Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lettres du front — Chapitre 2 · Lettre d’Ernst à Marta — Front de Champagne, octobre 1918
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Lettres du front
Chapitre 2 · Lettre d’Ernst à Marta — Front de Champagne, octobre 1918
Ma bien-aimée Marta,
Je t'écris allongé dans un trou d'obus, le crayon tremblant, la main déjà froide. Le jour tombe, et je sais, au fond de moi, que c'est aussi le mien. Un éclat d'obus m'a touché à la poitrine ce matin. Les camarades ont voulu me porter jusqu'à l'arrière, mais j'ai senti tout de suite que c'était inutile. Le sang s'en va lentement, comme la lumière.
Ne pleure pas, mon amour. Je ne souffre presque plus. Tout est calme maintenant, étrangement calme, comme si la terre elle-même s'était lassée du bruit et de la folie.
Je voudrais tant te voir une dernière fois, poser ma main sur ton visage, entendre ta voix, sentir ton parfum. Mais la guerre m'a volé cela aussi. Il ne me reste que le souvenir de toi, ton rire, ton regard, la douceur de tes mains. Ce souvenir m'accompagne, il m'enveloppe comme une couverture chaude dans la froideur de la nuit.
Je ne sais pas si cette lettre parviendra jusqu'à toi. Peut-être qu'un camarade la trouvera sur moi, peut-être qu'elle sera perdue dans la boue. Mais je veux essayer. Car il y a une chose que je dois te dire, une dernière chose, et il me faut le courage de te l'écrire.
Marta, quand je ne serai plus là, ne reste pas seule.
La solitude est plus cruelle que la mort, et je ne veux pas que la guerre t'enferme dans un deuil sans fin. Tu as le droit de vivre encore, de rire, d'aimer. Ce serait le plus beau témoignage que tu puisses rendre à ma mémoire.
Je t'en supplie, ne te laisse pas mourir avec moi.
Je sais que mes mots peuvent te blesser. Je t'imagine, le visage entre les mains, secouée de sanglots. Mais écoute-moi, mon amour : il n'y a pas de trahison à aimer de nouveau. Ce serait une fidélité autrement plus grande, celle de la vie.
Je veux que tu épouses quelqu'un qui saura te protéger, te soutenir. Et si tu acceptes ma dernière volonté, alors je veux te parler d'un homme : Wilhelm Krämer, mon ami, celui avec qui je partage la tranchée depuis deux ans.
C'est un homme droit, silencieux, bon. Il m'a sauvé plus d'une fois, au péril de sa vie. Il parle de toi parfois, avec pudeur, comme d'une lumière qu'il devine à travers mes mots. Je lui ai confié ton nom, ta photo, ton adresse, et je lui ai dit : “Si je tombe, promets-moi de veiller sur elle.” Il n'a rien répondu, mais ses yeux ont dit oui.
S'il revient vivant, et qu'un jour il frappe à ta porte, ne le repousse pas, Marta. Accueille-le. Parle-lui de moi, et laisse-le t'aider à vivre. Je veux croire qu'il saura aimer Hans comme son propre fils, et toi comme je t'ai aimée avec respect, avec tendresse, avec ce mélange de désir et de dévotion qu'un homme ne ressent qu'une fois.
Je ne veux pas que ma mort soit une prison pour toi. Je veux qu'elle soit une passerelle. Si mes mots ont encore un poids, laisse-les te porter vers la lumière.
Le vent se lève. Il porte avec lui l'odeur de la terre, du sang, et des feuilles brûlées. C'est une odeur que je n'oublierai jamais. Je pense à notre jardin, aux roses que tu aimais tant. Chaque printemps, elles repousseront et peut-être, quelque part, je serai dans leur parfum.
Dis à Hans que son père est mort en pensant à lui. Dis-lui qu'il doit être fort, qu'il doit apprendre à aimer la paix plus que les drapeaux. Dis-lui que je suis fier de lui, de ses yeux, de son rire.
Je t'aime, Marta. Ces mots sont faibles, mais ils sont tout ce qu'il me reste. Je t'aime d'un amour qui n'a pas peur de mourir, parce qu'il croit encore en la vie.
Quand la guerre prendra fin, regarde le ciel. Si un oiseau passe au-dessus de toi, dis-toi que c'est moi, libre enfin, qui veille sur toi.
Adieu, mon cœur. Ne me garde pas dans les larmes, garde-moi dans le souffle du vent, dans les rires de l'enfant, dans la chaleur d'une autre main.
Et quand viendra ton heure, quand tu fermeras les yeux à ton tour, alors, peut-être, nous nous retrouverons dans un monde sans guerre, sans peur, sans nuit.
Ton mari pour toujours,
Ernst.
Ernst.
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