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Lettres du front — Chapitre 15 · Anakin Skywalker à Padmé
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D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Lettres du front
Chapitre 15 · Anakin Skywalker à Padmé
Ma très chère Padmé,
Je t’écris depuis la baie d’observation du croiseur qui fend l’hyperespace vers le Front Extérieur. Les étoiles s’étirent en lignes blanches, comme des cicatrices de lumière dans l’obscurité. Parfois, j’ai l’impression que la galaxie elle-même saigne, et que je ne fais que poser des pansements de feu sur ses plaies. Alors je ferme les yeux et je pense à toi. À la douceur de ta voix quand tu prononces mon nom comme s’il n’était pas celui d’un général, mais simplement celui d’un homme.
Les rapports parlent de systèmes instables, de mondes qui basculent d’un camp à l’autre, d’alliances fragiles. Moi, je ne vois que des visages. Des mères qui serrent leurs enfants dans des abris trop étroits, des soldats qui tremblent avant de sortir sous les tirs, des cités entières suspendues au-dessus du vide comme si la gravité hésitait à les retenir. Je me demande souvent si la Force ressent leur peur comme je la ressens. Elle murmure, parfois, d’une manière que je n’aime pas. Elle me promet que je pourrais tout empêcher si j’étais plus fort. Si j’osais davantage.
Tu m’as appris à douter de ces murmures.
Je sais que le Conseil me fait confiance, du moins officiellement. On me confie des missions que d’autres refusent, on m’envoie là où la bataille est la plus incertaine. On dit que j’ai du talent, que ma connexion à la Force est rare. Mais il y a des nuits où je me sens comme le garçon de Tatooine qui regardait deux soleils se coucher en rêvant d’un ailleurs. Je n’ai pas cessé de rêver d’ailleurs, Padmé. Sauf qu’aujourd’hui cet ailleurs porte ton visage.
Je me souviens de Naboo comme d’un secret précieux. Les jardins, l’eau claire, la lumière qui semblait plus indulgente qu’ailleurs. Quand je pense à toi là-bas, en robe pâle, avançant entre les colonnes, je sens la guerre reculer d’un pas. C’est une illusion, bien sûr. Les batailles ne disparaissent pas parce que je les ignore. Mais elles deviennent moins vastes lorsque je les compare à l’immensité de ce que je ressens pour toi.
Je sais que nous devons être prudents. Que chaque regard trop long, chaque geste trop tendre peut devenir une arme entre les mains de ceux qui scrutent la moindre faiblesse. Le Code dit que l’attachement mène à la peur, que la peur mène à la colère. Je connais ces mots par cœur. On me les a répétés depuis que je suis enfant. Pourtant, quand je suis avec toi, je ne ressens ni peur ni colère. Je ressens une clarté qui me traverse comme une lame de lumière. Est-ce une faute d’aimer au point de vouloir protéger ce que l’on aime plus que soi-même ?
Il m’arrive d’avoir des visions. Elles viennent sans prévenir, comme des éclats d’orage dans un ciel serein. Je te vois parfois, pâle, lointaine, entourée d’ombres que je ne comprends pas. Je tends la main, mais mes doigts se referment sur le vide. Alors je me réveille en sursaut, le souffle court, persuadé que l’univers cherche à me prévenir de quelque chose que je ne sais pas nommer. J’ai peur de ces images. Peur qu’elles soient plus que des rêves.
Si je te parle de cela, ce n’est pas pour t’effrayer. C’est parce que je ne peux pas porter seul ces pressentiments. La Force m’a toujours guidé, mais elle m’éprouve aussi. Elle me montre ce que je pourrais devenir si je laissais mes émotions me gouverner. Elle me montre un pouvoir immense, capable de t’épargner toute souffrance. Et dans le même souffle, elle me montre le prix à payer.
Je ne veux pas devenir un homme qui confond protection et domination.
Je veux être celui qui t’écoute parler de politique tard dans la nuit, celui qui sourit en voyant ton front se plisser lorsque tu cherches le mot juste pour convaincre un sénateur récalcitrant. Je veux être celui qui, pour un instant, oublie les stratégies et les plans d’attaque pour se perdre dans la simplicité d’un dîner partagé en secret.
