Réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les ex de la même fille — Chapitre 11
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les ex de la même fille
Chapitre 11
Chapitre 11
Le salon, qui quelques minutes plus tôt était le théâtre d'une passion dévorante et d'une intimité sans filtre, s'est transformé en une salle d'interrogatoire improvisée. L'odeur du feu de bois se mêle à la tension résiduelle de notre désir interrompu. Jérémia est assis dans le grand fauteuil en cuir, ses mains calleuses posées sur les accoudoirs, observant chaque détail de la pièce avec une acuité de prédateur. Arnaud, mon compagnon et son petit frère, s'est assis à côté de moi sur le canapé, sa main cherchant la mienne pour y ancrer ses doigts, un geste de solidarité silencieuse face à l'autorité fraternelle.
Jérémia laisse planer un silence pesant, un silence de montagnard qui pèse ses mots avant de les lâcher. Il nous dévisage, passant de la rougeur persistante de mes joues à la posture protectrice d'Arnaud.
— Alors comme ça, commence-t-il enfin, sa voix grave résonnant contre les poutres, le petit frère a décidé de dynamiter les traditions du village en un après-midi. Vous ne faites pas les choses à moitié.
Arnaud redresse les épaules, son regard bleu ne cillant pas devant celui de son aîné.
— On a fait ce qu'on avait à faire, Jérémia. On ne va pas s'excuser d'exister.
Jérémia soupire, un son qui ressemble à un craquement de branche sous le givre. Il se tourne vers moi, ses yeux plissés par une curiosité teintée d'ironie.
— Et toi, Jules. Le fameux Jules. Le premier petit copain de Léa. Le citadin qui revient dans sa vie pour finalement finir dans les bras de son ex-copain avant même que les cartons ne soient déballés. Tu ne trouves pas que tout ça va un peu vite ?
Je prends une profonde inspiration, cherchant mes mots pour ne pas paraître sur la défensive malgré l'absurdité de notre situation passée.
— Je comprends que ça puisse paraître précipité de l'extérieur, Jérémia. Mais ce qui se passe entre Arnaud et moi ne ressemble à rien de ce que j'ai connu auparavant, même avec Léa il y a des années. Ce n'est pas une question de temps, c'est une question d'évidence.
Jérémia ricane, mais sans méchanceté apparente. C'est le rire d'un homme qui connaît la fragilité des sentiments et la complexité des histoires croisées.
— L'évidence, l'évidence... C'est un joli mot pour cacher de l'imprudence. Vous avez créé un compte Instagram ? Vous avez identifié Léa sur une photo de baiser ? C'est de la provocation pure. Vous imaginez l'effet que ça fait ? Les téléphones ne vont pas tarder à chauffer dans toutes les maisons du coin. Les parents vont se retrouver harcelés de questions parce que les gens commencent à se demander si c'est un canular.
Arnaud serre ma main plus fort. Je sens sa chaleur, sa force.
— Ce n'est pas un canular, Jérémia. C'est la vérité. Et si les gens du pays ont besoin d'un coup d'éclat pour comprendre qu'on ne se cachera pas, alors on leur a donné ce qu'ils voulaient.
— Vous êtes rapides, insiste Jérémia en pointant du doigt les cartons éparpillés et nos vêtements encore un peu de travers. Rapides pour emménager, rapides pour vous afficher, rapides pour... passer à l'acte. Il s'arrête, un sourire en coin revenant sur ses lèvres alors qu'il repense à la scène qu'il a interrompue. Vous ne pensez pas que vous devriez lever le pied ? Pour les parents ? Pour la réputation de la famille ?
— Vous êtes rapides, insiste Jérémia en pointant du doigt les cartons éparpillés et nos vêtements encore un peu de travers. Rapides pour emménager, rapides pour vous afficher, rapides pour... passer à l'acte. Il s'arrête, un sourire en coin revenant sur ses lèvres alors qu'il repense à la scène qu'il a interrompue. Vous ne pensez pas que vous devriez lever le pied ? Pour les parents ? Pour la réputation de la famille ?
Arnaud se lève soudainement, une énergie nouvelle l'habitant. Il fait les quelques pas qui le séparent de son frère et se plante devant lui, torse bombé.
— Écoute-moi bien. J'ai passé ma vie à faire ce qu'on attendait de moi. J'ai été le fils modèle, le gars sérieux, le copain de Léa parce que c'était ce qui semblait juste aux yeux des autres. Et regarde où ça m'a mené. À une vie de faux-semblants. Avec Jules, je suis enfin moi-même. On est sûrs de nous, Jérémia. Sûrs comme on est sûrs que le soleil se lèvera demain. Alors oui, c'est rapide. Oui, c'est fou. Mais c'est vrai. Et je n'ai jamais été aussi certain d'un choix de toute ma vie.
