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✦ Vivi75 Agnès se découvre XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Agnès se découvre — Chapitre 7 · Le retour de Cédric

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Vivi75
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Agnès se découvre

Chapitre 7 · Le retour de Cédric

Agnès resta un long moment assise sur son lit, le téléphone à la main, le message d'Hugo ouvert sous les yeux. Elle le lisait, le relisait. Enfin ! Ce message qu'elle n'attendait plus. Fébrile, elle rappela Hugo. Première tentative : au bout de quelques sonneries, elle entendit la messagerie. « Bonjour, vous êtes bien sur le téléphone d'Hugo. Je ne suis pas là mais laissez-moi un message. » Elle raccrocha, rappela. Elle décompta les sonneries. « Bonjour, vous êtes bien sur le téléphone... » Elle raccrocha de nouveau. Le troisième et le quatrième appel ne rencontrèrent pas plus de succès. Dépitée, la jeune fille se décida malgré tout à parler :
— Bébé… c'est moi… j'ai eu ton message… je… je suis trop contente que tu puisses m'appeler… Oh j'étais… super inquiète. J'avais pas de nouvelles !… Bébé, tu me manques tellement… je pense à toi tout le temps… je… je sais pas quoi te dire… je t'aime aussi… je t'aime fort… Rappelle-moi quand tu peux… s'il te plaît…
Sa voix tremblait, les mots étaient sortis en vrac. Elle raccrocha, la gorge nouée. Elle s'allongea. Des larmes coulèrent. Elle avait froid. Elle resta là, le téléphone serré contre sa poitrine, à attendre un rappel qui ne vint pas.
Vers 20 heures, elle entendit le bruit des pneus d'une voiture sur le gravier, des pas dans l'entrée et la porte qui s'ouvrait.
Cédric était de retour.
Elle passa un jean, un tee-shirt et, au-dessus, une chemise. Inquiète, elle s'approcha prudemment de l'escalier et regarda par-dessus la rambarde. En bas, Sonia était dans les bras d'un homme. Son mari. Sans se montrer, Agnès observa le couple.
Cédric était grand, blond aux tempes grisonnantes. La jeune fille le reconnut sans peine, grâce aux nombreuses photos qu'elle avait pu voir dans diverses pièces de la maison. Ni laid ni beau, elle le trouva d'un physique assez quelconque. Il portait des lunettes fines, un costume froissé par le voyage. Il embrassait Sonia longuement, les mains sur ses hanches, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois.
— Mon amour… tu m'as manqué.
Sonia était radieuse. Il la dépassait d'une tête. Elle le regardait amoureusement, serrant son corps contre le sien. Elle lui rendit son baiser et ils s'embrassèrent très langoureusement.
Agnès restait en retrait, mal à l'aise. Elle descendit finalement plusieurs marches, afin de se rendre visible. Cédric, devinant sa présence, leva les yeux vers elle. Il lui sourit.
— Agnès ! s'enthousiasma-t-il. Comment vas-tu ?
Agnès s'approcha. Cédric relâcha son épouse. Il saisit la jeune fille par les épaules, la détailla de haut en bas.
— Qu'est-ce que t'as grandi ! s'écria-t-il. La dernière fois que je t'ai vue, tu devais avoir deux ou trois ans. Je ne t'aurais jamais reconnue !
— Eh oui, plaisanta Sonia. Une vraie petite femme…
— Une belle jeune femme ! corrigea Cédric, sur un ton badin.
Puis, s'adressant à la cousine de son épouse, il dit, assez naturellement :
— Bon… on s'embrasse ?
Et joignant le geste à la parole, Agnès et l'homme se firent la bise. Cédric la serra dans ses bras avec une affection paternelle, la tenant un instant contre lui avant de la relâcher. La jeune fille huma rapidement son parfum. Une odeur particulièrement agréable, un peu poivrée, mais très subtile.
— Vraiment, tu es devenue une belle jeune femme, répéta-t-il en la regardant avec un sourire sincère.
— Hé tous les deux ! s'exclama Sonia, surjouant l'outrage, je vais être jalouse !
