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Couverture de Sahara, par NadiaKarim
Couverture de Sahara, par NadiaKarim
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sahara — Chapitre 2 · Nuit fatidique

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NadiaKarim
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Sahara

Chapitre 2 · Nuit fatidique

I.
Le deuxième jour se leva dans un ciel sans nuages. Karim avait organisé une excursion à dos de chameau dans les dunes proches, suivie d'un déjeuner berbère sous une tente traditionnelle. Nadia avait accepté sans enthousiasme, mais elle se laissa surprendre par la beauté sauvage du paysage.
Amara les accompagnait comme guide. Il montait son propre chameau avec l'aisance de ceux qui ont grandi dans le désert, tandis que Karim et Nadia peinaient à trouver leur équilibre sur leurs montures. Les animaux avançaient d'un pas lent et régulier, créant un bercement hypnotique sous le soleil déjà intense.
— Attention à ne pas vous exposer trop, conseilla Amara en se rapprochant du chameau de Nadia. Le soleil du désert ne pardonne pas.
Il tira de sa sacoche une écharpe blanche qu'il lui tendit.
— Couvrez-vous les épaules et le cou.
Quand elle prit le tissu, leurs mains se touchèrent plus longuement que nécessaire. Nadia sentit une décharge électrique parcourir son bras. Amara ne détourna pas le regard, et elle y lut quelque chose qui la troubla profondément.
— Merci, murmura-t-elle.
Karim, quelques mètres devant, luttait avec les rênes de son chameau et n'avait rien remarqué.
Pendant le déjeuner sous la tente, Amara raconta les légendes du désert, les histoires de ses ancêtres nomades. Sa voix grave captivait Nadia, qui ne quittait pas ses lèvres du regard. Karim, lui, posait des questions techniques sur la vie dans le Sahara, toujours pragmatique.
— Vous avez de la chance d'avoir épousé une femme si belle, dit soudain Amara en regardant directement Nadia.
Karim sourit, flatté.
— C'est vrai, j'ai de la chance.
— Chez nous, on dit que la beauté d'une femme est comme une oasis. Elle attire tous les voyageurs assoiffés.
Cette fois, le sous-entendu était clair. Nadia rougit violemment et détourna le regard. Karim, absorbé par son tajine, ne saisit pas la métaphore.
L'après-midi, ils rentrèrent à l'hôtel pour échapper à la chaleur écrasante. Nadia prétexta un mal de tête pour rester dans la chambre pendant que Karim descendait se baigner dans la piscine.
Seule, elle n'arrivait pas à chasser l'image d'Amara. Ses mains brunes et fortes, son regard qui semblait voir au-delà des apparences, sa façon de la déshabiller du regard. Elle se surprit à imaginer ces mains sur sa peau, et une chaleur différente de celle du désert monta en elle.
En fin d'après-midi, ils partirent pour l'Assekrem, le point culminant du Hoggar. Le 4x4 gravit les pentes rocailleuses dans un paysage lunaire d'une beauté saisissante. Amara conduisait, jetant de temps à autre des coups d'œil à Nadia dans le rétroviseur.
Au sommet, ils découvrirent l'ermitage de Charles de Foucauld et surtout un panorama à couper le souffle sur tout le massif du Hoggar. Le soleil commençait sa descente, teintant les roches de rouge et d'or.
— C'est ici que le père de Foucauld venait méditer, expliqua Amara. On dit que le désert révèle la vérité cachée au fond de chaque être.
Nadia frissonna. Quelle vérité le désert était-il en train de révéler en elle ?
Pendant que Karim photographiait le coucher de soleil, Amara s'approcha d'elle.
— Vous n'êtes pas heureuse, dit-il à voix basse.
Ce n'était pas une question. Nadia sursauta.
— Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
— Vos yeux. Ils sont tristes, malgré votre sourire.
— Vous vous trompez. J'aime mon mari.
— Je ne dis pas le contraire. Mais aimer ne suffit pas toujours.
Il y eut un silence. Au loin, Karim criait d'admiration devant les couleurs du couchant.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Que vous méritez de brûler, pas seulement d'exister.
Ces mots la percutèrent comme une flèche. Brûler. Oui, c'était exactement ce qu'elle ressentait depuis qu'elle était arrivée ici. Cette envie de flammes qu'elle n'avait jamais connue avec Karim.
— Il ne faut pas dire des choses comme ça, murmura-t-elle.
— Pourquoi ? Parce que c'est interdit ? Le désert se moque de vos interdits.
Karim revenait vers eux, appareil photo à la main, rayonnant.
— Fantastique ! Ces couleurs sont incroyables. Tu as vu ça, Nadia ?
— Oui, magnifique.
Elle avait du mal à retrouver sa voix normale. Amara s'était éloigné, mais elle sentait encore sa présence comme une brûlure.
Sur le chemin du retour, tandis que Karim commentait les photos qu'il venait de prendre, Nadia fixait la nuque d'Amara. Ses cheveux noirs qui frisaient légèrement, sa peau mate, la façon dont ses mains tenaient le volant avec assurance.
