Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Agnès se découvre — Chapitre 1 · Une jeune métisse en Touraine
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Agnès se découvre
Chapitre 1 · Une jeune métisse en Touraine
Agnès descendit du train avec la rage au ventre. Un vieux TER pourri qui empestait la sueur, avec ses sièges en tissu défoncés. Il faisait une chaleur à mourir. Sa valise à roulettes grinçait sur les dalles de la petite gare déserte. La jeune fille tira sur la poignée d'un geste rageur et gagna la rue. Pas un bruit, juste un soleil de plomb. Pas de klaxons, pas de boucan, comme dans un vieux téléfilm chiant. Elle regarda son téléphone : pas de réseau. « Putain... » Agnès transpirait. Son débardeur fin collait à sa peau bronzée et les bretelles lui coupaient les épaules.
Personne n'était venu l'accueillir, il allait lui falloir attendre.
Elle avait envie de pleurer. Des larmes de colère et de tristesse lui montaient à la gorge. Elle repensa à la scène que ses parents lui avaient fait vivre la semaine dernière, lorsqu'ils avaient appris qu'elle ne validerait pas sa deuxième année d'école de commerce. Divorcés, ils avaient su s'entendre ce jour-là pour lui passer le savon du siècle ! Mais il fallait aussi avouer qu'elle avait vraiment déconné. Elle n'avait validé sa première année que de justesse et s'était engagée à se montrer sérieuse et investie dans ses études. Mais ça n'avait pas vraiment été le cas ! Sur fond d'alcool et de fumette, elle avait enchaîné les soirées, les sorties, les histoires foireuses et les plans sans lendemain avec des mecs plus ou moins recommandables. Notamment Hugo, un mec en troisième année de philo, avec qui elle sortait depuis plusieurs semaines. Aller en cours n'avait plus du tout été sa priorité, ni celle de ses copines d'ailleurs. Alors, certes elle n'avait pas eu ses examens, mais elle s'était bien éclatée !
Il faut dire qu'à 20 ans à peine, Agnès avait décidé de profiter de son temps et d'envoyer chier cette école de commerce pour petits bourges où on l'avait envoyée un peu malgré elle après le bac. C'était une fille assez belle. Née d'un père martiniquais et d'une mère lilloise, elle était métisse. Sa peau douce était très légèrement hâlée. Elle avait un sourire éclatant, des yeux marrons et rieurs, une épaisse chevelure noire et crépue, qui lui faisait comme une auréole bouclée autour du visage. Elle était athlétique, le sport pratiqué depuis des années lui avait sculpté un corps impressionnant.
Mais elle avait longtemps eu du mal avec un physique qui ne semblait pas entrer dans les codes des canons des adolescentes : elle était en effet aussi grande que les garçons de son âge, musclée, et incapable de domestiquer cette chevelure en vrac. Au collège puis au lycée, Agnès ne se trouvait pas « jolie ». Mais progressivement elle avait apprivoisé son physique et s'était découvert une forme de beauté insolente dont elle avait appris à jouer. Ses seins, notamment, volumineux et bien fermes, débordaient souvent des soutien-gorges. Elle les laissait parfois libres, adorant sentir le tissu frotter contre ses tétons. Au grand dam de ses parents, un petit piercing était venu décorer son ventre plat. Elle aimait marcher lentement, se déhancher un peu avec une démarche féline et nonchalante, juste pour sentir les yeux se coller à ses jambes longues et musclées. Insolente, elle avait pris l'allure d'une fille qui n'en avait rien à foutre mais dont émanait un charme certain.
Soudain, Agnès fut sortie de ses pensées par une grosse Peugeot grise qui arriva en trombe et s'arrêta, en pilant devant elle. L'air désolé, une femme sortit précipitamment du véhicule et vint à la rencontre de la jeune fille. Celle-ci reconnut Sonia.
— Oh ! Agnès, ma chérie ! Bien arrivée ?… Vraiment, je suis désolée pour le retard !
Sonia était une femme d'une quarantaine d'années. Sobrement vêtue d'un jean et d'un chemisier, elle s'approcha d'Agnès et l'embrassa. Martiniquaise, elle était une cousine éloignée du père d'Agnès.
— Allez ma belle… Mets ta valise dans la voiture, on va y aller !
Agnès n'avait pas ouvert la bouche, demeurait froide et le visage fermé. Elle haussa à peine les épaules. Elle ouvrit la portière, jeta sa valise à l'arrière et monta sans un mot.
Le trajet en voiture fut un enfer. Pour combler les silences, Sonia posait des questions débiles, animait une conversation qui ne voulait pas prendre.
— Tu vas bien te plaire ici. Tu verras, c'est calme. Cédric est en déplacement pour la semaine, tu seras tranquille pour te poser.
Agnès répondait à peine. Son visage restait figé. À travers la vitre, elle fixait les champs, les maisons identiques, les parkings des hypermarchés et les ronds-points qui défilaient sous le soleil écrasant. Calme ? C'était le désert. La mort. Un cercueil sans wifi. Sonia, elle, gardait les mains crispées sur le volant et tentait tant bien que mal d'alléger l'ambiance.
— Tu verras, Agnès… c'est calme, ici. Très différent de la ville, mais ça repose, vraiment.
Pas de réponse.
— Y a de jolis coins à découvrir. Un petit lac à dix minutes, des balades en forêt… Et puis tu auras ta chambre à toi, tranquille.
— Mouais, fit Agnès d'un ton vague, sans tourner la tête.
Sonia lança un regard en coin. Elle souriait, mais ses yeux trahissaient une légère nervosité.
— Je me doute que ça ne doit pas être facile, d'être coupée de tes copines comme ça. Mais tes parents pensent que ça te fera du bien. Changer d'air, tu vois.
— Ouais. Changer d'air… super idée.
