Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sahara — Chapitre 4 · L'explosion
Auteur
Sahara
Chapitre 4 · L'explosion
Deux mois après leur retour de Tamanrasset, la situation était devenue intenable. Nadia ne dormait presque plus, rongeant son frein dans un lit qu'elle partageait avec un homme qu'elle n'arrivait plus à supporter. Chaque matin était un calvaire, chaque soirée une épreuve.
Ce soir-là, comme tous les vendredis, ils dînaient chez les parents de Karim. Sa mère avait préparé un couscous traditionnel, et toute la famille était réunie : ses frères, leurs épouses, les enfants qui couraient partout en criant.
— Alors, quand est-ce qu'on aura de bonnes nouvelles ? demanda la mère de Karim en servant Nadia.
La question éternelle. Celle qui revenait à chaque repas de famille depuis cinq ans.
— Des enfants, ça viendra quand Dieu le voudra, répondit Karim machinalement.
— Vous avez l'air fatigués tous les deux. Ce n'est pas bon pour faire des bébés, ça ! Il faut être heureux, détendus...
— Vous avez l'air fatigués tous les deux. Ce n'est pas bon pour faire des bébés, ça ! Il faut être heureux, détendus...
Nadia serra les dents. Si seulement cette femme savait à quel point elle était loin d'être détendue.
— Le voyage dans le Sud vous a fait du bien pourtant, continua sa belle-mère. Karim nous a dit que tu rayonnais là-bas.
« Tu rayonnais. » Encore cette expression. Si elle entendait ce mot une fois de plus, elle allait hurler.
— Maman, laisse-les tranquilles, intervint le frère aîné de Karim. Ils feront des enfants quand ils voudront.
— À vingt-sept ans, il ne faut pas trop attendre ! À son âge, moi j'avais déjà trois enfants.
— À vingt-sept ans, il ne faut pas trop attendre ! À son âge, moi j'avais déjà trois enfants.
Nadia posa violemment sa fourchette.
— Excusez-moi, je vais prendre l'air.
Elle sortit sur la terrasse, aspirant de grandes bouffées d'air frais. Derrière elle, les conversations reprenaient, mais elle entendait les murmures inquiets de sa belle-famille. Karim la rejoignit quelques minutes plus tard.
— Qu'est-ce qui se passe encore ? Tu es insupportable ces derniers temps !
— Insupportable ? C'est ta mère qui est insupportable avec ses questions !
— Elle s'inquiète pour nous, c'est normal ! Et puis, elle n'a pas tort. On pourrait commencer à y penser sérieusement, aux enfants.
— Insupportable ? C'est ta mère qui est insupportable avec ses questions !
— Elle s'inquiète pour nous, c'est normal ! Et puis, elle n'a pas tort. On pourrait commencer à y penser sérieusement, aux enfants.
Nadia le regarda avec incrédulité. Des enfants ? Maintenant ? Alors qu'elle était en train de mourir à petit feu dans cette vie ?
— Tu es fou ? Des enfants avec toi ?
Les mots avaient jailli avant qu'elle puisse les retenir. Karim pâlit.
— Qu'est-ce que tu veux dire par « avec moi » ? Avec qui d'autre tu voudrais en avoir ?
Le silence s'étendit entre eux. À l'intérieur, la famille continuait de rire et de parler, ignorant le drame qui se jouait sur la terrasse.
— Réponds-moi ! Avec qui d'autre ?
— Personne, murmura-t-elle. Ce n'est pas ça.
— C'est quoi alors ? Explique-moi pourquoi ma femme me traite comme un étranger depuis deux mois ! Explique-moi pourquoi tu ne me supportes plus !
— Personne, murmura-t-elle. Ce n'est pas ça.
— C'est quoi alors ? Explique-moi pourquoi ma femme me traite comme un étranger depuis deux mois ! Explique-moi pourquoi tu ne me supportes plus !
Sa voix montait, mélange de colère et de désespoir.
— Tu veux que je t'explique ? Vraiment ?
— Oui ! J'en ai assez de ces mystères, de tes humeurs, de tes silences ! On était heureux avant ce voyage, et maintenant...
— Heureux ? Tu crois qu'on était heureux ?
— Oui ! Enfin, je le croyais...
— Oui ! J'en ai assez de ces mystères, de tes humeurs, de tes silences ! On était heureux avant ce voyage, et maintenant...
— Heureux ? Tu crois qu'on était heureux ?
— Oui ! Enfin, je le croyais...
Nadia éclata d'un rire amer.
— On n'était pas heureux, Karim. On existait, c'est tout. On suivait le mouvement, comme des somnambules.
— Mais qu'est-ce que tu veux de plus ? On a tout ! Un bon travail, un bel appartement, nos familles qui nous aiment...
— Je veux ressentir quelque chose ! Je veux être vivante !
— Tu n'es pas vivante avec moi ?
— Mais qu'est-ce que tu veux de plus ? On a tout ! Un bon travail, un bel appartement, nos familles qui nous aiment...
— Je veux ressentir quelque chose ! Je veux être vivante !
— Tu n'es pas vivante avec moi ?
Cette question, encore. Celle qui la hantait depuis des semaines.
— Non, je ne suis pas vivante avec toi.
Il recula comme si elle l'avait giflé.
— Comment tu peux dire ça ? Après cinq ans de mariage ?
