n’étaient plus à leur place et quelques verres attendaient encore sur la table basse ; dehors, la pluie continuait de frapper les vitres avec la même obstination que pendant le dîner. Il contempla son ouvrage, l’air presque satisfait, tandis que je posais la main sur son épaule et regardais les plis du satin rouge qu’il avait patiemment démêlés.
Je lui demandai s’il comptait désormais se charger de tous mes vêtements difficiles à fermer. Il prétendit avoir suffisamment travaillé pour la nuit et se laissa aller contre le dossier du canapé, avant de tourner vers moi un visage fatigué sur lequel demeurait un sourire.
— Je ne suis pas près d'oublier le moment où tu as dit non.
Je lui demandai s’il avait eu l’air aussi surpris que nos invités et il admit qu’il aurait volontiers payé pour se voir à cet instant, tant il avait été persuadé que la soirée se prolongerait autrement. Je me mis à rire, puis passai les doigts sur sa joue ; il tourna la tête pour embrasser ma paume, sans lâcher la main qu’il avait gardée dans la sienne.
— Tu croyais que nous allions continuer ? demandai-je.
— J'en étais persuadé. Et toi ?
Je jetai un regard à la robe, dont le long cordon retombait maintenant sur mes genoux, et lui répondis que je l’avais cru aussi, jusqu’au moment où je n’en avais plus eu envie. Antoine acquiesça simplement, sans me demander de justification, puis m’attira contre lui lorsque je me rapprochai pour l’embrasser.
Nous restâmes enlacés quelques instants, dans ce calme particulier qui suit les soirées où une maison a été pleine de monde. Je sentais la chaleur familière de sa nuque sous mes doigts et la douceur de sa chemise froissée contre ma joue, tandis qu’il jetait de temps à autre un coup d’œil au salon, où le désordre promettait une matinée de rangement dont aucun de nous ne semblait pressé de s’occuper.
Nous rassemblâmes seulement les verres et les assiettes qui encombraient le passage, laissant les coussins et le reste de la vaisselle pour le lendemain. Antoine récupéra les serviettes et les petites enveloppes demeurées sur la table basse, puis alla arrêter la vieille platine, dont le disque grésillait encore au bout de sa face. Je conservai le plaid autour de mes épaules, pliai sommairement la robe rouge sur mon bras et récupérai mes escarpins ; lorsqu’il revint de la cuisine, il me tendit le gilet que j’avais laissé sur une chaise, que j’enfilai avant de le rejoindre dans l’entrée, où il éteignait déjà les dernières lampes.
Il approchait de trois heures lorsque nous montâmes. Dans notre chambre, je déposai la robe rouge et le gilet sur le fauteuil près de la fenêtre, puis rejoignis Antoine dans la salle de bains, où il se brossait les dents en me regardant dans le miroir. Ses cheveux avaient perdu leur discipline habituelle et son visage paraissait plus jeune lorsqu’il était fatigué, débarrassé de cette expression sérieuse qui lui venait si naturellement au cabinet. Je posai la tête contre son épaule et il dut interrompre ce qu’il faisait pour me sourire.
Nous nous couchâmes sans autre projet que de dormir. Je me glissai contre lui et retrouvai la place familière que j’occupais entre ses bras, une main posée sur sa poitrine, dont je sentis peu à peu ralentir les mouvements. Il m’embrassa encore, murmura une bonne nuit déjà ensommeillée et s’endormit bien avant que la pluie cesse de couler le long des vitres.
* * *
Je me réveillai tard le dimanche matin, dans une lumière grise que les rideaux filtraient à peine. Antoine avait quitté le lit, mais j'entendais au rez-de-chaussée le bruit de la machine à café et celui d'un placard qu'on refermait avec trop de précaution, comme il le faisait toujours lorsqu'il voulait me laisser dormir. La robe rouge reposait là où je l'avais abandonnée ; un coin de son tissu avait glissé sur le tapis et les rubans formaient sur le fauteuil une succession de boucles que personne n'aurait eu envie de démêler à cette heure.
