Réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les ex de la même fille — Chapitre 5
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les ex de la même fille
Chapitre 5
Chapitre 5
La lumière du matin s'infiltre par les fentes des volets, d'un blanc pur et aveuglant qui dénonce l'épaisseur de la neige accumulée dehors. Je sens le poids d'Arnaud contre moi, sa chaleur qui m'enveloppe. On prend notre temps pour émerger de cette nuit qui a tout changé. Nos bras s'entrelacent naturellement sous la couette, nos jambes se cherchent. On s'embrasse avec une lenteur délicieuse, des baisers qui ont le goût du sommeil et d'une complicité nouvelle.
Arnaud se redresse sur un coude, ses yeux clairs me fixant avec une intensité douce. Il passe sa main dans mes cheveux en bataille.
— Jules ?
— Ouais ? je réponds, la voix encore ensablée.
— Est-ce que tu regrettes... tout ça ? La nuit dernière ?
— Ouais ? je réponds, la voix encore ensablée.
— Est-ce que tu regrettes... tout ça ? La nuit dernière ?
Je m'arrête un instant pour bien plonger mon regard dans le sien. Je sens encore les courbatures légères de nos ébats, cette sensation de plénitude qui ne me quitte pas.
— Non, Arnaud. Pas du tout. Au contraire, c'est sans doute la meilleure chose qui me soit arrivée depuis des mois. J'ai l'impression d'avoir enfin respiré.
Il lâche un soupir de soulagement, un petit sourire étirant ses lèvres.
— Pareil pour moi. J'avais peur que le réveil soit... bizarre. Mais avec toi, tout semble juste normal.
On finit par se lever doucement, frissonnant dès que la couette ne nous protège plus. Je descends au salon, j'ouvre le poêle pour ranimer les braises. Le feu reprend vite, crépitant joyeusement. Arnaud me rejoint, juste vêtu de son jean, les pieds nus sur le parquet. Je lance la cafetière, et l'odeur du café commence à remplir la pièce.
— Tu veux petit-déjeuner ? je lui demande en sortant deux mugs.
— Juste un café pour l'instant. Mon estomac est encore en train de digérer la soirée, je crois.
— Juste un café pour l'instant. Mon estomac est encore en train de digérer la soirée, je crois.
Je m'approche de la fenêtre de la cuisine et j'écarte le rideau. Le paysage est métamorphosé. Orgelet est enseveli sous une couche de coton immaculé, les branches des sapins plient sous le poids de la neige.
— C'est tout blanc, je dis en observant la rue. Mais regarde, le chasse-neige est passé. Les routes ont l'air dégagées.
Arnaud vient se placer derrière moi, ses bras s'enroulant autour de ma taille, son menton posé sur mon épaule. On reste là un long moment, à regarder le village endormi sous son manteau d'hiver. C'est un moment suspendu, loin du chaos de nos vies d'avant.
— Je vais devoir y aller, murmure-t-il contre mon cou. Ma voisine travaille cet après-midi, il faut que je récupère le chien.
— Je sais. Mais tu reviens après ?
— Je sais. Mais tu reviens après ?
Il resserre son étreinte, ses mains chauffant ma peau à travers mon pull.
— Je ne demande que ça. On a encore tellement de choses à se dire. Et j'ai pas envie que cette bulle éclate tout de suite.
— Elle n'éclatera pas, je lui assure en me retournant dans ses bras. On a survécu à Léa, on peut bien survivre à une tempête de neige.
— Elle n'éclatera pas, je lui assure en me retournant dans ses bras. On a survécu à Léa, on peut bien survivre à une tempête de neige.
On finit nos cafés en discutant de la suite. On parle de ce qu'on a ressenti cette nuit, de cette aisance incroyable qu'on a eue à découvrir le corps de l'autre, malgré notre manque d'expérience mutuel avec les hommes. On rit de nos maladresses, on s'étonne de la force de notre connexion. C'est comme si on se connaissait depuis des années alors que tout a commencé il y a quelques jours seulement au PMU.
