Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sahara — Chapitre 12 · Retour aux sources
Auteur
Sahara
Chapitre 12 · Retour aux sources
Un mois plus tard.
Le 4x4 Toyota blanc soulevait des nuages de poussière rouge sur la piste qui menait vers Tamanrasset. Nadia regardait défiler le paysage familier, ces étendues ocre qui l'avaient transformée deux ans plus tôt. À côté d'elle, Karim conduisait en silence, concentré sur la route difficile.
Leurs valises à l'arrière contenaient tout ce qui restait de leur vie d'Alger. Quelques vêtements, leurs diplômes, leurs économies converties en liquide. Le reste – l'appartement, les meubles, les souvenirs – avait été vendu à la hâte ou abandonné.
La fuite avait été organisée en deux semaines. Démission express de leurs emplois, rupture de bail, adieux discrets aux rares amis qui acceptaient encore de leur parler. Leurs familles respectives les avaient officiellement reniés après le scandale. Le déshonneur était trop grand, la honte insurmontable.
— Tu ne regrettes pas ? demanda Karim en évitant un nid-de-poule.
— Quoi ? D'avoir tout quitté ou d'avoir tout commencé ?
— Les deux.
— Quoi ? D'avoir tout quitté ou d'avoir tout commencé ?
— Les deux.
Nadia réfléchit longuement avant de répondre.
— Non. Je ne regrette rien.
C'était vrai. Malgré la catastrophe, malgré l'exil forcé, malgré la perte de leur vie sociale, elle ne regrettait rien. Ces deux années d'exploration, de transgression, de découverte de soi l'avaient transformée en profondeur. Elle ne pourrait jamais redevenir la femme sage et soumise qu'elle était avant Amara.
— Moi non plus, dit finalement Karim. C'est étrange, non ?
— Quoi ?
— D'être plus heureux en perdant tout qu'on l'était en ayant tout.
— Quoi ?
— D'être plus heureux en perdant tout qu'on l'était en ayant tout.
Il avait raison. Paradoxalement, cette fuite les avait rapprochés. Privés de leurs repères sociaux, de leurs obligations familiales, de leurs contraintes professionnelles, ils redécouvraient leur couple débarrassé de tous les artifices.
L'hôtel n'avait pas changé. Même architecture de pisé, même terrasse ouverte sur l'immensité, même bassin dans le jardin intérieur. Seul le personnel était différent. Amara n'était plus là.
— Il est parti il y a un an, leur expliqua le nouveau gérant. Mariage. Il vit maintenant à Djanet avec sa femme.
Nadia accusa le coup sans rien laisser paraître. L'homme qui avait tout déclenché s'était casé dans une vie normale pendant qu'elle explosait la sienne. L'ironie était cruelle.
Ils s'installèrent dans une suite avec vue sur les montagnes du Hoggar. La même vue que lors de leur voyage d'anniversaire, mais cette fois ils étaient venus pour rester.
— On fait quoi maintenant ? demanda Nadia en déballant leurs affaires.
— On recommence. Différemment.
— On recommence. Différemment.
Karim avait raison. Ils avaient l'opportunité de reconstruire leur vie sur d'autres bases. Leurs économies leur permettraient de tenir quelques mois, le temps de trouver du travail dans cette région en plein développement touristique.
Mais surtout, ils avaient l'opportunité de vivre enfin selon leurs vraies envies, loin du regard de la société qui les avait rejetés.
Le premier soir, ils dînèrent sur la terrasse sous les étoiles. Les mêmes étoiles que Nadia avait contemplées cette nuit fatidique avec Amara. Mais cette fois, c'est avec son mari qu'elle les admirait.
— Tu penses qu'on va s'ennuyer ? demanda-t-elle.
— Pas si on continue à nous découvrir.
— Comment ça ?
— On a appris qu'on aimait la transgression, la nouveauté, l'interdit. Ici, on va pouvoir l'explorer autrement.
— Pas si on continue à nous découvrir.
— Comment ça ?
— On a appris qu'on aimait la transgression, la nouveauté, l'interdit. Ici, on va pouvoir l'explorer autrement.
Il avait raison. Le désert attirait tous les marginaux, tous ceux qui fuyaient les conventions. Ici, leurs expériences paraîtraient presque banales.
Les premiers mois furent difficiles. Adaptation au climat, à l'isolement, à cette vie si différente de celle qu'ils avaient connue. Karim trouva du travail comme ingénieur conseil auprès des entreprises qui développaient le tourisme saharien. Nadia obtint un poste dans un bureau d'études spécialisé dans l'architecture bioclimatique.
Mais surtout, ils découvrirent une communauté d'expatriés, d'aventuriers, de marginaux qui avaient tous, comme eux, une histoire à oublier. Des couples libres, des célibataires en quête d'absolu, des artistes en rupture.