Je pris une douche et descendis dans une chemise ample, les cheveux encore humides. Antoine, vêtu d'un vieux tee-shirt gris et d'un pantalon de jogging, se tenait devant le plan de travail, occupé à couper du pain avec une concentration disproportionnée. Il posa le couteau pour venir m'embrasser et affirma qu'il m'avait attendue pour prendre son petit déjeuner, affirmation que démentait une tasse vide abandonnée près de l'évier. Je lui fis remarquer qu'il avait manifestement organisé une répétition générale en mon absence et il reconnut, avec une mauvaise foi tranquille, qu'il avait seulement vérifié le fonctionnement de la cafetière.
Nous nous installâmes près de la fenêtre avec les tartines et la confiture, heureux de n'avoir aucun rendez-vous à respecter. La pluie avait laissé sur les dalles de la terrasse une humidité brillante, à laquelle s'accrochaient quelques pétales pâles arrachés aux arbres du jardin ; plus loin, les jeunes feuilles du cerisier luisaient sous les gouttes, et par moments une éclaircie rendait au ciel cette transparence changeante des matinées de printemps. Antoine regardait dehors en remuant son café, tandis que je profitais de son visage encore mal rasé et de cette allure décontractée qu'il prenait si rarement pendant la semaine.
La vieille platine, visible depuis la table du petit déjeuner, lui inspira une plaisanterie sur mes talents de disc-jockey. Il prétendit que je l’avais obligée à danser après des années de retraite ; je lui répondis qu’il avait surtout passé son temps à surveiller les meubles pour ne pas les heurter, ce qu’il reconnut en riant avant de me demander si je savais au moins quel disque j’avais choisi. J’avouai l’avoir pris presque au hasard, et il se promit de le retrouver parmi les pochettes, puisqu’il ne se souvenait plus de la dernière fois où nous avions écouté cette musique ensemble.
Nous évoquâmes ensuite, sans nous attarder, le sérieux d’Éric lorsqu’il avait remis ses lunettes, les plaisanteries de Laurent pendant leurs quelques pas de danse et l’aplomb de Philippe, qui avait trouvé le moyen de réclamer un dernier café après que j’eus interrompu la soirée. Antoine rit en disant qu’il ne connaissait pas beaucoup d’hommes capables d’être aussi fidèles à leurs habitudes ; je profitai de son amusement pour lui prendre la dernière tartine, qu’il me laissa volontiers après avoir tenté de la défendre pour la forme.
Nous remîmes le salon en ordre dans la matinée, sans faire de ce rangement une cérémonie. Je rassemblai les coussins, rapportai la nappe à la buanderie et remis les pochettes de disques à leur place pendant qu’Antoine s’occupait des verres ; lorsque j’ouvris les fenêtres, l’air humide apporta jusque dans la pièce une odeur de terre mouillée et de fleurs malmenées par l’averse. Les traces du dîner disparurent rapidement, à l’exception d’une petite marque sur le tapis qu’Antoine entreprit de nettoyer avec une détermination qui me fit sourire.
Une éclaircie nous décida à sortir avant le déjeuner. Nous marchâmes jusqu'à la boulangerie en prenant les rues les plus tranquilles, un peu trop couverts pour la douceur qui s'était installée après la pluie, et Antoine finit par retirer sa veste avant de me la confier avec le pain. Nous parlâmes des travaux de jardin que nous repoussions depuis plusieurs semaines et d'un restaurant que nous souhaitions essayer, nous interrompant parfois pour laisser passer une voiture sur la chaussée encore mouillée. À l'angle de notre rue, il me prit la main et la garda jusqu'au portail, comme il l'aurait fait n'importe quel dimanche.
Après le déjeuner, Antoine annonça qu'il allait profiter du calme pour examiner quelques dossiers rapportés du cabinet. Je le laissai s'installer avec sa sacoche, puis montai ranger les vêtements abandonnés la veille ; lorsque je revins chercher un livre dans le salon, les dossiers n'avaient pas bougé et il regardait par la fenêtre avec l'air d'un homme qui attend qu'on lui donne une bonne raison de ne pas travailler.
— Il fait encore assez jour pour que tu puisses prétendre avoir travaillé ce soir, lui dis-je.
Il me suivit à l'étage en laissant sa sacoche ouverte sur la table.
