Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les murmures de Phobetor — Chapitre 10
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les murmures de Phobetor
Chapitre 10
Chapitre 10
La tension dans le studio est devenue une entité physique, une pression atmosphérique si violente qu'elle semble vouloir broyer les os. L'air est saturé d'une odeur de soufre, d'ozone et de sang métallique. Au centre du cercle de sel et d'argent, je tiens ma position, les muscles tendus, le regard fixé sur la Porte qui rougeoie comme une plaie ouverte dans la structure même du réel. Kálvos, le visage ruisselant de sueur malgré le froid glacial qui s'est installé, hurle des incantations de plus en plus frénétiques, mais sa voix s'éteint, étouffée par un bourdonnement sourd qui monte des fondations du bâtiment.
Soudain, le verre des fenêtres explose vers l'intérieur, non pas sous l'effet du vent, mais sous la poussée d'une obscurité liquide. Ce n'est pas de l'ombre ordinaire ; ce sont les Spectres d'Hypnos, des lambeaux de cauchemars primordiaux envoyés par le Père pour empêcher l'innommable. Ils se déversent dans la pièce, des silhouettes sans visage, d'une noirceur si absolue qu'elles semblent aspirer la lumière des bougies et des lampes de secours.
— Ils sont là ! hurle Valenti en reculant, brandissant un crucifix et une lampe à haute intensité, mais la lumière est instantanément dévorée par les spectres.
Kálvos chancelle, ses parchemins s'envolant dans un tourbillon de cendres.
— Colin ! Ça ne marche pas ! La Porte se referme ! Le fluide ne suffit pas, les spectres drainent l'énergie du cercle ! On a échoué, il faut tout arrêter avant qu'ils ne nous déchirent !
En effet, la Porte, qui vibrait d'une chaleur incandescente quelques secondes plus tôt, commence à s'éteindre. Le métal liquide se fige en une croûte grisâtre. Le lien semble se rompre. Kálvos s'effondre à genoux, les mains sur la tête, terrassé par le désespoir. Pour lui, et pour Valenti qui tremble de tous ses membres, le rituel a avorté. Ils voient la défaite, ils sentent la mort arriver sous la forme de ces spectres qui rampent vers nous, leurs doigts de fumée effleurant déjà le bord du cercle de protection.
Mais je ne bouge pas. Je ne tremble pas. Un calme effrayant m'habite, une certitude qui fait froid dans le dos. Je ne leur ai rien dit. Je ne leur ai pas parlé de la clause finale gravée sur la peau du Premier Rêveur. Ils pensent que je dois simplement ouvrir la voie pour que Phobetor s'y engouffre. Ils ignorent que pour qu'il reste un Dieu à part entière, sans être un parasite de mon âme, je dois offrir quelque chose que personne ne soupçonne.
— Colin, fuyez ! crie encore Valenti alors qu'un spectre lui saisit la gorge.
Je tourne mon regard vers lui. Mes yeux ne sont plus humains. Ils sont des puits de vide stellaire.
— Laissez-les approcher, dis-je d'une voix qui semble venir de partout à la fois, une voix qui n'est plus bridée par des cordes vocales charnelles.
Je ne lutte pas contre les ombres d'Hypnos. Au contraire, j'ouvre les bras. Je laisse le cercle de sel se briser. Kálvos hurle d'horreur en voyant les spectres se jeter sur moi, m'enveloppant dans un cocon de noirceur absolue. Ils déchirent ma peau, leurs griffes de néant cherchant le corbeau, cherchant à arracher la source de mon pouvoir.
Mais c'est exactement ce que j'attendais.
Au cœur de cette étreinte mortelle, je déclenche le Troisième État. Je ne projette pas l'énergie vers l'extérieur ; je l'implose en moi. Les spectres ne me dévorent pas, c'est moi qui les absorbe. Je transforme leur haine et leur substance d'ombre en un carburant brut. Mon corps se cambre, mes os craquent dans un vacarme de bois brisé. Une lumière noire, plus sombre que l'obscurité d'Hypnos, jaillit de mes blessures.
