Je glisse mon téléphone sous l'oreiller, le cœur lourd d'une fin de nuit coupée en deux par l'appel de mon agent. À côté de moi, sous la couette de la chambre mansardée, David reste immobile. Le silence revient dans la pièce, mais ce n'est plus le calme de la campagne ; c'est un silence lourd, d'avant la tempête. Je me lève le premier, incapable de rester en place, et David me suit sans un mot, ses pas lourds traînant sur le plancher de mon enfance.
Nous descendons l'escalier de bois en traînant nos silhouettes fatiguées, et dès que nous poussons la porte, la réalité nous rattrape. Le soleil se lève péniblement sur les champs, perçant la brume matinale pour venir baigner la cuisine rustique d'une lumière crue, presque agressive. Sur la grande table en chêne massif, l'atmosphère est glaciale, figée dans une lourdeur que même les premiers rayons du jour ne parviennent pas à dissiper. L'odeur entêtante du café noir, fort et brûlant, sature l'air, se mélangeant à une tension ambiante si épaisse qu'elle en devient presque physique.
Mon père est debout depuis l'aube, fidèle à son rythme immuable d'homme de la terre. Assis en bout de table, les épaules larges et voûtées par les années de labeur, il maintient ses deux mains calleuses autour de sa tasse en faïence. Il reste désespérément silencieux, les yeux fixés sur le liquide sombre, évitant avec un soin méticuleux de poser son regard sur mon téléphone et celui de David, que nous venons de poser en arrivant. Les deux appareils ne cessent de vibrer sur la nappe en toile cirée, produisant un bourdonnement frénétique et régulier contre le bois. Un bruit de ruche en colère qui ne s'arrête jamais.
À ma gauche, ma mère garde les yeux rivés sur l'écran de sa propre tablette, ses doigts fins et légèrement tremblants hésitant avant chaque défilement. Le visage blême, elle tente de décrypter ce tsunami numérique qui a englouti notre nom en l'espace de quelques heures. Elle ne comprend absolument rien au jargon marketing que Fabio vient de me déballer un étage plus haut. Pour elle, les concepts de « Gen Z », de « virage Cool & Edgy » ou de « retombées publicitaires mondiales » ne sont que des mots creux, une langue étrangère et cynique. Pour elle, la réalité est bien plus simple, et infiniment plus violente : son fils est traqué par des gamins de village, affiché en pleine intimité sur Internet, et sa vie privée est jetée en pâture à des millions d'inconnus à travers le monde.
— Je ne comprends pas, Gaspard... murmure-t-elle, sa voix brisée par l'incompréhension alors qu'elle zoome sur l'image de la veille. C'est bien toi, là ? Sous le grand chêne ? Comment ces filles ont-elles pu oser vous prendre en photo comme ça, à la dérobée ? Et pourquoi tout le monde commente ? Regarde celle-ci... elle a fait une vidéo en se moquant, elle dit qu'elle t'a touché le bras sur la place.
Je m'approche et lui prends doucement la tablette des mains, le cœur lourd, pour lui éviter de lire les commentaires qui s'empilent à la seconde. Mais la curiosité morbide me pousse à ouvrir mon propre écran. J'affiche TikTok, et le vertige me prend. Le piège de la veille s'affiche sous toutes ses coutures. Les adolescents de la fontaine ont déjà publié des dizaines de vidéos. Je me vois en boucle, le visage figé sous la lumière crue des lampadaires, retirant brusquement ma main de celle de David. Les montages sont diaboliques. Un jeune au maillot de foot trop grand s'est filmé face caméra, l'air surexcité :
— Les gars, j'ai croisé Gaspard en vrai dans mon bled paumé ! C'est un truc de fou, il est encore plus grand qu'à la télé ! Il est trop stylé, par contre il a refusé de parler de Vasco, c'est louche !
Une autre vidéo, cumulant déjà des millions de vues, montre notre baiser près de la rivière avec une musique dramatique en fond. Les légendes défilent : « Gaspard oublie Vasco avec son nouveau mec à la campagne », « Le top-model de Burberry en mode rando romantique ». Les utilisateurs du monde entier s'écharpent dans les commentaires, analysant la marque de ma veste, la netteté du mode nuit, la réaction de David. C'est une mise en scène totale de notre intimité, un feuilleton virtuel dont je suis le héros malgré moi.
Soudain, un grand bruit de vaisselle me fait sursauter. Mon père vient de reposer sa tasse sur la table, d'un coup sec. Il se redresse, croise ses bras puissants sur sa poitrine et me fixe enfin de ses yeux clairs, des yeux habitués à regarder le ciel et la terre, pas les écrans. Le silence se fait total dans la cuisine, uniquement rompu par le tic-tac de la vieille horloge murale.
— Dis-moi, Gaspard, commence-t-il d'une voix lourde, posée, qui résonne contre les murs de pierre. Est-ce que tout cela est bien raisonnable ?