Un silence de plomb retombe dans la pièce. Jérémia lève les yeux vers son petit frère, et je vois une lueur changer dans son regard. Ce n'est plus du jugement, c'est une forme de respect bourru pour cet homme qu'il a toujours vu comme « le petit ».
— Tu as toujours eu la tête dure, Arnaud, finit-il par lâcher. Mais je ne t'avais jamais vu avec ce regard-là. Pas même à l'époque où tu étais avec elle.
Il se lève à son tour et s'approche de moi. Il me tend une main immense, calleuse, une main marquée par la vie au grand air.
— Jules, si tu fais souffrir mon petit frère, Jura ou pas, je te retrouverai. Mais si ce que je vois là est sincère... alors bienvenue dans la famille. Même si c'est par la grande porte et avec un sacré fracas.
Je saisis sa main, sentant la force tranquille de cet homme. Le soulagement m'envahit, une vague si puissante que j'en ai presque le vertige. Jérémia ne nous rejette pas. Il nous bouscule, il nous teste, mais il finit par accepter l'incendie que nous avons allumé pour nous libérer.
— Merci, Jérémia, je réponds d'une voix enfin assurée.
— Ne me remercie pas trop vite. Il va falloir gérer les anciens. Et ça, ce ne sera pas sur Instagram que ça se passera. Ça va demander de la patience, même si vous semblez pressés.
— Ne me remercie pas trop vite. Il va falloir gérer les anciens. Et ça, ce ne sera pas sur Instagram que ça se passera. Ça va demander de la patience, même si vous semblez pressés.
Il jette un dernier regard amusé vers le canapé, là où nos vêtements étaient encore en désordre quelques minutes plus tôt.
— Je vais vous laisser reprendre vos... occupations. Mais remettez vos pulls correctement la prochaine fois, ce sera peut-être la mère qui frappera à la porte sans prévenir.
Il éclate d'un rire sonore qui décompresse enfin l'atmosphère, claque l'épaule d'Arnaud et se dirige vers la sortie. Lorsqu'il ferme la porte derrière lui, le silence de la nuit jurassienne revient, mais il est différent. Il est plus léger. Arnaud se tourne vers moi, un sourire victorieux aux lèvres.
— On a passé le premier test, Jules. Mon frère est avec nous.
Le claquement de la porte d'entrée derrière Jérémia laisse place à un silence assourdissant, presque irréel. Nous restons immobiles un instant, encore sous le choc de cette intrusion et de la bénédiction bourrue qu'il vient de nous accorder. Mais la tension qui nous habitait avant son arrivée n'a pas disparu ; elle a simplement été comprimée, comme un ressort prêt à lâcher avec une violence redoublée. L'adrénaline de la confrontation se transforme en une électricité sexuelle palpable, une urgence qui rend l'air du salon presque irrespirable.
Arnaud attrape son téléphone sur la table basse, son regard dérivant sur l'écran une dernière fois.
— Regarde, Jules.
Le compteur de notre compte Instagram s'affole. Des centaines de nouveaux abonnés, des dizaines de commentaires. Certains sont agressifs, d'autres incrédules, mais beaucoup célèbrent notre courage. Léa a dû voir l'identification, car ses propres stories ont disparu. Elle est en pleine retraite. Mais Arnaud ne s'attarde pas. Il pose le téléphone, l'écran tourné contre le bois de la table, et plonge ses yeux bleus dans les miens.
— Où en étions-nous avant d'être interrompus ? murmure-t-il, sa voix devenue une caresse rauque qui me fait vibrer jusqu'à la moelle.
Sans attendre de réponse, il réduit l'espace entre nous. Ses mains, larges et chaudes, viennent encadrer mon visage avec une dévotion qui me coupe le souffle. Il m'embrasse, non plus avec la douceur de tout à l'heure, mais avec une urgence sauvage. C'est un baiser de possession, de soulagement, de triomphe. Sa langue cherche la mienne, l'invite à une danse fiévreuse. Il se débarrasse de son pull d'un geste sec, révélant sa poitrine puissante que les flammes du poêle colorent d'ocre et de cuivre. Je retire mon propre vêtement, me sentant vulnérable et avide sous son regard qui semble me dévorer.
