Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Agnès se découvre — Chapitre 8 · Une complicité naissante
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Agnès se découvre
Chapitre 8 · Une complicité naissante
Les jours qui suivirent l'arrivée de Cédric s'écoulèrent dans une douceur inattendue, presque apaisante. Le couple se révéla charmant, attentionné, et Agnès, malgré ses réticences initiales, se laissa peu à peu gagner par leur chaleur. Cédric, surtout, la séduisait sans effort. Elle appréciait son rire franc, cette façon de raconter les anecdotes avec une autodérision contagieuse, ces compliments sincères qui la faisaient rougir sans la mettre mal à l'aise : « tu es super mignonne », « je te trouve très ouverte pour une fille de 20 ans ». Il la rassurait, la mettait en confiance, par des phrases simples, mais qui la touchaient plus qu'elle ne voulait l'admettre. C'était un homme intelligent, fin, et Agnès aimait beaucoup sa compagnie. Sonia, radieuse depuis le retour de son mari, jouait l'hôtesse parfaite, et une forme d'amitié se consolida entre les deux cousines : complices pour préparer les repas, pour choisir les vins, pour rire des blagues de Cédric. À plusieurs reprises, Agnès avait réussi à avoir avec sa cousine des discussions riches, profondes. Évidemment, à aucun moment elles n'abordèrent tout ce qui avait pu se passer à la maison en l'absence de Cédric. Et d'ailleurs, les jardiniers n'étaient plus revenus.
Hugo, lui, rappelait peu. Quand il le faisait, c'était bref, distrait. Ses promesses de discussions n'étaient que rarement tenues. Il s'excusait vaguement pour son silence, trouvant quelque prétexte, et parlait surtout de lui, de ses projets vagues, de ses grandes idées sur le monde et la vie. Il s'inquiétait peu du quotidien d'Agnès en Touraine, de ses doutes, de son mal-être. Il se contentait de répéter ses inlassables « je t'aime », que la jeune fille trouvait de plus en plus creux. Il s'était fait un jugement très arrêté sur Cédric et Sonia, qu'il avait définitivement condamnés comme « des connards de gros bourges ». Agnès raccrochait souvent déçue, le cœur serré, et il lui fallait toute l'énergie et la gentillesse de Cédric pour lui faire oublier sa mélancolie.
Le couple emmena Agnès visiter la région : balades dans les vignobles de Touraine, pique-niques au bord du Cher, dîners dans de petits restaurants où Cédric commandait toujours le meilleur vin, les meilleurs plats. La jeune fille n'était pas amatrice de vieilles pierres ; mais elle prit plaisir à découvrir Chenonceau, Cheverny ou Chambord en compagnie de sa cousine et de son époux. Elle rencontra les amis du couple. C'était des gens très différents des personnes qu'elle côtoyait d'habitude : des quadragénaires, des quinquagénaires, tous très intéressants, très cultivés. Ils parlaient art, littérature, politique, science, mais c'étaient des personnes particulièrement chaleureuses. La jeune fille se sentait impressionnée, mais Cédric et Sonia s'arrangeaient toujours pour qu'elle se sente le plus à l'aise.
Finalement, une sorte d'amitié à trois naquit, légère, presque familiale. Agnès se surprit à se sentir bien, intégrée, presque chez elle. Cédric, pour plaisanter, répétait qu'il vivait en polygame, « avec ses deux blackettes ». Sonia et Agnès le taquinaient, et tous en riaient. Mais ce qui troublait le plus Agnès, c'était le couple que formaient sa cousine et son mari. Ils étaient vraiment très amoureux. Comme deux ados, Cédric et Sonia ne s'arrêtaient jamais : regards complices, mains qui se cherchaient, baisers volés. Surtout, Agnès constata qu'ils faisaient beaucoup l'amour, et qu'ils ne s'embarrassaient pas d'une quelconque discrétion. Ils étaient insatiables. Non seulement plusieurs fois par nuit revenaient les bruits, les gémissements, les craquements du lit ; mais dans la journée, elle les voyait s'enfermer dans leur chambre, ou dans n'importe quelle autre pièce de la maison, et pouvait percevoir leurs cris étouffés de plaisir. Dans ce cas, Agnès préférait s'éloigner, et se rendre seule au jardin, ou près de la piscine, afin de s'isoler. Le temps « qu'ils terminent leur affaire ». Mais la nuit, dans l'obscurité de sa chambre, incapable de dormir, la jeune fille éveillée écoutait leurs ébats, le corps tendu, partagée entre jalousie et excitation.
Agnès se surprenait de plus en plus à observer Cédric, cet homme mûr qui dégageait un charme tranquille, différent des grands enthousiasmes immatures d'Hugo. Si le mari de Sonia s'amusait à la taquiner et à la faire rougir, la jeune fille se sentait valorisée, presque désirée, par ce regard bleu clair derrière ses lunettes fines. Physiquement, il n'était pas un Apollon, mais sa grande taille, son assurance avaient quelque chose de protecteur, qui la troublait au plus profond. Lors des sorties, quand il lui prenait le bras pour la guider, une confusion grandissait en elle, qu'elle ne parvenait pas à chasser.
Sonia, si complice avec son mari, observait ces rapprochements naissants entre sa cousine et lui avec un regard tranquille, presque attendri. Elle donnait l'impression de savourer. Souvent, elle esquissait un sourire en coin, ambigu, les yeux brillants, comme si le fait de voir les joues d'Agnès rosir sous les compliments de son mari, l'amusait.
Un après-midi, alors que Sonia était sortie visiter ses patients, la jeune fille et Cédric se retrouvèrent seuls dans la grande maison. Lui, en short et polo léger, proposa une partie d'échecs. Il avait initié Agnès quelques jours auparavant aux rudiments du jeu et aux déplacements des pièces. Elle accepta sans réfléchir, un peu surprise de se sentir aussi à l'aise. Ils s'installèrent à la table en bois, face au jardin. Le silence était doux, seulement troublé par le chant des oiseaux et le clapotis lointain de la piscine. Chacun avait le nez sur l'échiquier. Mais à un moment, Cédric leva les yeux et regarda longuement Agnès. Celle-ci s'aperçut du poids de ce regard qui pesait sur elle. Un peu gênée, elle demanda simplement « Quoi ? »
— Rien, répondit Cédric… Je te regarde…
Ils se sourirent. À nouveau, Agnès rougit.