Je baisse la tête, incapable de soutenir son regard.
— C'est mon métier, papa... Burberry a validé, ils gèrent la situation à Londres.
— Ton métier ? réplique-t-il, le ton plus dur, teinté d'une profonde amertume. Ton métier, c'est de te faire traquer comme un gibier par des gamins du coin ? C'est de voir ta vie étalée devant la terre entière pour que des gens à l'autre bout du monde achètent des manteaux ? Regarde-toi. Tu es descendu de la chambre avec le visage blanc comme un linge, tu ne tiens debout que par les nerfs. Ce milieu superficiel et impitoyable... ces gens qui te courtisent un jour et te filment à ton insu le lendemain... Tu ne vois pas que ça va finir par te détruire psychologiquement ? Tu n'as plus un instant à toi. Plus un seul endroit où tu peux juste être toi-même sans qu'un téléphone ne s'allume.
David, assis à mes côtés, garde les yeux fixés sur ses mains, la mâchoire serrée. Il se sent coupable, je le sais. C'est lui qui m'a poussé à franchir cette porte hier soir. Je sens sa détresse, mais je ne peux pas fléchir devant mon père. Pas maintenant.
— Je contrôle la situation, papa, dis-je d'une voix que je tente de rendre ferme, en adoptant cette intonation neutre que mes conseillers m'ont apprise. C'est un mauvais moment à passer, mais ma carrière dépend de cette visibilité. Fabio m'a dit que...
— Fabio ! coupe mon père en se levant de table, le visage assombri par la colère. Ce type ne s'intéresse qu'à ton nom sur un bout de papier ! Il n'est pas là pour ramasser les morceaux quand tu t'effondres. Réveille-toi, mon fils.
Il tourne les talons et sort de la cuisine en faisant claquer la moustiquaire de la porte arrière, nous laissant tous les trois dans un silence de plomb. Ma mère soupire, essuyant une larme du coin de l'œil, tandis que les téléphones continuent de vibrer, indifférents au drame familial qui se joue.
L'après-midi arrive enfin, apportant avec elle un besoin viscéral de fuir le harcèlement numérique qui s'intensifie à chaque heure. Les appels de journalistes commencent à tomber sur la ligne fixe de la ferme, et le bourdonnement des notifications est devenu insupportable. Pour échapper à cette prison virtuelle, David et moi décidons de sortir à l'extérieur, là où le réseau passe mal, dans les hauteurs de la grange et près des étables.
Dès que nous passons la porte du bâtiment agricole, l'odeur rassurante du foin sec, de la poussière dorée suspendue dans les rayons de soleil et du cuir nous enveloppe. C'est un monde immuable, loin des algorithmes et des réseaux sociaux. David, désireux de s'ancrer dans le réel et de soulager la tension accumulée depuis le matin, retire immédiatement son pull, ne gardant qu'un t-shirt sombre, et s'avance vers mon père qui est en train de déplacer des balles de paille pour l'hiver.
— Laissez-moi faire, Roger, dit David en s'emparant d'une fourche. J'ai besoin de bouger un peu, ça va me vider la tête.
Mon père le regarde un instant, jaugeant la carrure et la détermination du jeune homme. Un léger hochement de tête lui sert d'approbation. Pendant plusieurs heures, je reste en retrait, assis sur une vieille caisse en bois, observant le spectacle qui se déroule sous mes yeux. David s'active avec une énergie brute, attrapant les lourds blocs de paille, les hissant sur la remorque du tracteur avec des mouvements fluides et puissants. Mon père lui donne des indications brèves, lui montre comment vérifier les niveaux d'une machine agricole, et David écoute avec une attention sincère, respectueuse.
Un lien muet mais solide se tisse entre les deux hommes à travers l'effort physique, la sueur et le travail de la terre. Ils n'ont pas besoin de grands discours. Ils partagent le même langage, celui de l'action, de la réalité palpable. Mon père, d'ordinaire si fermé avec les étrangers, esquisse même un léger sourire lorsque David parvient à débloquer une pièce grippée sur la moissonneuse.
En les regardant, je ressens un pincement au cœur, une forme de mélancolie diffuse et douloureuse qui me serre la gorge. Un fossé invisible est en train de se creuser. Je réalise à quel point David s'intègre avec une facilité déconcertante dans ce monde simple, honnête et vrai, le monde de mes racines, celui que j'ai fui pour les podiums de mode. Pendant ce temps, moi, je suis incapable de les aider sans craindre de salir mes vêtements de marque ou d'abîmer mes mains. Je suis là, assis au milieu de la grange de mon enfance, mais je suis déjà à moitié de l'autre côté. Mon esprit est mentalement happé par le vol qui m'attend pour Milan, par les essayages de Burberry, par les sourires de façade que je vais devoir afficher devant les photographes de la Fashion Week. Je suis devenu un étranger sur ma propre terre.