Il me fait basculer doucement sur le cuir du canapé. Le contact du matériau frais contre ma peau nue me fait frissonner, mais Arnaud me recouvre immédiatement de sa chaleur. Ses mains reprennent leur exploration là où elles s'étaient arrêtées. Ses doigts glissent sur mes hanches, descendant avec une lenteur calculée. Il ne perd pas de temps avec les sous-vêtements ; en quelques secondes, nous sommes totalement nus, exposés l'un à l'autre dans l'intimité de ce salon qui est désormais notre sanctuaire.
Ses lèvres descendent le long de mon cou, marquant ma peau de baisers brûlants, tandis que ses mains parcourent chaque centimètre de mon corps. Il s'attarde sur mon sexe, le serrant avec une fermeté qui me tire un cri, avant de descendre plus bas. Ses doigts reviennent titiller mon anus, mais cette fois-ci avec une intention plus profonde, cherchant à m'ouvrir, à me préparer à lui. Je me cambre, les doigts crispés dans le cuir du sofa, les yeux révulsés de plaisir.
— Arnaud... s'il te plaît... maintenant...
Il se redresse, son membre pulsant contre ma cuisse, dur comme le chêne des forêts qui nous entourent. Il me fait pivoter, m'installant à quatre pattes sur le bord du canapé. La position est crue, nous sommes exposés, mais c'est exactement ce dont nous avons besoin après tant de secrets. Il me pétrit les fesses avec une force presque brutale avant de se positionner derrière moi. Sans protection, sans préservatif, dans une confiance totale et absolue, il pousse doucement. Je sens chaque millimètre de sa peau contre la mienne, la chaleur de son corps qui s'insinue en moi. C'est une sensation de plénitude déchirante. Lorsqu'il est entièrement en moi, il s'immobilise un instant, posant ses mains sur mes omoplates, son souffle court s'écrasant contre ma nuque.
— Tu es à moi, Jules. Ici, maintenant, et pour toujours.
Il commence à bouger. Le rythme est d'abord lent, presque cérémoniel, chaque poussée étant un ancrage de plus dans notre réalité. Puis il s'accélère. Je gémis son nom, ma tête renversée, mes yeux clos sur les reflets orangés de la pièce. Chaque coup de boutoir est une déclaration, chaque va-et-vient efface un peu plus le venin de Léa et le poids du passé. Il me saisit par la taille, m'attirant plus fort contre lui, nos corps claquant l'un contre l'autre dans une danse primitive et magnifique.
Il me fait ensuite retourner pour que je sois sur le dos, les jambes sur ses épaules, m'ouvrant totalement à lui. Cette position nous permet de nous regarder dans les yeux alors que nous nous fondons l'un dans l'autre. La tendresse revient dans ses baisers, ses mains caressant mon visage pendant qu'il continue de me posséder avec une ferveur ininterrompue. Je vois dans son regard tout l'amour et la détermination qu'il a exprimé à son frère. C'est un acte de scellement, un pacte charnel que rien ne pourra briser.
Nous finissons par basculer au sol, sur le tapis épais devant le poêle. Là, dans la chaleur directe des flammes, le désir devient incontrôlable. Je chevauche Arnaud, mes mains ancrées sur son torse, guidant nos mouvements. Je vois ses muscles se tendre sous l'effort, ses yeux s'assombrir de plaisir. C'est sauvage, désordonné, une lutte amoureuse où chaque souffle est une victoire. Je me penche pour capturer ses lèvres, nos langues se mêlant tandis que je redouble d'ardeur, sentant ses mains agripper mes hanches pour m'aider dans notre ascension.
La sueur perle sur nos fronts, nos corps glissant l'un contre l'autre. Arnaud se redresse légèrement pour attraper mes cuisses, me soulevant pour nous enfoncer plus profondément l'un dans l'autre. Le plaisir est tel qu'il devient presque douloureux, une brûlure extatique qui nous consume.
Lorsque l'orgasme nous foudroie, c'est ensemble, dans un cri étouffé contre l'épaule de l'autre. Il se vide en moi, une chaleur liquide qui marque notre appartenance mutuelle et scelle notre destin. Nous restons enlacés sur le tapis, nos souffles s'apaisant lentement au rythme des braises qui meurent dans le poêle. La sueur colle nos corps, mais nous ne cherchons pas à nous séparer.
Arnaud remonte la couverture qui traînait là sur nos épaules. On ne parle pas, les mots sont inutiles. Nous avons tout dit, tout prouvé dans cette union sans filtre. Ce soir, dans cette maison perdue dans les neiges du Jura, le monde n'existe plus.