— Parce que c'est la vérité ! Parce que j'ai découvert ce que ça voulait dire, être vivante !
— Quand ? Quand tu l'as découvert ?
— Parce que c'est la vérité ! Parce que j'ai découvert ce que ça voulait dire, être vivante !
— Quand ? Quand tu l'as découvert ?
Le piège se refermait. Elle était allée trop loin, dit trop de choses. Mais la colère, la frustration de ces deux mois d'enfer, tout remontait à la surface.
— À Tamanrasset, lâcha-t-elle.
Karim fronça les sourcils.
— À Tamanrasset ? Mais on était ensemble tout le temps !
— Pas tout le temps, non.
— Pas tout le temps, non.
Il y eut un silence. Elle voyait son cerveau d'ingénieur qui analysait, qui recoupait les indices.
— Cette nuit... quand tu es sortie...
— Quelle nuit ?
— Tu sais très bien quelle nuit ! Tu t'es absentée une heure, tu as dit que tu étais aux toilettes !
— Quelle nuit ?
— Tu sais très bien quelle nuit ! Tu t'es absentée une heure, tu as dit que tu étais aux toilettes !
Nadia ne répondit pas. Son silence valait tous les aveux.
— Avec qui ? demanda-t-il d'une voix blanche.
— Karim...
— AVEC QUI ?
— Karim...
— AVEC QUI ?
Il avait crié si fort que les conversations s'interrompirent dans le salon. Nadia entendit sa belle-mère demander si tout allait bien.
— Avec le gardien, murmura-t-elle. Amara.
Le monde s'effondra autour de Karim. Elle voyait sur son visage toutes les émotions qui se succédaient : incrédulité, douleur, rage, dégoût.
— Tu... tu as couché avec ce... ce Touareg ?
— Oui.
— Pendant que je dormais ?
— Oui.
— Dans notre voyage d'anniversaire de mariage ?
— Oui.
— Oui.
— Pendant que je dormais ?
— Oui.
— Dans notre voyage d'anniversaire de mariage ?
— Oui.
Chaque « oui » était un coup de poignard, mais elle ne pouvait plus s'arrêter. Après deux mois de mensonges, la vérité jaillissait comme un torrent.
— Pourquoi ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?
— Tu ne m'as rien fait. Tu n'as jamais rien fait de mal.
— Alors pourquoi ?
— Tu ne m'as rien fait. Tu n'as jamais rien fait de mal.
— Alors pourquoi ?
Comment lui expliquer ? Comment lui dire qu'Amara l'avait réveillée à elle-même, qu'il lui avait révélé une femme qu'elle ne soupçonnait pas ?
— Parce qu'avec lui, j'ai découvert ce que c'était que de brûler.
— De brûler ?
— D'avoir envie. Vraiment envie. De perdre la tête, de ne plus contrôler son corps. Tu ne comprends pas ça ?
— De brûler ?
— D'avoir envie. Vraiment envie. De perdre la tête, de ne plus contrôler son corps. Tu ne comprends pas ça ?
Il la regardait comme si elle était devenue folle.
— Tu es ma femme ! Tu m'appartiens !
— Je n'appartiens à personne ! J'en ai assez d'être ta femme parfaite, ta petite épouse modèle ! J'en ai assez de faire semblant !
— Faire semblant de quoi ?
— De jouir avec toi !
— Je n'appartiens à personne ! J'en ai assez d'être ta femme parfaite, ta petite épouse modèle ! J'en ai assez de faire semblant !
— Faire semblant de quoi ?
— De jouir avec toi !
Le coup de grâce. Karim vacilla, s'appuya contre la rambarde de la terrasse.
— Depuis le début ?
— Depuis le début.
— Depuis le début.
Il y eut un long silence. À l'intérieur, quelqu'un avait monté le volume de la télévision, peut-être pour couvrir leur dispute.
— Je veux divorcer, dit finalement Nadia.
— Non.
— Comment ça, non ?
— Je ne te laisserai pas partir. Pas comme ça. Pas pour un coup d'un soir avec un inconnu.
— Ce n'était pas qu'un coup d'un soir ! C'était...
— C'était quoi ? Tu l'aimes ?
— Non.
— Comment ça, non ?
— Je ne te laisserai pas partir. Pas comme ça. Pas pour un coup d'un soir avec un inconnu.
— Ce n'était pas qu'un coup d'un soir ! C'était...
— C'était quoi ? Tu l'aimes ?
La question la prit au dépourvu. L'aimait-elle ? Elle ne le connaissait même pas vraiment. Mais ce qu'elle avait ressenti avec lui...
— Je ne sais pas. Mais je sais que je ne peux plus vivre avec toi.
— Si. Tu peux. On va arranger ça.
— Arranger ça ? Comment ?
— Si. Tu peux. On va arranger ça.
— Arranger ça ? Comment ?
Il la regardait intensément, et elle vit quelque chose de nouveau dans ses yeux. Une détermination qu'elle ne lui connaissait pas.
— Je ne sais pas encore. Mais je ne te laisserai pas partir. Je t'aime trop pour ça.
Sur ces mots, il retourna dans le salon, la laissant seule sur la terrasse. Quand ils rentrèrent chez eux ce soir-là, ils ne se parlèrent pas. Mais Nadia sentait qu'un processus irréversible venait de se mettre en marche.
Elle avait tout dit. Maintenant, il fallait assumer les conséquences.
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