Vers la fin de l'après-midi, la lumière décline et les ombres s'allongent sur la cour de la ferme. Alors que les sacs de voyage commencent à se rassembler près de l'entrée et que David est allé se doucher, ma mère parvient à m'isoler seul avec elle dans la pénombre de l'arrière-cuisine. C'est une pièce fraîche, où s'alignent les pots de confiture maison et le linge propre qui attend d'être repassé. Elle prépare un grand panier de provisions pour mon retour en ville, y glissant un pot de miel, du fromage du pays et des bocaux stérilisés.
Ses gestes sont lents, méticuleux, mais je vois bien qu'elle cherche ses mots. Elle pose un pot de confiture de cerises dans le panier, puis s'arrête net, les mains posées sur le rebord de la table en bois. Elle se tourne vers moi, ses yeux mûrs et fatigués plongés dans les miens.
— Il faut que tu fasses attention, Gaspard, dit-elle d'une voix douce mais d'une clarté absolue, totalement imperméable au cynisme de l'industrie de la mode.
— Maman, je t'assure que tout est sous contrôle...
— Non, ne me sors pas tes phrases de la télévision, me coupe-t-elle gentiment, en posant une main fraîche sur ma joue. Je te parle avec mon cœur de mère, pas comme une cliente ou une fan sur Internet. Je me fiche de savoir si ces photos font vendre des vêtements à Londres ou à Milan. Ces gens-là, ces directeurs artistiques, ces agents... ils t'applaudissent aujourd'hui et te félicitent pour ces photos volées parce que c'est bon pour leurs affaires. Ça donne une image moderne, rebelle, tout ce que tu veux. Mais ne sois pas naïf, mon grand. Le jour où tu feras un vrai faux pas, le jour où tu seras fatigué, ou que tu ne leur serviras plus à rien pour leur publicité, ils te jetteront sans un regard, sans le moindre remords.
Elle marque une pause, ses yeux s'embuant de larmes qu'elle tente de retenir.
— Regarde ce qu'ils ont fait avec ton histoire avec Vasco... poursuit-elle, sa voix tremblante légèrement. Vous étiez le couple parfait sur tous les magazines, et dès que ça s'est terminé, ils ont transformé votre rupture en un spectacle immonde. Je ne veux pas que tu subisses ça à nouveau. Fais attention à toi, Gaspard. Et surtout, fais attention à David.
Elle jette un regard vers l'escalier menant à la salle de bain, s'assurant qu'il n'entend pas.
— C'est un garçon droit, un garçon vrai. Il t'aime pour ce que tu es, pas pour le garçon en photo sur les panneaux publicitaires. Il a essayé de te protéger hier soir, et aujourd'hui il se rend malade de culpabilité. Ne le perds pas, Gaspard. Ne le sacrifie pas dans leur tempête médiatique. Ce milieu va vous aspirer tous les deux si tu n'y prends pas garde.
Face à ces mots d'une justesse implacable, la posture rigide, la carapace de marbre de top-model que j'avais si durement forgée ces dernières années s'effondre d'un coup. Les défenses protocolaires s'évaporent. Je ressens une immense lassitude et je me laisse aller contre elle, redevenant pour un instant le petit garçon de la ferme, cherchant le réconfort de ses bras. Je cache mon visage contre son épaule, submergé par une vague d'émotion pure, de doutes vertigineux et d'une culpabilité dévorante face à ce que j'impose à mes proches et à l'homme que j'aime.
— J'ai peur, maman, je murmure, la voix étouffée contre son tablier.
— Je sais, mon grand, je sais... dit-elle en me caressant doucement les cheveux. C'est pour ça qu'il faut que tu restes fort ici, dans ta tête. N'oublie jamais d'où tu viens.
Vers dix-huit heures, le moment du départ est arrivé. Le ciel se teinte de nuances violettes et orangées alors que nous chargeons la voiture. Les adieux avec mes parents sont rapides, pudiques, mais chargés d'une émotion si lourde qu'elle pèse sur nos poitrines. Mon père s'approche, me serre fermement la main, une poignée de main d'homme à homme qui en dit plus long que tous les discours, puis il fait de même avec David, en le regardant droit dans les yeux avec une moue de respect. Ma mère nous embrasse longuement, retenant ses larmes au prix d'un effort surhumain.
Je monte côté conducteur, David s'installe à côté de moi. Je démarre, et dans le rétroviseur, je regarde les silhouettes de mes parents diminuer peu à peu, debout devant la grande bâtisse en pierre. La ferme, notre dernier rempart de tranquillité et de vérité, disparaît définitivement au détour du chemin de terre.
Le trajet vers Besançon se fait dans un silence total, presque lourd. La nuit tombe sur les routes sinueuses, et à mesure que les panneaux indiquent la proximité de la ville, je sens la pression remonter. Le retour à la réalité citadine est brutal.
