Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sahara — Chapitre 3 · Retour à la réalité
Auteur
Sahara
Chapitre 3 · Retour à la réalité
L'avion qui les ramenait vers Alger survolait maintenant la côte méditerranéenne. Fini le rouge ocre du Sahara, finies les étendues infinies. En bas, la civilisation reprenait ses droits : autoroutes, buildings, pollution. Nadia regardait par le hublot avec un sentiment de claustrophobie grandissant.
Karim, rayonnant, feuilletait leurs photos de voyage sur son téléphone.
— Regarde celle-là, au coucher de soleil sur l'Assekrem ! On va l'encadrer pour le salon.
Nadia hocha la tête machinalement. Sur cette photo, elle souriait à l'objectif tandis qu'Amara se tenait en arrière-plan. Si Karim savait ce qui s'était passé quelques heures après ce cliché...
— Ce voyage était exactement ce qu'il nous fallait, continua-t-il. Tu ne trouves pas qu'on s'est retrouvés ?
« Retrouvés. » Le mot était si ironique qu'elle faillit éclater d'un rire amer. Elle ne s'était jamais sentie aussi perdue de sa vie.
L'appartement d'Hydra leur fit l'effet d'une prison après l'immensité désertique. Karim s'empressa d'allumer la climatisation et de fermer les volets pour filtrer la lumière crue d'Alger. Nadia étouffait déjà.
— On défait les valises ? proposa-t-il.
— Vas-y, moi je vais prendre une douche.
Sous l'eau froide, elle ferma les yeux et tenta de retrouver les sensations de cette nuit sous les étoiles. Les mains d'Amara sur sa peau, sa bouche qui la dévorait, cette sensation d'être enfin vivante. Mais déjà, les images s'estompaient, remplacées par la réalité grise de son quotidien.
Le premier jour de retravail fut un calvaire. Ses collègues architectes voulaient tout savoir de leur voyage. Elle raconta les excursions, les paysages, l'hôtel, en omettant soigneusement l'essentiel. Chaque mensonge lui laissait un goût amer.
— Vous avez l'air en pleine forme ! remarqua Samira, sa collègue de bureau. Ce voyage vous a fait du bien.
— Oui, on a bien profité.
Mentir était devenu si facile. Trop facile.
Les jours passaient avec une lenteur insupportable. Chaque matin, le réveil à six heures. La routine immuable : douche de Karim, petit-déjeuner, trajet en voiture avec les mêmes conversations. Le bureau, les dossiers, les clients. Le retour le soir, le dîner, la télévision, le lit.
Karim ne remarquait rien. Pour lui, tout était rentré dans l'ordre après cette parenthèse réussie. Il avait même retrouvé une ardeur nouvelle au lit, satisfait de sa stratégie de reconquête. Mais Nadia ne ressentait plus rien dans ses bras. Pire, elle devait se forcer pour ne pas le repousser.
Comment avait-elle pu se contenter de si peu pendant cinq ans ? Chaque geste de Karim lui rappelait cruellement ce qu'elle avait découvert avec Amara. La passion, la vraie. Celle qui consume et transforme.
Au bout d'une semaine, l'irritabilité la gagna. Tout l'agaçait : la façon dont Karim mastiquait, ses commentaires sur les informations télévisées, ses projets de week-end chez ses parents.
— Qu'est-ce qui ne va pas ? finit-il par demander un soir où elle avait repoussé sèchement ses avances.
— Rien. Je suis fatiguée.
— Fatiguée ? Mais on vient de rentrer de vacances !
— Rien. Je suis fatiguée.
— Fatiguée ? Mais on vient de rentrer de vacances !
Vacances. Si seulement il savait que ces cinq jours avaient été tout sauf reposants pour elle. Qu'ils avaient bouleversé sa vie de fond en comble.
Les disputes commencèrent la deuxième semaine. Des disputes stupides, sur des broutilles. La vaisselle mal rangée, la télévision trop forte, le choix du restaurant. Nadia cherchait inconsciemment le conflit, comme si elle voulait justifier sa culpabilité par la colère.