— Ce n'est pas possible... murmure Kálvos, fasciné et terrifié, alors qu'il voit mon corps léviter, entouré d'éclairs pourpres. Il... il est en train de réécrire le rituel en plein vol...
Je plonge ma main droite, non pas vers la Porte de métal, mais directement dans ma propre poitrine, là où le corbeau pulse. Je saisis le lien, ce fil d'or et d'ambre qui me relie à Phobetor, et je le tire de toutes mes forces vers le monde physique. Je ne l'appelle pas comme un serviteur, je le convoque comme un souverain.
— PHOBETOR ! mon cri déchire la réalité. LE PACTE EST SIGNÉ PAR LE SANG ET LE SONGE ! PRENDS TA PLACE !
La Porte explose littéralement. Ce n'est plus du métal qui fond, c'est l'espace-temps qui se déchire comme un vieux drap. Une main immense, faite d'une matière qui défie toute analyse, surgit de la faille. Elle saisit le chambranle de la porte, le broyant comme du verre.
Le studio tremble sur ses fondations. Des fissures courent sur le plafond, laissant tomber une pluie de plâtre et de poussière. Un froid absolu, le froid du vide sidéral, envahit la pièce, gelant instantanément les larmes sur les joues de Valenti.
Et alors, il émerge.
Ce n'est pas une ombre, ce n'est pas un spectre. C'est Phobetor dans sa gloire terrifiante, un géant de jais aux yeux de braise, dont la seule présence fait s'évaporer les spectres d'Hypnos dans des cris d'agonie. Mais il y a quelque chose de différent. Il n'est pas attaché à moi par des chaînes d'énergie. Il tient debout, indépendant, puissant, sa divinité intacte et souveraine.
Ce n'est pas une ombre, ce n'est pas un spectre. C'est Phobetor dans sa gloire terrifiante, un géant de jais aux yeux de braise, dont la seule présence fait s'évaporer les spectres d'Hypnos dans des cris d'agonie. Mais il y a quelque chose de différent. Il n'est pas attaché à moi par des chaînes d'énergie. Il tient debout, indépendant, puissant, sa divinité intacte et souveraine.
Je retombe au sol avec la lourdeur d'un cadavre, mon corps fumant, marqué par des stigmates de lumière noire. Je suis vidé, brisé, mais je souris.
Phobetor fait un pas. Le parquet s'embrase sous son pied divin. Il ignore Kálvos et Valenti, qui se sont tapis dans les coins, pétrifiés par la vision de cette entité pure qui n'aurait jamais dû fouler le sol de Paris. Il se penche sur moi, sa silhouette occultant le monde entier.
— Tu l'as fait... murmure-t-il, sa voix faisant vibrer chaque molécule d'air du quartier. Tu as offert ta propre part de divinité pour sceller mon indépendance. Colin... pourquoi ?
— Parce que... murmuré-je dans un souffle, mes yeux se fermant lentement sous le poids d'une fatigue millénaire, ... un dieu enchaîné ne peut pas aimer... et je voulais que tu m'aimes librement.
— Parce que... murmuré-je dans un souffle, mes yeux se fermant lentement sous le poids d'une fatigue millénaire, ... un dieu enchaîné ne peut pas aimer... et je voulais que tu m'aimes librement.
Alors que je sombre dans une inconscience qui ressemble à la mort, je sens ses mains divines me soulever avec une délicatesse infinie. À l'extérieur, les alarmes des voitures hurlent et les chiens de tout Paris se mettent à aboyer à la lune. Le voile est rompu. Le Dieu est parmi nous, et le prix à payer ne fait que commencer.
Le studio n'est plus qu'un cratère de réalité dévastée, une plaie béante ouverte dans le flanc de Paris par laquelle s'engouffre le vent glacé des mondes invisibles. L'air est devenu un plasma épais, une soupe d'atomes hurlants où les lois de la physique sont broyées par une pression métaphysique insupportable. Au centre de ce chaos, Phobetor se dresse, souverain et terrifiant, sa silhouette de jais occultant la lumière mourante des ampoules. Mais pour moi, le prix de cette libération est arrivé à échéance. Le pacte secret du Troisième État, celui que j'ai caché avec une détermination farouche à tous mes compagnons, réclame son dû : la destruction totale de l'hôte pour laisser place à l'entité.