Lorsque nous franchissons la porte de mon appartement situé dans le centre de Besançon, le contraste est saisissant, presque violent. L'endroit est moderne, épuré, aux lignes géométriques et minimalistes. Tout y est blanc, gris, impeccable. C'est un lieu fonctionnel, un appartement de passage entre deux avions, qui me paraît terriblement froid et impersonnel comparé à la chaleur rustique et vivante de la ferme. C'est ici, entre ces murs de béton, que le point d'ancrage de notre réalité bascule à nouveau.
Il est vingt heures passées lorsque j'ouvre ma grande valise de luxe au milieu du salon. Elle repose sur le lit, béante, prête à être remplie de vêtements de créateurs, de costumes sur mesure et de produits de soin haut de gamme. Le décor est planté, le compte à rebours est officiellement lancé. Chaque vêtement que j'y dépose me rapproche un peu plus de Milan et m'éloigne de la campagne.
N'ayant pas le courage de cuisiner, nous commandons un repas rapide via une application. Nous mangeons presque sans un mot sur le comptoir de la cuisine américaine, le bruit des fourchettes contre la porcelaine soulignant notre mutisme. Mes yeux dérivent immanquablement vers l'horloge murale, puis vers mon téléphone.
Les notifications ont changé de ton. Les articles de presse spécialisée commencent à tomber. Les experts de la mode analysent le « coup de génie » de Burberry qui vient de publier un communiqué de presse d'une sobriété toute britannique : « Nous soutenons pleinement notre égérie Gaspard dans son droit au respect de sa vie privée et de ses choix personnels. L'amour et l'authenticité n'ont pas à se cacher. » Le public applaudit le progressisme de la marque. Ma valeur marchande vient d'augmenter, mais à quel prix ?
À minuit, le silence de l'appartement est devenu étouffant. Nous nous couchons enfin dans le grand lit. La pièce est plongée dans la pénombre, mais le sommeil refuse de venir. L'ambiance est saturée de non-dits, d'une anxiété invisible qui plane au-dessus de nous. Je sens David bouger à mes côtés, agité. Finalement, il se tourne vers moi, son visage à quelques centimètres du mien dans l'obscurité.
— Gaspard... murmure-t-il doucement, sa voix brisant le silence de la nuit. Est-ce que tu es vraiment prêt pour ce qui t'attend là-bas ? Écoute... après tout ce cirque sur les réseaux... tu vas te retrouver devant des dizaines de photographes à Milan. Ils ne vont parler que de ça. Tu vas tenir le coup ?
Je me tourne vers lui, rapprochant mon corps du sien, cherchant sa chaleur pour chasser le froid qui me saisit. Je lui prends la main, serrant mes doigts entre les siens.
— Je n'ai pas le choix, David, je réponds dans un souffle, les yeux fixés sur le plafond. La machine est lancée. Si je recule maintenant, ils me piétinent. Mais je te promets que je ferai attention. Je me souviendrai de ce que m'a dit ma mère.
David ne répond rien. Il se contente de me serrer plus fort contre lui, m'entourant de ses bras protecteurs.
David resserre son étreinte, sa poitrine large et chaude pressée contre mon dos. Son souffle régulier vient caresser ma nuque, un contraste saisissant avec la fraîcheur de la nuit qui s'infiltre par les fenêtres de l'appartement. Dans la pénombre, le temps semble s'étirer, chaque seconde devenant plus lourde, plus chargée d'une électricité invisible. Nous savons tous les deux que ces heures nous appartiennent encore, avant que le monde extérieur ne vienne réclamer sa part.
Il bascule lentement sur le côté pour faire face à moi. Ses grands yeux sombres captent la faible lueur des lampadaires de la rue, ancrés dans les miens avec une intensité qui me traverse de part en part. Ses doigts quittent ma main pour venir encadrer mon visage, son pouce caressant doucement l'arête de ma pommette. C'est un geste d'une infinie patience, une manière de me dire qu'ici, entre ces draps, il n'y a pas de top-model, pas de Burberry, pas de réseaux sociaux. Il n'y a que nous.
— Regarde-moi, Gaspard, murmure-t-il, la voix basse, un peu enrouée. Juste nous deux.
Je plonge mon regard dans le sien, y trouvant un ancrage immédiat. Nos visages se rapprochent centimètre par centimètre, prolongeant le vertige de l'attente jusqu'à ce que ses lèvres touchent les miennes. Le baiser commence doucement, une caresse hésitante qui s'intensifie à mesure que le besoin de l'autre prend le dessus. Le jeu des langues s'installe, fluide et chaud ; sa langue vient effleurer la mienne, l'invite à un échange plus profond, un rythme synchrone où chaque frottement ravive le feu qui couve depuis le matin. C'est un baiser long, mouillé, qui résonne dans le silence de la pièce par le bruit feutré de nos lèvres qui se séparent pour mieux se retrouver.