Le ton d'Agnès avait été sec, presque cinglant. Elle souffla bruyamment, croisa les bras, et se cala dans son siège comme si elle s'enfonçait dans une punition.
Le souvenir de l'échange avec ses parents lui revint. Son père et sa mère avaient fini par recevoir les résultats catastrophiques de ses examens. Pour elle, ce ne fut pas une surprise, mais elle dut affronter une tempête plus dure que celle à laquelle elle s'était préparée. Elle s'était affalée sur le canapé, jambes écartées, le téléphone dans une main, chewing-gum dans la bouche. Sa mère avait tapé du plat de la main sur la table.
— Mais tu ne comprends rien, Agnès ! Rien ! Tu fous rien, tu traînes avec des connards ! Tu loupes ton année et tu continues à nous prendre pour des imbéciles !
— C'est ça… je suis qu'une merde !
Elle avait joué la provocation. Son père, assis en retrait, l'avait regardée avec une colère froide.
— Arrête avec ce ton… On peut plus te gérer, Agnès. On a tout essayé. C'est terminé.
— Et vous allez faire quoi ? M'enfermer ? M'envoyer dans un couvent ?
— Tu pars chez Sonia. Demain. Pour les vacances.
C'était une décision à laquelle qu'ils avaient apparemment bien réfléchi et qui n'avait pas du tout semblé improvisée. Sonia ? Sonia… Agnès n'avait pas revu cette Sonia depuis des années. C'était une kinésithérapeute apparemment, qui s'était mariée à un mec super friqué et qui n'avait que peu de contacts avec le reste de la famille.
— Vous me foutez à la campagne, quoi. En mode rééducation.
— Peut-être que Sonia pourra te recadrer un peu, avait répliqué la mère d'Agnès. Elle, au moins, elle bosse ! Ça va te faire du bien de quitter tes fréquentations !
— Tu vas là-bas, avait renchéri son père. Et tu restes le temps qu'il faudra ! C'est ça ou on te coupe tout, c'est clair ? Ton téléphone, ton argent, tout ce qui te permet de jouer les princesses pendant qu'on se saigne pour toi.
La discussion avec ses parents s'était envenimée, avait duré. Il y avait eu des mots, prononcés de part et d'autre. L'évocation d'Hugo, surtout, avait mis le feu aux poudres. Mais Agnès avait fini par accepter sa défaite. Bon gré mal gré, elle irait chez cette Sonia. « Bande de bâtards » avait-elle tout de même lâché. Et elle avait fait ses valises.
Et c'est ainsi que quinze jours plus tard, notre jeune métisse de 20 ans soupirait, assise dans une voiture qui filait sur les routes de Touraine. Au volant, Sonia percevait le malaise. Elle ravala sa salive et reprit avec un petit rire gêné, sur le ton de la plaisanterie :
— T'en fais pas, on a Netflix ici ! Et puis il y a la médiathèque au village. Tu aimes lire, non ? Tu lis un peu ?
— Grave, lâcha Agnès, ironique. J'adore Proust et les sudoku...
Elle n'avait même pas esquissé un sourire. Sonia la regarda brièvement, incertaine, puis reporta les yeux sur la route.
— Bon, on improvisera. Et puis Cédric n'est pas là cette semaine, il est en déplacement. Alors tu pourras te poser tranquillement, prendre tes marques…
— Cool. Putain, trop sympa l'ambiance.
Sonia ne dit plus rien. Elle avait compris qu'il ne servait à rien de vouloir entamer le dialogue. Elle ouvrit un peu la vitre. Un souffle d'air entra dans l'habitacle mais le silence tomba. Juste le ronron du moteur et les roues sur l'asphalte.
Après plus d'une heure de trajet, la voiture quitta la nationale et s'engagea vers Vouvray, par une petite route bordée de platanes. On roula encore cinq minutes à travers des lotissements récents, avant que Sonia ne ralentisse devant un portail noir en fer forgé.
— On est arrivées, annonça-t-elle calmement.
Agnès ne répondit pas. Elle regardait devant elle, l'air figé. Le portail s'ouvrit automatiquement. Sonia fit avancer la voiture sur une large allée gravillonnée. La maison se dévoila lentement. C'était une villa moderne, blanche, à toit plat, avec de grandes baies vitrées et un jardin entretenu au cordeau.
— C'est Cédric qui s'occupe un peu de tout, dit Sonia en coupant le moteur. Il aime que ce soit net. Tu verras, on a la clim, une cuisine ouverte, ta chambre a vue sur la piscine…
Agnès ouvrit la portière d'un geste sec. L'air chaud et sec du jardin lui brûla le visage. Elle descendit de la voiture, tira sa valise, et jeta un œil circulaire autour d'elle. Tout semblait calme. Le bruit de oiseaux, un petit souffle de vent dans les haies taillées, et ce silence qui pesait sur tout. L'ennui en version standing.
— Allez, viens, je vais te montrer, dit Sonia avec un petit sourire, visiblement soulagée d'être arrivée.
Agnès traîna les pieds derrière elle. Elle passa le seuil sans un regard pour le décor. Intérieur épuré, murs blancs, pierres de Bourgogne et meubles choisis. Une odeur de propre et de lavande flottait dans l'air climatisé.
— Là, c'est le salon. La cuisine est là-bas. Ta chambre est en haut... J'ai tout préparé.
À l'étage, elle ouvrit une porte sur une pièce spacieuse, avec un lit double, un bureau, un grand placard coulissant. Un volet roulant à moitié fermé laissait passer un peu de lumière chaude.
— Tu peux poser tes affaires, dit Sonia.
Agnès fit rouler sa valise jusqu'à un coin de la pièce et la laissa là, sans l'ouvrir. Sonia tenta une ultime une fois de réchauffer l'atmosphère.