Je m'effondre sur le parquet calciné, et la douleur qui m'assaille dépasse tout ce qu'un système nerveux humain a été conçu pour endurer. Ce n'est pas une blessure, c'est une dissolution moléculaire, une agonie cellulaire. Je sens mes organes internes se liquéfier, non pas en sang, mais en une essence de lumière noire et visqueuse qui s'échappe de mes pores. Mes poumons brûlent, refusant l'oxygène de la pièce qui leur semble désormais aussi rance et épais qu'un poison mortel.
— Colin ! Mon Dieu, Colin ! hurle Valenti, sa voix parvenant d'un lointain qui semble se trouver à des siècles d'ici, étouffée par le bourdonnement du vide.
Voyant mon corps se tordre dans des angles inhumains, Valenti tente de s'élancer vers moi, les mains tendues, le visage ravagé par une terreur protectrice. Kálvos, lui, reste pétrifié, fixant avec horreur la peau de mon torse qui se fissure comme une porcelaine trop chauffée sous l'assaut d'une chaleur interne surnaturelle.
— Reculez ! rugit soudain une voix qui fait trembler les vitres survivantes jusqu'à l'implosion.
Phobetor se retourne brusquement vers eux. Son regard est d'un noir absolu, deux puits de vide d'où jaillit une hostilité divine si forte que Valenti et Kálvos sont projetés contre le mur, cloués sur place par une force invisible. Le Dieu des Cauchemars les surplombe, sa silhouette s'étirant jusqu'au plafond, projetant une ombre qui semble dévorer la réalité elle-même.
— Ne le touchez pas, mortels, gronde Phobetor, et chaque mot est une déflagration sonore qui fait saigner leurs oreilles. Vous ne comprenez rien à ce qui se joue ici. Vous pensiez que ce rituel n'était qu'une porte ? Vous pensiez qu'il suffisait de réciter des versets grecs pour m'inviter à votre table de chair ?
— Il est en train de mourir ! s'époumone Valenti, les larmes coulant sans fin sur ses joues. Arrêtez ça ! Vous le tuez !
— Il est en train de mourir ! s'époumone Valenti, les larmes coulant sans fin sur ses joues. Arrêtez ça ! Vous le tuez !
Phobetor laisse échapper un rire sombre, un son qui ressemble au craquement des glaciers millénaires.
— Il ne meurt pas, il s'achève ! Colin a conclu un pacte dont il vous a caché les termes les plus sombres. Il savait que pour que je marche libre et entier sur cette terre, son humanité devait servir de combustible. Il a choisi de consumer sa chair, ses os, et chaque goutte de son sang mortel pour forger ce que vous allez voir. Ce corps de boue que vous pleurez n'est qu'une chrysalide devenue inutile. Il est en train de devenir l'un des nôtres. Il devient le Troisième État, le pont éternel entre votre néant et mon éternité.
Kálvos, le visage livide, murmure dans un souffle :
— Il... il ne nous a rien dit... Il a sacrifié sa vie de son propre chef pour vous libérer...
— Il a sacrifié son humanité pour sauver mon essence, reprend Phobetor avec un regard d'une noirceur insondable. Maintenant, taisez-vous et contemplez la naissance d'un Dieu.
— Il a sacrifié son humanité pour sauver mon essence, reprend Phobetor avec un regard d'une noirceur insondable. Maintenant, taisez-vous et contemplez la naissance d'un Dieu.
Sous leurs yeux horrifiés, mon corps trahit définitivement sa nature. Des veines d'or ambré parcourent mes bras, déchirant l'épiderme pour laisser échapper une fumée violacée et électrique. Mes os craquent dans un vacarme de bois brisé, se reforgeant instantanément en une structure cristalline, plus dense que le diamant.