Avant qu'il ne parte, on sort sur le perron pour une dernière cigarette. L'air froid nous pique le visage, mais on reste collés l'un à l'autre. La Jeep d'Arnaud est couverte de givre.
— Je reviens avant 10 h ce matin, promis, me dit-il en écrasant sa cigarette.
— Ça marche. Je vais attaquer mon télétravail, ça m'occupera l'esprit. Mais ne roule pas trop vite, les plaques de verglas ne font pas de cadeaux.
— Ça marche. Je vais attaquer mon télétravail, ça m'occupera l'esprit. Mais ne roule pas trop vite, les plaques de verglas ne font pas de cadeaux.
Il m'embrasse une dernière fois, un baiser long et prometteur, avant de descendre les marches enneigées. Je le regarde déneiger sa voiture, démarrer le moteur qui vrombit dans le silence matinal. Il me fait un petit signe de la main avant de s'éloigner doucement.
Je rentre, je ferme la porte et je m'adosse au mur. La maison me semble soudainement très silencieuse, mais l'odeur de son café et la chaleur du poêle me rappellent qu'il va revenir. Je m'installe devant mon ordinateur, mais j'ai un mal fou à me concentrer sur mes fichiers. Mon esprit est encore là-bas, sous la couette, dans les bras d'Arnaud.
La matinée s'étire avec une lenteur presque douloureuse. Seul face à mon écran, je tente désespérément de me concentrer sur mes tableaux Excel et mes échanges de mails, mais mon esprit fait sans cesse des embardées vers la nuit dernière. L'odeur d'Arnaud flotte encore sur mes draps à l'étage, et même ici, dans mon bureau improvisé, j'ai l'impression de sentir sa chaleur. Je regarde l'heure toutes les cinq minutes. 9 h 45. 9 h 50.
Soudain, le vrombissement caractéristique d'un moteur diesel résonne dans la ruelle calme. C'est lui. Mon cœur s'emballe comme celui d'un adolescent. Je quitte mon poste, presque d'un bond, pour aller ouvrir la porte avant même qu'il ne frappe.
Arnaud est là, sur le perron, le nez rougi par le gel, un immense sourire aux lèvres. Mais il n'est pas seul. À ses pieds, un magnifique labrador noir au poil luisant et à la carrure solide s'agite, la queue battant l'air avec une énergie folle, frappant les montants de la porte dans un rythme joyeux. Le chien est couvert de neige, de véritables petites boules de glace pendouillant à son pelage sombre.
— On est là ! lance Arnaud joyeusement.
— Entre vite, vous allez geler !
— Entre vite, vous allez geler !
À peine la porte refermée, le chien se met à s'ébrouer violemment, envoyant des gouttelettes d'eau glacée partout dans l'entrée, faisant briller son pelage noir comme du jais. Je ris et je file chercher une vieille serviette de bain dans la buanderie.
— Tiens, laisse-moi faire, je dis en m'accroupissant.
Je commence à frictionner l'animal, que Arnaud me présente officiellement :
— Jules, voici Osiris. Le maître des lieux, enfin, de ma vie en tout cas.
Osiris ne se montre pas intimidé le moins du monde. Alors que je le sèche vigoureusement, le gros labrador noir me lèche le visage avec un enthousiasme débordant, sa langue chaude et humide parcourant mes joues tandis que ses pattes avant viennent se poser sur mes épaules. Il me fait une fête incroyable, gémissant de plaisir sous la serviette, son corps tout entier remuant de la truffe à la queue.
— Eh bien, dit Arnaud, les mains sur les hanches, l'air totalement bluffé. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais c'est du jamais vu.
— Pourquoi ? Il est d'habitude plus réservé ?