— Je ne te reconnais plus, lui dit Karim après une énième altercation à propos du ménage. Au Sahara, tu étais si heureuse, si détendue. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle avait découvert ce que signifiait être une femme. Elle avait goûté au fruit défendu et ne supportait plus la fadeur de son existence conjugale.
— Rien ne s'est passé ! explosa-t-elle. C'est juste que... que cette vie m'étouffe !
— Cette vie ? Notre vie ? Notre appartement, notre travail, nos familles ?
— Oui ! Tout ça ! Cette routine, cette prévisibilité, cette... prison !
— Cette vie ? Notre vie ? Notre appartement, notre travail, nos familles ?
— Oui ! Tout ça ! Cette routine, cette prévisibilité, cette... prison !
Karim la regardait, abasourdi. Jamais elle ne lui avait parlé ainsi.
— Mais... mais qu'est-ce que tu veux de plus ? On a tout ce qu'il faut pour être heureux !
« Heureux. » Encore un mot qui avait perdu tout son sens. Comment lui expliquer qu'elle avait découvert qu'elle n'avait jamais été heureuse ? Qu'elle s'était contentée d'une pâle imitation du bonheur ?
— Je veux... je veux me sentir vivante !
— Tu n'es pas vivante avec moi ?
— Tu n'es pas vivante avec moi ?
La question la transperça. Non, elle n'était pas vivante avec lui. Elle existait, elle fonctionnait, elle accomplissait ses devoirs d'épouse, mais elle n'était pas vivante.
— Ce n'est pas de ta faute, murmura-t-elle.
— Alors c'est quoi ? Dis-moi ce qui ne va pas ! Dis-moi ce que je dois faire pour que tu sois heureuse !
— Alors c'est quoi ? Dis-moi ce qui ne va pas ! Dis-moi ce que je dois faire pour que tu sois heureuse !
L'ironie de la situation était cruelle. Karim était prêt à tout pour la reconquérir, sans savoir qu'il l'avait déjà perdue dans ce voyage qu'il avait lui-même organisé.
Les nuits étaient pires que les jours. Allongée à côté de lui, elle repensait à Amara. À ses mains expertes, à sa bouche brûlante, à cette nuit où elle avait enfin compris ce qu'était le désir. Elle se masturbait en pensant à lui, honteuse mais incapable de résister.
Un mois après leur retour, Karim tenta une nouvelle approche.
— Et si on repartait ? proposa-t-il. Un week-end à la mer, ou même retourner dans le Sud ?
L'idée de retourner à Tamanrasset, de revoir Amara, fit battre son cœur plus vite. Mais elle savait que c'était impossible. Que ce qui s'était passé là-bas était unique, irrémédiable.
— Non, dit-elle sèchement. On ne peut pas fuir nos problèmes en voyageant.
— Mais quels problèmes ? Je ne comprends pas !
— Mais quels problèmes ? Je ne comprends pas !
Sa frustration était palpable. Lui, l'ingénieur habitué à résoudre tous les problèmes techniques, se trouvait face à une équation qu'il ne savait pas résoudre.
— Le problème, c'est moi, dit-elle finalement.
— Toi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Toi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
Nadia le regarda longuement. Cet homme bon, attentionné, qui l'aimait sincèrement et ne comprenait pas pourquoi tout s'effritait. Elle avait envie de tout lui dire. De se libérer de ce poids qui l'écrasait depuis des semaines.
Mais elle n'en avait pas encore la force. Pas ce soir.
— Rien. Laisse tomber.
Cette nuit-là, elle rêva d'Amara. Elle se réveilla en nage, le corps vibrant d'un désir inassouvi. À côté d'elle, Karim dormait paisiblement, ignorant que sa femme se consumait d'amour pour un autre.
Combien de temps pourrait-elle tenir avant de craquer ?
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