Puis, elle s'adressa à sa cousine, qui demeurait silencieuse, peu habituée à ce qu'un homme de cet âge la complimente :
— Fais pas gaffe, il est lourd ! Dès qu'il voit une jolie nénette, il peut pas s'empêcher de draguer !
Cédric et elle se mirent à rire. Collée à son mari, la martiniquaise passa un bras autour de sa taille et leva les yeux vers lui avec une tendresse évidente. Agnès observait la scène, se força à sourire. Leur complicité était palpable : les regards enamourés, le baiser, les rires. Sonia rayonnait littéralement dans les bras de son mari. Enfin, l'homme redevint un peu plus sérieux et dit à Agnès :
— Alors ? Comment se passe le séjour ? Sonia m'a dit que tu le vivais un peu comme une punition ?
Agnès haussa les épaules, se sentit un peu gênée. Elle mentit :
— Bof. Non, ça va…
— Mon chéri, elle est adorable, tu vas voir. On s'entend super bien, confirma Sonia.
Cédric embrassa Sonia sur la tempe, un geste naturel, habitué.
— J'en doute pas. Avec toi, ça peut pas être autrement.
Agnès pensa qu'ils avaient vraiment l'air très amoureux. Elle regretta Hugo et eut un pincement au cœur.
— Merci pour l'accueil, se contenta-t-elle de dire, assez maladroitement.
Cédric lui sourit gentiment.
— Mais de rien, tu es chez toi ici, lui dit-il. Allez, on va manger maintenant ! Parce que moi, je crève de faim, après ce voyage !
Sonia rit, l'embrassa rapidement sur la bouche. Agnès détourna les yeux, troublée par cette démonstration d'amour si naturelle. Et si loin de tout ce qu'elle savait de sa cousine. Celle-ci la regarda et lui dit, d'un air entendu :
— C'est presque prêt. Et surtout Agnès : pense à bien te laver les mains…
Agnès sentit ses joues s'enflammer d'un coup. La sensation du sperme collant de Jérémy lui revint aussitôt. Malgré elle, elle regarda ses doigts, craignant que des traces y fussent encore visibles.
Il faisait encore très bon, la soirée était agréable, l'air était tiède, presque chaud. Le dîner fut servi sur la terrasse, sous un ciel qui s'orangeait peu à peu. La lumière douce des guirlandes accrochées aux poutres éclairait les visages. Agnès avait à nouveau essayé, en vain, de téléphoner à Hugo. Toujours la messagerie. Elle s'était installée à la table en bois de la terrasse, maussade et mélancolique. Sonia, au contraire, laissait éclater sa joie. Elle avait préparé un soufflé au fromage, gonflé, doré, qu'elle posa triomphalement au centre de la table comme une œuvre d'art.
— Tadaa ! annonça-t-elle, les yeux brillants. Soufflé au comté et aux herbes. J'espère qu'il ne va pas retomber devant vous !
Cédric éclata de rire, attrapa la main de sa femme et la porta à ses lèvres pour l'embrasser.
— Avec toi aux fourneaux, mon amour, ça ne peut qu'être parfait !
Sonia lui rendit un sourire enamouré, et se pencha pour l'embrasser rapidement. Ils restèrent un instant front contre front, à se regarder avec une tendresse évidente. Pour le dîner, Sonia avait enfilé une robe fourreau bleue décolletée, sans bretelles. Le tissu fluide descendait en une ligne parfaite jusqu'au-dessus du genou, embrassant la rondeur généreuse de ses hanches. Sans soutien-gorge, la robe laissait deviner la pesanteur naturelle de ses seins lourds, dont les pointes sombres se dessinaient subtilement sous la matière fine.
— C'est toi la plus belle, lui susurra Cédric, ne semblant plus, en cet instant, prêter attention à la présence d'Agnès.
« C'est vrai qu'elle l'est » songea la jeune fille. Ce soir-là plus qu'à l'accoutumée, Sonia était sublime. Ses grands yeux sombres et expressifs pétillaient d'une intelligence vive, d'une sensualité naturelle. Les longs cils accentuaient leur intensité. Son maquillage restait très léger. À peine renforcées d'une nuance de gloss, ses lèvres charnues esquissaient son sourire tranquille, qui semblait vouloir faire fondre son mari. Cela suffisait pour séduire, pour charmer. Tout en elle respirait une élégance assumée. Bref, elle était sublime : classe, racée, terriblement femme. Comme d'habitude, Agnès se jugea terriblement gourde, mal engoncée face à cette cousine si lumineuse. Et, pièce rapportée au milieu de ce couple qui recouvrait son bonheur et son intimité, elle avait vraiment l'impression d'être « en trop ». Elle baissa les yeux sur son assiette et se força à sourire.