— Réservé ? C'est un euphémisme. Osiris est un vrai garde du corps. Il met normalement des semaines avant de laisser quelqu'un l'approcher de si près, et encore plus pour lécher le visage d'un inconnu. Il ne fait jamais ça avec les gens qu'il ne connaît pas, ni même avec certains de mes amis qu'il voit depuis des années.
— Pourquoi ? Il est d'habitude plus réservé ?
— Réservé ? C'est un euphémisme. Osiris est un vrai garde du corps. Il met normalement des semaines avant de laisser quelqu'un l'approcher de si près, et encore plus pour lécher le visage d'un inconnu. Il ne fait jamais ça avec les gens qu'il ne connaît pas, ni même avec certains de mes amis qu'il voit depuis des années.
Une fois sec, Osiris trotte fièrement dans le salon, inspecte chaque recoin de sa truffe humide, puis, à ma grande surprise, revient vers moi alors que je m'apprête à retourner travailler. Il s'installe lourdement sur mes pieds, soupirant d'aise en posant sa tête massive sur mes chaussons, ses oreilles tombantes encadrant son visage paisible.
— C'est incroyable, murmure Arnaud en s'appuyant contre le chambranle de la porte. Regarde-le. Il s'est couché à tes pieds comme s'il avait toujours vécu ici. On dirait qu'il t'a adopté immédiatement, Jules. C'est peut-être un signe, tu ne crois pas ? Les chiens sentent les bonnes âmes... et les liens qui comptent.
Je sens une bouffée de chaleur me monter au visage, plus forte que celle du poêle à bois. — C'est un bon début alors, je réponds avec un sourire ému.
Je me réinstalle devant mon ordinateur, mais l'ambiance a changé. La présence d'Osiris, ce gros bloc de chaleur noire à mes pieds, est rassurante, ancrée. J'entends Arnaud s'activer dans l'entrée. Il remonte plusieurs sacs de sa voiture. Quelques minutes plus tard, il entre dans la pièce à pas de loup.
Je suis en plein milieu d'une rédaction de rapport complexe quand je sens deux mains chaudes se poser sur mes épaules. Arnaud se penche, ses bras s'enroulent autour de mon cou par-derrière, m'enserrant contre le dossier de mon fauteuil. Il dépose une série de baisers légers, presque électriques, dans le creux de mon cou, juste derrière l'oreille. Un frisson violent me parcourt l'échine, me faisant lâcher ma souris.
— Ça avance, ton truc ? murmure-t-il, sa voix rauque vibrant contre ma peau.
— Un peu moins bien depuis que tu es revenu, je plaisante en penchant la tête pour lui laisser plus de place.
— Un peu moins bien depuis que tu es revenu, je plaisante en penchant la tête pour lui laisser plus de place.
Il rit doucement et embrasse ma tempe.
— Écoute, je suis passé faire quelques courses à Clairvaux avant de monter. J'ai pris de quoi faire un vrai repas. Ça te dérange si je m'approprie ta cuisine pour le midi ? Je ne voudrais pas qu'on finisse par se nourrir uniquement de sandwichs triangle ou de pizzas. J'ai envie de te préparer un petit quelque chose de chaud, un vrai plat jurassien.
— Tu cuisines, en plus ? Mais tu es l'homme parfait, en fait.
— On verra si tu dis toujours ça après avoir goûté, s'amuse-t-il. Mais laisse-moi faire. Concentre-toi sur tes dossiers, je m'occupe de tout. Le chef Arnaud entre en scène.
— Tu cuisines, en plus ? Mais tu es l'homme parfait, en fait.
— On verra si tu dis toujours ça après avoir goûté, s'amuse-t-il. Mais laisse-moi faire. Concentre-toi sur tes dossiers, je m'occupe de tout. Le chef Arnaud entre en scène.
Il me serre une dernière fois un peu plus fort, ses mains descendant un instant sur ma poitrine avant de s'éloigner vers la cuisine. Osiris, lui, ne bouge pas d'un poil. Le labrador lève juste un œil vers son maître, s'assure que tout va bien, et se rendort sur mes pieds dans un soupir de contentement.