« Vous méritez de brûler, pas seulement d'exister. »
Cette phrase tournait en boucle dans sa tête. Pour la première fois de sa vie, elle comprenait ce que ces mots voulaient dire.
De retour à l'hôtel, pendant le dîner, elle ne put s'empêcher de chercher Amara du regard. Il était là, servant aux autres tables, mais évitait soigneusement la leur. Était-ce par respect pour son mari ou pour préserver l'intimité de leurs échanges ?
Karim était d'excellente humeur.
— Cette journée était parfaite, dit-il. Demain, on fait quoi ? Les dunes de l'Erg Admer ?
— Comme tu veux, répondit-elle machinalement.
Ce soir-là, dans leur lit, Karim tenta de nouveau de lui faire l'amour. Mais pour la première fois de leur mariage, Nadia ne put pas feindre. Son corps refusait de répondre à ses caresses habituelles. Elle pensait à d'autres mains, à d'autres lèvres, à cette promesse de flammes qu'on lui avait murmurée.
— Tu es fatiguée ? demanda Karim, déçu.
— Un peu, oui. Cette journée m'a épuisée.
Il l'embrassa sur le front et se tourna de l'autre côté. En quelques minutes, il dormait.
Nadia resta les yeux ouverts, écoutant sa respiration régulière. Par la fenêtre ouverte, elle entendait les bruits de la nuit désertique. Quelque part dans l'hôtel, elle savait qu'Amara veillait, comme tous les gardiens de nuit.
L'envie de se lever, de sortir, de le rejoindre, montait en elle comme une fièvre. Elle serra les poings, lutta contre cette pulsion qui la terrifiait et l'excitait à la fois.
Elle savait désormais que cette résistance ne tiendrait plus longtemps. Le désert avait réveillé quelque chose en elle, et cette force sauvage réclamait maintenant sa liberté.
II.
Troisième nuit à Tamanrasset. Nadia n'arrivait pas à dormir. À côté d'elle, Karim ronflait légèrement, épuisé par leur journée dans les dunes de l'Erg Admer. Il avait bu plus que d'habitude au dîner, célébrant ce qu'il appelait déjà « notre plus beau voyage ».
Deux heures du matin. L'air était encore tiède, chargé des parfums nocturnes du désert. Par la fenêtre ouverte, Nadia entendait les bruits feutrés de la nuit : le bruissement du vent dans les palmiers, le chant lointain d'un chacal, et parfois des pas sur les dalles de la terrasse.
Les mots d'Amara résonnaient encore dans sa tête : « Vous méritez de brûler, pas seulement d'exister. » Depuis qu'il les avait prononcés, elle ne pensait qu'à ça. À ce feu qu'elle sentait couver en elle et qu'elle n'avait jamais osé nourrir.
Elle se leva doucement, enfila une robe de nuit légère et sortit sur leur terrasse privée. L'air frais lui fit du bien. Au-dessus d'elle, le ciel du Sahara déployait ses milliers d'étoiles avec une intensité qu'elle n'avait jamais vue à Alger.
— Madame ne dort pas ?
La voix d'Amara la fit sursauter. Il était là, dans l'ombre du jardin, à quelques mètres de sa terrasse. En tenue de gardien de nuit, mais son regard était celui qu'elle connaissait maintenant : intense, troublant.
— Je... je n'arrive pas à dormir.
— Le désert réveille parfois ce qui dort en nous, dit-il en s'approchant.
— Vous ne devriez pas être ici.
— Et vous, vous ne devriez pas être dehors à cette heure.
Il était maintenant au pied de sa terrasse. Dans la pénombre, elle distinguait sa silhouette élancée, ses épaules larges sous la chemise blanche.
— Les vraies étoiles, ce n'est pas d'ici qu'on les voit, dit-il en reprenant ses mots de l'autre soir.
— Où alors ?
— Suivez-moi. Je vous montre.
Nadia hésita. Derrière elle, Karim dormait profondément. Devant elle, cet homme qui incarnait tout ce qu'elle n'avait jamais osé désirer l'invitait à franchir une ligne invisible.
— Il dort ? demanda Amara en désignant la chambre.
— Oui.
— Alors venez. Juste pour voir les étoiles.
Elle savait que c'était un mensonge. Ils savaient tous les deux que ce n'était pas pour les étoiles. Mais elle descendit les marches de la terrasse et le suivit.
Ils marchèrent en silence vers une petite éminence rocheuse à une cinquantaine de mètres de l'hôtel. Assez loin pour être seuls, assez près pour qu'elle puisse revenir rapidement si nécessaire. Amara étendit une couverture sur le sable encore tiède.
— Regardez, dit-il en s'allongeant.
Nadia s'allongea à côté de lui, gardant une distance prudente. Au-dessus d'eux, la voûte céleste était effectivement plus claire, plus pure que depuis leur terrasse.