Mes mains trouvent le bas de son t-shirt. Je le glisse vers le haut, sentant sous mes paumes la tension de ses muscles, la chaleur brute de sa peau. Il m'aide d'un mouvement fluide, jetant le vêtement au sol sans jamais détacher ses yeux des miens. Je fais de même avec le mien. Lorsque nos torses nus se touchent enfin, un frisson me parcourut l'échine. Le contact de sa peau un peu plus ferme, un peu plus chaude, contre la mienne est un soulagement immédiat.
David glisse une jambe entre les miennes, nous rapprochant encore. Ses mains descendent le long de mes flancs, s'attardant sur ma taille avant de s'ancrer fermement sur mes hanches. Tout se fait dans la lenteur, une lenteur presque sacrée, dictée par l'envie de graver chaque sensation dans notre mémoire. Nos souffles se mêlent, de plus en plus courts, de plus en plus chauds.
— Tu es si beau, Gaspard, souffle-t-il contre ma bouche, ses yeux brillant d'un amour si pur qu'il me coupe le souffle.
Je ne réponds que par un nouveau baiser, plus pressant cette fois, ma langue cherchant la sienne avec une ferveur neuve. Nous nous débarrassons du reste de nos vêtements dans une urgence contenue, nos membres s'emmêlant sous les draps froissés. Désormais entièrement nus l'un contre l'autre, la barrière invisible de la fatigue s'effondre pour laisser place à un désir total, absolu.
Je descends lentement le long de son corps, mes lèvres traçant un chemin brûlant sur son torse, son abdomen tendu, jusqu'à me retrouver à genoux entre ses cuisses. Sa queue, déjà dressée et palpitante de désir, s'offre à moi. Je lève les yeux vers lui, ancrant mon regard dans le sien alors que mes mains viennent caresser ses cuisses solides. Je m'approche et prends lentement son sexe en bouche. Le contraste de sa peau chaude et ferme contre ma langue me fait frémir. J'entoure sa verge de mes lèvres, initiant un va-et-vient régulier, ascendant et descendant, tandis que ma langue enroule son gland. David lâche un long soupir, ses mains venant se perdre dans mes cheveux pour guider mon mouvement sans jamais forcer. Je l'entends gémir plus fort lorsque j'absorbe sa longueur plus profondément, mes yeux toujours fixés sur les siens, captant la moindre expression de son extase.
Après de longues minutes de cet échange intime, David me redresse doucement par les épaules, le souffle court, les yeux sombres de passion. Il s'allonge sur le dos et m'invite à monter sur lui, ou se repositionne au-dessus de moi, soutenant le poids de son corps sur ses avant-bras. Son regard ne me lâche pas d'un millième de seconde.
La préparation est douce, méticuleuse. Ses doigts, guidés par une habitude tendre et le respect de mon corps, s'activent pour ouvrir la voie, caressant, insistant là où il sait que le plaisir s'éveille. Un gémissement bas s'échappe de ma gorge lorsque sa main trouve le bon rythme, un son étouffé que David recueille aussitôt en posant ses lèvres sur les miennes, aspirant mon souffle. Mon corps se détend, se prépare, réclame plus que cette tendre torture.
Lorsqu'il s'aligne enfin contre moi, le temps s'arrête. Ses mains viennent chercher les miennes, nos doigts se croisent à s'en briser les phalanges, plaqués contre le matelas. Il attend mon signal, les muscles de ses bras tendus par l'effort de se retenir.
— S'il te plaît... je murmure, les yeux humides, ancrés dans les siens.
David pousse lentement, initiant une pénétration millimétrée, d'une douceur infinie. Sa queue me remplit centimètre par centimètre. Ma tête bascule en arrière, les yeux grands ouverts sur lui, observant les vagues d'émotion qui traversent son visage. Un cri de surprise et de soulagement s'échappe de mes lèvres, immédiatement étouffé par son front qui vient se poser contre le mien. Le frottement de nos peaux, la sensation de plénitude absolue me font perdre pied. Il s'arrête un instant, nous laissant le temps de respirer, de fusionner complètement.
— Ça va ? me demande-t-il, le souffle court, ses yeux sondant les miens pour y lire la moindre hésitation.
— Oui... continue... reste là, je réponds, ma voix tremblante d'une joie brute.
Il commence à bouger. Les mouvements sont d'abord lents, de longs va-et-vient profonds qui font grincer doucement le sommier de bois. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent, ce claquement régulier et humide, remplit l'espace de l'appartement. À chaque impulsion, lorsque David s'enfonce entièrement, je sens la lourdeur de ses couilles venir taper fermement contre mon cul, un contact brut et chaud qui rythme chacun de ses assauts. Le choc répété de sa virilité contre ma peau ferme accentue le vertige du plaisir, ancrant chaque mouvement dans une réalité charnelle et brute.