— Je sais pas quoi faire de mon fou, dit-elle, réfléchissant à sa stratégie.
— Tu sais, Agnès, dit Cédric, Je suis content que tu sois là. Sonia m'avait parlé de toi. Mais je suis content de te connaître en vrai.
Il la contemplait avec un sourire chaleureux qui le rendait si accessible. Agnès saisit un pion d'une main hésitante, ne sachant absolument pas ce qu'elle devait en faire.
— Merci… c'est gentil.
— Non, sérieux, continua-t-il, sur un ton sincère. T'es intelligente, t'as de l'humour, et t'as cette énergie… cette fraîcheur...
Il posa une main légère sur son avant-bras, un geste paternel, presque protecteur.
— Je me rends compte que t'es quelqu'un d'important. Pas seulement parce qu'on est de la même famille. T'es une fille bien, et tu comptes beaucoup pour moi…
Un silence se fit.
— Et puis, t'es jolie. Vraiment. Sonia a de la chance d'avoir une cousine comme toi.
Agnès sentit son cœur s'accélérer. Le compliment était simple, mais il la toucha profondément. Elle leva les yeux, croisa son regard bleu clair derrière les lunettes fines. Mais elle réalisa qu'il s'agissait d'un homme mûr, charmant, ce qui la troubla bien davantage.
— Merci… balbutia-t-elle.
Cédric, devinant la confusion qu'il venait de faire naître, sourit, retira sa main lentement.
— T'en fais pas, je vais pas te draguer comme un vieux lourd, plaisanta-t-il. Quoique… Si j'avais vingt ans de moins…
Il rit, pour détendre l'atmosphère. Agnès rit aussi, mais au fond, elle sentait une chaleur monter, un trouble qu'elle ne voulait pas nommer. Ils parlèrent encore un moment – de tout et de rien, de ses études, de ses doutes, de la vie. Cédric écoutait vraiment, posait des questions, la rassurait. Agnès hochait, répondait, souriait. Une pensée la travaillait : cet homme, elle aurait aimé l'avoir comme père. Ou peut-être autre chose ? Idée qu'elle chassa aussitôt !
Au fil des jours, Agnès se convainquait que tout cela était innocent. Qu'elle se sentait simplement bien aux côtés de ce couple, qu'elle éprouvait une sorte d'attrait naturel pour un homme stable, attentif et qui l'écoutait vraiment. Elle se disait que peut-être Cédric, qui n'avait pas d'enfant, voyait en elle une sorte de fille, dont il pouvait s'occuper avec bienveillance. Cela dit, Agnès se rendait bien compte qu'elle-même ne le considérait pas comme un père. Elle devait reconnaître qu'elle était charmée par cet homme. Or, jamais elle n'avait ressenti la moindre émotion pour un homme de cet âge. Et la nuit, quand elle entendait le couple faire l'amour, elle les imaginait ; et parfois, elle se représentait Cédric au-dessus d'elle, ses mains sur sa peau. Oui, c'est à elle qu'il faisait l'amour, c'est elle qu'il embrassait, c'est son corps qu'il caressait. Oh oui ! Oui, oui c'était Cédric qu'elle voulait ! C'était lui qui la prenait, qui lui donnait du plaisir. Et cette pensée la faisait mouiller, même se toucher, malgré la honte. Pourtant, elle aimait, Hugo, n'est-ce pas ? Et cet homme, qui avait plus du double de son âge ! Et qui était le mari de sa cousine ! C'était comme si Cédric incarnait tout ce qu'Hugo n'était pas : mature, séduisant, capable de la faire se sentir femme plutôt que gamine. Elle s'acharnait pourtant à se persuader que les rapports qu'elle entretenait avec lui étaient sans équivoque. Mais le doute s'insinuait, amplifié par les regards complices du couple, qui la laissaient de plus en plus seule avec ses désirs confus. Cette attirance grandissait, insidieuse, et Agnès ne savait pas comment y mettre un terme, ni si elle le voulait d'ailleurs.
Un jeudi matin ensoleillé, Sonia proposa une virée shopping à Tours. Elle avait proposé l'idée à sa cousine, sans véritablement lui laisser le choix
— Ma belle, il te faut une vraie robe d'été. Quelque chose qui te mette vraiment en valeur. Je t'en offre une, c'est décidé !
Agnès, flattée malgré elle, accepta avec un sourire timide. Cédric, amusé par l'idée, décida de les accompagner.
— Je porterai les sacs et je donnerai mon avis d'homme, plaisanta-t-il. Le chevalier servant au service de ses dames !
Les rues piétonnes de Tours n'étaient pas très animées. La ville semblait presque déserte. Les filles enchaînaient les boutiques et les achats, tandis que Cédric portait les paquets, en jouant à râler et à maugréer. Sonia, arbitre des élégances, guidait sa cousine et son mari dans les différents commerces, donnait des avis tranchés, se révélait une véritable experte de la mode. Enfin, ils entrèrent dans une boutique aux vitrines élégantes, pleine de robes fluides et de tissus légers. L'air était imprégné d'une odeur de neuf et de parfum d'ambiance, presque étouffante. Agnès trouva l'endroit assez chic. Mais ce n'était pas vraiment son style de magasin. À l'intérieur, ils furent accueillis par les politesses de deux vendeuses. Mais Sonia, décidée, prit les choses en main. Elle choisit plusieurs modèles pour Agnès, en sélectionna également pour elle-même. La jeune fille, qui se sentait toujours complexée par sa grande taille, ses formes généreuses et sa poitrine lourde, était très hésitante.
— Essaie celle-ci, ordonna Sonia en tendant à sa cousine une robe bustier en satin. Elle va être parfaite sur toi. Moulante juste ce qu'il faut.
Déjà encombrée par d'autres articles judicieusement trouvés dans les rayons par Sonia, Agnès soupira.
— Tu crois ? Je sais pas si ça va m'aller… ça a l'air serré, non ? Je sais pas si c'est ma taille...
Sonia sourit, un éclat malicieux dans les yeux.
— Fais-moi confiance. Tu vas être super, là-dedans… Crois-moi... On va l'essayer… D'ailleurs, moi aussi je dois tester deux ou trois articles.