L'apaisement qui suit l'embrasement de nos corps nous laisse un long moment immobile, enlacés sur le tapis devant le poêle qui s'éteint doucement. C'est le silence de la plénitude, celui où chaque battement de cœur semble s'accorder à celui de l'autre. Cependant, la réalité physique finit par nous rattraper : l'effort et l'émotion nous ont affamés. Dans une complicité silencieuse, nous nous relevons, nos membres encore un peu lourds de plaisir. Sans chercher à retrouver nos vêtements éparpillés, nous restons simplement vêtus de nos sous-vêtements, assumant cette nudité domestique qui scelle notre nouvelle vie commune.
Nous nous dirigeons vers la cuisine, nos silhouettes se reflétant dans les vitres sombres de la maison. Arnaud s'active devant les fourneaux tandis que je prépare la table. Il y a une beauté simple et brute à le voir ainsi, les muscles de son dos jouant sous la lumière des spots, à peine caché par son boxer. Nous préparons un repas réconfortant, un de ces dîners de victoire où l'on savoure chaque bouchée comme un privilège. Nous mangeons presque en silence, échangeant des regards qui en disent plus long que n'importe quel discours. Le poids du monde semble s'être envolé.
Une fois le repas terminé et la cuisine rangée, nous retournons vers le salon. Arnaud allume la télévision, non pas pour regarder un programme précis, mais pour laisser un murmure de fond habiller notre soirée. Nous nous installons sur le canapé, là même où tout a commencé quelques heures plus tôt. Je me blottis contre son torse, sa peau contre la mienne, tandis que son bras m'entoure avec une force protectrice. La chaleur de son corps et le bourdonnement des images à l'écran finissent par m'envelopper dans une torpeur délicieuse. Mes paupières deviennent lourdes, le sommeil m'emporte doucement dans les bras de l'homme que j'aime.
Je sens soudain une pression douce sur mes lèvres, un baiser tendre qui me tire de mon rêve. J'ouvre les yeux pour croiser le regard de velours d'Arnaud. Il me sourit, une main caressant ma joue.
— Viens, Jules. On va au lit, murmure-t-il d'une voix pleine de douceur.
Je me laisse guider, encore à moitié endormi, vers la chambre. Nous nous glissons sous les draps frais, nous enlaçant une dernière fois avant de sombrer dans un sommeil profond, sans rêves et sans peur. Pour la première fois depuis mon arrivée dans le Jura, mon esprit est totalement en paix.
Le lendemain matin, la lumière bleutée de l'hiver filtre à travers les rideaux. Je sens un souffle chaud dans mon cou et des baisers légers sur mon épaule. Arnaud me réveille avec une tendresse infinie, prenant le temps de me ramener à la réalité. C'est une sensation nouvelle, celle de savoir que la journée qui commence ne sera pas une lutte, mais une suite à notre bonheur. Avant même de se lever, Arnaud attrape son téléphone sur la table de chevet. Nous nous serrons l'un contre l'autre pour regarder l'écran.
L'onde de choc de notre publication a continué de se propager durant la nuit. Mais ce que nous voyons nous laisse sans voix : des dizaines, puis des centaines de messages de soutien ont inondé notre compte. « Bravo pour votre courage », « L'amour est plus fort que la haine », « Bienvenue chez nous, Jules ». Les messages de haine semblent noyés sous cette vague de bienveillance inattendue. Les gens du village, ceux qui nous importent vraiment, ont choisi notre camp.
Arnaud se lève enfin, une sérénité nouvelle émanant de lui. Il se prépare pour sa journée de travail, mais son attitude a changé. Il n'est plus l'homme qui se cache, mais celui qui assume. Avant de franchir la porte, il revient vers moi. Il me prend dans ses bras, me serrant contre lui comme si sa vie en dépendait. Il plonge ses mains dans mes cheveux et m'embrasse avec une passion dévorante, un baiser qui promet mille autres lendemains.
— Je pars serein, Jules, me lance-t-il avec un clin d'œil vibrant de certitude. Je serai là à midi pour qu'on déjeune ensemble.
Je le regarde partir par la fenêtre, sa silhouette s'éloignant sur le sentier enneigé. Il marche la tête haute. Le venin a été transformé en lumière, et notre histoire, loin d'être terminée, ne fait que commencer.