Pendant l'heure qui suit, le silence de la maison est remplacé par une symphonie domestique délicieuse : le bruit des oignons qu'on émince, le sifflement d'une poêle, et une odeur de crème, de champignons et de vin blanc qui commence à envahir l'espace. C'est étrange comme la présence d'un homme et d'un chien peut transformer une maison de célibataire un peu froide en un véritable foyer en l'espace de quelques heures.
De temps en temps, Arnaud passe la tête par la porte pour me demander où se trouve tel ustensile ou juste pour me lancer un clin d'œil complice. Chaque fois que nos regards se croisent, je revois l'intensité de ses yeux hier soir, et je sens mon envie pour lui renaître, intacte.
— C'est bientôt prêt ! lance-t-il depuis la cuisine. Prépare-toi, Jules, le réconfort arrive.
Je ferme mon ordinateur, le cœur léger. Osiris se lève, s'étire longuement en faisant le gros dos, et me donne un petit coup de museau mouillé sur la main comme pour me dire qu'il est temps de rejoindre le "chef".
Arnaud a déjà dressé la table. Il a même allumé une petite bougie, sans doute trouvée dans un tiroir. Il pose une cocotte fumante au centre.
— Poulet à la comtoise, annonce-t-il fièrement. Avec beaucoup de comté et de vin jaune. C'est le secret pour oublier le froid.
On s'assoit l'un en face de l'autre. Osiris s'installe stratégiquement entre nos deux chaises, sa tête massive passant de l'un à l'autre dans l'espoir d'une chute accidentelle de nourriture. Pendant les premières minutes, on ne parle pas beaucoup, trop occupés à savourer ce festin qui nous change des pizzas de la veille. Puis, entre deux bouchées, le silence devient plus réflexif.
— On est bien, là, murmure Arnaud en reposant sa fourchette. Mais... Jules, il faut qu'on parle de la suite.
Je relève les yeux vers lui. C'est la question qui me trotte dans la tête depuis mon réveil.
— La suite immédiate ? je demande.
— Ouais. Les prochains jours. Je ne peux pas rester éternellement "bloqué par la neige", même si c'est une excellente excuse. Mais je n'ai pas non plus envie de reprendre ma petite routine solitaire à Clairvaux comme si rien ne s'était passé.
— Ouais. Les prochains jours. Je ne peux pas rester éternellement "bloqué par la neige", même si c'est une excellente excuse. Mais je n'ai pas non plus envie de reprendre ma petite routine solitaire à Clairvaux comme si rien ne s'était passé.
Il marque une pause, cherchant ses mots, ses doigts jouant avec le pied de son verre.
— On fait quoi ? Pour le monde extérieur ? Si on descend prendre un verre quelque part, au café du coin ou si on va faire des courses ensemble ?
Je prends le temps de réfléchir. La question du "public" est délicate. On sort tous les deux d'une relation avec la même femme, dans un petit milieu où tout le monde se connaît ou finit par savoir. Et puis, il y a cette nouveauté entre nous : on découvre une facette de nous-mêmes qu'on n'avait jamais explorée.
— Je pense qu'il faut qu'on y aille doucement, Arnaud. Pas parce que j'ai honte, loin de là. Mais c'est tout nouveau. On est encore dans notre phase de découverte. Si on se montre trop vite comme un "couple" officiel, on va se prendre des regards, des questions, et peut-être même des remarques sur Léa. J'ai envie de protéger ce qu'on a là, dans cette maison.
Arnaud hoche la tête, semblant soulagé que je partage son point de vue.
— Je suis d'accord. On n'a pas besoin de faire une déclaration de guerre au village. On peut juste être... deux potes qui traînent ensemble pour l'instant. Pour les gens, on est deux mecs qui ont sympathisé à cause de leurs déboires communs. Ça passera crème.