— Ça sent super bon, dit-elle, d'une voix qui se voulait la plus enthousiaste possible.
— Attends de goûter ! réagit Cédric, assis face à elle. Sonia est la reine des soufflés. La première fois qu'elle m'en a fait un, j'ai su que c'était la femme de ma vie !
— Mais qu'il est bête, dit Sonia, en secouant la tête… Je l'avais complètement cramé… Tiens Agnès, passe ton assiette...
Elle se mit à servir. Sa peau noire était si belle, veloutée sous la lumière tamisée de la terrasse ; ses épaules nues étaient très sensuelles, de même que son cou, long, et la ligne élégante de sa clavicule. Ses cheveux, qu'elle avait relevés en chignon, laissaient échapper quelques mèches rebelles. Lorsqu'elle se pencha pour remplir les assiettes, le tissu tendu de décolleté, plongeant sans être vulgaire, offrait juste ce qu'il fallait de chair pour captiver le regard : le creux entre ses beaux seins, la naissance de leur courbe. Finalement, elle vint s'asseoir juste à côté de Cédric. Le mari et la femme se trouvèrent ainsi l'un contre l'autre. Juste face à Agnès.
— Bon appétit ! lança Sonia.
Cédric la regarda à nouveau, complice, et lui caressa doucement la joue. Le soufflé était parfait. Gonflé, fondant. Agnès avait résolu de ne pas y toucher, ou à peine, par politesse. Mais la première bouchée lui arracha un vrai sourire malgré elle.
— C'est… vraiment délicieux, admit-elle, surprise.
Sonia, assise tout près de Cédric, tourna vers elle un regard brillant.
— Merci ma belle. Je suis contente que ça te plaise.
Cédric, la bouche pleine, leva son verre de vin blanc frais.
— À nous ! À vous deux, les filles !
Il déposa un baiser léger sur l'épaule nue de Sonia. La martiniquaise ferma les yeux un instant, un sourire sensuel aux lèvres, puis embrassa son mari. Agnès observa la scène, mi-amusée, mi-triste. Elle nota que la main de Sonia avait glissé sur la cuisse de son mari, sous la table.
 Le dîner se passa dans une ambiance très agréable, très détendue. Cédric se révélait un hôte charmant, véritablement amusant. Il animait la soirée en racontant des anecdotes de jeunesse, des histoires de boulot, avec un humour léger et de l'autodérision. Il parlait de ses voyages d'affaires avec des imitations hilarantes de collègues, de ses galères en avion, et Sonia complétait chaque histoire d'un détail, d'un rire, d'un regard amoureux. Agnès se disait que cet homme menait vraiment une vie passionnante. Toute ouïe, elle buvait ses paroles, trouvait sa bonne humeur contagieuse.
Elle constata également à quel point Sonia et lui semblaient un couple des plus amoureux. À plusieurs reprises, leurs mains se cherchèrent sous la table, ou Cédric passa un bras autour des épaules de Sonia pour l'attirer contre lui. Ils étaient collés l'un à l'autre, comme s'ils ne pouvaient pas se lâcher après ces jours séparés.
Agnès mangeait lentement, écoutait. Cédric lui posait parfois une question, pour l'inclure à la conversation. Elle y répondait, un peu maladroitement. Mais elle trouvait cet homme sympa, vraiment. Drôle, attentionné, pas du tout le mec coincé qu'elle avait imaginé. Malgré elle, elle souriait, se surprenait à rire franchement, oubliant sa mélancolie. Cédric racontait, à grand renfort de gestes exagérés, l'histoire absurde arrivée à l'un de ses amis, coincé dans un ascenseur d'hôtel.
— Et voilà ce con de Benoît, obligé de passer la nuit dans la cabine, avec une cambodgienne claustrophobe ! conclut-il, hilare.
Aussitôt, les deux femmes partirent du même éclat de rire.