Et, suivies par Cédric, qui demeurait bien silencieux et observait cet échange en souriant, les deux femmes se rendirent aux cabines d'essayage, au fond du magasin. Elles entrèrent chacune dans un box. Mais juste avant de refermer le rideau, Sonia adressa un dernier conseil à sa cousine :
— Et la robe, ça se porte sans rien en-dessous. On met pas de soutif avec ça. Ça ferait vraiment con !
Et elle referma le rideau. Agnès en fit autant. Seule dans sa cabine, avec une pile d'articles, elle eut un long soupir. Cette séance d'essayage, à laquelle elle n'était pas habituée, l'éreintait. Elle ne tenait pas le rythme, Sonia allait trop vite ! Elle posa les articles sur le petit banc, respira profondément, puis commença à se déshabiller, en évitant de regarder le miroir. D'abord le tee-shirt, qu'elle passa par-dessus la tête ; ses seins lourds rebondirent légèrement quand le tissu les libéra. Le jean suivit, glissant sur ses cuisses musclées.
Elle enfila un petit haut en coton. « Ouais… bof… sans plus... » jugea-t-elle. Elle le trouva mal coupé, mal ajusté. Elle l'enleva, avant d'essayer d'autres vêtements. À chaque essayage, Agnès se sentait de plus en plus mal à l'aise. Rien ne lui allait. Les cabines étaient petites, le miroir impitoyable. Elle transpirait légèrement, ses mains tremblaient un peu. « Je suis pas faite pour ça… » pensait-elle, en tirant sur un tissu qui ne tombait jamais comme il fallait. Elle se sentait gauche, trop grande, ses formes débordant toujours là où elle aurait voulu qu'elles rentrent. À l'extérieur au contraire, elle entendait Sonia faire preuve d'une grande efficacité : passant et enlevant les vêtements avec dextérité, la martiniquaise renvoyait sans cesse son époux dans la boutique pour reposer un article, choisir une autre taille, une autre couleur. Le pauvre Cédric semblait multiplier les allées et venues !
— Alors ? demanda Sonia depuis l'autre cabine. La robe ?
— Je vais la mettre, répondit Agnès.
Effectivement, c'était le dernier article qu'il lui restait à essayer. La robe bustier. La jeune fille dégrafa son soutien-gorge avec des gestes mécaniques ; aussitôt, elle sentit l'air frais caresser ses tétons bruns. Simplement vêtue d'une culotte de coton, elle observa alors son reflet dans le miroir : sa peau hâlée, ses seins lourds, ses fesses larges, et ce corps qu'elle trouvait trop grand, trop charnu, trop « trop ». Elle s'observa ainsi pendant un certain temps.
Tout à coup, le rideau de la cabine s'ouvrit en grand.
Cédric apparut.
— Oups… pardon !!
Il s'était trompé de cabine. Mais il ne referma pas le rideau, il se figea. Agnès, debout face à lui, presque nue ; elle n'avait eu le temps que de croiser instinctivement les avant-bras sur sa poitrine, les mains couvrant ses mamelons, le cœur battant à tout rompre.
Alors le temps s'arrêta.
Cédric ne bougeait pas, maintenait le rideau ouvert avec la main. Ses yeux bleus glissèrent lentement sur le corps de la jeune fille, sur la peau mate, sur la courbe des seins qu'elle tentait de couvrir, sur la culotte de coton et jusqu'aux cuisses. Il la contemplait, silencieux, avec une admiration évidente, presque hypnotisé, comme devant une apparition.
Face à lui, Agnès, elle aussi, demeurait immobile. Elle écrasait sa poitrine de ses avant-bras, mais était incapable de faire le moindre mouvement. Elle réalisait que Cédric la regardait, quasiment nue. Les yeux écarquillés de la jeune fille restaient fixés sur le visage de l'homme. « Putain… Cédric ! songea-t-elle, la gorge serrée, les joues en feu. Il me voit… Il me voit à poil... » Elle serait morte de honte. Et pourtant, une chaleur traîtresse montait en elle. Ses bras se mirent à trembler légèrement.
Ils restèrent ainsi figés l'un en face de l'autre. Alors, le visage d'Agnès s'adoucit. Il ne marqua plus la frayeur, ni la honte. Il devint presque neutre, ne laissant apparaître aucune émotion. Puis, sans savoir pourquoi – par défi, par désir, par ce trouble qu'elle ne contrôlait plus – elle écarta lentement les mains. Ses seins lourds se révélèrent pleinement.
Cédric déglutit, ouvrant grand les yeux. Il ne disait rien, mais son regard, d'abord surpris, se chargea d'une intensité nouvelle. Il semblait littéralement boire la vision de cette jeune poitrine nue : les aréoles sombres, légèrement granuleuses, les tétons qui pointaient droit vers lui, la rondeur parfaite et la taille impressionnante des seins fermes.
Agnès le fixa dans les yeux, le menton levé, le cœur cognant. Passées la surprise et la honte, quelque chose en elle accepta la situation, s'y résigna. Elle aurait dû crier, se couvrir ; mais non : là, dans la promiscuité de cette cabine, elle choisit de s'offrir, nue, devant le mari de sa cousine. Elle devinait l'excitation qu'elle faisait naître en lui. « Regarde-moi. » semblait-elle lui dire. Aucune parole. Juste ce silence lourd, chargé, entre l'homme et la jeune fille. Agnès, prise par une émotion qu'elle ne contrôlait plus, respirait fort, la poitrine se soulevant rapidement sous le regard de Cédric. L'homme, fasciné, ne pouvait détacher ses yeux des gros seins lourds et bronzés d'Agnès, parfaitement ronds, qui se balançaient légèrement à chaque inspiration. Comme envoûté, il les admirait sous la lumière crue de la cabine. Agnès remarqua que ses yeux se faisaient plus sombres, plus avides, pris d'une envie animale. Cédric tendait le cou, comme attiré par la poitrine de la métisse. Ses pupilles détaillaient la peau mate, les veines discrètes, la façon dont les tétons durcissaient comme s'ils réagissaient à son attention seule.