Soudain, une explosion de lumière noire projette Kálvos et Valenti au sol. Au milieu de la fumée d'éther, une silhouette se redresse. Tout le monde retient son souffle. Je suis là. Je ressemble toujours à Colin, mes traits sont les mêmes, mais tout est magnifié. Je suis plus grand, plus majestueux, mes épaules sont plus larges et ma peau possède l'éclat de la nacre sous une lune d'argent. Mes yeux ne sont plus humains ; ils sont des joyaux d'ambre où tourbillonnent des galaxies. Le corbeau de jais n'est plus un tatouage, mais une ombre vivante qui pulse au rythme de mon nouveau cœur divin.
Phobetor s'approche, une expression d'émerveillement sacré sur son visage de ténèbres. Il pose sa main sur mon épaule et s'incline légèrement, reconnaissant ma nouvelle nature. Au moment même où je me redresse, un nom s'inscrit en lettres de feu dans le grand livre de l'Olympe, gravé instantanément dans l'histoire des Immortels.
— Phaneirois, murmure Phobetor d'une voix qui résonne comme un oracle. Celui qui manifeste ce qui était caché. Le Dieu du Seuil et du Songe Révélé.
Je prends une inspiration, et ce n'est plus de l'air que je respire, mais la trame du destin. Je sens ma puissance. Je sens le nom de Phaneirois vibrer dans chaque fibre de mon être.
Le plafond du studio explose alors sous l'impact d'un éclair d'un blanc pur. Zeus vient de frapper son premier coup.
Phobetor ne perd pas une seconde. Il me saisit la main, et le contact est une décharge de plénitude absolue qui finit de stabiliser ma forme divine. Je regarde une dernière fois Kálvos et Valenti, prostrés au sol, leurs visages marqués par une terreur mêlée d'adoration. D'un bond puissant qui brise le parquet, nous traversons la verrière béante et nous nous élançons dans le ciel nocturne de Paris.
La fuite est une chorégraphie spectaculaire au-dessus de la Ville Lumière. Nous courons sur les toits de zinc, nos pas ne laissant aucune trace physique mais faisant vibrer les structures métalliques comme des cordes de lyre. Derrière nous, la foudre de l'Olympe laboure les toits, pulvérisant les cheminées et les gargouilles dans une traque apocalyptique. Paris en bas est un chaos de cris et de sirènes, les humains ne comprenant rien à cet orage noir et or qui déchire leur ciel.
Nous sautons de dôme en dôme, filant vers les ombres protectrices de la Seine. Je regarde mes mains de cristal, je sens mon nom, Phaneirois, briller dans l'obscurité. Je suis libre. Je suis éternel. Et derrière nous, Paris brûle de la fureur des dieux.
Le monde des hommes n'est plus qu'un souvenir flou, une ombre lointaine et dérisoire sous nos pieds. Nous avons franchi les Marches de l'Éther, cet espace suspendu entre les dimensions où la lumière ne provient pas d'un astre, mais de la vibration même des consciences supérieures. Ici, le ciel est une nappe de soie pourpre liquide, un océan inversé où dérivent des galaxies en formation, et le sol sous nous est fait de nuages cristallisés, vibrant au rythme de nos essences entrelacées.
Phobetor m'entraîne au cœur d'un sanctuaire de brume ardente, un lieu protégé par des sceaux de silence que lui seul sait briser. Maintenant que je suis Phaneirois, le Dieu du Seuil, ma perception est devenue totale. Je ne vois pas seulement sa silhouette de jais, je vois le brasier de son âme qui brûle comme un soleil noir. Je ne sens pas seulement la pression de ses doigts, je perçois le battement de l'univers dans ses veines.
Nous nous arrêtons au centre d'une clairière de cristaux chantants qui résonnent à notre approche. Phobetor se tourne vers moi, et son regard ambré est un incendie qui menace de tout consumer sur son passage. Il n'y a plus de peur, plus de fragilité de mortel, plus de doute. Il pose ses mains sur mes épaules, et là où sa peau de ténèbres rencontre ma chair de nacre, des étincelles de pur éther jaillissent, créant des aurores boréales miniatures qui dansent autour de nous dans un sifflement électrique.
