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Mon année de terminale — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Mon année de terminale
Chapitre 2
Lundi matin, le bus était encore plus bondé que d'habitude. J'ai réussi à me caler contre une vitre, écouteurs dans les oreilles, pour éviter de penser trop fort à la soirée qui m'attendait. Julian. L'étudiant espagnol. Vingt-cinq ans. Un mec. J'avais déjà décidé que j'allais le détester poliment, histoire de ne pas avoir à faire semblant d'être content.
La journée au lycée s'est écoulée dans un brouillard familier. Cours de français, contrôle surprise en histoire, Jules qui m'a passé un mot pendant que le prof écrivait au tableau : « T'as déjà prévu comment virer l'Espagnol de ta baraque ? ». J'ai répondu par un sourire crispé et un « j'vais le noyer dans la baignoire ». Lucien a failli s'étouffer de rire trois rangs plus loin.
À midi, alors que j'étais en train d'attaquer une assiette de frites molles à la cantine, mon téléphone a vibré.
Maman :
— Théo, ce soir après les cours, tu viens avec moi chercher Julian à la gare. Il arrive à 18h12. Je passe te prendre à 17h30 devant le lycée. Bisous.
J'ai fixé l'écran trois secondes, puis j'ai grogné tout seul. Putain. Pas le choix. J'ai répondu un « OK » sec et j'ai rangé le téléphone. La perspective de devoir faire le taxi avec ma mère pour un mec que je ne connaissais même pas m'a gâché le reste de la pause.
Les cours de l'après-midi ont traîné en longueur. À 17h25, j'étais déjà dehors, sac sur l'épaule. La voiture de ma mère s'est arrêtée pile à l'heure. Elle avait l'air contente, presque excitée.
— Monte, mon grand. On va accueillir notre invité comme il se doit.
J'ai bougonné un « ouais » et je me suis assis à l'avant.
Sur la route vers la gare, elle a tenté de me remonter le moral.
— Tu verras, il est peut-être sympa. Et vous pourrez parler foot tous les deux. Il supporte le Barça, je crois.
J'ai levé les yeux au ciel sans répondre. Le foot. Super. Juste ce qu'il me fallait. Je suivais un peu, mais je n'étais pas un grand fan.
À la gare, ma mère a sorti une petite pancarte A4 qu'elle avait bricolée : « JULIAN » écrit en gros feutre bleu. On s'est plantés sur le quai, pancarte en l'air, comme deux cons. Le train de Barcelone est arrivé à l'heure. Les portes se sont ouvertes, les gens ont commencé à sortir en masse. On attendait. Et on attendait.
Cinq minutes plus tard, le quai était presque vide. Ma mère a froncé les sourcils, fouillé dans son sac, sorti une pochette plastifiée avec le dossier de l'organisme d'échange.
— Attends, je l'appelle.
Elle a composé le numéro. Quelques sonneries. Puis une voix féminine a répondu, un peu essoufflée.
Ma mère a parlé deux minutes, puis a dit :
— Levez la main pour qu'on vous voie, on est sur le quai avec une pancarte.
À une trentaine de mètres, une main s'est levée timidement.
Une fille.
Blonde – enfin, blonde décolorée, on voyait bien les racines châtain clair –, 1m70 environ, jogging gris large, sweat oversized qui tombait jusqu'à mi-cuisses, une énorme valise à roulettes à côté d'elle. Elle avait l'air fatiguée, mais pas défaite. Visage fin, grands yeux marron, un sourire un peu gêné.
Ma mère et moi on s'est approchés.
— Vous êtes Sylvie ? a demandé la fille avec un accent espagnol très marqué.
— Oui ! Et vous... attendez, votre dossier dit Julian ?
— Oui ! Et vous... attendez, votre dossier dit Julian ?
La fille a éclaté de rire, un rire clair et contagieux.
— Oui, Juliana. Il y a une faute dans le dossier, je pense. Juliana avec un A.
Ma mère a ri aussi, soulagée.
— Ah ! Ça explique tout ! Juliana, alors. Et voici Théo, notre fils.
Juliana s'est tournée vers moi. Elle m'a détaillé deux secondes, puis a souri plus grand.
— Hola, Théo.
J'ai marmonné un « salut » maladroit. Ma mère m'a donné un coup de coude discret.
— Théo, tu peux prendre la valise de Juliana ? Elle doit être fatiguée après le voyage.
J'ai attrapé la poignée de la valise sans réfléchir. Elle était lourde comme un âne mort, mais je m'en foutais. Parce que là, dans ma tête, c'était l'explosion. Juliana. Pas Julian. Une meuf. Vingt-cinq ans. Espagnole. Chez moi. Toute l'année.
Le dieu des puceaux avait enfin entendu mes prières pourries.
Dans la voiture, ma mère au volant, Juliana à l'arrière et moi à l'avant. Elle a commencé à raconter le voyage, son français approximatif, mais charmant, plein de fautes adorables.
— Le train, il était très long... six horas, no ? J'ai dormi un poco, mais pas beaucoup. Et en Barcelona, il faisait très chaud avant partir. Ici il fait... beaucoup froid ?