Dans la chambre, je repris la robe rouge pour la suspendre correctement, mais ses longs rubans s’étaient de nouveau emmêlés pendant la nuit et je finis par l’étendre sur le fauteuil pour y voir plus clair. Antoine me rejoignit en prétendant que nous avions déjà consacré bien assez de temps à ce vêtement ; je me retournai vers lui et passai les bras autour de son cou, abandonnant volontiers les lacets lorsqu’il m’attira contre lui et recula jusqu’au bord du lit sans interrompre notre baiser.
Nous fîmes l’amour dans la douceur de cet après-midi de printemps, tandis que de brèves averses revenaient battre les vitres avant de laisser passer une lumière pâle. Je connaissais la manière dont Antoine fermait les yeux lorsque je passais la main dans ses cheveux, et il savait reconnaître à mon sourire le moment où je préférais le sentir plus près de moi plutôt que l’entendre parler. Nous retrouvâmes nos gestes familiers avec une ardeur heureuse, sans chercher à reproduire la veille, jusqu’à ce que la lumière baisse derrière les rideaux et qu’un bruit de voiture dans la rue nous rappelle l’heure.
Je demeurai contre lui, les pieds mêlés aux siens sous le drap, tandis qu’il caressait distraitement mon bras. Au bout d’un moment, il remarqua que ses dossiers avaient peu de chances d’être terminés avant le dîner ; je lui répondis qu’il pourrait toujours les accuser d’avoir manqué de coopération et nous rîmes avant de nous décider à quitter le lit.
La fin de journée passa tranquillement entre la préparation d'un repas simple et un vieux film qu'Antoine avait envie de revoir. Au moment où il allait éteindre son téléphone, Philippe lui envoya un message concernant un dossier qu'ils devaient examiner ensemble le lendemain, accompagné d'un remerciement pour le dîner. Antoine lut les quelques lignes, fit une remarque sur son collègue qui ne savait jamais s'éloigner bien longtemps du cabinet et répondit en deux mots avant de déposer l'appareil sur le buffet. Je me rapprochai de lui sous la couverture et il passa un bras autour de mes épaules pendant que le film reprenait.
Nous montâmes nous coucher sans attendre qu'il soit très tard. En fermant les volets, Antoine me demanda si j'accepterais de dîner au restaurant avec lui le samedi suivant ; je lui répondis que j'en avais très envie, à condition qu'il me laisse choisir entre les deux établissements dont nous parlions depuis quelque temps. Il prétendit devoir consulter son agenda de médecin débordé, mais je savais qu'il n'avait aucune consultation prévue ce soir-là, et il finit par reconnaître qu'il cherchait seulement à me faire patienter quelques secondes.
* * *
Le lundi matin, Antoine quitta la maison le premier. Lorsqu'il descendit, il avait déjà remis sa chemise soigneusement repassée et cette expression attentive qui lui venait avec les journées de consultation, mais il prit le temps de m'embrasser dans la cuisine pendant que je rangeais ma tasse. Nous comparâmes nos horaires, évoquâmes un patient qu'il connaissait et dont je devais refaire le pansement, puis il récupéra sa sacoche et sortit sous un ciel encore chargé de nuages. Je le regardai rejoindre sa voiture avant de monter m'habiller pour ma première visite.
La tournée me retint plus longtemps que prévu. Une patiente souhaitait me parler de sa fille, un rendez-vous fut déplacé au dernier moment et la circulation sur la route du bourg acheva de désorganiser l'ordre que j'avais essayé de donner à ma matinée. Je m'arrêtai rapidement à midi pour manger un morceau, trouvai sur mon téléphone un message d'Antoine qui me souhaitait bon courage pour la suite et lui répondis qu'il ferait mieux de ne pas oublier notre dîner du samedi, maintenant qu'il me l'avait proposé.
Antoine avait déjeuné avec Laurent, m’apprit-il lorsque je rentrai en fin d’après-midi, après avoir pris mon manteau et m’avoir embrassée dans l’entrée. Son collègue s’était lancé dans une discussion interminable sur la voiture qu’il envisageait de remplacer ; Éric avait passé une bonne partie de la matinée à relire ses comptes rendus et Philippe s’était plaint de son agenda avec une énergie parfaitement habituelle. Rien, dans les anecdotes qu’il me rapportait, ne distinguait ce lundi des autres, sinon le sourire qu’Antoine dissimulait parfois en prononçant le prénom d’un de ses confrères.