Tu es plus courageuse que beaucoup de généraux que j’ai rencontrés. Tu affrontes des batailles qui ne laissent aucune trace visible, mais qui exigent autant de force que les affrontements spatiaux. Tu te tiens face à des hommes qui masquent leurs ambitions derrière des discours polis, et tu défends ceux qui n’ont pas de voix. C’est cela qui m’a d’abord fasciné chez toi. Pas seulement ta beauté bien qu’elle soit éclatante, mais ta détermination. Ta conviction que la paix n’est pas une faiblesse.
Je me demande souvent si je suis à la hauteur de cette conviction.
Sur le champ de bataille, tout semble simple : il y a un ennemi, une cible, un objectif. Mais dans les couloirs du pouvoir, les lignes sont floues. Les alliances se font et se défont comme des constellations changeantes. Je sens parfois que quelque chose d’obscur grandit au cœur de la République, une impatience, un désir d’ordre absolu. Certains pensent que la fin justifie les moyens. Ils oublient que les moyens façonnent la fin.
Je ne veux pas d’un avenir bâti sur la peur.
Lorsque je pilote mon chasseur et que les tirs illuminent le vide, je pense à tes mains dans les miennes. À la promesse silencieuse que nous nous sommes faite. Il y a dans ce souvenir une force que même la Force semble respecter. Une ancre qui m’empêche de dériver trop loin.
Pourtant, je sens en moi une impatience que je ne parviens pas toujours à maîtriser. Une colère lorsque les décisions du Conseil me semblent lentes, trop prudentes, alors que des mondes brûlent. Je me surprends à vouloir agir sans attendre, à croire que ma vision est plus claire que celle des autres. C’est là que je m’inquiète de moi-même. L’orgueil est une tentation subtile.
Dis-moi, Padmé, comment trouves-tu l’équilibre entre la passion et la raison ? Comment continues-tu à croire en la diplomatie quand les armes parlent plus fort ? Peut-être est-ce cela que je dois apprendre encore. Non pas à combattre, cela, je sais le faire, mais à patienter.
Si jamais ces visions se révélaient plus que des illusions, si un danger devait réellement te menacer, je ne sais pas ce dont je serais capable. Je voudrais te promettre que je respecterais toujours le Code, que je choisirais la voie la plus sage. Mais l’idée de te perdre m’est insupportable. Elle me serre la poitrine d’une manière que même la méditation ne parvient pas à apaiser.
Je ne veux pas que l’amour devienne ma faiblesse. Je veux qu’il soit ma force.
Lorsque cette guerre prendra fin et elle prendra fin, je dois y croire, je rêve d’un lieu loin du tumulte. Pas un palais, pas une capitale. Un endroit simple. Un lac calme, peut-être. Un ciel dégagé, sans patrouilles ni alarmes. Toi et moi, sans titres, sans devoirs. Juste deux êtres qui ont traversé l’orage et qui apprennent à respirer à nouveau.
Est-ce un rêve naïf pour un Jedi ? Peut-être. Mais il est le mien.
Je te demande une chose, Padmé : si jamais tu sens en moi un changement, une ombre qui s’étendrait là où la lumière dominait autrefois, ne détourne pas le regard. Rappelle-moi qui je suis. Rappelle-moi le garçon qui voulait simplement libérer les esclaves et réparer les choses brisées. Rappelle-moi que la puissance n’a de sens que si elle protège, et non si elle asservit.
Tu es ma conscience autant que mon cœur.
Je vais bientôt quitter l’hyperespace. Les alarmes préliminaires résonnent déjà dans le couloir. Une autre bataille m’attend, un autre test. Mais je pars avec ton image gravée en moi comme un symbole que rien ne peut altérer.
Si la Force est vraiment l’énergie qui relie toute chose, alors elle porte aussi mon amour jusqu’à toi, où que tu sois dans cette vaste galaxie. Ferme les yeux, ce soir. Peut-être sentiras-tu, l’espace d’un instant, la chaleur de mes pensées contre ta peau.
Je reviendrai vers toi.
Je le dois.
Je le dois.
À toi, toujours,
Anakin
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Commentaires ()
Que la force soit avec toi. ;)