Ma mère hochait la tête, ravie.
— Oui, on est en automne maintenant, il commence à faire frais. Tu vas t'habituer.
Juliana s'est tournée vers moi.
— Toi, Théo, tu parles espagnol ?
J'ai haussé les épaules.
— Un peu. Mais je suis pas fort.
Elle a souri.
— No pasa nada. Je t'apprendrai. Et toi tu m'aides avec français, ça va pour toi ?
J'ai hoché la tête, le cœur qui battait un peu trop vite.
Arrivés à la maison, j'ai monté la valise monstrueuse jusqu'à la chambre de Marie – devenue la sienne. Pendant ce temps, elle s'est présentée en bas à mon père et à Emma, qui était rentrée pour le week-end. J'entendais les rires, les « bienvenida ! », les bisous sur les joues.
Quand je suis redescendu, tout le monde était à table. Ma mère avait sorti le grand jeu : gratin dauphinois, salade, fromage, tarte aux pommes. Juliana s'était changée... enfin, pas vraiment. Elle avait juste enlevé le sweat et mis un tee-shirt long noir par-dessus le jogging. Le tee-shirt était large, mais on devinait quand même une silhouette fine, des épaules droites, une poitrine discrète, mais présente. Ses cheveux blonds décolorés étaient attachés en chignon rapide. Elle avait l'air à l'aise, même si elle rougissait un peu à chaque fois qu'on lui posait une question.
Pendant le repas, elle a répondu à tout avec son accent chantant, en mélangeant les genres et les temps :
— Moi j'étudie le tourisme à Barcelone, mais je veux améliorer mon français pour le master. Et aussi... j'aime beaucoup le foot ! Le Barça, claro.
Mon père a lancé :
— Ah ! Théo aussi aime le foot. Pas vrai, Théo ?
J'ai failli m'étouffer avec ma fourchette.
— Ouais... un peu.
Juliana m'a regardé, amusée.
— Tu supportes quelle équipe ?
J'ai bredouillé :
— Euh... le PSG, je crois. Enfin, depuis qu'on est rentrés en France.
Elle a fait une petite grimace théâtrale.
— Ay, no... le PSG ? Le club de la remontada ?
Tout le monde a ri. Moi aussi, même si j'étais rouge.
Après le dessert, Juliana a dit qu'elle était fatiguée du voyage. Ma mère lui a montré la salle de bain, les serviettes, etc. Moi, j'ai filé dans ma chambre sans demander mon reste.
Allongé sur mon lit, lumière éteinte, je fixais le plafond.
Juliana.
Pas Julian.
Vingt-cinq ans.
Dans la chambre juste à côté.
Avec son accent, son rire, son jogging qui cachait peut-être des trucs incroyables.
J'ai fermé les yeux. Dans ma tête, elle enlevait déjà ce tee-shirt trop grand. Elle se penchait vers moi, ses cheveux blonds décolorés qui tombaient sur mon visage, sa bouche qui murmurait « Théo... » avec cet accent roulant.
Ma main est descendue sous le boxer.
Je n’ai pas tenu longtemps.
Cette année venait officiellement de devenir la plus dingue de ma vie.
Et elle ne faisait que commencer.
—*Mardi matin.**
Le réveil a sonné à 6h45, mais j'étais déjà réveillé depuis vingt bonnes minutes. Impossible de me rendormir. Juliana était là, de l'autre côté du mur, à trois mètres à vol d'oiseau. J'ai attendu que le silence de la maison se confirme – mon père parti au travail de bonne heure, ma mère encore au lit – avant de me lever.
J'ai enfilé un boxer et un vieux t-shirt gris, pieds nus, et j'ai ouvert ma porte doucement. Direction la salle de bain. J'avais besoin d'une douche froide. Très froide.
Et là, putain.
La porte s'ouvre, Juliana me croise en sortant. Crop top noir ultra-court, tissu fin, presque transparent. Le bas s'arrêtait juste sous la poitrine, laissant voir un ventre plat, musclé sans être sec, et ce piercing au nombril – un petit anneau argenté avec une pierre rouge qui brillait comme un point de mire. Pas de soutien-gorge. Ses seins, fermes, hauts, gonflés juste ce qu'il faut – 90C, facile –, bougeaient légèrement au rythme de ses pas. Et deux autres piercings. Deux petites barres horizontales, une à chaque téton, qui tendaient le tissu à chaque respiration. Des tétons dressés, visibles, arrogants. Le shorty – un truc en coton gris foncé, taille basse – remonte en haut de ses cuisses. Jambes longues, fines, légèrement musclées aux mollets. Pieds nus sur le parquet froid.
Elle a souri sans aucune gêne et m'a salué d'un
— Buenos días, Théo.
J'ai senti mon sexe se tendre d'un coup, violemment, contre le boxer trop fin. J'ai croisé les bras sur mon ventre pour cacher l'évidence.
— Salut... j'ai marmonné, gorge nouée.
Elle a ri doucement.
— Tu veux la salle de bain ? Je viens de finir.