— Exactement, je réponds avec un petit sourire. On se garde notre intimité pour ici. Mais ça ne nous empêche pas de passer les prochains jours ensemble. Tu peux rester ici autant que tu veux. Osiris a l'air de valider l'idée.
— Exactement, je réponds avec un petit sourire. On se garde notre intimité pour ici. Mais ça ne nous empêche pas de passer les prochains jours ensemble. Tu peux rester ici autant que tu veux. Osiris a l'air de valider l'idée.
Le labrador noir, entendant son nom, donne un coup de queue sonore contre le pied de la table.
— Le plan me va, dit Arnaud en tendant sa main par-dessus la table. Ses doigts viennent presser les miens. On prend notre temps. On ne se presse pas pour mettre une étiquette, mais on ne se cache pas de nous-mêmes.
On reste là un moment, nos mains liées au-dessus des restes du déjeuner. On discute de l'organisation : il pourra faire ses allers-retours à Clairvaux pour son boulot de guide quand la saison reprendra vraiment, mais il reviendra dormir ici. On imagine les prochains jours : des balades avec Osiris dans la neige profonde, des soirées au coin du feu, et cette exploration de nos corps qui n'en est qu'à ses débuts.
— Tu te rends compte ? je dis en riant doucement. Si on nous avait dit ça il y a trois jours, quand on tirait la gueule chacun de notre côté...
— On aurait pris celui qui nous le disait pour un dingue. Mais tu sais quoi ? C'est la meilleure folie qui me soit arrivée.
— On aurait pris celui qui nous le disait pour un dingue. Mais tu sais quoi ? C'est la meilleure folie qui me soit arrivée.
Arnaud se lève, contourne la table et vient se placer derrière moi. Il pose ses mains sur mes épaules, son pouce massant doucement ma nuque.
— On fait doucement pour les autres, Jules. Mais entre nous, on ne freine rien. Ok ?
Je ferme les yeux, savourant le contact et la chaleur qui se dégage de lui.
— Ok. On ne freine rien.
Le déjeuner terminé, une douce torpeur s'installe dans la maison, mais la réalité de ma vie professionnelle me rattrape.
— Je dois encore bosser une petite heure pour boucler ce dossier, je dis en commençant à rassembler les assiettes.
Arnaud pose sa main sur la mienne pour m'arrêter. — Laisse, je m'en occupe. Va finir ton truc, comme ça on sera tranquilles pour le reste de l'après-midi.
Je lui adresse un sourire reconnaissant et je monte à l'étage. Osiris, fidèle comme une ombre, trotte derrière moi. Je m'installe à mon bureau dans la chambre, le cliquetis du clavier remplaçant le silence. Le labrador noir s'affale immédiatement sur mes pieds, son poids chaud et rassurant m'ancrant dans le présent. Quelques minutes plus tard, j'entends les marches craquer. Arnaud entre doucement, me jette un regard complice et s'installe sur le lit. Il ne dit rien, il se contente de s'adosser aux oreillers pour me regarder travailler. Je le vois sourire en coin en observant Osiris qui refuse de me quitter d'une semelle. Cette vision d'eux deux dans mon espace personnel me remplit d'une étrange émotion.
Je lui adresse un sourire reconnaissant et je monte à l'étage. Osiris, fidèle comme une ombre, trotte derrière moi. Je m'installe à mon bureau dans la chambre, le cliquetis du clavier remplaçant le silence. Le labrador noir s'affale immédiatement sur mes pieds, son poids chaud et rassurant m'ancrant dans le présent. Quelques minutes plus tard, j'entends les marches craquer. Arnaud entre doucement, me jette un regard complice et s'installe sur le lit. Il ne dit rien, il se contente de s'adosser aux oreillers pour me regarder travailler. Je le vois sourire en coin en observant Osiris qui refuse de me quitter d'une semelle. Cette vision d'eux deux dans mon espace personnel me remplit d'une étrange émotion.