— Bon… je te laisse t'installer tranquille. Si tu veux prendre une douche, ou te reposer un peu, fais comme chez toi. Moi je vais préparer un peu le dîner. Des acras ce soir ? Tu aimes toujours ça ?
— Ok, lâcha Agnès, sans la regarder.
Sonia referma la porte en silence. Agnès scruta la chambre comme si elle venait d'y être enfermée pour une durée indéterminée. Elle se sentait étrangère, exilée. Punie. Tout était trop propre, trop blanc, trop rangé, presque menaçant. Elle fit quelques pas, ouvrit la fenêtre et regarda dehors. Elle découvrit un grand jardin arboré, une terrasse en bois clair et une piscine rectangulaire d'un bleu turquoise artificiel. Le soleil tapait sur l'eau, et des reflets dansaient sur la terrasse. Une cage dorée. Elle soupira. Dans un murmure presque inaudible, elle ajouta « bordel de merde… »
Elle s'assit sur le lit, dos droit, les bras croisés. Puis elle se laissa tomber sur le matelas, les yeux fixés au plafond. Elle resta ainsi quelques minutes. Elle finit par allumer son téléphone. Deux messages. Un de sa mère, qu'elle ignora. Et un autre, plus bref, plus percutant, d'Hugo : « Alors ? » Son cœur battit un peu plus vite. Elle ressentit un frisson, immédiat et agaçant. Elle hésita à répondre, tapota un : « Bien arrivée chez la cousine de mon daron. Mortel. » Mais elle n'envoya rien. Trop banal. Elle se sentit grotesque. Et elle voulait qu'Hugo s'inquiète. Qu'il insiste.
Elle ouvrit Instagram. Les stories de ses copines défilaient comme autant de gifles. Toutes profitaient déjà de ces premières journées des grandes vacances : en maillots, rieuses, légères, cocktails à la main. Une autre dans une voiture de nuit, lumière rouge sur les joues, bouche entrouverte. Une autre encore dans un lit défait, juste une épaule nue et une légende énigmatique. Et elle, coincée ici, éteinte. Une boule se forma dans sa gorge. Elles lui manquaient.
Elle se rendit sur le profil d'Hugo. Toujours aussi beau. Cette arrogance naturelle qui la rendait folle. Ses doigts tremblaient légèrement. Les photos étaient toujours là, familières. Lui torse nu sur une plage. Lui en jean, main dans les cheveux, regard sombre. Une vidéo où il rit, penché vers la caméra, cette voix grave qui la faisait fondre. Un frisson lui remonta la colonne. Elle agrandit une photo où il regardait l'objectif avec cette intensité tranquille qu'elle connaissait trop bien.
Elle ferma les yeux, replongeant dans une image rapide. La première fois qu'il l'avait prise, c'était dans sa chambre d'étudiant, à moitié bourrés, rieurs. Il l'avait plaquée contre le mur, dévorée comme si elle allait lui échapper. Il savait exactement où appuyer, comment jouer de ses doigts, de sa langue. Comment la faire monter. Comment la faire supplier sans un mot. Elle se souvenait de chaque bruit, chaque gémissement étouffé dans l'oreiller.
Elle posa le téléphone sur sa poitrine. Elle sentit son propre souffle s'accélérer, imperceptiblement. Elle écarta les cuisses, lentement, comme si elle s'autorisait enfin à respirer. La solitude devenait presque physique. Elle n'avait pas touché quelqu'un depuis des semaines, le manque était trop fort. Ses jambes bougèrent, cherchant une position, une friction. Tout était trop lent ici. Elle avait besoin de peau, de morsures. Elle voulait Hugo. Maintenant. Pour sentir quelque chose. Pour combler ce vide poisseux.
Elle imagina les mains d'Hugo sur elle, son souffle au creux de sa nuque, ses doigts… là. Exactement là. Ses doigts effleurèrent son ventre, juste sous le tissu de son débardeur. Elle glissa une main sous la ceinture de son short, comme par réflexe, presque machinalement. Elle était déjà mouillée. C'était si rapide. Elle chercha le rythme, s'abandonna à ses souvenirs. Elle avait envie de se perdre. De sentir à nouveau ce feu. Elle pinça les lèvres, mordit l'intérieur de sa joue. Elle désirait tout le corps d'Hugo. Son odeur. Son queue dure contre elle, en elle. Elle se souvenait de ses paroles, la première fois qu'elle avait touché à travers son jean d'abord cette forme massive : « Tu la veux, ma bite ? » Elle avait hoché la tête, soumise et affamée. Puis il l'avait déshabillée à moitié, à la hâte, sans douceur, comme si son désir brûlait trop fort pour attendre.
Dans son short, ses doigts trouvèrent son sexe, déjà gonflé, humide. Ses hanches se soulevèrent à peine du matelas. Elle émit un petit gémissement involontaire. Elle aimait ce moment, quand son corps répondait d'un seul coup. Elle effleura son clitoris d'abord, juste ce qu'il fallait pour provoquer le frisson, pour éveiller le nerf. Puis elle pressa un peu plus fort, circulairement, avec lenteur, comme pour étirer le plaisir. Sa respiration devenait irrégulière, saccadée.
Elle imagina Hugo. Pas le Hugo tendre, pas celui des textos. Celui qui la prenait, brutalement. Elle se souvenait de sa voix rauque quand il lui ordonnait : « Retourne-toi. » Elle le faisait, obéissante et excitée comme jamais. Il la pénétrait sans prévenir, d'un coup sec, animal. Sa bite épaisse la remplissait en profondeur. Il allait vite, fort, sans répit. Chaque coup la faisait basculer en avant. Elle se souvenait du bruit, de ce clapotis sale, presque indécent, de son sexe trempé qui encaissait chaque va-et-vient.