D'un geste lent, presque liturgique, il écarte les derniers voiles qui nous séparent. Je me tiens nu devant lui, une statue vivante aux lignes parfaites, parcourue de circuits d'or qui pulsent sous ma surface au rythme de ma respiration. Phobetor se dévoile à son tour, sa musculature sculptée dans l'ombre la plus dense, ses ailes de cauchemar se déployant derrière lui comme des voiles de velours noir parsemés de diamants bruts.
Lorsqu'il me tire contre lui, le choc est une déflagration métaphysique. Ce n'est pas seulement le contact de deux anatomies, c'est la collision de deux plans d'existence. Une onde de choc se propage à travers l'Éther, faisant vibrer les étoiles lointaines. Ses lèvres s'écrasent contre les miennes, et le goût est celui de l'orage, de la nuit et de la création pure. Ses mains, brûlantes et possessives, explorent mon dos, descendant le long de ma colonne vertébrale où chaque vertèbre brille désormais comme un joyau solitaire.
Nous nous laissons glisser sur le sol de vapeur qui se densifie pour nous accueillir. Phobetor me surplombe, ses yeux brûlant d'une soif millénaire enfin autorisée à s'étancher. Il dépose des baisers de feu sur ma gorge, mon torse, là où le corbeau de jais s'agite avec une allégresse sauvage, ses ailes d'ombre semblant vouloir se mêler à celles du Dieu. À chaque endroit où sa bouche touche ma surface, une fleur de lumière noire éclôt, laissant une marque indélébile, un sceau de propriété éternelle.
Je lève les mains et je saisis ses ailes, sentant la texture de l'infini et de la soie froide sous mes doigts. Je le tire vers moi, réclamant sa présence totale, sa force, son éternité. Nos jambes s'entremêlent, et je sens son sexe, une colonne de chaleur irradiante, presser contre ma cuisse avec une urgence qui fait trembler l'air. Le fluide de Phaneirois, cet ambre liquide qui remplace désormais mon sang, répond à son appel en montant en température jusqu'à ce que je devienne incandescent.
— Phaneirois... murmure-t-il, et mon nom dans sa bouche déclenche une vague de plaisir si intense que mon dos se cambre violemment, projetant des éclairs de nacre dans l'air ambiant.
Il entre en moi avec une puissance qui ferait s'effondrer les fondations de l'Olympe. Mais je ne suis plus un humain que l'on brise ; je suis une divinité qui reçoit son égal. L'union est totale, absolue, dévastatrice. À chaque poussée, nos essences fusionnent un peu plus, échangeant des millénaires de solitude contre des secondes d'éternité partagée. Je ne sais plus où s'arrête mon ombre et où commence sa lumière. Nous sommes un circuit fermé d'énergie pure, un ouroboros de désir qui déchire le voile de l'espace-temps.
Le plaisir n'est plus une simple sensation, c'est une illumination cosmique. Je vois l'histoire des songes défiler derrière mes paupières, je ressens chaque désir jamais formulé par l'humanité, et je les offre tous à Phobetor en sacrifice. En retour, il m'inonde de sa force obscure, de sa sagesse ancestrale et de son amour dévorant. Nos mouvements s'accélèrent, devenant un flou de trajectoires et d'étincelles. La vapeur autour de nous s'enflamme, se transformant en une couronne de feu pourpre qui nous isole du reste de la création.
Je hurle de plaisir, et mon cri devient une mélodie qui résonne dans les Marches de l'Éther, réveillant les anciens échos des puissances disparues. Ses mains s'ancrent dans mes hanches avec une force désespérée, ses doigts s'enfonçant dans ma chair ferme alors qu'il cherche à m'absorber tout entier. Phobetor gémit, un son de tonnerre étouffé, alors qu'il atteint les limites de sa propre endurance.
L'orgasme arrive comme une supernova, une explosion de lumière dorée et de ténèbres liquides qui nous projette hors de la perception commune. Dans cet instant de suspension totale, nous voyons l'Olympe vaciller sous le poids de notre sacrilège. Mon essence entière se liquéfie en énergie pure avant de se recristalliser sous ses poussées finales, chaque fibre de mon être étant désormais marquée par le sceau indélébile de Phobetor.