L'heure passe plus vite que prévu. Quand je tape le dernier mot de mon rapport et que je ferme l'ordinateur, je me retourne sur mon fauteuil. Arnaud s'est endormi. Il est allongé sur le dos, les traits détendus, sa respiration régulière soulevant calmement sa poitrine. Je m'approche du lit sans bruit, faisant attention à ne pas piétiner Osiris qui ronfle doucement.
Je me laisse glisser au-dessus de lui, mes genoux de chaque côté de ses hanches. Je glisse ma main sous son pull, cherchant le contact de sa peau chaude, et je viens déposer un baiser léger sur ses lèvres. Arnaud papillonne des yeux, émergeant du sommeil avec un sourire d'une tendresse infinie.
— Déjà fini ? murmure-t-il d'une voix rauque.
— Déjà fini.
— Déjà fini.
On commence à rouler l'un sur l'autre sur le matelas, s'embrassant avec une passion qui n'a rien perdu de sa force depuis la nuit dernière. Puis, on s'arrête simplement pour se regarder. On ne parle pas. On se détaille, on se découvre dans la lumière crue de l'après-midi, effleurant nos visages du bout des doigts comme pour s'assurer que tout cela est bien réel.
— On va sortir ce grand noir ? propose Arnaud en désignant Osiris qui s'étire.
On s'habille chaudement : grosses vestes, bonnets et gants. On prend la direction du parcours de santé d'Orgelet. C'est un endroit paisible, serpentant entre les arbres chargés de neige. Pendant plus d'une heure, on marche dans la poudreuse qui crisse sous nos pas. Osiris est aux anges, courant devant nous, plongeant sa truffe dans les bancs de neige et revenant vers nous avec de la barbe blanche.
On discute de tout et de rien, de nos enfances, de nos goûts, de ce coin du Jura qu'Arnaud connaît comme sa poche. Dès que le sentier s'isole et qu'il n'y a plus personne à l'horizon, Arnaud cherche ma main. Il retire son gant pour sentir ma peau, ses doigts s'entrelaçant fermement aux miens. C'est un geste simple, mais qui me fait battre le cœur à mille à l'heure. De temps en temps, c'est moi qui le tire vers moi par le bras pour lui voler un baiser rapide, nos souffles créant des nuages de vapeur qui se mélangent dans l'air gelé.
On rentre à la maison les joues brûlantes de froid et les pieds un peu engourdis, mais avec une sensation de liberté incroyable. Osiris s'installe près du poêle pendant qu'Arnaud s'occupe de relancer le feu. On entend le craquement du bois et on voit les premières flammes lécher les bûches de chêne.
Pendant ce temps, je prépare deux grands chocolats chauds onctueux. Je nous rejoins dans le salon et on s'assoit tous les deux sur le tapis, juste devant le foyer. La lumière orangée des flammes danse sur les murs de la pièce. On boit nos chocolats en silence, savourant le retour de la chaleur dans nos membres. Je finis par poser ma tête contre l'épaule d'Arnaud. Il passe son bras autour de moi et me serre contre lui.
— Tu sais, je murmure en fixant les braises, c'est la première fois que je ressens ça. Tout ce qui se passe depuis hier... c'est troublant. Je n'ai pas d'étiquette à mettre dessus, et ça me bouscule un peu, mais je suis tellement bien, Arnaud. Je me sens à ma place.
Il embrasse le sommet de ma tête, sa main massant mon épaule.
— Moi aussi, Jules. C'est nouveau, c'est fou, mais je n'échangerais ma place pour rien au monde. On est bien, ici.
On reste là, épaule contre épaule, bercés par le ronflement d'Osiris et le crépitement du feu, conscients que cette parenthèse enchantée est en train de devenir le premier chapitre d'une toute nouvelle histoire.