Progressivement, ils trouvèrent leur place dans ce microcosme où les règles morales de la société algérienne semblaient suspendues. Ici, personne ne posait de questions indiscrètes. Chacun vivait sa vie comme il l'entendait.
— Tu sais ce qui me plaît le plus ? dit Nadia un soir, six mois après leur installation.
— Quoi ?
— Qu'on n'ait plus besoin de mentir. Plus besoin de jouer un rôle. On peut être nous-mêmes.
— Quoi ?
— Qu'on n'ait plus besoin de mentir. Plus besoin de jouer un rôle. On peut être nous-mêmes.
C'était exactement ça. Libérés des conventions, ils pouvaient enfin vivre selon leurs désirs profonds. Ils avaient rencontré d'autres couples qui partageaient leur vision libre de la sexualité. Des amitiés s'étaient nouées, des complicités étaient nées.
À leur arrivée, Nadia était enceinte. Peut-être de Karim, de Rachid ou d'un de ses amants. Peu importe. C'est leur enfant. Le symbole de leur renaissance dans cette terre qui les avait accueillis.
— Comment on l'appellera ? demanda Karim en caressant son ventre arrondi.
— Amara si c'est un garçon. En hommage à celui qui nous a libérés.
— Et si c'est une fille ?
— Sahra. Comme le désert qui nous a sauvés.
— Amara si c'est un garçon. En hommage à celui qui nous a libérés.
— Et si c'est une fille ?
— Sahra. Comme le désert qui nous a sauvés.
Ce fut une fille. Sahra naquit un matin de printemps, sous le ciel immense du Sahara. Elle était belle, avec les yeux noirs et le sourire de sa mère.
— Elle va grandir libre, dit Nadia en la berçant.
— Oui. Sans nos peurs, sans nos tabous.
— Oui. Sans nos peurs, sans nos tabous.
Ils avaient tout perdu pour tout gagner. Leur respectabilité sociale contre leur authenticité. Leur confort bourgeois contre leur liberté. Leurs familles contre leur vérité.
Et ils ne regrettaient rien.
Le soir, quand Sahra dormait, ils sortaient sur leur terrasse contempler les étoiles. Les mêmes étoiles qui avaient été témoins de leur première transgression étaient maintenant témoins de leur bonheur.
— Tu crois qu'on aurait pu vivre ça à Alger ? demandait parfois Nadia.
— Non. Jamais. Il nous fallait cette rupture, cet exil, cette renaissance.
— Le désert révèle la vérité cachée au fond de chaque être, murmura-t-elle en reprenant les mots d'Amara.
— Il nous a révélé qui nous étions vraiment.
— Non. Jamais. Il nous fallait cette rupture, cet exil, cette renaissance.
— Le désert révèle la vérité cachée au fond de chaque être, murmura-t-elle en reprenant les mots d'Amara.
— Il nous a révélé qui nous étions vraiment.
Deux ans après leur fuite, ils avaient créé leur propre agence d'architecture spécialisée dans les constructions sahariennes. Leurs projets mariaient modernité et tradition, confort et respect de l'environnement. Ils vivaient de leur passion dans un cadre de rêve.
Mais surtout, ils avaient reconstruit leur couple sur des bases saines. Fini les mensonges, finie la culpabilité. Ils s'aimaient pour ce qu'ils étaient vraiment, avec leurs désirs, leurs besoins, leurs fantasmes assumés. Ils décidèrent de partager.
Le scandale qui les avait détruits socialement les avait finalement libérés. En perdant tout, ils avaient gagné l'essentiel : la possibilité d'être eux-mêmes.
— Des fois, je me demande ce que nous serions devenus si Youcef n'avait pas tout révélé, dit Karim un soir.
— On aurait continué à mentir. À jouer la comédie. À s'éloigner peu à peu l'un de l'autre.
— Tu crois qu'on se serait quittés ?
— Sûrement. Tôt ou tard, nos mensonges nous auraient séparés.
— On aurait continué à mentir. À jouer la comédie. À s'éloigner peu à peu l'un de l'autre.
— Tu crois qu'on se serait quittés ?
— Sûrement. Tôt ou tard, nos mensonges nous auraient séparés.
Le scandale avait été leur salut. En les forçant à la vérité, il les avait réconciliés avec eux-mêmes et entre eux.
Aujourd'hui, sous les étoiles du Sahara, Nadia et Karim étaient enfin devenus le couple qu'ils auraient toujours dû être. Libres, vrais, authentiques.
Le désert les avait transformés, puis accueillis, puis adoptés. Ici, loin des jugements et des conventions, ils pouvaient enfin vivre leur amour sans masque.
Et quand Sahra serait assez grande, ils lui raconteraient leur histoire. Pas pour la choquer, mais pour lui apprendre que la vraie liberté a parfois un prix. Et que ce prix, quand on l'accepte, mène toujours vers la vérité.
FIN ...
Non, ce n'est que le commencement ...
;-)
;-)
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