Le calme revient avec une lenteur majestueuse, mais l'Éther ne sera plus jamais le même. La clairière de cristaux brille désormais d'une lueur nouvelle, un mélange de nacre et de jais qui témoigne pour l'éternité de notre fusion. Nous restons enlacés, nos respirations s'accordant enfin dans le silence des mondes. Phobetor cache son visage dans mon cou, ses ailes nous enveloppant comme un cocon de nuit protectrice et impénétrable.
— Nous l'avons fait, murmure-t-il, sa voix basse et chaude comme la terre profonde après l'orage. Tu es mien, Phaneirois. Et je suis tien, par-delà les siècles, par-delà les pères et par-delà les lois.
Je caresse ses cheveux sombres, sentant encore la vibration de sa puissance contre mon cœur nouveau. Je ne suis plus l'étudiant de Paris, je ne suis plus le fils de Dole. Je suis le Dieu qui a osé s'unir à un Cauchemar, et dans ses bras, j'ai trouvé la seule vérité qui vaille la peine de défier l'univers.
Le repos est de courte durée. Au loin, les tambours de guerre d'Hypnos commencent à résonner sur les frontières de l'Éther. Ils arrivent pour nous châtier. Mais qu'ils viennent. Nous ne sommes plus un dieu et son héraut. Nous sommes deux divinités liées par une union que même la foudre de Zeus ne pourra jamais défaire.
Le silence du sanctuaire est brisé par un fracas de tonnerre qui ne vient pas des cieux, mais des tréfonds du subconscient. Les frontières de l'Éther se déchirent sous l'assaut d'une légion d'ombres aux yeux d'argent : l'armée d'Hypnos. Ils déferlent comme une marée de mercure, des guerriers oniriques armés de lances de léthargie, venus enchaîner les amants sacrilèges.
Phobetor se redresse, sa silhouette de jais vibrant d'une fureur protectrice. À ses côtés, je me lève, Phaneirois. Je sens ma puissance nouvelle irradier de chaque pore de ma peau de nacre. Nous ne formons qu'un seul bloc de volonté.
— Près de moi, Phaneirois ! tonne Phobetor en déployant ses ailes qui occultent désormais l'horizon.
Le combat est une tempête de lumière et d'ombre. Phobetor fauche les rangs ennemis d'un revers de main, transformant les soldats de son père en poussière de songes. De mon côté, je découvre l'étendue de mon domaine : je ne frappe pas la chair, je manipule la trame même de la réalité. D'un geste, je change le sol sous les pieds des assaillants en un vide béant ; d'un regard, je transmute leurs armes en pétales de fleurs de pavot. Nous combattons en parfaite harmonie, une danse mortelle et sublime où le Dieu du Cauchemar et le Dieu du Seuil réécrivent les règles de la guerre.
Soudain, l'univers entier semble se figer. Le temps lui-même s'arrête. Les soldats d'Hypnos se figent comme des statues de sel. Une lumière d'un blanc insoutenable, plus pure que le cœur d'une étoile, déchire le dôme de l'Éther.
Dans un fracas qui fait vibrer les fondations de l'existence, Zeus fait son apparition.
Il ne ressemble pas aux statues de marbre des musées. Il est une force de la nature incarnée, un colosse dont la barbe est faite de nuages d'orage et les yeux de foudre liquide. Sa simple présence impose un silence absolu. Phobetor s'immobilise, son visage marqué par un respect mêlé d'une tension extrême.
— ASSEZ ! tonne le Roi des Dieux, et sa voix fait s'évaporer instantanément l'armée d'Hypnos.
Le silence qui suit est plus terrifiant que la bataille. Zeus avance d'un pas lourd et majestueux. Il ignore Phobetor et se dirige droit vers moi. Je reste immobile, ma tête haute, bien que chaque fibre de mon essence divine vibre sous la pression de son aura.