Lire le désir que sa nudité faisait naître chez cet homme excita la jeune fille. Et d'un coup, Agnès perdit la tête. « Qu'il voie tout. Qu'il voie tout... » D'un geste lent, presque irréel, elle saisit les deux côtés de sa culotte de coton et commença à la baisser. Le tissu glissa sur ses hanches larges, révélant d'abord le mont de Vénus bombé, recouvert d'une toison noire et bouclée, puis le haut de son sexe. Cédric respirait fort, lui aussi. Ses yeux semblaient la supplier d'aller au bout. Le cœur d'Agnès cognait si fort qu'elle l'entendait dans ses tempes. « Son désir… je le sens… ». Elle oublia complètement l'endroit, les vendeuses, Sonia, le risque d'être surprise. Et elle lui montra tout.
Cédric descendit les yeux sur cette intimité qu'elle lui offrait en silence. Figé sur le seuil de la cabine, il sentait son corps entier se tendre comme un arc. Il n'osait pas bouger, pas parler, mais sa fébrilité le trahissait : ses mains, crispées sur le rideau, tremblaient légèrement ; une rougeur était montée à ses joues, et ses yeux, habituellement si calmes derrière les lunettes fines, brûlaient maintenant d'un désir qu'il peinait à contenir. Visiblement, il luttait pour ne pas tendre la main, pour ne pas toucher ce qu'elle lui dévoilait.
Agnès sentait ses jambes se dérober sous elle. Le souffle court, elle devinait que ses doigts tremblaient contre le tissu de sa culotte baissée. Mais incapable de s'arrêter, comme possédée par ce regard dévorant de l'homme qui la contemplait, elle laissa sa main droite glisser lentement vers son sexe. Elle ressentit comme une décharge par tout le corps lorsque ses doigts effleurèrent ses poils bouclés ; puis elle descendit plus bas, frôlant les lèvres gonflées, déjà humides de désir. « Putain… qu'est-ce que je fais ? » Cédric la regardait comme un homme affamé devant un festin interdit, pétrifié par un spectacle interdit. Il avait la gorge sèche, tandis que ses yeux glissaient sur tout le corps nu de la jeune métisse.
Dans la tête d'Agnès, une voix s'écriait : « Oh Cédric… regarde-moi… regarde-moi ! » Un frisson la traversa quand elle toucha son clitoris durci. Elle le caressa doucement, en cercles lents. Puis, comme une invitation muette qu'elle lançait au mari de Sonia, ses doigts glissèrent entre ses lèvres. Touchant l'entrée chaude et ouverte, elle étouffa un petit gémissement, les yeux toujours fixés dans ceux de Cédric, le défiant en silence de regarder, de vouloir, de craquer.
Soudain, la voix joyeuse de Sonia résonna depuis l'autre cabine :
— Ça y est, j'ai fini !
Le retour à la réalité fut brutal. Cédric sursauta, referma le rideau d'un geste vif.
— Ok, très bien ! balbutia-t-il avant de s'éloigner précipitamment.
Agnès resta figée, les doigts sur la culotte à mi-cuisses, le cœur cognant. La honte la submergea d'un coup, violente « Qu'est-ce que je viens de faire ? Putain, qu'est-ce que je viens de faire ? » Elle remonta le slip de coton d'un geste tremblant, enfila ses vêtements à la hâte, les mains moites. Elle n'osait plus se regarder dans le miroir. Si l'homme, à cet instant, était entré dans la cabine, qu'aurait-elle fait ? Jusqu'où serait-elle allée ? Et si quelqu'un les avait surpris ? Elle était folle. Folle !
Lorsqu'elle sortit enfin de la cabine, les bras chargés des articles non essayés qu'elle serrait contre elle comme un bouclier, Agnès n'osa pas lever les yeux vers Cédric. Il était là, à quelques mètres, près de Sonia, feignant d'examiner un portant de ceintures avec une nonchalance un peu trop étudiée. Son visage avait repris sa couleur habituelle, mais une rougeur légère persistait sur ses joues. Sonia, radieuse, tenait deux robes et un pull en cachemire.
— Alors ma belle, tu as trouvé ton bonheur ? demanda-t-elle à Agnès.
La jeune fille, un peu essoufflée, répondit d'une voix éteinte.
— Non… rien ne m'allait…
Elle avait le rouge aux joues. Elle se revoyait nue devant Cédric. Putain, la honte ! Elle avait envie de disparaître, de rentrer sous terre ! Sonia haussa un sourcil, un sourire malicieux aux lèvres, comme si elle lisait dans ses pensées.
— Dommage… pourtant, il y avait de quoi se rincer l'œil, non ? lança-t-elle d'un ton presque chantant, en jetant un regard complice à Cédric.
Celui-ci approuva d'un hochement de tête. Agnès, elle, sentit son estomac se nouer violemment. La phrase de Sonia la transperça comme une aiguille. Les mains moites, elle baissa la tête, fixant le sol, souhaitant que le linoléum s'ouvre et l'engloutisse.
— On passe en caisse ? demanda Sonia.
Elle fit entendre un rire cristallin et embrassa Cédric sur la joue. Lui, fidèle à sa bonhomie, l'embrassa en retour. Elle insista ensuite pour offrir à Agnès la robe bustier, que celle-ci n'avait d'ailleurs même pas essayée. La jeune fille ne protesta pas, elle avait l'esprit ailleurs.
Le retour en voiture fut étrange. Les kilomètres défilaient lentement et Agnès, recroquevillée sur la banquette arrière, n'osait plus bouger, plus parler, plus respirer normalement. À l'inverse, Sonia parlait avec animation des articles qu'elle avait choisis, de la prochaine sortie, de tout et de rien. Réjouie par sa promenade shopping, elle faisait entendre une voix joyeuse, légère. Cédric conduisait, calmement. Il plaisantait, répondait à sa femme sur le même ton amusé. Il avait bien vite recouvré sa légèreté : il taquinait les filles sur leurs achats, embrassait Sonia au feu rouge, parlait de tout et de rien comme si l'incident de la cabine n'avait jamais existé.
Mais chaque rire, chaque caresse entre le couple, chaque mot, qu'elle interprétait comme une allusion à peine voilée, rappelait à Agnès ce qu'elle avait fait. Devant le mari de sa cousine, elle s'était montrée nue, s'était touchée. Elle se sentait sale et stupide, rongée par la culpabilité. La honte la dévorait de l'intérieur. Et pourtant, elle conservait le souvenir du regard avide que Cédric avait porté sur son corps nu.
— Merci de nous avoir accompagnées, finit par dire Sonia à son mari, en lui posant la main sur la cuisse.