Ses doigts s'enfoncèrent en elle. Elle gémissait à voix haute maintenant, indifférente au monde. Elle allait vite, presque brutalement. Son bassin ondulait, la main glissait, humide, frénétique. Elle laissait la vague monter.
Et lui revint la sensation de la poigne d'Hugo, qui la tenait par la taille, qui l'ancrait à sa queue, pour la baiser plus fort. Il lui disait des choses, à voix basse. Des choses sales, crues. Il la traitait de chienne, de salope, lui parlait de sa chatte, lui disait combien elle était chaude et parfaite pour sa queue. Elle, à quatre pattes, offerte, les jambes tremblantes, jouissant sous lui comme une bête, acceptait ces mots obscènes. Alors, il la prenait encore plus fort, jusqu'à jouir en elle, enfoncé jusqu'à la garde, la mâchoire serrée, les reins tendus.
Elle accéléra le mouvements de ses doigts. Ils plongeaient en elle, sans difficulté. C'était chaud, serré, glissant. Le rythme devenait instinctif, incontrôlé. Le clitoris sous sa main pulsait, tendu comme une corde. Son ventre se contractait. Tout en elle se tendait vers un point fixe, comme si l'univers entier rétrécissait autour de ce noyau brûlant. Chaque mouvement déclenchait une vague, un écho. Un râle lui échappa. Son autre main s'agrippait au drap froissé. Elle savait qu'elle approchait. Elle se cambra, la bouche ouverte, silencieuse. Son corps trembla, secoué de spasmes lents, profonds. L'orgasme allait la traverser comme une lame.
Mais elle s'arrêta. Un bruit dans le couloir ? Non, rien. Elle laissa retomber sa main sur le matelas, frustrée, haletante. C'était trop tôt, trop risqué. Elle soupira, longuement, profondément. La frustration lui collait à la peau. Il n'y aurait pas d'Hugo ici. Pas de sexe. Pas de vodka-pomme. Juste la chaleur étouffante, l'ennui, le plafond immobile. Et il n'y avait rien à faire. Rien qu'à attendre. À fantasmer. À se consumer seule. Elle se vit en train de se branler, alors qu'elle était à peine arrivée dans cette maison depuis deux heures. Elle se trouva ridicule. « Mais quelle conne tu es... » songea-t-elle.
Au bout de quelques minutes, elle se redressa. Elle reprit son téléphone, puis, sans réfléchir, elle envoya un message à Hugo. « Tu me manques. » Elle ferma les yeux et soupira encore. Même son souffle lui semblait trop fort dans ce silence. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle passa la fin de la journée seule dans sa chambre.
Le soir venu, après une après-midi étouffante et qu'elle avait trouvée lugubre, Agnès consentit à descendre. Hugo n'avait pas répondu à son message. Elle regarda son téléphone une dernière fois. Rien. « Fait chier... » pensa-t-elle, mâchoires serrées.
Dans la grande cuisine, elle retrouva Sonia, qui souriait toujours.
— Alors la miss ? Bien installée ? … on t'a pas vue de l'après-midi ! dit-elle, en accueillant Agnès le plus chaleureusement possible.
« Mais ferme ta gueule... » songea la jeune fille, qui demeurait les bras ballants.
— Tu veux bien m'aider à mettre les couverts, s'il te plaît ? demanda Sonia, avec amabilité.
Avec beaucoup de mauvaise volonté, Agnès accepta de mettre la table mais ne desserra pas les dents. Elle attrapa les fourchettes les posa à la va-vite, sans un mot. Elle alignait les couverts sans conviction. Elle avait l'impression de jouer à la petite parfaite dans un dîner de magazine. Manquait plus que les serviettes pliées en forme de cygne !
— Super ! s'exclama Sonia, visiblement ravie du travail effectué par sa cousine et désirant la féliciter pour ce qui semblait relever de la prouesse.
« Quelle connasse ». C'est tout ce que se dit Agnès, qui avait vraiment le sentiment que la bienveillance sirupeuse de Sonia l'infantilisait. Ce qui ne faisait que renforcer son agacement. Ainsi, le repas fut délicieux mais l'ambiance demeura tendue et silencieuse. Peu de mots. Quelques phrases échappées, aussitôt avalées par le silence. Sonia faisait des efforts. Agnès, elle, faisait clairement la gueule.
Finalement, vers 23 heures, Sonia ouvrit la baie vitrée qui donnait sur le jardin et la terrasse. La chaleur était tombée d'un cran. Un peu d'air frais pénétra dans la maison. Sur la terrasse de la villa, baignée d'une lumière dorée, le chant des grillons prenait le relais des bruits de la journée. La piscine luisait comme un miroir tranquille. Sonia sortit sur la terrasse. Sur une table basse, elle déposa une bouteille de vin blanc ouverte entre deux verres à demi pleins. Puis elle s'installa sur un transat, jambes croisées, un sourire tranquille aux lèvres. Cette femme semblait dans son élément, à l'aise dans cette fin de journée qui lui appartenait. Un sourire fatigué aux lèvres, elle se tourna vers Agnès, qui était restée à l'intérieur.
— Tu viens ? On boit un verre sur la terrasse ? Il fait encore bon.
Agnès fixa un instant l'extérieur doucement envahi par le crépuscule, puis répondit d'un ton sec :
— Non. J'vais me coucher.
Elle quitta la pièce, ses pas sourds résonnèrent dans l'escalier.
— Et merde… soupira Sonia.
Dans sa chambre, Agnès s'était jetée sur le lit sans même fermer les volets. Le silence de la maison lui pesait. La lumière du jour s'effaçait doucement au plafond, et son téléphone restait désespérément muet. Ses larmes montèrent. Elle les ravala d'abord, rageuse, mais elles coulèrent malgré elle. Elle se laissa submerger par la solitude, la colère et l'ennui. Elle se tourna sur le côté, enfouit son visage dans l'oreiller. Vaincue, elle s'endormit.