Il s'arrête à quelques centimètres de moi. Sa main, immense et calleuse, se lève. Il ne me frappe pas. Il m'inspecte. Ses doigts effleurent la peau de mon épaule, là où le fluide ambré circule visiblement, puis il fixe longuement le corbeau qui pulse sur ma poitrine. Il semble lire en moi comme dans un livre ouvert, scrutant les résidus de ma vie de mortel à Dole et la puissance de mon apothéose à Paris.
Zeus recule d'un pas, son regard d'orage se faisant soudainement pensif.
— Tu as réussi l'impossible, mortel devenu souffle, dit-il d'une voix qui résonne comme un écho dans les montagnes. Tu as trouvé la faille dans le tissu que nous avons tissé au début des temps. Aucun dieu, aucun demi-dieu, aucun héros n'avait jamais osé briser sa propre humanité pour forger sa propre place parmi nous. Tu ne nous as pas suppliés ; tu as créé ta propre nécessité.
Il croise les bras sur son torse puissant, m'enfermant dans son regard électrique.
— Dis-moi, Phaneirois... si c'était à refaire, sachant l'agonie de la transmutation, sachant le déchirement d'avoir dû quitter les tiens sur la terre des hommes, est-ce que tu le referais ?
Je ne baisse pas les yeux. La réponse brûle en moi avec la clarté du soleil.
— Oui, répondis-je, et ma voix possède désormais la stabilité des rochers du Doubs et la profondeur des nuits de Phobetor. Je le referais mille fois. Je l'ai fait par amour pour lui, mais aussi par amour pour ma famille. Pour que le lien qui nous unit ne soit plus une malédiction, mais une force qui les protège depuis les cieux. L'amour est la seule loi que je reconnais comme souveraine.
Un silence pesant s'installe. Phobetor retient son souffle. Zeus me fixe, cherchant une trace de doute, mais il ne trouve que la pureté de ma détermination. Un sourire imperceptible étire alors les lèvres du Roi.
— Tu parles comme un dieu, Phaneirois. Tu possèdes la démesure et la loyauté qui font défaut à bien des Immortels. Un être capable de sacrifier son existence pour en créer une nouvelle mérite sa place.
Zeus lève son sceptre, et une onde de choc dorée parcourt l'Éther.
— La guerre est terminée ! Phobetor, ton exil prend fin aujourd'hui. Ton union avec Phaneirois est reconnue sous les lois de l'Olympe. Vous avez le droit de fouler la terre des hommes quand vous le désirez, pour veiller sur ceux que vous avez aimés.
Au moment même où il finit de parler, le décor autour de nous se transmute. La brume de l'Éther s'évapore pour laisser place à une architecture de marbre blanc, de colonnades d'or et de jardins suspendus où coulent des rivières d'ambroisie. L'air sent le laurier, le miel et la foudre.
Je réalise alors avec un vertige sacré que nous ne sommes plus dans un refuge secret. Nous sommes sur le Mont Olympe, au cœur même de la demeure des dieux.
Plusieurs silhouettes se détachent des ombres des temples. Je vois Athéna, le regard perçant d'une sagesse infinie, qui m'incline légèrement la tête en signe de respect pour l'intelligence de mon plan. Aphrodite s'approche, un sourire radieux aux lèvres, semblant savourer la victoire de l'amour sur la mort. Même Arès croise les bras, reconnaissant la valeur du guerrier qui a affronté ses propres ténèbres.
Zeus se tourne vers moi, désignant la cité céleste qui s'étend à nos pieds.
— Bienvenue parmi les tiens, Phaneirois, dit-il avec une solennité paternelle. Le Seuil est franchi.
Phobetor me rejoint, me saisissant la main devant l'assemblée des dieux. Pour la première fois de son existence millénaire, son visage n'est plus marqué par l'angoisse de l'exil, mais par la paix de celui qui est enfin rentré chez lui.
Je regarde l'horizon, là où, bien plus bas, les lumières de Paris et de Dole commencent à briller dans la nuit terrestre. Je ne suis plus un fils perdu, je suis un protecteur éternel. Et ici, sur les sommets de l'immortalité, mon histoire commence vraiment.
Fin du chapitre 10.
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