Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sahara — Chapitre 1 · La routine
Auteur
Sahara
Chapitre 1 · La routine
I.
Le réveil sonna à six heures précises, comme chaque matin depuis cinq ans. Karim éteignit l'alarme d'un geste machinal avant qu'elle ne réveille Nadia.
Dans la pénombre de leur chambre d'Alger, il observa le profil endormi de sa femme, ses cheveux bruns étalés sur l'oreiller blanc.
À vingt-sept ans, elle gardait cette beauté naturelle qui l'avait séduit lors de leurs études d'architecture. Lui, ingénieur en génie civil de huit ans son aîné, avait tout de suite su qu'elle serait sa femme. Cinq années de mariage. Cinq années de bonheur tranquille, de projets communs, de routine bien huilée.
Leur appartement d'Hydra témoignait de leur réussite sociale. Un couple modèle aux yeux de leurs familles respectives.
Karim se leva sans bruit et se dirigea vers la salle de bain. Sous la douche, il repensa à leur conversation de la veille. Le voyage à Tamanrasset était prévu pour le lendemain. Cinq jours dans le Sahara pour célébrer leur cinquième anniversaire de mariage. L'idée était de lui, évidemment. Nadia avait acquiescé avec ce sourire poli qu'elle affichait de plus en plus souvent ces derniers temps.
Il fallait être honnête. Leur relation s'était installée dans une certaine routine. Le travail accaparait leurs journées, les obligations familiales leurs week-ends. Leur vie intime suivait le même schéma prévisible. Le samedi soir, parfois le mercredi, toujours de la même façon. Nadia ne se plaignait pas, mais Karim sentait bien qu'elle n'était plus la jeune femme passionnée qu'il avait épousée.
Ce voyage, c'était son plan pour raviver la flamme. Loin d'Alger, loin de leurs familles, loin de tout. Juste eux deux face à l'immensité du désert. Il était certain que cela fonctionnerait.
Nadia se réveilla quand il sortit de la douche, une serviette autour de la taille.
— Déjà debout ? murmura-t-elle en s'étirant.
— Tu sais bien que j'ai ce dossier à finir avant notre départ.
— Tu sais bien que j'ai ce dossier à finir avant notre départ.
Elle se redressa dans le lit, ses seins nus affleurant sous le drap. Karim sentit une pointe de désir, mais déjà son esprit était ailleurs, occupé par sa journée de travail.
— Tu es sûr pour ce voyage ? demanda-t-elle en nouant ses cheveux en chignon.
— Certaine. Tu verras, ça va nous faire du bien.
— Certaine. Tu verras, ça va nous faire du bien.
Nadia hocha la tête sans conviction et se dirigea à son tour vers la salle de bain. Karim la regarda passer, admirant ses hanches rondes, sa démarche gracieuse. Oui, ce voyage était nécessaire. Il allait reconquérir sa femme.
Pendant qu'elle se préparait, il descendit à la cuisine préparer le petit-déjeuner. Café noir pour lui, thé à la menthe pour elle. Pain grillé, confiture de figues, quelques dattes. Le même rituel depuis des années.
— Tu as pensé à prévenir tes parents ? demanda-t-il quand elle le rejoignit, vêtue de sa robe de bureau grise.
— Oui, maman n'était pas très rassurée. Tu sais comme elle est avec les voyages.
— Oui, maman n'était pas très rassurée. Tu sais comme elle est avec les voyages.
Les familles. Toujours présentes, toujours à donner leur avis. La mère de Nadia qui s'inquiétait de tout, celle de Karim qui posait sans cesse des questions sur leur projet d'enfant. La pression constante, douce mais persistante.
— On sera de retour dimanche soir, rappela Karim. Cinq jours, c'est parfait.
Nadia but son thé en silence, le regard perdu par la fenêtre. Dehors, Alger s'éveillait dans la brume matinale.
— Tu penses qu'on devrait...
Elle s'interrompit, comme si elle avait renoncé à finir sa phrase.
— Quoi ?
— Non, rien. Ce voyage va nous faire du bien, tu as raison.
— Non, rien. Ce voyage va nous faire du bien, tu as raison.
Il y avait quelque chose dans sa voix, une mélancolie qu'il ne saisissait pas. Mais Karim préféra l'interpréter comme une simple fatigue. Après le voyage, tout irait mieux.
Ils partirent ensemble pour le travail, comme chaque matin. Dans la voiture, Nadia regardait défiler les rues d'Alger, silencieuse. Karim parlait du programme de leur séjour : hôtel avec vue sur les montagnes du Hoggar, excursions dans les dunes, soirées sous les étoiles.
— Tu verras, disait-il, on va redécouvrir ce qu'on avait au début.
Nadia acquiesça en souriant, mais son regard restait distant. Elle ne pouvait pas savoir, bien sûr, que ce voyage allait effectivement tout changer. Pas du tout comme Karim l'espérait.
Au moment de se séparer devant son bureau d'architecture, elle l'embrassa sur la joue.
— À ce soir, dit-elle.
— À ce soir. Demain à la même heure, on sera en route vers l'aventure.
— À ce soir. Demain à la même heure, on sera en route vers l'aventure.
Si seulement il avait su quelle aventure l'attendait réellement.
II.