Dehors, sur la terrasse, Sonia sirotait seule un verre de blanc. La piscine renvoyait quelques reflets sur la façade. Elle avait juste besoin que le vin calme un peu ce soir foutu. Le vent la fit frissonner. Elle frotta ses bras nus, ramassa lentement les verres, et rentra.
Elle avait envie de pleurer. Des larmes de colère et de tristesse lui montaient à la gorge. Elle repensa à la scène que ses parents lui avaient fait vivre la semaine dernière, lorsqu'ils avaient appris qu'elle ne validerait pas sa deuxième année d'école de commerce. Divorcés, ils avaient su s'entendre ce jour-là pour lui passer le savon du siècle ! Mais il fallait aussi avouer qu'elle avait vraiment déconné. Elle n'avait validé sa première année que de justesse et s'était engagée à se montrer sérieuse et investie dans ses études. Mais ça n'avait pas vraiment été le cas ! Sur fond d'alcool et de fumette, elle avait enchaîné les soirées, les sorties, les histoires foireuses et les plans sans lendemain avec des mecs plus ou moins recommandables. Notamment Hugo, un mec en troisième année de philo, avec qui elle sortait depuis plusieurs semaines. Aller en cours n'avait plus du tout été sa priorité, ni celle de ses copines d'ailleurs. Alors, certes elle n'avait pas eu ses examens, mais elle s'était bien éclatée !
Il faut dire qu'à 20 ans à peine, Agnès avait décidé de profiter de son temps et d'envoyer chier cette école de commerce pour petits bourges où on l'avait envoyée un peu malgré elle après le bac. C'était une fille assez belle. Née d'un père martiniquais et d'une mère lilloise, elle était métisse. Sa peau douce était très légèrement hâlée. Elle avait un sourire éclatant, des yeux marrons et rieurs, une épaisse chevelure noire et crépue, qui lui faisait comme une auréole bouclée autour du visage. Elle était athlétique, le sport pratiqué depuis des années lui avait sculpté un corps impressionnant.
Mais elle avait longtemps eu du mal avec un physique qui ne semblait pas entrer dans les codes des canons des adolescentes : elle était en effet aussi grande que les garçons de son âge, musclée, et incapable de domestiquer cette chevelure en vrac. Au collège puis au lycée, Agnès ne se trouvait pas « jolie ». Mais progressivement elle avait apprivoisé son physique et s'était découvert une forme de beauté insolente dont elle avait appris à jouer. Ses seins, notamment, volumineux et bien fermes, débordaient souvent des soutien-gorges. Elle les laissait parfois libres, adorant sentir le tissu frotter contre ses tétons. Au grand dam de ses parents, un petit piercing était venu décorer son ventre plat. Elle aimait marcher lentement, se déhancher un peu avec une démarche féline et nonchalante, juste pour sentir les yeux se coller à ses jambes longues et musclées. Insolente, elle avait pris l'allure d'une fille qui n'en avait rien à foutre mais dont émanait un charme certain.
Soudain, Agnès fut sortie de ses pensées par une grosse Peugeot grise qui arriva en trombe et s'arrêta, en pilant devant elle. L'air désolé, une femme sortit précipitamment du véhicule et vint à la rencontre de la jeune fille. Celle-ci reconnut Sonia.
— Oh ! Agnès, ma chérie ! Bien arrivée ?… Vraiment, je suis désolée pour le retard !
Sonia était une femme d'une quarantaine d'années. Sobrement vêtue d'un jean et d'un chemisier, elle s'approcha d'Agnès et l'embrassa. Martiniquaise, elle était une cousine éloignée du père d'Agnès.
— Allez ma belle… Mets ta valise dans la voiture, on va y aller !
Agnès n'avait pas ouvert la bouche, demeurait froide et le visage fermé. Elle haussa à peine les épaules. Elle ouvrit la portière, jeta sa valise à l'arrière et monta sans un mot.
Le trajet en voiture fut un enfer. Pour combler les silences, Sonia posait des questions débiles, animait une conversation qui ne voulait pas prendre.
— Tu vas bien te plaire ici. Tu verras, c'est calme. Cédric est en déplacement pour la semaine, tu seras tranquille pour te poser.
Agnès répondait à peine. Son visage restait figé. À travers la vitre, elle fixait les champs, les maisons identiques, les parkings des hypermarchés et les ronds-points qui défilaient sous le soleil écrasant. Calme ? C'était le désert. La mort. Un cercueil sans wifi. Sonia, elle, gardait les mains crispées sur le volant et tentait tant bien que mal d'alléger l'ambiance.
— Tu verras, Agnès… c'est calme, ici. Très différent de la ville, mais ça repose, vraiment.
Pas de réponse.
— Y a de jolis coins à découvrir. Un petit lac à dix minutes, des balades en forêt… Et puis tu auras ta chambre à toi, tranquille.
— Mouais, fit Agnès d'un ton vague, sans tourner la tête.
Sonia lança un regard en coin. Elle souriait, mais ses yeux trahissaient une légère nervosité.
— Je me doute que ça ne doit pas être facile, d'être coupée de tes copines comme ça. Mais tes parents pensent que ça te fera du bien. Changer d'air, tu vois.
— Ouais. Changer d'air… super idée.
Le ton d'Agnès avait été sec, presque cinglant. Elle souffla bruyamment, croisa les bras, et se cala dans son siège comme si elle s'enfonçait dans une punition.
Le souvenir de l'échange avec ses parents lui revint. Son père et sa mère avaient fini par recevoir les résultats catastrophiques de ses examens. Pour elle, ce ne fut pas une surprise, mais elle dut affronter une tempête plus dure que celle à laquelle elle s'était préparée. Elle s'était affalée sur le canapé, jambes écartées, le téléphone dans une main, chewing-gum dans la bouche. Sa mère avait tapé du plat de la main sur la table.