— De rien… C'est toujours très agréable, ces moments. Pas vrai Agnès ?
La jeune fille ne répondit rien.
— Pour un mec, c'est pas un petit peu pénible de suivre deux nanas qui font les boutiques ? Qui parlent fringues ? Non ? reprit Sonia.
— Pas du tout, répliqua-t-il, avec son rire habituel. Et même si je ne suis pas client, j'ai vu des choses qui m'ont beaucoup plu. Je t'assure…
Il lança un regard rapide dans le rétroviseur, croisa celui d'Agnès une fraction de seconde. Il lui lança un sourire entendu, puis se reconcentra sur la route. À l'arrière, Agnès détourna les yeux et demeura silencieuse. Elle regarda par la fenêtre, étranglée par la honte.
Hugo, lui, rappelait peu. Quand il le faisait, c'était bref, distrait. Ses promesses de discussions n'étaient que rarement tenues. Il s'excusait vaguement pour son silence, trouvant quelque prétexte, et parlait surtout de lui, de ses projets vagues, de ses grandes idées sur le monde et la vie. Il s'inquiétait peu du quotidien d'Agnès en Touraine, de ses doutes, de son mal-être. Il se contentait de répéter ses inlassables « je t'aime », que la jeune fille trouvait de plus en plus creux. Il s'était fait un jugement très arrêté sur Cédric et Sonia, qu'il avait définitivement condamnés comme « des connards de gros bourges ». Agnès raccrochait souvent déçue, le cœur serré, et il lui fallait toute l'énergie et la gentillesse de Cédric pour lui faire oublier sa mélancolie.
Le couple emmena Agnès visiter la région : balades dans les vignobles de Touraine, pique-niques au bord du Cher, dîners dans de petits restaurants où Cédric commandait toujours le meilleur vin, les meilleurs plats. La jeune fille n'était pas amatrice de vieilles pierres ; mais elle prit plaisir à découvrir Chenonceau, Cheverny ou Chambord en compagnie de sa cousine et de son époux. Elle rencontra les amis du couple. C'était des gens très différents des personnes qu'elle côtoyait d'habitude : des quadragénaires, des quinquagénaires, tous très intéressants, très cultivés. Ils parlaient art, littérature, politique, science, mais c'étaient des personnes particulièrement chaleureuses. La jeune fille se sentait impressionnée, mais Cédric et Sonia s'arrangeaient toujours pour qu'elle se sente le plus à l'aise.
Finalement, une sorte d'amitié à trois naquit, légère, presque familiale. Agnès se surprit à se sentir bien, intégrée, presque chez elle. Cédric, pour plaisanter, répétait qu'il vivait en polygame, « avec ses deux blackettes ». Sonia et Agnès le taquinaient, et tous en riaient. Mais ce qui troublait le plus Agnès, c'était le couple que formaient sa cousine et son mari. Ils étaient vraiment très amoureux. Comme deux ados, Cédric et Sonia ne s'arrêtaient jamais : regards complices, mains qui se cherchaient, baisers volés. Surtout, Agnès constata qu'ils faisaient beaucoup l'amour, et qu'ils ne s'embarrassaient pas d'une quelconque discrétion. Ils étaient insatiables. Non seulement plusieurs fois par nuit revenaient les bruits, les gémissements, les craquements du lit ; mais dans la journée, elle les voyait s'enfermer dans leur chambre, ou dans n'importe quelle autre pièce de la maison, et pouvait percevoir leurs cris étouffés de plaisir. Dans ce cas, Agnès préférait s'éloigner, et se rendre seule au jardin, ou près de la piscine, afin de s'isoler. Le temps « qu'ils terminent leur affaire ». Mais la nuit, dans l'obscurité de sa chambre, incapable de dormir, la jeune fille éveillée écoutait leurs ébats, le corps tendu, partagée entre jalousie et excitation.
Agnès se surprenait de plus en plus à observer Cédric, cet homme mûr qui dégageait un charme tranquille, différent des grands enthousiasmes immatures d'Hugo. Si le mari de Sonia s'amusait à la taquiner et à la faire rougir, la jeune fille se sentait valorisée, presque désirée, par ce regard bleu clair derrière ses lunettes fines. Physiquement, il n'était pas un Apollon, mais sa grande taille, son assurance avaient quelque chose de protecteur, qui la troublait au plus profond. Lors des sorties, quand il lui prenait le bras pour la guider, une confusion grandissait en elle, qu'elle ne parvenait pas à chasser.
Sonia, si complice avec son mari, observait ces rapprochements naissants entre sa cousine et lui avec un regard tranquille, presque attendri. Elle donnait l'impression de savourer. Souvent, elle esquissait un sourire en coin, ambigu, les yeux brillants, comme si le fait de voir les joues d'Agnès rosir sous les compliments de son mari, l'amusait.
Un après-midi, alors que Sonia était sortie visiter ses patients, la jeune fille et Cédric se retrouvèrent seuls dans la grande maison. Lui, en short et polo léger, proposa une partie d'échecs. Il avait initié Agnès quelques jours auparavant aux rudiments du jeu et aux déplacements des pièces. Elle accepta sans réfléchir, un peu surprise de se sentir aussi à l'aise. Ils s'installèrent à la table en bois, face au jardin. Le silence était doux, seulement troublé par le chant des oiseaux et le clapotis lointain de la piscine. Chacun avait le nez sur l'échiquier. Mais à un moment, Cédric leva les yeux et regarda longuement Agnès. Celle-ci s'aperçut du poids de ce regard qui pesait sur elle. Un peu gênée, elle demanda simplement « Quoi ? »
— Rien, répondit Cédric… Je te regarde…
Ils se sourirent. À nouveau, Agnès rougit.
— Je sais pas quoi faire de mon fou, dit-elle, réfléchissant à sa stratégie.
— Tu sais, Agnès, dit Cédric, Je suis content que tu sois là. Sonia m'avait parlé de toi. Mais je suis content de te connaître en vrai.
Il la contemplait avec un sourire chaleureux qui le rendait si accessible. Agnès saisit un pion d'une main hésitante, ne sachant absolument pas ce qu'elle devait en faire.
— Merci… c'est gentil.
— Non, sérieux, continua-t-il, sur un ton sincère. T'es intelligente, t'as de l'humour, et t'as cette énergie… cette fraîcheur...