Le rythme s'accélère alors que la chaleur monte d'un cran. Les gémissements ne sont plus contenus ; ils s'échappent librement, se répondant l'un à l'autre. Chaque fois qu'il me pénètre plus profondément et que ses bourses s'écrasent contre moi, un soupir aigu traverse ma gorge, et je vois ses yeux s'assombrir de plaisir, sa mâchoire se contracter sous l'effet de l'extase. Mes mains quittent les siennes pour venir s'accrocher à ses épaules, mes ongles s'enfonçant légèrement dans sa peau dorée, le tirant encore plus vers moi.
— Regarde-moi, Gaspard... dit-il encore, comme un mantra, sa voix brisée par l'intensité de ce qu'il ressent. Regarde ce que tu me fais.
Je le regarde, je ne fais que ça. Je vois l'amour immense, la dévotion totale dans ses yeux, loin du voyeurisme des écrans. C'est une communion exclusive. Les baisers reprennent, plus sauvages, nos langues se mêlant dans un rythme calqué sur celui de nos bassins. Le plaisir divague, se propage dans chaque cellule de mon corps. La sensation est si forte, si pure, qu'un véritable cri de joie m'échappe lorsque sa trajectoire trouve précisément le point de tension en moi, provoquant une secousse qui nous fait vibrer tous les deux.
David redouble d'ardeur, ses mouvements devenant plus rapides, plus puissants, guidés par la vague qui nous emporte. Le lit bouge, les draps s'entortillent autour de nos chevilles, le parfum de notre sueur mêlée s'élève dans la pièce. Je perds la notion du haut et du bas, totalement suspendu à ses hanches qui me martèlent avec une régularité divine, ses couilles frappant mon fessier à chaque coup de boutoir. Les sons que nous produisons — nos respirations haletantes, les exclamations de plaisir de David, mes propres cris qui fusent — forment une symphonie exclusive, notre propre rempart contre le monde.
— Je t'aime, Gaspard, je t'aime tellement... lâche-t-il dans un souffle court, ses yeux fixés sur les miens avec une urgence presque douloureuse.
— Je t'aime, David... plus que tout...
La tension atteint son paroxysme. Nos corps sont trempés de sueur, glissant l'un contre l'autre dans un frottement électrique. Les sensations sont trop aiguës, trop parfaites. David accélère encore, ses mains venant se placer sous mes fesses pour me soulever, modifiant l'angle pour aller encore plus loin, touchant l'essence même de mon être. Le plaisir est une onde de choc qui part du bas de mon ventre et irradie partout. Je sens mes propres muscles se contracter autour de lui, un spasme involontaire qui le pousse à bout de forces.
Dans un ultime élan, nos regards soudés par une intensité presque insoutenable, la digue cède. Je lâche un long cri de délivrance alors que mon propre plaisir jaillit entre nos deux torses, suivi une seconde plus tard par David qui s'enfonce une dernière fois au plus profond de moi, ses bourses s'écrasant une ultime fois contre ma peau. Ses yeux s'écarquillent, un grondement sourd sort de sa poitrine, et son corps entier se fige, parcouru de longs tremblements alors qu'il se libère à son tour.
Il se laisse lentement glisser sur moi, le souffle totalement coupé, son visage enfoui dans le creux de mon cou. Nos cœurs battent à l'unisson, à un rythme effréné, frappant contre nos poitrines humides. Ses bras m'entourent complètement, me serrant contre lui comme si sa vie en dépendait, tandis que je passe mes mains dans ses cheveux mouillés de sueur.
Le silence revient peu à peu dans la chambre, seulement troublé par nos respirations qui ralentissent doucement. David redresse la tête après de longues minutes, ses yeux retrouvant les miens dans la pénombre. Il n'y a plus de mots à dire. Le lien est là, intact, plus fort que la tempête médiatique qui nous attend dehors. Il m'embrasse une dernière fois, un baiser doux, salé par l'effort, avant de se laisser glisser à mes côtés, me gardant blotti contre son flanc pour le reste de la nuit.
Après l'intensité de notre étreinte, David finit par sombrer, sa respiration devenant lourde, chaude et régulière contre mon épaule. Mais pour moi, le sommeil est une forteresse imprenable. Les yeux grands ouverts dans la pénombre de la chambre, je fixe le plafond épuré de mon appartement, écoutant le tic-tac impitoyable de l'horloge murale qui égrène les minutes, me rapprochant inexorablement de cinq heures du matin.
Je tourne légèrement la tête pour observer le profil de David, sculpté par la faible lueur des réverbères de la rue qui filtre à travers les stores. En sentant le poids rassurant de son bras posé sur ma taille, une vague d'amour absolu, presque douloureuse tant elle est forte, me traverse la poitrine. David est ma vérité. Il est le seul qui me regarde sans voir le panneau publicitaire, le seul qui aime l'homme sous les vêtements de créateur. Penser à le quitter dans quelques heures me déchire déjà le cœur.