La chaleur du poêle commence enfin à m'envahir, chassant le souvenir du vent glacial du parcours de santé. On est assis là, sur le tapis, nos jambes s'entremêlant devant les flammes qui jettent des lueurs ambrées sur nos mains serrées autour de nos mugs. C'est un moment de paix parfaite, de ceux qu'on a envie de mettre en bouteille pour les jours de grisaille.
Arnaud tient toujours sa tasse bien chaude entre ses doigts. Je le sens fouiller dans la poche de sa veste restée à côté de lui et il en sort son téléphone.
— Bouge pas, murmure-t-il avec un petit sourire complice.
Il lève l'appareil et cadre notre position. Sur l'écran, je vois l'image se dessiner : on ne voit pas nos visages, seulement nos deux corps collés l'un contre l'autre, le contraste de nos pulls, nos deux mains qui tiennent encore les mugs de chocolat fumant, et en arrière-plan, le flou chaleureux du feu qui crépite dans le poêle. C'est une photo magnifique, intime mais pudique, qui capture exactement l'essence de ce qu'on vit. Il baisse le téléphone et me le montre.
— Je peux la poster sur Insta ? me demande-t-il, un peu hésitant. J'ai envie de marquer le coup, de montrer que je suis bien, là, tout de suite.
Je regarde le cliché. C'est vrai que personne ne peut nous reconnaître. Pour le reste du monde, ce sont juste deux personnes qui profitent d'un après-midi d'hiver. Rien de compromettant, rien qui ne vienne briser notre pacte de discrétion, mais pour nous, c'est un aveu silencieux.
— Vas-y, je lui réponds en souriant. C'est une super photo. Personne ne verra nos visages, alors ça me va. C'est notre petit secret partagé avec la terre entière.
Je le regarde pianoter quelques secondes, le visage éclairé par l'éclat bleuté de l'écran. Il écrit une légende sous la photo : "Au chaud enfin. #cocooning #jura #hiver #serenite #feu". Puis il ajoute le petit emoji représentant un feu de camp. Il verrouille son téléphone, le pose loin de nous et revient s'ancrer contre moi, sa main cherchant la mienne tout en gardant son chocolat à portée.
— Voilà, c'est fait, dit-il en poussant un long soupir de satisfaction.
On reste là, épaule contre épaule. Je pose à nouveau ma tête sur lui, sentant son cœur battre sous son pull. C'est la première fois que je ressens cette forme de sécurité avec un autre homme. Bien que je sois encore un peu troublé par la vitesse à laquelle tout s'est enchaîné, je me sens incroyablement bien. À cet instant précis, avec le chocolat chaud, le feu qui crépite et le poids d'Osiris qui dort contre nos mollets, plus rien d'autre n'existe.
— Tu sais, je murmure, c'est vraiment la première fois que je me sens aussi... apaisé. Comme si j'avais enfin trouvé le bon rythme.
Il resserre son bras autour de moi, m'attirant encore plus près.
— On est pile au bon endroit, Jules. Au bon endroit, au bon moment.
Soudain, une vibration sourde résonne sur le parquet. Le téléphone d'Arnaud vient de recevoir une notification. Il tend le bras, déverrouille l'écran, et son visage se décompose littéralement. Ses mâchoires se contractent.
— C'est Léa, lâche-t-il, la voix blanche. Elle a commenté. Et c'est vraiment immonde.
Il me tend l'appareil. Sous la photo, je lis les mots qu'elle a écrits, chargés d'un venin pur : "Je savais que tu étais pathétique, Arnaud, mais de là à te consoler avec n'importe qui pour ne pas crever seul dans ton trou... Ton chien a l'air plus heureux que toi sur cette photo, sans doute parce que lui, au moins, il a trouvé quelqu'un qui a plus de couilles que son maître. Profite bien de ton substitut, ça ne durera pas plus longtemps que les autres."
Fin du chapitre 5.
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