Il posa une main légère sur son avant-bras, un geste paternel, presque protecteur.
— Je me rends compte que t'es quelqu'un d'important. Pas seulement parce qu'on est de la même famille. T'es une fille bien, et tu comptes beaucoup pour moi…
Un silence se fit.
— Et puis, t'es jolie. Vraiment. Sonia a de la chance d'avoir une cousine comme toi.
Agnès sentit son cœur s'accélérer. Le compliment était simple, mais il la toucha profondément. Elle leva les yeux, croisa son regard bleu clair derrière les lunettes fines. Mais elle réalisa qu'il s'agissait d'un homme mûr, charmant, ce qui la troubla bien davantage.
— Merci… balbutia-t-elle.
Cédric, devinant la confusion qu'il venait de faire naître, sourit, retira sa main lentement.
— T'en fais pas, je vais pas te draguer comme un vieux lourd, plaisanta-t-il. Quoique… Si j'avais vingt ans de moins…
Il rit, pour détendre l'atmosphère. Agnès rit aussi, mais au fond, elle sentait une chaleur monter, un trouble qu'elle ne voulait pas nommer. Ils parlèrent encore un moment – de tout et de rien, de ses études, de ses doutes, de la vie. Cédric écoutait vraiment, posait des questions, la rassurait. Agnès hochait, répondait, souriait. Une pensée la travaillait : cet homme, elle aurait aimé l'avoir comme père. Ou peut-être autre chose ? Idée qu'elle chassa aussitôt !
Au fil des jours, Agnès se convainquait que tout cela était innocent. Qu'elle se sentait simplement bien aux côtés de ce couple, qu'elle éprouvait une sorte d'attrait naturel pour un homme stable, attentif et qui l'écoutait vraiment. Elle se disait que peut-être Cédric, qui n'avait pas d'enfant, voyait en elle une sorte de fille, dont il pouvait s'occuper avec bienveillance. Cela dit, Agnès se rendait bien compte qu'elle-même ne le considérait pas comme un père. Elle devait reconnaître qu'elle était charmée par cet homme. Or, jamais elle n'avait ressenti la moindre émotion pour un homme de cet âge. Et la nuit, quand elle entendait le couple faire l'amour, elle les imaginait ; et parfois, elle se représentait Cédric au-dessus d'elle, ses mains sur sa peau. Oui, c'est à elle qu'il faisait l'amour, c'est elle qu'il embrassait, c'est son corps qu'il caressait. Oh oui ! Oui, oui c'était Cédric qu'elle voulait ! C'était lui qui la prenait, qui lui donnait du plaisir. Et cette pensée la faisait mouiller, même se toucher, malgré la honte. Pourtant, elle aimait, Hugo, n'est-ce pas ? Et cet homme, qui avait plus du double de son âge ! Et qui était le mari de sa cousine ! C'était comme si Cédric incarnait tout ce qu'Hugo n'était pas : mature, séduisant, capable de la faire se sentir femme plutôt que gamine. Elle s'acharnait pourtant à se persuader que les rapports qu'elle entretenait avec lui étaient sans équivoque. Mais le doute s'insinuait, amplifié par les regards complices du couple, qui la laissaient de plus en plus seule avec ses désirs confus. Cette attirance grandissait, insidieuse, et Agnès ne savait pas comment y mettre un terme, ni si elle le voulait d'ailleurs.
Un jeudi matin ensoleillé, Sonia proposa une virée shopping à Tours. Elle avait proposé l'idée à sa cousine, sans véritablement lui laisser le choix
— Ma belle, il te faut une vraie robe d'été. Quelque chose qui te mette vraiment en valeur. Je t'en offre une, c'est décidé !
Agnès, flattée malgré elle, accepta avec un sourire timide. Cédric, amusé par l'idée, décida de les accompagner.
— Je porterai les sacs et je donnerai mon avis d'homme, plaisanta-t-il. Le chevalier servant au service de ses dames !
Les rues piétonnes de Tours n'étaient pas très animées. La ville semblait presque déserte. Les filles enchaînaient les boutiques et les achats, tandis que Cédric portait les paquets, en jouant à râler et à maugréer. Sonia, arbitre des élégances, guidait sa cousine et son mari dans les différents commerces, donnait des avis tranchés, se révélait une véritable experte de la mode. Enfin, ils entrèrent dans une boutique aux vitrines élégantes, pleine de robes fluides et de tissus légers. L'air était imprégné d'une odeur de neuf et de parfum d'ambiance, presque étouffante. Agnès trouva l'endroit assez chic. Mais ce n'était pas vraiment son style de magasin. À l'intérieur, ils furent accueillis par les politesses de deux vendeuses. Mais Sonia, décidée, prit les choses en main. Elle choisit plusieurs modèles pour Agnès, en sélectionna également pour elle-même. La jeune fille, qui se sentait toujours complexée par sa grande taille, ses formes généreuses et sa poitrine lourde, était très hésitante.
— Essaie celle-ci, ordonna Sonia en tendant à sa cousine une robe bustier en satin. Elle va être parfaite sur toi. Moulante juste ce qu'il faut.
Déjà encombrée par d'autres articles judicieusement trouvés dans les rayons par Sonia, Agnès soupira.
— Tu crois ? Je sais pas si ça va m'aller… ça a l'air serré, non ? Je sais pas si c'est ma taille...
Sonia sourit, un éclat malicieux dans les yeux.
— Fais-moi confiance. Tu vas être super, là-dedans… Crois-moi... On va l'essayer… D'ailleurs, moi aussi je dois tester deux ou trois articles.
Et, suivies par Cédric, qui demeurait bien silencieux et observait cet échange en souriant, les deux femmes se rendirent aux cabines d'essayage, au fond du magasin. Elles entrèrent chacune dans un box. Mais juste avant de refermer le rideau, Sonia adressa un dernier conseil à sa cousine :
— Et la robe, ça se porte sans rien en-dessous. On met pas de soutif avec ça. Ça ferait vraiment con !
Et elle referma le rideau. Agnès en fit autant. Seule dans sa cabine, avec une pile d'articles, elle eut un long soupir. Cette séance d'essayage, à laquelle elle n'était pas habituée, l'éreintait. Elle ne tenait pas le rythme, Sonia allait trop vite ! Elle posa les articles sur le petit banc, respira profondément, puis commença à se déshabiller, en évitant de regarder le miroir. D'abord le tee-shirt, qu'elle passa par-dessus la tête ; ses seins lourds rebondirent légèrement quand le tissu les libéra. Le jean suivit, glissant sur ses cuisses musclées.