— Mais tu ne comprends rien, Agnès ! Rien ! Tu fous rien, tu traînes avec des connards ! Tu loupes ton année et tu continues à nous prendre pour des imbéciles !
— C'est ça… je suis qu'une merde !
Elle avait joué la provocation. Son père, assis en retrait, l'avait regardée avec une colère froide.
— Arrête avec ce ton… On peut plus te gérer, Agnès. On a tout essayé. C'est terminé.
— Et vous allez faire quoi ? M'enfermer ? M'envoyer dans un couvent ?
— Tu pars chez Sonia. Demain. Pour les vacances.
C'était une décision à laquelle qu'ils avaient apparemment bien réfléchi et qui n'avait pas du tout semblé improvisée. Sonia ? Sonia… Agnès n'avait pas revu cette Sonia depuis des années. C'était une kinésithérapeute apparemment, qui s'était mariée à un mec super friqué et qui n'avait que peu de contacts avec le reste de la famille.
— Vous me foutez à la campagne, quoi. En mode rééducation.
— Peut-être que Sonia pourra te recadrer un peu, avait répliqué la mère d'Agnès. Elle, au moins, elle bosse ! Ça va te faire du bien de quitter tes fréquentations !
— Tu vas là-bas, avait renchéri son père. Et tu restes le temps qu'il faudra ! C'est ça ou on te coupe tout, c'est clair ? Ton téléphone, ton argent, tout ce qui te permet de jouer les princesses pendant qu'on se saigne pour toi.
La discussion avec ses parents s'était envenimée, avait duré. Il y avait eu des mots, prononcés de part et d'autre. L'évocation d'Hugo, surtout, avait mis le feu aux poudres. Mais Agnès avait fini par accepter sa défaite. Bon gré mal gré, elle irait chez cette Sonia. « Bande de bâtards » avait-elle tout de même lâché. Et elle avait fait ses valises.
Et c'est ainsi que quinze jours plus tard, notre jeune métisse de 20 ans soupirait, assise dans une voiture qui filait sur les routes de Touraine. Au volant, Sonia percevait le malaise. Elle ravala sa salive et reprit avec un petit rire gêné, sur le ton de la plaisanterie :
— T'en fais pas, on a Netflix ici ! Et puis il y a la médiathèque au village. Tu aimes lire, non ? Tu lis un peu ?
— Grave, lâcha Agnès, ironique. J'adore Proust et les sudoku...
Elle n'avait même pas esquissé un sourire. Sonia la regarda brièvement, incertaine, puis reporta les yeux sur la route.
— Bon, on improvisera. Et puis Cédric n'est pas là cette semaine, il est en déplacement. Alors tu pourras te poser tranquillement, prendre tes marques…
— Cool. Putain, trop sympa l'ambiance.
Sonia ne dit plus rien. Elle avait compris qu'il ne servait à rien de vouloir entamer le dialogue. Elle ouvrit un peu la vitre. Un souffle d'air entra dans l'habitacle mais le silence tomba. Juste le ronron du moteur et les roues sur l'asphalte.
Après plus d'une heure de trajet, la voiture quitta la nationale et s'engagea vers Vouvray, par une petite route bordée de platanes. On roula encore cinq minutes à travers des lotissements récents, avant que Sonia ne ralentisse devant un portail noir en fer forgé.
— On est arrivées, annonça-t-elle calmement.
Agnès ne répondit pas. Elle regardait devant elle, l'air figé. Le portail s'ouvrit automatiquement. Sonia fit avancer la voiture sur une large allée gravillonnée. La maison se dévoila lentement. C'était une villa moderne, blanche, à toit plat, avec de grandes baies vitrées et un jardin entretenu au cordeau.
— C'est Cédric qui s'occupe un peu de tout, dit Sonia en coupant le moteur. Il aime que ce soit net. Tu verras, on a la clim, une cuisine ouverte, ta chambre a vue sur la piscine…
Agnès ouvrit la portière d'un geste sec. L'air chaud et sec du jardin lui brûla le visage. Elle descendit de la voiture, tira sa valise, et jeta un œil circulaire autour d'elle. Tout semblait calme. Le bruit de oiseaux, un petit souffle de vent dans les haies taillées, et ce silence qui pesait sur tout. L'ennui en version standing.
— Allez, viens, je vais te montrer, dit Sonia avec un petit sourire, visiblement soulagée d'être arrivée.
Agnès traîna les pieds derrière elle. Elle passa le seuil sans un regard pour le décor. Intérieur épuré, murs blancs, pierres de Bourgogne et meubles choisis. Une odeur de propre et de lavande flottait dans l'air climatisé.
— Là, c'est le salon. La cuisine est là-bas. Ta chambre est en haut... J'ai tout préparé.
À l'étage, elle ouvrit une porte sur une pièce spacieuse, avec un lit double, un bureau, un grand placard coulissant. Un volet roulant à moitié fermé laissait passer un peu de lumière chaude.
— Tu peux poser tes affaires, dit Sonia.
Agnès fit rouler sa valise jusqu'à un coin de la pièce et la laissa là, sans l'ouvrir. Sonia tenta une ultime une fois de réchauffer l'atmosphère.
— Bon… je te laisse t'installer tranquille. Si tu veux prendre une douche, ou te reposer un peu, fais comme chez toi. Moi je vais préparer un peu le dîner. Des acras ce soir ? Tu aimes toujours ça ?
— Ok, lâcha Agnès, sans la regarder.