La semaine qui suit notre officialisation est un tourbillon de vie, une course effrénée où chaque minute semble s'enchaîner avec une fluidité presque magique. Le temps, qui autrefois paraît pesant et incertain, se transforme en un allié précieux. Chaque matin, Arnaud part pour ses responsabilités professionnelles avec une sérénité retrouvée, tandis que je me replonge dans mon travail de consultant en marketing digital, l'esprit léger, porté par les échos positifs qui continuent d'affluer sur notre compte. Le village semble avoir adopté une attitude de respect silencieux, et les notifications de nos téléphones, autrefois redoutées, deviennent le métronome de notre victoire sur la malveillance de Léa.
Dès qu'Arnaud rentre le soir, parfois plus tôt qu'à l'accoutumée, nous ne perdons pas une seconde. Nous sautons dans sa voiture, direction Orgelet. Là-bas, dans le silence de mon ancien logement qui se vide peu à peu, nous passons nos soirées à plier, trier et emballer. Faire des cartons est souvent une corvée, mais avec Arnaud, cela devient un rituel de passage. Nous rions en retrouvant de vieux objets, nous discutons de l'emplacement de chaque cadre dans notre « vraie » maison. Chaque ruban adhésif que nous tirons scelle un peu plus mon passé pour ouvrir la voie à notre futur. Nous rentrons tard, épuisés mais le cœur gonflé de cette hâte commune, savourant ces moments de transition qui nous appartiennent.
Le samedi suivant marque le véritable tournant. Nous louons un grand camion de déménagement dès l'aube. Sous un ciel jurassien d'un bleu d'acier, nous chargeons les meubles qui constituent mon univers : mon grand bureau où je passe mes journées à élaborer des stratégies et analyser des campagnes de marketing, les étagères remplies de livres, le fauteuil où j'ai tant réfléchi à mon avenir. Arnaud, avec sa force tranquille, manie les charges les plus lourdes avec une aisance qui me fascine toujours autant. Voir mes meubles s'entasser dans le camion, c'est voir ma vie changer de dimension. Une fois le chargement terminé, nous prenons la route vers notre demeure, ce refuge de bois et de pierre qui nous attend.
Le reste de la journée et une grande partie de la soirée sont consacrés à l'installation. C'est un moment d'une intensité rare. Placer mon bureau de consultant face à la fenêtre qui donne sur la forêt, voir mes dossiers se mêler aux siens sur les étagères du salon, c'est créer une fusion physique de nos deux existences. Nous déplaçons les meubles, testons des angles, montons des étagères jusqu'à ce que la fatigue nous force à nous arrêter. La maison n'est plus seulement celle d'Arnaud ; elle devient la nôtre. Les espaces se remplissent de notre histoire, chaque recoin respire désormais cette union que nous avons choisie contre vents et marées.
Le dimanche matin, un calme étrange règne. Il reste une dernière tâche, sans doute la plus symbolique : le ménage final à Orgelet. Nous y retournons avec nos seaux et nos balais. En entrant dans les pièces vides, je ressens un petit pincement au cœur. C'est inévitable quand on quitte un lieu qui a été notre refuge, le théâtre de nos doutes et de nos premières solitudes. Je revois le Jules qui est arrivé ici, incertain, fuyant une vie pour en trouver une autre. Arnaud, sentant mon émotion, s'approche de moi et pose sa main sur mon épaule, un soutien muet mais infaillible.
— C'est une page qui se tourne pour que la suite soit encore plus belle, murmure-t-il.
Nous frottons chaque sol, lavons chaque vitre, rendant le logement dans un état impeccable, comme pour remercier ces murs de m'avoir abrité. En fermant la porte à clé une dernière fois pour la rendre au propriétaire, je sens un poids immense quitter mes épaules. Ce n'est pas un adieu, c'est une libération. Je suis heureux, d'un bonheur pur et solide, car je sais que je ne rentre pas « chez moi », mais que nous rentrons « chez nous ».
De retour dans notre maison, nous passons l'après-midi à peaufiner les derniers détails. Les rideaux sont posés, les brosses à dents installées côte à côte dans la salle de bain, et les derniers bibelots trouvent leur place. Osiris court entre nos jambes, sentant l'excitation de ce nouveau départ. En fin de journée, alors que la neige recommence à tomber doucement derrière les vitres, nous nous asseyons au milieu de notre salon terminé. Tout est là. Le confort, la chaleur du poêle, et surtout, cette certitude absolue d'être exactement là où nous devons être. Nous avons enfin fini d'installer notre vie, et la plus longue journée de notre nouvelle existence s'achève dans une paix royale.
Fin du chapitre 11.
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