Elle enfila un petit haut en coton. « Ouais… bof… sans plus... » jugea-t-elle. Elle le trouva mal coupé, mal ajusté. Elle l'enleva, avant d'essayer d'autres vêtements. À chaque essayage, Agnès se sentait de plus en plus mal à l'aise. Rien ne lui allait. Les cabines étaient petites, le miroir impitoyable. Elle transpirait légèrement, ses mains tremblaient un peu. « Je suis pas faite pour ça… » pensait-elle, en tirant sur un tissu qui ne tombait jamais comme il fallait. Elle se sentait gauche, trop grande, ses formes débordant toujours là où elle aurait voulu qu'elles rentrent. À l'extérieur au contraire, elle entendait Sonia faire preuve d'une grande efficacité : passant et enlevant les vêtements avec dextérité, la martiniquaise renvoyait sans cesse son époux dans la boutique pour reposer un article, choisir une autre taille, une autre couleur. Le pauvre Cédric semblait multiplier les allées et venues !
— Alors ? demanda Sonia depuis l'autre cabine. La robe ?
— Je vais la mettre, répondit Agnès.
Effectivement, c'était le dernier article qu'il lui restait à essayer. La robe bustier. La jeune fille dégrafa son soutien-gorge avec des gestes mécaniques ; aussitôt, elle sentit l'air frais caresser ses tétons bruns. Simplement vêtue d'une culotte de coton, elle observa alors son reflet dans le miroir : sa peau hâlée, ses seins lourds, ses fesses larges, et ce corps qu'elle trouvait trop grand, trop charnu, trop « trop ». Elle s'observa ainsi pendant un certain temps.
Tout à coup, le rideau de la cabine s'ouvrit en grand.
Cédric apparut.
— Oups… pardon !!
Il s'était trompé de cabine. Mais il ne referma pas le rideau, il se figea. Agnès, debout face à lui, presque nue ; elle n'avait eu le temps que de croiser instinctivement les avant-bras sur sa poitrine, les mains couvrant ses mamelons, le cœur battant à tout rompre.
Alors le temps s'arrêta.
Cédric ne bougeait pas, maintenait le rideau ouvert avec la main. Ses yeux bleus glissèrent lentement sur le corps de la jeune fille, sur la peau mate, sur la courbe des seins qu'elle tentait de couvrir, sur la culotte de coton et jusqu'aux cuisses. Il la contemplait, silencieux, avec une admiration évidente, presque hypnotisé, comme devant une apparition.
Face à lui, Agnès, elle aussi, demeurait immobile. Elle écrasait sa poitrine de ses avant-bras, mais était incapable de faire le moindre mouvement. Elle réalisait que Cédric la regardait, quasiment nue. Les yeux écarquillés de la jeune fille restaient fixés sur le visage de l'homme. « Putain… Cédric ! songea-t-elle, la gorge serrée, les joues en feu. Il me voit… Il me voit à poil... » Elle serait morte de honte. Et pourtant, une chaleur traîtresse montait en elle. Ses bras se mirent à trembler légèrement.
Ils restèrent ainsi figés l'un en face de l'autre. Alors, le visage d'Agnès s'adoucit. Il ne marqua plus la frayeur, ni la honte. Il devint presque neutre, ne laissant apparaître aucune émotion. Puis, sans savoir pourquoi – par défi, par désir, par ce trouble qu'elle ne contrôlait plus – elle écarta lentement les mains. Ses seins lourds se révélèrent pleinement.
Cédric déglutit, ouvrant grand les yeux. Il ne disait rien, mais son regard, d'abord surpris, se chargea d'une intensité nouvelle. Il semblait littéralement boire la vision de cette jeune poitrine nue : les aréoles sombres, légèrement granuleuses, les tétons qui pointaient droit vers lui, la rondeur parfaite et la taille impressionnante des seins fermes.
Agnès le fixa dans les yeux, le menton levé, le cœur cognant. Passées la surprise et la honte, quelque chose en elle accepta la situation, s'y résigna. Elle aurait dû crier, se couvrir ; mais non : là, dans la promiscuité de cette cabine, elle choisit de s'offrir, nue, devant le mari de sa cousine. Elle devinait l'excitation qu'elle faisait naître en lui. « Regarde-moi. » semblait-elle lui dire. Aucune parole. Juste ce silence lourd, chargé, entre l'homme et la jeune fille. Agnès, prise par une émotion qu'elle ne contrôlait plus, respirait fort, la poitrine se soulevant rapidement sous le regard de Cédric. L'homme, fasciné, ne pouvait détacher ses yeux des gros seins lourds et bronzés d'Agnès, parfaitement ronds, qui se balançaient légèrement à chaque inspiration. Comme envoûté, il les admirait sous la lumière crue de la cabine. Agnès remarqua que ses yeux se faisaient plus sombres, plus avides, pris d'une envie animale. Cédric tendait le cou, comme attiré par la poitrine de la métisse. Ses pupilles détaillaient la peau mate, les veines discrètes, la façon dont les tétons durcissaient comme s'ils réagissaient à son attention seule.
Lire le désir que sa nudité faisait naître chez cet homme excita la jeune fille. Et d'un coup, Agnès perdit la tête. « Qu'il voie tout. Qu'il voie tout... » D'un geste lent, presque irréel, elle saisit les deux côtés de sa culotte de coton et commença à la baisser. Le tissu glissa sur ses hanches larges, révélant d'abord le mont de Vénus bombé, recouvert d'une toison noire et bouclée, puis le haut de son sexe. Cédric respirait fort, lui aussi. Ses yeux semblaient la supplier d'aller au bout. Le cœur d'Agnès cognait si fort qu'elle l'entendait dans ses tempes. « Son désir… je le sens… ». Elle oublia complètement l'endroit, les vendeuses, Sonia, le risque d'être surprise. Et elle lui montra tout.