L'avion amorça sa descente vers Tamanrasset dans la lumière dorée de fin d'après-midi. Par le hublot, Nadia découvrait pour la première fois l'immensité ocre du Sahara, ces étendues infinies qui semblaient défier toute notion de frontière. À côté d'elle, Karim consultait déjà son guide touristique, planifiant leurs excursions.
— Regarde, dit-il en lui montrant une photo. Demain, on peut faire l'Assekrem au coucher du soleil. Charles de Foucauld y a vécu, paraît-il.
Nadia hocha la tête distraitement. Depuis leur départ d'Alger le matin même, elle ressentait une étrange sensation, comme si ce voyage l'emmenait vers quelque chose d'imprévisible. L'air conditionné de l'avion ne parvenait pas à dissiper cette chaleur sourde qui montait en elle.
L'aéroport de Tamanrasset était petit, presque rustique comparé à celui d'Alger. Dès qu'ils sortirent de l'appareil, la chaleur sèche du désert les saisit. Quarante degrés à l'ombre, mais une chaleur différente, purifiante.
Le chauffeur qui les attendait était un homme d'une cinquantaine d'années, peau tannée par le soleil, regard tranquille. Il se présenta comme Moussa et chargea leurs bagages dans un 4x4 Toyota blanc poussiéreux.
— Première fois dans le Sud ? demanda-t-il tandis qu'ils traversaient la ville.
— Oui, répondit Karim. On vient fêter nos cinq ans de mariage.
— Ah, el mabrouk ! Le désert, ça change les gens. Vous verrez.
— Oui, répondit Karim. On vient fêter nos cinq ans de mariage.
— Ah, el mabrouk ! Le désert, ça change les gens. Vous verrez.
Nadia observait le paysage qui défilait. Tamanrasset n'avait rien à voir avec Alger. Ici, les maisons basses se fondaient dans la terre rouge, les palmiers se dressaient comme des sentinelles, et partout cette lumière particulière qui transformait les moindres détails en œuvre d'art.
Leur hôtel se situait en périphérie, au pied des montagnes du Hoggar. L'architecture respectait le style local : murs de pisé, terrasses ouvertes sur l'horizon, jardin intérieur avec bassin. Leur chambre donnait directement sur l'immensité désertique.
— C'est magnifique, murmura Nadia en découvrant la vue depuis leur terrasse.
Pour la première fois depuis longtemps, Karim la vit sourire avec spontanéité. Son plan fonctionnait déjà.
— Je t'avais dit que ça nous ferait du bien, dit-il en l'enlaçant par derrière.
Elle se laissa aller contre lui, respirant l'air pur du désert. Au loin, les montagnes prenaient des teintes violettes sous le soleil déclinant.
Le dîner fut servi sur la terrasse commune, sous un ciel qui commençait déjà à révéler ses étoiles. Quelques autres couples d'Algériens, un groupe d'Européens en voyage organisé, et le personnel de l'hôtel qui circulait avec discrétion.
Nadia remarqua immédiatement le jeune homme qui servait à leur table. Grand, élancé, la peau mate typique des Touaregs, il avait ce regard intense qu'elle n'avait jamais vu chez aucun homme de sa connaissance. Quand il posa le plat devant elle, leurs doigts se frôlèrent un instant.
— Merci, dit-elle, troublée par ce contact furtif.
— De rien, madame. Si vous avez besoin de quoi que ce soit...
— De rien, madame. Si vous avez besoin de quoi que ce soit...
Sa voix était grave, avec cet accent du Sud qui rendait chaque mot plus lent, plus caressant. Il s'appelait Amara, apprit-elle quand Karim lui demanda des conseils pour leurs excursions.
— Pour l'Assekrem, il faut partir très tôt, expliquait-il. Ou alors en fin d'après-midi pour le coucher du soleil. C'est plus romantique.
Son regard s'attarda sur Nadia quand il prononça ce dernier mot. Elle sentit ses joues s'empourprer et baissa les yeux sur son assiette.
— On ira demain soir alors, décida Karim, inconscient du trouble de sa femme.
Après le repas, ils se promenèrent dans le jardin de l'hôtel. L'air était doux maintenant, parfumé par les jasmins et les orangers. Karim était détendu, heureux de voir Nadia reprendre des couleurs.
— Tu te sens mieux, on dirait.
— Oui, c'est vrai. Cet endroit est... différent.
— Oui, c'est vrai. Cet endroit est... différent.
Différent, c'était le mot. Tout était différent ici. Les odeurs, les sons, la lumière, même sa propre perception des choses. Comme si le désert réveillait quelque chose en elle qu'elle avait toujours ignoré.
Dans leur chambre, ils firent l'amour pour la première fois depuis des semaines. Rien d'exceptionnel, le même rituel habituel, mais Nadia se surprit à imaginer autre chose. D'autres mains sur sa peau, une autre bouche contre la sienne. L'image d'Amara s'imposa malgré elle, et elle dut serrer les dents pour ne pas gémir son nom.
Karim s'endormit rapidement, satisfait de cette première journée réussie. Nadia resta éveillée longtemps, écoutant les bruits de la nuit désertique. Quelque part dans l'hôtel, elle savait qu'Amara veillait.
Le désert avait déjà commencé son œuvre.
Comme l'avait dit Moussa : ça change les gens.
Elle ne savait pas encore à quel point.
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