— Rhoo le pauvre ! commenta Agnès, que toutes ces anecdotes divertissaient.
Sonia riait aussi, la tête renversée en arrière, sa gorge offerte. Elle caressa doucement la joue de Cédric.
— T'es con, murmura-t-elle tendrement.
Cédric reposa sa fourchette, attrapa doucement le menton de sa femme et l'attira vers lui. Leurs lèvres se rencontrèrent d'abord tendrement. Puis le baiser s'approfondit, dura. Leurs bouches s'attardèrent un peu plus que nécessaire. Leurs corps se penchèrent l'un vers l'autre, comme s'ils étaient seuls au monde. C'était un baiser, profond, gourmand. Très langoureusement, à pleine bouche, ils se cherchaient, faisant jouer leurs langues, durant de longues secondes. Sonia laissa échapper un petit gémissement étouffé, sa main glissant sur la nuque de son mari pour le retenir plus près. Agnès, en face, était gênée par cette démonstration si crue, si intime, qui semblait ne jamais vouloir finir. Quand ils se séparèrent enfin, un filet de salive relia encore leurs lèvres un instant, avant que Sonia ne l'essuie du bout de la langue avec un sourire satisfait.
— Peut-être, corrigea Cédric, en réajustant ses lunettes. Mais je suis TON con.
Et il glissa une main sur la taille de Sonia, la serrant contre lui. Puis, s'adossant et reprenant son verre de vin à la main, il tourna son regard vers Agnès.
— Alors, Agnès, raconte-nous un peu… Tes études, c'est quoi le souci ? lui demanda-t-il, avec une curiosité chaleureuse et bienveillante. L'école de commerce, c'est pas ton truc ?
Agnès, surprise d'être ainsi au centre, rougit légèrement et haussa les épaules.
— Euh… Pas trop… j'ai foiré cette année, avoua-t-elle avec un petit rire gêné.
Cédric éclata d'un rire franc et contagieux.
— Et du coup, séjour en prison chez la cousine ! Sonia, t'es pas trop dure avec elle, j'espère ?
Sonia, collée à lui, posa une main possessive sur son avant-bras, lui répondit :
— Moi ? Je suis la gentillesse incarnée, tu le sais bien.
Puis, se tournant vers Agnès avec un sourire doux, presque trop doux, elle ajouta :
— Elle est adorable, en vrai... Un peu rebelle, mais c'est l'âge…
Agnès sentit ses joues chauffer. Elle était un peu embarrassée que l'on parle ainsi d'elle à la troisième personne. « Adorable… rebelle… » Elle éprouva surtout une sorte de malaise, en croyant percevoir l'implicite des propos de Sonia.
— Non mais, sérieusement, reprit Cédric, tu as 20 ans. T'es jeune, t'es jolie… Quand on a ton âge, on a largement le temps de voir venir. Amuse-toi et ne t'en fais pas trop pour les études. Et profite de ton séjour chez nous.
Il lui sourit. Ses paroles rassurantes firent chaud au cœur d'Agnès. Elle appréciait la gentillesse de cet homme, le timbre de sa voix, et l'attention qu'il paraissait lui porter. Sonia intervint, la voix veloutée, en resservant du vin à Agnès.
— Ça, elle profite, ne t'inquiète pas ! Elle adore la piscine… Je peux te dire qu'on y a passé de bons moments toutes les deux !
Le regard de la martiniquaise croisa celui d'Agnès une fraction de seconde. La jeune fille y lut un éclat amusé, presque provocant.
— Ah bon ? questionna Cédric.
— Des trucs de filles, lui répondit sa femme. Qui ne te regardent pas.