Je posai mon sac et le rejoignis près de la fenêtre. Les nuages s'ouvraient sur un morceau de ciel plus clair, au-dessus des arbres encore brillants de pluie. Antoine me raconta une mésaventure de cabinet qui l'avait contrarié pendant la matinée, puis s'interrompit lorsqu'il remarqua que je n'écoutais plus tout à fait, et je lui expliquai que je cherchais seulement à décider lequel de nous deux allait préparer le dîner. Il déclara que la question était injustement posée, puisque je savais parfaitement qu'il ne pourrait pas refuser si je l'embrassais à cet instant, ce que je m'empressai de vérifier.
Nous préparâmes ensemble un dîner simple. Pendant que je cherchais un plat dans le placard, mon téléphone vibra sur le plan de travail : Philippe me remerciait pour le dîner, avec une plaisanterie au sujet du dessert. Je lui répondis poliment et rangeai l’appareil avant de rejoindre Antoine, qui venait de mettre l’eau à chauffer ; il me demanda si j’avais retrouvé ce que je cherchais, puis revint à nos projets de jardin, toujours retardés par une terre trop détrempée pour les plantations de printemps.
Au cours du repas, Antoine m'annonça qu'il avait regardé les disponibilités du restaurant évoqué la veille. Une table pouvait être réservée pour samedi et il me laissa choisir l'heure en consultant son téléphone, tandis que je terminais mon verre d'eau. Je préférais une soirée assez tôt pour avoir ensuite le temps de marcher en ville, et il valida la réservation avant de déposer l'appareil sur la table. Nous nous amusâmes à imaginer ce que nous commanderions et laissâmes la vaisselle quelques minutes après le dessert, simplement pour rester assis ensemble.
Lorsque nous montâmes, la robe rouge reposait encore sur le fauteuil de notre chambre. Je la pris pour la suspendre enfin dans l’armoire, défroissai doucement le tissu du plat de la main et laissai le long lacet pendre librement, puisqu’il n’avait plus besoin d’être noué. Antoine s’approcha derrière moi, passa les bras autour de ma taille et posa le menton sur mon épaule pour regarder le vêtement parmi mes autres robes.
— Tu comptes la mettre samedi ?
Je lui répondis que je n'en savais rien et qu'il faudrait sans doute attendre le moment de partir pour le découvrir. Il eut un petit rire, m'embrassa dans le cou et me laissa fermer l'armoire, tandis que je lui demandais pourquoi il tenait tant à connaître ma tenue à l'avance alors qu'il avait lui-même déclaré aimer les surprises.
Nous nous glissâmes au lit quelques minutes plus tard. Antoine avait pris un livre, mais ne l’avait pas encore ouvert lorsque mon téléphone vibra sur la table de nuit. Je tendis le bras, pensant découvrir un changement dans ma tournée du lendemain, et vis apparaître le prénom de Marc. Depuis notre café, nous avions échangé quelques messages sans fixer de nouvelle rencontre ; en lisant ses premières lignes, je retrouvai son sourire déconcerté lorsque j’avais pris l’initiative de l’embrasser avant de partir.
« Bonsoir Marianne. Je repense souvent à notre café, et surtout à la façon dont nous nous sommes quittés. J'aimerais beaucoup te revoir, si tu en as envie. Nous pourrions dîner ensemble un de ces soirs. Marc. »
Je relus le message avec un sourire, puis tendis simplement mon téléphone à Antoine, qui avait tourné la tête vers moi en remarquant la lumière de l’écran. Il parcourut les quelques lignes, me rendit l’appareil et déposa un baiser sur mon épaule avant de reprendre le livre qu’il avait abandonné sur le drap. Je reposai le téléphone sans répondre, éteignis ma lampe et me rapprochai de lui ; il laissa finalement son livre de côté, passa un bras autour de ma taille et retrouva ma main sous la couverture.
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mozart
3 novembre 2026 à 23:29
Une journée toute en tendresse, des regards, des questions, les moments tendres et partagés. Tout cela n'aura était qu'un test pour deviner les envies de son épouse ?  Ou alors pour relancer ce petit plaisir perdu avec les années.

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