Cédric descendit les yeux sur cette intimité qu'elle lui offrait en silence. Figé sur le seuil de la cabine, il sentait son corps entier se tendre comme un arc. Il n'osait pas bouger, pas parler, mais sa fébrilité le trahissait : ses mains, crispées sur le rideau, tremblaient légèrement ; une rougeur était montée à ses joues, et ses yeux, habituellement si calmes derrière les lunettes fines, brûlaient maintenant d'un désir qu'il peinait à contenir. Visiblement, il luttait pour ne pas tendre la main, pour ne pas toucher ce qu'elle lui dévoilait.
Agnès sentait ses jambes se dérober sous elle. Le souffle court, elle devinait que ses doigts tremblaient contre le tissu de sa culotte baissée. Mais incapable de s'arrêter, comme possédée par ce regard dévorant de l'homme qui la contemplait, elle laissa sa main droite glisser lentement vers son sexe. Elle ressentit comme une décharge par tout le corps lorsque ses doigts effleurèrent ses poils bouclés ; puis elle descendit plus bas, frôlant les lèvres gonflées, déjà humides de désir. « Putain… qu'est-ce que je fais ? » Cédric la regardait comme un homme affamé devant un festin interdit, pétrifié par un spectacle interdit. Il avait la gorge sèche, tandis que ses yeux glissaient sur tout le corps nu de la jeune métisse.
Dans la tête d'Agnès, une voix s'écriait : « Oh Cédric… regarde-moi… regarde-moi ! » Un frisson la traversa quand elle toucha son clitoris durci. Elle le caressa doucement, en cercles lents. Puis, comme une invitation muette qu'elle lançait au mari de Sonia, ses doigts glissèrent entre ses lèvres. Touchant l'entrée chaude et ouverte, elle étouffa un petit gémissement, les yeux toujours fixés dans ceux de Cédric, le défiant en silence de regarder, de vouloir, de craquer.
Soudain, la voix joyeuse de Sonia résonna depuis l'autre cabine :
— Ça y est, j'ai fini !
Le retour à la réalité fut brutal. Cédric sursauta, referma le rideau d'un geste vif.
— Ok, très bien ! balbutia-t-il avant de s'éloigner précipitamment.
Agnès resta figée, les doigts sur la culotte à mi-cuisses, le cœur cognant. La honte la submergea d'un coup, violente « Qu'est-ce que je viens de faire ? Putain, qu'est-ce que je viens de faire ? » Elle remonta le slip de coton d'un geste tremblant, enfila ses vêtements à la hâte, les mains moites. Elle n'osait plus se regarder dans le miroir. Si l'homme, à cet instant, était entré dans la cabine, qu'aurait-elle fait ? Jusqu'où serait-elle allée ? Et si quelqu'un les avait surpris ? Elle était folle. Folle !
Lorsqu'elle sortit enfin de la cabine, les bras chargés des articles non essayés qu'elle serrait contre elle comme un bouclier, Agnès n'osa pas lever les yeux vers Cédric. Il était là, à quelques mètres, près de Sonia, feignant d'examiner un portant de ceintures avec une nonchalance un peu trop étudiée. Son visage avait repris sa couleur habituelle, mais une rougeur légère persistait sur ses joues. Sonia, radieuse, tenait deux robes et un pull en cachemire.
— Alors ma belle, tu as trouvé ton bonheur ? demanda-t-elle à Agnès.
La jeune fille, un peu essoufflée, répondit d'une voix éteinte.
— Non… rien ne m'allait…
Elle avait le rouge aux joues. Elle se revoyait nue devant Cédric. Putain, la honte ! Elle avait envie de disparaître, de rentrer sous terre ! Sonia haussa un sourcil, un sourire malicieux aux lèvres, comme si elle lisait dans ses pensées.
— Dommage… pourtant, il y avait de quoi se rincer l'œil, non ? lança-t-elle d'un ton presque chantant, en jetant un regard complice à Cédric.
Celui-ci approuva d'un hochement de tête. Agnès, elle, sentit son estomac se nouer violemment. La phrase de Sonia la transperça comme une aiguille. Les mains moites, elle baissa la tête, fixant le sol, souhaitant que le linoléum s'ouvre et l'engloutisse.
— On passe en caisse ? demanda Sonia.
Elle fit entendre un rire cristallin et embrassa Cédric sur la joue. Lui, fidèle à sa bonhomie, l'embrassa en retour. Elle insista ensuite pour offrir à Agnès la robe bustier, que celle-ci n'avait d'ailleurs même pas essayée. La jeune fille ne protesta pas, elle avait l'esprit ailleurs.
Le retour en voiture fut étrange. Les kilomètres défilaient lentement et Agnès, recroquevillée sur la banquette arrière, n'osait plus bouger, plus parler, plus respirer normalement. À l'inverse, Sonia parlait avec animation des articles qu'elle avait choisis, de la prochaine sortie, de tout et de rien. Réjouie par sa promenade shopping, elle faisait entendre une voix joyeuse, légère. Cédric conduisait, calmement. Il plaisantait, répondait à sa femme sur le même ton amusé. Il avait bien vite recouvré sa légèreté : il taquinait les filles sur leurs achats, embrassait Sonia au feu rouge, parlait de tout et de rien comme si l'incident de la cabine n'avait jamais existé.
Mais chaque rire, chaque caresse entre le couple, chaque mot, qu'elle interprétait comme une allusion à peine voilée, rappelait à Agnès ce qu'elle avait fait. Devant le mari de sa cousine, elle s'était montrée nue, s'était touchée. Elle se sentait sale et stupide, rongée par la culpabilité. La honte la dévorait de l'intérieur. Et pourtant, elle conservait le souvenir du regard avide que Cédric avait porté sur son corps nu.
— Merci de nous avoir accompagnées, finit par dire Sonia à son mari, en lui posant la main sur la cuisse.
— De rien… C'est toujours très agréable, ces moments. Pas vrai Agnès ?
La jeune fille ne répondit rien.
— Pour un mec, c'est pas un petit peu pénible de suivre deux nanas qui font les boutiques ? Qui parlent fringues ? Non ? reprit Sonia.
— Pas du tout, répliqua-t-il, avec son rire habituel. Et même si je ne suis pas client, j'ai vu des choses qui m'ont beaucoup plu. Je t'assure…
Il lança un regard rapide dans le rétroviseur, croisa celui d'Agnès une fraction de seconde. Il lui lança un sourire entendu, puis se reconcentra sur la route. À l'arrière, Agnès détourna les yeux et demeura silencieuse. Elle regarda par la fenêtre, étranglée par la honte.
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