— Vous voyez cette constellation ? dit-il en levant le bras.
Elle suivit la direction de son doigt, mais c'est sa main qu'elle regardait. Cette main brune et forte qu'elle imaginait sur sa peau depuis deux jours.
— Chez nous, on l'appelle « la femme qui cherche ». Elle erre dans le ciel, à la recherche de ce qu'elle a perdu.
— Et qu'est-ce qu'elle a perdu ?
— Sa passion. Sa vraie nature.
Nadia se tourna vers lui. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Elle pouvait sentir son souffle, voir ses lèvres dans la clarté lunaire.
— Qu'est-ce que vous cherchez, vous ? murmura-t-il.
— Je ne sais pas.
— Si, vous le savez.
Sa main effleura sa joue. Nadia ferma les yeux, submergée par une vague de désir qu'elle n'avait jamais ressentie. Pas même avec Karim le jour de leur mariage.
— Il ne faut pas, murmura-t-elle sans conviction.
— Pourquoi ?
— Mon mari...
— Votre mari dort. Et vous, vous brûlez.
Il avait raison. Elle brûlait. De partout. Cette faim qu'elle avait toujours réprimée montait en elle comme une marée.
Quand il l'embrassa, elle ne résista pas. Ses lèvres étaient chaudes, expertes, si différentes de celles de Karim. Il l'embrassait comme s'il voulait la dévorer, et elle découvrait qu'elle avait envie d'être dévorée.
Ses mains trouvèrent sa robe de nuit, la firent glisser de ses épaules. Dans la lumière stellaire, sa peau nue prenait des reflets dorés. Il la regardait comme si elle était la huitième merveille du monde.
— Vous êtes magnifique, murmura-t-il.
Personne ne lui avait jamais dit ça avec cette intensité, cette vérité brute. Karim lui disait qu'elle était belle, mais comme on complimente une épouse. Amara lui disait qu'elle était magnifique comme on révèle une évidence.
Quand il la prit, là sur le sable du désert sous les étoiles, Nadia découvrit ce que signifiait vraiment faire l'amour. Ce n'étaient pas les gestes mesurés et prévisibles qu'elle connaissait. C'était sauvage, primitif, absolu.
Il la possédait avec une urgence qu'elle n'avait jamais inspirée, la faisant gémir de plaisir sans qu'elle puisse se retenir. Ses mains connaissaient son corps mieux que Karim après cinq ans de mariage. Il savait exactement où la toucher, comment la caresser, à quel rythme la mener vers des sommets qu'elle n'avait jamais atteints.
Quand elle jouit sous lui, les étoiles au-dessus d'elle semblèrent exploser. Elle cria son nom dans la nuit du désert, s'agrippant à ses épaules comme à une bouée de sauvetage.
Ils restèrent enlacés quelques minutes, reprenant leur souffle. La réalité revint progressivement. Qu'avait-elle fait ? À cinquante mètres de là, son mari dormait, confiant et amoureux.
— Il faut que je rentre, murmura-t-elle.
— Je sais.
Il l'aida à remettre sa robe de nuit, effaça les traces de sable sur sa peau. Quand elle fut prête, il la prit dans ses bras une dernière fois.
— Cette nuit, vous avez été vous-même pour la première fois, dit-il contre son oreille.
C'était vrai. Terriblement vrai.
Elle retourna vers l'hôtel sur des jambes tremblantes. Dans la salle de bain, elle se regarda dans le miroir. Elle n'était plus la même femme qu'une heure plus tôt. Quelque chose avait changé dans son regard, dans sa posture. Le désert avait révélé la femme qu'elle portait en elle sans le savoir.
Quand elle se glissa dans le lit à côté de Karim, celui-ci bougea légèrement.
— Où tu étais ? marmonna-t-il dans son demi-sommeil.
— Aux toilettes.
Il se rendormit aussitôt. Nadia resta éveillée jusqu'à l'aube, revivant chaque seconde de cette nuit. Son corps gardait encore l'empreinte d'Amara, et elle savait qu'elle ne l'oublierait jamais.
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, Karim la trouva radieuse.
— Tu as l'air en forme ! Ce voyage te fait vraiment du bien.
Si seulement il savait pourquoi elle rayonnait ainsi. Amara servait à la table voisine, évitant soigneusement leur regard. Mais quand il passa près d'elle pour débarrasser une assiette, il murmura si bas que seule elle pouvait l'entendre :
— Vous brûlez maintenant.
Oui, elle brûlait. Et ce feu-là, elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais l'éteindre.
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Chapitre 3 · Retour à la réalité
De retour à Alger, Nadia retrouve une vie qui semble plus grise que jamais. Son mari, Karim, est persuadé que leur voyage au Sahara a tout réparé ; elle, non. Entre les collègues qu'il faut affronter, les soirées identiques et une tension qu'elle peine à nommer, quelque chose s'est déplacé en elle. Jusqu'où pourra-t-elle tenir ce silence ?
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