Sonia referma la porte en silence. Agnès scruta la chambre comme si elle venait d'y être enfermée pour une durée indéterminée. Elle se sentait étrangère, exilée. Punie. Tout était trop propre, trop blanc, trop rangé, presque menaçant. Elle fit quelques pas, ouvrit la fenêtre et regarda dehors. Elle découvrit un grand jardin arboré, une terrasse en bois clair et une piscine rectangulaire d'un bleu turquoise artificiel. Le soleil tapait sur l'eau, et des reflets dansaient sur la terrasse. Une cage dorée. Elle soupira. Dans un murmure presque inaudible, elle ajouta « bordel de merde… »
Elle s'assit sur le lit, dos droit, les bras croisés. Puis elle se laissa tomber sur le matelas, les yeux fixés au plafond. Elle resta ainsi quelques minutes. Elle finit par allumer son téléphone. Deux messages. Un de sa mère, qu'elle ignora. Et un autre, plus bref, plus percutant, d'Hugo : « Alors ? » Son cœur battit un peu plus vite. Elle ressentit un frisson, immédiat et agaçant. Elle hésita à répondre, tapota un : « Bien arrivée chez la cousine de mon daron. Mortel. » Mais elle n'envoya rien. Trop banal. Elle se sentit grotesque. Et elle voulait qu'Hugo s'inquiète. Qu'il insiste.
Elle ouvrit Instagram. Les stories de ses copines défilaient comme autant de gifles. Toutes profitaient déjà de ces premières journées des grandes vacances : en maillots, rieuses, légères, cocktails à la main. Une autre dans une voiture de nuit, lumière rouge sur les joues, bouche entrouverte. Une autre encore dans un lit défait, juste une épaule nue et une légende énigmatique. Et elle, coincée ici, éteinte. Une boule se forma dans sa gorge. Elles lui manquaient.
Elle se rendit sur le profil d'Hugo. Toujours aussi beau. Cette arrogance naturelle qui la rendait folle. Ses doigts tremblaient légèrement. Les photos étaient toujours là, familières. Lui torse nu sur une plage. Lui en jean, main dans les cheveux, regard sombre. Une vidéo où il rit, penché vers la caméra, cette voix grave qui la faisait fondre. Un frisson lui remonta la colonne. Elle agrandit une photo où il regardait l'objectif avec cette intensité tranquille qu'elle connaissait trop bien.
Elle ferma les yeux, replongeant dans une image rapide. La première fois qu'il l'avait prise, c'était dans sa chambre d'étudiant, à moitié bourrés, rieurs. Il l'avait plaquée contre le mur, dévorée comme si elle allait lui échapper. Il savait exactement où appuyer, comment jouer de ses doigts, de sa langue. Comment la faire monter. Comment la faire supplier sans un mot. Elle se souvenait de chaque bruit, chaque gémissement étouffé dans l'oreiller.
Elle posa le téléphone sur sa poitrine. Elle sentit son propre souffle s'accélérer, imperceptiblement. Elle écarta les cuisses, lentement, comme si elle s'autorisait enfin à respirer. La solitude devenait presque physique. Elle n'avait pas touché quelqu'un depuis des semaines, le manque était trop fort. Ses jambes bougèrent, cherchant une position, une friction. Tout était trop lent ici. Elle avait besoin de peau, de morsures. Elle voulait Hugo. Maintenant. Pour sentir quelque chose. Pour combler ce vide poisseux.
Elle imagina les mains d'Hugo sur elle, son souffle au creux de sa nuque, ses doigts… là. Exactement là. Ses doigts effleurèrent son ventre, juste sous le tissu de son débardeur. Elle glissa une main sous la ceinture de son short, comme par réflexe, presque machinalement. Elle était déjà mouillée. C'était si rapide. Elle chercha le rythme, s'abandonna à ses souvenirs. Elle avait envie de se perdre. De sentir à nouveau ce feu. Elle pinça les lèvres, mordit l'intérieur de sa joue. Elle désirait tout le corps d'Hugo. Son odeur. Son queue dure contre elle, en elle. Elle se souvenait de ses paroles, la première fois qu'elle avait touché à travers son jean d'abord cette forme massive : « Tu la veux, ma bite ? » Elle avait hoché la tête, soumise et affamée. Puis il l'avait déshabillée à moitié, à la hâte, sans douceur, comme si son désir brûlait trop fort pour attendre.
Dans son short, ses doigts trouvèrent son sexe, déjà gonflé, humide. Ses hanches se soulevèrent à peine du matelas. Elle émit un petit gémissement involontaire. Elle aimait ce moment, quand son corps répondait d'un seul coup. Elle effleura son clitoris d'abord, juste ce qu'il fallait pour provoquer le frisson, pour éveiller le nerf. Puis elle pressa un peu plus fort, circulairement, avec lenteur, comme pour étirer le plaisir. Sa respiration devenait irrégulière, saccadée.
Elle imagina Hugo. Pas le Hugo tendre, pas celui des textos. Celui qui la prenait, brutalement. Elle se souvenait de sa voix rauque quand il lui ordonnait : « Retourne-toi. » Elle le faisait, obéissante et excitée comme jamais. Il la pénétrait sans prévenir, d'un coup sec, animal. Sa bite épaisse la remplissait en profondeur. Il allait vite, fort, sans répit. Chaque coup la faisait basculer en avant. Elle se souvenait du bruit, de ce clapotis sale, presque indécent, de son sexe trempé qui encaissait chaque va-et-vient.
Ses doigts s'enfoncèrent en elle. Elle gémissait à voix haute maintenant, indifférente au monde. Elle allait vite, presque brutalement. Son bassin ondulait, la main glissait, humide, frénétique. Elle laissait la vague monter.