À nouveau, ils s'embrassèrent, faisant fi de la jeune métisse en face d'eux. À nouveau, leurs corps se collèrent, le mari caressant la nuque de sa femme ; et à nouveau, Agnès aperçut la main de Sonia descendre sous la table, probablement se poser lentement sur la cuisse de son homme. Un geste intime, presque provocant dans sa discrétion. Agnès se sentait spectatrice d'un numéro dont elle était un peu exclue. « Ils ont l'air tellement bien ensemble… tellement amoureux… » songeait la jeune fille. Mais dans le même temps, ces baisers, ces rapprochements lui faisaient un pincement au cœur : elle revoyait la bouche de Sonia pleine de sperme, les doigts qu'elle lui avait posés sur les seins, enfoncés dans le vagin, le goût du tiramisu mêlé à tout le reste. Elle revoyait le regard de Sonia à la fenêtre, pendant qu'elle branlait Jérémy. Le contraste lui donnait presque le vertige. Était-ce la même femme, qui semblait si amoureuse de Cédric, qui le trompait ainsi outrageusement en son absence ? Et avec qui ! Agnès trouvait au mari un charme, une intelligence, un esprit que n'avait aucun des jardiniers ! Et peut-être y avait-il d'autres amants ? Agnès ne comprenait pas sa cousine. Vraiment pas.
Le soufflé fondait dans la bouche, délicieux. Le vin faisait à peine tourner les têtes, grisant un peu les uns et les autres. Cédric continuait à parler, sur un ton plein de légèreté. Il demanda à Agnès, avec le même sourire chaleureux, presque charmeur :
— Et toi, ma grande, quand tu nous raconteras tes propres galères ? J'suis sûr que t'as des histoires qui valent le détour. Avec des yeux comme les tiens, tu dois en faire tourner des têtes !
Agnès rougit légèrement.
— Bah non… j'sais pas, répondit-elle, un petit sourire aux lèvres.
Cédric lui fit un clin d'œil complice.
— Et les mecs, alors ? Une belle nana comme toi, ça doit faire tourner les têtes, non ?
Agnès bafouilla un « euh… c'est compliqué… » qui amusa le couple. Sonia posa une main légère sur l'épaule de Cédric.
— Mais laisse-la tranquille ! Tu vois pas que tu la gènes ?
— Promis, je te jure que je ne jugerai pas ! Moi aussi j'en ai fait, des bêtises, à ton âge ! déclara l'homme.
— Oh oui, raconte-lui celle du festival en Espagne… proposa son épouse.
Et Cédric repartit dans une nouvelle anecdote. Et le dîner continua, très léger, très détendu. Sonia riait, Agnès souriait malgré elle. Cédric était vraiment très marrant, si amusant. Si différent des hommes plus âgés que la jeune fille pouvait connaître. Elle était séduite par sa drôlerie. Mais elle enviait aussi l'amour qui s'exposait devant elle. L'homme et la femme étaient si proches. Lui gardait sa poigne serrée sur l'épaule ou sur la nuque de sa compagne ; elle ne remontait pas sa main de dessous la table : les mouvements discrets de son avant-bras suggéraient qu'elle devait sans doute continuer à lui caresser la cuisse. Avec tendresse, pensait Agnès.
Le dîner s'acheva sur des rires légers et des verres presque vides. Agnès, le cœur serré par l'amour si évident du couple, qui lui renvoyait au visage sa propre solitude, prétexta la fatigue pour s'éclipser. Elle éprouvait aussi un agacement secret : plus que jamais, Sonia avait joué un grand numéro d'hypocrisie. Pauvre Cédric ! S'il savait !
Isolée dans sa chambre, Agnès n'entendait plus que le cliquetis des assiettes et des verres qui étaient débarrassés. De la terrasse lui parvenaient les rires de Cédric et de Sonia, leurs paroles échangées, dont elle ne percevait cependant pas le sens. Pour la première fois, il y avait un semblant d'animation dans la maison. Mais, lassée, elle ferma la fenêtre.
Elle s'effondra sur le lit et saisit son téléphone. Sans plus vraiment y croire, elle rappela Hugo. Mais cette fois, il décrocha à la deuxième sonnerie.
— Allô ? Bébé ? C'est toi ?
La voix d'Hugo, qu'elle reconnut immédiatement, la frappa comme un éclair. Elle sentit les larmes monter instantanément.
— Oh ! Hugo… oui, c'est moi… putain, enfin…
Elle éclata en sanglots, incapable de se retenir.
— Bébé, qu'est-ce qui se passe ? Ça va ?
Agnès renifla, essuya ses joues.
— Rien… je… tu me manquais tellement… j'avais plus de nouvelles… j'étais inquiète…
Hugo soupira, la voix pleine de remords.