Puis, le tumulte de la journée et les fantômes du passé s'invitent dans mon insomnie. Le nom de Vasco me revient à l'esprit, déclenchant un écho complexe en moi. Je réalise que je l'aime encore, mais d'une tout autre manière. Vasco, c'était l'amour des projecteurs, une fusion née dans le strass et la fureur de la Fashion Week, une passion magnifique mais toxique qui se nourrissait du regard des autres. Avec David, c'est l'inverse : c'est un amour de l'ombre, pur, ancré dans la terre et le silence. Ballotté entre ces deux amours, l'un révolu et l'autre menacé par mon départ, je finis par sombrer dans un sommeil léger, agité de visions de défilés et de champs de boue, pour à peine deux petites heures.
À quatre heures quinze, la lumière bleutée et glaciale de l'aube commence à peine à blanchir les contours de la pièce. J'émerge lentement d'un rêve confus, une sensation de chaleur diffuse, humide et incroyablement intense enveloppant le bas de mon corps.
Je repousse doucement les draps de mes bras engourdis et baisse les yeux. David est réveillé. Il est agenouillé entre mes cuisses écartées, sa large carrure penchée sur moi. Dans la pénombre matinale, ses grands yeux sombres se lèvent vers les miens, chargés d'une dévotion totale, d'une urgence muette. Il n'a rien demandé, il n'a pas dit un mot. Ses mains chaudes viennent se glisser sous mes fesses pour me soulever légèrement, m'ouvrant à lui, tandis que sa bouche s'approche de mon sexe déjà redressé par le sang et le réveil.
Lorsqu'il pose ses lèvres sur mon gland, un frisson violent me fait cambrer le dos. Le contact de sa langue, chaude et mouillée, est une décharge électrique dans le silence de la fin de nuit. David prend son temps, avec une lenteur calculée pour graver cette sensation en moi. Il ouvre grand la bouche, englobant d'abord le sommet de ma verge, faisant tourner sa langue tout autour du frein avec une précision divine qui m'arrache un premier gémissement aigu. Nos regards ne se lâchent pas. Ses yeux, ancrés dans les miens, sondent mon plaisir naissant alors qu'il descend d'un étage, aspirant ma longueur centimètre par centimètre.
— David... murmuré-je, la voix totalement brisée, mes doigts venant se perdre désespérément dans ses cheveux sombres pour accompagner son mouvement.
Il ne répond que par un va-et-vient plus appuyé. Sa gorge s'ouvre, chaude, lubrifiée par sa propre salive que j'entends glisser contre ma peau dans un bruit feutré et charnel. Le claquement humide de ses lèvres contre la base de mon sexe résonne dans la pièce épurée. Il descend de plus en plus profondément, jusqu'à ce que mon nez effleure son menton, absorbant toute ma virilité dans une caresse totale et étouffée. Je sens le souffle chaud de ses narines contre mon bas-ventre à chaque fois qu'il s'enfonce. Sa langue travaille sans relâche, massant le dessous de ma verge, tandis que ses mains massent doucement mes cuisses pour dissiper la tension.
C'est une offrande pure, un acte d'amour absolu sans rien attendre en retour, une manière de me retenir encore un peu. Le plaisir monte, vertigineux, alimenté par la vue de cet homme si fier qui se donne tout entier à mon extase. Le rythme de sa bouche s'accélère, sa salive coule le long de ma peau, et mes gémissements deviennent des supplications. Mes hanches bougent d'elles-mêmes, dictées par la vague qui arrive. David le sent ; il intensifie l'aspiration, ses yeux brillant d'une lueur sauvage et tendre à la fois.
La tension devient insoutenable. Mon corps se fige, mes ongles s'enfoncent dans son cuir chevelu alors que le spasme final me submerge. Je lâche un cri de délivrance, le dos totalement décollé du matelas, alors que mon sperme jaillit par vagues successives au fond de sa gorge. David ne recule pas d'un millième de seconde. Il reste là, serrant ses lèvres autour de moi, accueillant chaque jet chaud avec une ferveur presque sacrée. Ses muscles de la gorge se contractent, et je le vois avaler distinctement, tout entier, jusqu'à la dernière goutte, avant de remonter lentement le long de mon corps pour venir plaquer ses lèvres salées contre les miennes dans un baiser de fin du monde.
Quatre heures cinquante. La réalité se rappelle à nous avec la violence d'un couperet. La douche rapide n'a pas suffi à effacer la lourdeur qui s'est abattue sur l'appartement. J'ai enfilé mes vêtements de créateur : un pantalon de toile sombre, un pull en maille de chez Burberry. En boutonnant mes poignets, je sens la carapace rigide du top-model se refermer sur moi, étouffant le garçon de la ferme.
David, resté en t-shirt et en caleçon, est assis sur le bord du lit désert. Ses épaules sont voûtées, son regard fixé sur ma valise de luxe que je viens de refermer d'un coup sec. Le clic des serrures métalliques sonne comme un glas.