Et lui revint la sensation de la poigne d'Hugo, qui la tenait par la taille, qui l'ancrait à sa queue, pour la baiser plus fort. Il lui disait des choses, à voix basse. Des choses sales, crues. Il la traitait de chienne, de salope, lui parlait de sa chatte, lui disait combien elle était chaude et parfaite pour sa queue. Elle, à quatre pattes, offerte, les jambes tremblantes, jouissant sous lui comme une bête, acceptait ces mots obscènes. Alors, il la prenait encore plus fort, jusqu'à jouir en elle, enfoncé jusqu'à la garde, la mâchoire serrée, les reins tendus.
Elle accéléra le mouvements de ses doigts. Ils plongeaient en elle, sans difficulté. C'était chaud, serré, glissant. Le rythme devenait instinctif, incontrôlé. Le clitoris sous sa main pulsait, tendu comme une corde. Son ventre se contractait. Tout en elle se tendait vers un point fixe, comme si l'univers entier rétrécissait autour de ce noyau brûlant. Chaque mouvement déclenchait une vague, un écho. Un râle lui échappa. Son autre main s'agrippait au drap froissé. Elle savait qu'elle approchait. Elle se cambra, la bouche ouverte, silencieuse. Son corps trembla, secoué de spasmes lents, profonds. L'orgasme allait la traverser comme une lame.
Mais elle s'arrêta. Un bruit dans le couloir ? Non, rien. Elle laissa retomber sa main sur le matelas, frustrée, haletante. C'était trop tôt, trop risqué. Elle soupira, longuement, profondément. La frustration lui collait à la peau. Il n'y aurait pas d'Hugo ici. Pas de sexe. Pas de vodka-pomme. Juste la chaleur étouffante, l'ennui, le plafond immobile. Et il n'y avait rien à faire. Rien qu'à attendre. À fantasmer. À se consumer seule. Elle se vit en train de se branler, alors qu'elle était à peine arrivée dans cette maison depuis deux heures. Elle se trouva ridicule. « Mais quelle conne tu es... » songea-t-elle.
Au bout de quelques minutes, elle se redressa. Elle reprit son téléphone, puis, sans réfléchir, elle envoya un message à Hugo. « Tu me manques. » Elle ferma les yeux et soupira encore. Même son souffle lui semblait trop fort dans ce silence. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle passa la fin de la journée seule dans sa chambre.
Le soir venu, après une après-midi étouffante et qu'elle avait trouvée lugubre, Agnès consentit à descendre. Hugo n'avait pas répondu à son message. Elle regarda son téléphone une dernière fois. Rien. « Fait chier... » pensa-t-elle, mâchoires serrées.
Dans la grande cuisine, elle retrouva Sonia, qui souriait toujours.
— Alors la miss ? Bien installée ? … on t'a pas vue de l'après-midi ! dit-elle, en accueillant Agnès le plus chaleureusement possible.
« Mais ferme ta gueule... » songea la jeune fille, qui demeurait les bras ballants.
— Tu veux bien m'aider à mettre les couverts, s'il te plaît ? demanda Sonia, avec amabilité.
Avec beaucoup de mauvaise volonté, Agnès accepta de mettre la table mais ne desserra pas les dents. Elle attrapa les fourchettes les posa à la va-vite, sans un mot. Elle alignait les couverts sans conviction. Elle avait l'impression de jouer à la petite parfaite dans un dîner de magazine. Manquait plus que les serviettes pliées en forme de cygne !
— Super ! s'exclama Sonia, visiblement ravie du travail effectué par sa cousine et désirant la féliciter pour ce qui semblait relever de la prouesse.
« Quelle connasse ». C'est tout ce que se dit Agnès, qui avait vraiment le sentiment que la bienveillance sirupeuse de Sonia l'infantilisait. Ce qui ne faisait que renforcer son agacement. Ainsi, le repas fut délicieux mais l'ambiance demeura tendue et silencieuse. Peu de mots. Quelques phrases échappées, aussitôt avalées par le silence. Sonia faisait des efforts. Agnès, elle, faisait clairement la gueule.
Finalement, vers 23 heures, Sonia ouvrit la baie vitrée qui donnait sur le jardin et la terrasse. La chaleur était tombée d'un cran. Un peu d'air frais pénétra dans la maison. Sur la terrasse de la villa, baignée d'une lumière dorée, le chant des grillons prenait le relais des bruits de la journée. La piscine luisait comme un miroir tranquille. Sonia sortit sur la terrasse. Sur une table basse, elle déposa une bouteille de vin blanc ouverte entre deux verres à demi pleins. Puis elle s'installa sur un transat, jambes croisées, un sourire tranquille aux lèvres. Cette femme semblait dans son élément, à l'aise dans cette fin de journée qui lui appartenait. Un sourire fatigué aux lèvres, elle se tourna vers Agnès, qui était restée à l'intérieur.
— Tu viens ? On boit un verre sur la terrasse ? Il fait encore bon.
Agnès fixa un instant l'extérieur doucement envahi par le crépuscule, puis répondit d'un ton sec :
— Non. J'vais me coucher.
Elle quitta la pièce, ses pas sourds résonnèrent dans l'escalier.
— Et merde… soupira Sonia.
Dans sa chambre, Agnès s'était jetée sur le lit sans même fermer les volets. Le silence de la maison lui pesait. La lumière du jour s'effaçait doucement au plafond, et son téléphone restait désespérément muet. Ses larmes montèrent. Elle les ravala d'abord, rageuse, mais elles coulèrent malgré elle. Elle se laissa submerger par la solitude, la colère et l'ennui. Elle se tourna sur le côté, enfouit son visage dans l'oreiller. Vaincue, elle s'endormit.
Dehors, sur la terrasse, Sonia sirotait seule un verre de blanc. La piscine renvoyait quelques reflets sur la façade. Elle avait juste besoin que le vin calme un peu ce soir foutu. Le vent la fit frissonner. Elle frotta ses bras nus, ramassa lentement les verres, et rentra.
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