— Toi aussi, tu m'as manqué… je t'aime… je t'aime tellement…Vraiment j'ai galéré grave à faire réparer mon tel… Mais ces connards, ils ont pris vachement de temps aussi !
Elle se recroquevilla sur le lit, le téléphone contre l'oreille, comme un trésor. Il lui parla longtemps. De tout et de rien. Des soirées qu'elle ratait, de ses potes à lui, de leurs souvenirs. Hugo lui répétait qu'il l'aimait, qu'elle était la seule, qu'il voulait la retrouver bientôt. Agnès pleurait encore, mais de soulagement cette fois.
Pourtant, au milieu des mots doux, des flashs de culpabilité revenaient : la langue de Sonia sur ses seins, sur son clito, le sperme de Jérémy sur ses doigts, la sensation poisseuse encore collée à sa peau. Tout en écoutant la voix d'Hugo, la jeune métisse tâchait de chasser ces images, de se concentrer. Elle serrait les jambes, honteuse de tout ce qui s'était passé en quelques jours, et dont elle ne pouvait rien lui dire. « Je suis dégueulasse » se disait-elle. Elle l'écoutait, hochant la tête dans le vide, murmurant des « oui », des « je t'aime aussi ». Parce qu'elle l'aimait, Hugo. Vraiment. Elle voulait s'en convaincre, se raccrocher à cette vérité-là.
Mais en réalité Hugo parlait surtout de lui : ses copains, la soirée qu'il avait faite la veille, le match qu'il avait regardé, de bouquins qu'il lisait, de politique et d'engagement. Comme si ces semaines de silence n'avaient jamais existé. Il ne lui demanda pas vraiment comment elle allait, pas au-delà d'un « ça va toi ? » distrait, vite balayé par une autre anecdote, où, à nouveau, il parlait de lui. Encore de lui. Agnès répondait doucement, la voix cassée d'avoir pleuré, mais il ne semblait pas le remarquer.
— Bon bébé, faut que je te laisse, dit-il enfin, de façon abrupte. Je vais devoir faire un truc là.
— Déjà ? murmura-t-elle, déçue.
— Ouais, désolé… on s'appelle demain, promis. Je t'aime.
— Je t'aime aussi…
Il raccrocha.
Agnès resta là, le téléphone contre l'oreille encore quelques secondes, écoutant le silence de la ligne coupée. Elle était tellement soulagée de ce coup de fil. Tellement heureuse d'avoir parlé à Hugo ! Mais un peu déçue aussi. Hugo n'avait pas entendu sa voix trembler. Il n'avait pas demandé pourquoi elle avait pleuré. Il n'avait parlé que de lui, comme avant.
Frustrée, elle reposa le téléphone et remonta la couverture sur elle. En bas, les rires de Cédric et Sonia résonnaient encore, lointains.
Plus tard dans la nuit, quand la maison fut enfin plongée dans le silence, Agnès fut sortie d'un demi-sommeil par des bruits confus. Tendant l'oreille, elle perçut un gémissement étouffé, suivi d'un autre, plus profond, venant de la chambre de Sonia et Cédric, juste au bout du couloir.
Elle se redressa dans son lit, le cœur battant. Les sons devinrent plus nets : le craquement rythmé du lit, les soupirs haletants et la voix rauque de Cédric qui murmurait des mots inaudibles, puis celle de Sonia, plus aiguë. « Ils sont en train de baiser ! » Attentive, la jeune fille devina le claquement régulier des corps. « Han ! Han ! Han ! » Elle entendit plus distinctement les gémissements du couple qui faisait l'amour. Elle saisit les paroles. « Oui… comme ça… oh ! Je t'aime ! Je t'aime ! »
Les cris de Sonia devinrent plus forts, plus libres. Les ébats durèrent encore plusieurs minutes. Et lorsque les gémissements se fondirent en deux longs cris de jouissance, Agnès se laissa retomber sur le lit. La maison sombra dans le silence.
Cédric et Sonia firent encore l'amour trois fois durant la nuit. Agnès demeura éveillée, le cœur cognant, hantée par ces sons. Elle avait pensé que le retour de son mari aurait calmé les appétits sexuels de sa cousine. Apparemment, ils étaient redoublés. « Ça promet... » pensa la jeune fille.
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