— C'est l'heure ? demande-t-il, sa voix n'étant plus qu'un murmure enroué.
— Oui, dis-je, la gorge nouée. Le chauffeur vient de m'envoyer un message. Il est en bas.
Je m'approche de lui, mes jambes tremblant sous l'effet de l'émotion. En voyant ses yeux s'embrumer, mes propres défenses s'effondrent. Une première larme roule sur ma joue, traçant un sillon chaud sur mon visage maquillé par la fatigue. Je me laisse tomber à genoux entre ses jambes, posant mes mains sur ses genoux robustes.
— Je ne veux pas te laisser dans cette tempête, David. Avec les photos, les réseaux... j'ai peur de ce qu'ils vont te faire ici pendant que je serai à Milan.
David pose ses mains sur mes joues, et je vois une larme s'échapper enfin de ses yeux sombres, glissant le long de sa barbe de trois jours. Il secoue doucement la tête, la lèvre inférieure tremblante.
— Ce ne sont pas les réseaux qui me font peur, Gaspard... C'est la distance. C'est de te voir repartir dans ce monde qui n'est pas le mien, là où je ne peux pas te protéger. Tu vas me manquer. Putain, tu me manques déjà alors que tu es encore là.
— Je t'aime, David. N'en doute jamais, s'il te plaît. Ce que nous avons... ce qu'on a fait cette nuit, c'est ça qui est vrai. Le reste, c'est du bruit.
Ses pleurs se libèrent, silencieux mais profonds, de grands sanglots qui font lever sa poitrine. Il m'attrape par la nuque et me colle contre lui, son visage enfoui dans mon cou. Nous restons ainsi, accrochés l'un à l'autre sur le sol de cet appartement froid, pleurant nos doutes et notre séparation imminente. La douleur est physique, une déchirure nette dans la poitrine.
Cinq heures pile. Mon téléphone vibre dans ma poche. C'est le signal.
Je saisis la poignée de ma valise. David a enfilé un sweat en hâte pour m'accompagner jusqu'à la rue. Le trajet en ascenseur se fait dans un silence de plomb, brisé uniquement par nos reniflements étouffés. Lorsque les portes vitrées du hall s'ouvrent sur le trottoir frais et désert, la berline noire aux vitres teintées nous attend, son moteur tournant dans un ronronnement feutré. Le chauffeur en costume noir sort immédiatement, salue d'un hochement de tête respectueux et s'empare de ma valise pour la placer dans le coffre.
Le moment est venu. Le vide se creuse sous mes pas. Je me tourne vers David. Il est là, debout dans l'aube naissante, les yeux gonflés, les bras ballants, l'air terriblement vulnérable dans le froid matinal.
— Fais attention à toi, me dit-il, sa voix brisée par les larmes.
— Toi aussi... écris-moi dès que tu peux.
Je fais un pas vers la portière ouverte, mais David ne peut pas s'y résoudre. Dans un élan de pure détresse, il me rattrape par le bras, me pivotant brutalement vers lui. Ses mains s'ancrent dans mon dos avec une force farouche, me collant contre son torse. Avant que je n'aie le temps de respirer, ses lèvres s'abattent sur les miennes.
C'est un baiser de feu et de larmes, d'une fougue et d'une passion désespérées. David m'embrasse comme s'il voulait m'arracher à mon destin, comme s'il tentait de graver son empreinte au plus profond de ma chair pour que personne d'autre ne puisse y toucher. Sa langue s'engouffre dans ma bouche avec une urgence sauvage, cherchant la mienne dans un jeu désordonné, fiévreux, mouillé de nos larmes mêlées. Je réponds à sa ferveur avec la même rage, m'agrippant au tissu de son sweat, oubliant le chauffeur, oubliant la rue, oubliant le monde entier. Nos souffles se confondent dans un gémissement de douleur pure, un adieu charnel et déchirant qui nous laisse tous les deux chancelants.
Lorsqu'il se détache enfin, il est essoufflé, le regard éperdu. Il me repousse doucement vers la voiture, ses doigts glissant contre les miens jusqu'au dernier millimètre.
— Va-t'en, murmure-t-il, les yeux brillants. Sinon je ne te laisse pas partir.
Le cœur en miettes, je monte à l'arrière de la berline. La portière se referme dans un bruit mat, isolant instantanément l'habitacle du reste du monde. Le chauffeur démarre en douceur, s'engageant sur les boulevards déserts en direction de l'autoroute pour l'aéroport de Lyon.
Je me retourne, collant mon visage contre la vitre teintée. Sur le trottoir, la silhouette de David diminue peu à peu sous la lueur blafarde du jour qui se lève, jusqu'à n'être plus qu'un point sombre, puis plus rien du tout. Je me laisse aller contre le cuir du siège, fermant les yeux alors que les premières larmes de ma solitude coulent en silence, définitivement emporté par la machine de la vie publique.
Fin du chapitre 38.
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