J'ai hoché la tête comme un idiot, incapable de bouger. Elle a continué vers la chambre, j'étais tellement sous le choc que j'en ai même oublié de me retourner pour mater ses fesses.
Je suis rentré en vitesse dans la salle de bain de peur de dévoiler cette vigueur matinale.
Porte fermée. Dos contre la porte. Respiration saccadée. Érection maximale, douloureuse, qui pulsait contre le tissu. J'ai baissé les yeux : une tache sombre de pré-sperme commençait déjà à apparaître.
Putain. Des piercings aux tétons. Vingt-cinq ans. Chez moi. Tous les matins.
J'ai attendu trois minutes que mon corps se calme un minimum, ai uriné et me suis lavé en vitesse puis je suis redescendu en vitesse. Petit-déj expédié en silence : tartine-beurre-confiture avalée debout, verre de jus d'orange descendu cul sec. Ma mère m'a lancé un « ça va, mon cœur ? » auquel j'ai répondu par un grognement affirmatif. J'ai chopé mon sac et je suis parti attraper le bus cinq minutes plus tôt que d'habitude.
Dans le bus, impossible de penser à autre chose. Juliana sortant de la salle de bain, les piercings qui brillaient. Le shorty tendu sur ses fesses que j'aurai tant aimé voir. J'ai mis mes écouteurs, volume à fond, pour essayer de noyer l'image. Ça n'a servi à rien.
Au lycée, maths en première heure.
Place assignée : toujours à côté de Julie.
Elle était là, short en jean, débardeur blanc, cheveux relevés, sourire en coin quand je me suis assis. Elle s'est penchée vers moi.
— T'as la tronche de quelqu'un qui a pas dormi, toi.
J'ai marmonné un « ouais, un peu » sans la regarder vraiment.
Elle a insisté, voix douce :
— T'as un souci ?
J'ai secoué la tête, yeux rivés sur mon cahier. En vrai, je voyais flou. Dans ma tête, c'était Juliana qui se penchait vers moi, pas Julie. Juliana qui murmurait « Théo... » avec cet accent. Juliana qui relevait son crop top pour me laisser voir les piercings de près.
Julie a posé une question sur l'exercice 14. Je crois. J'ai répondu un truc vague, à côté. Elle a froncé les sourcils.
— T'es ailleurs, là.
— Désolé... ouais, un peu crevé.
— Désolé... ouais, un peu crevé.
Elle n'a pas insisté. Tant mieux.
Midi. Cantine. Jules et Lucien en face de moi, frites et nuggets devant eux.
J'ai lâché d'une traite :
— C'est pas Julian. C'est Juliana. Avec un A. Vingt-cinq ans. Espagnole. Elle dort dans la chambre à côté de la mienne. Ce matin, je tombe sur elle en crop top et shorty dans le couloir. Piercings aux tétons. Piercing au nombril. Jambes interminables. Vingt-cinq ans, les mecs.
Silence de trois secondes.
Puis Jules explose de rire, presque un hurlement.
— Attends... t'as une meuf de vingt-cinq ans à poil chez toi tous les matins ?
— Pas à poil. Mais presque.
— Pas à poil. Mais presque.
Lucien siffle entre ses dents.
— Théo... t'es mort. Vingt-cinq ans, mec. Pour elle t'es un bébé. Elle va te mater comme un petit frère mignon et elle va ramener des mecs de vingt-sept ans qui la défoncent pendant que toi t'es en train de réviser ton bac dans la pièce d'à côté.
J'ai haussé les épaules, mais ça m'a piqué.
— Ouais bah... on verra.
Jules a tapé du poing sur la table.
— Non, mais attends, t'as capté qu'elle va vivre chez toi jusqu'en juin ? Tous les jours en serviette après la douche, tous les soirs en pyjama court, tous les matins en petite tenue... T'es en enfer, mon pote. Le paradis de l'enfer.
J'ai souri malgré moi. Ils avaient raison. C'était à la fois la meilleure et la pire chose qui pouvait m'arriver.
Le soir, rentré vers 17h30. Devoirs torpillés en une heure. Ordinateur allumé, porte de ma chambre ouverte – par habitude, et aussi parce que je voulais entendre si elle rentrait.
Vers 19h, bruit de clés. Voix de ma mère. Voix de Juliana.
— Théo ? On est rentrées !
Je suis resté assis, concentré sur ma partie quand plusieurs minutes après Juliana a pointé son nez dans ma chambre.
Elle portait un jean slim noir, un pull beige ample, cheveux lâchés. Elle avait l'air fraîche, contente. Elle m'a souri.
— Hola !
— Salut. Bonne journée ?
— Oui ! Ta mère m'a montré la ville vieille, les petites rues... c'est très joli.
— Salut. Bonne journée ?
— Oui ! Ta mère m'a montré la ville vieille, les petites rues... c'est très joli.
Elle a posé ses sacs de courses dans le couloir, puis est venue vers moi dans ma chambre, curieuse.
Elle s'est appuyée contre le mur près de la fenêtre, a jeté un œil à l'écran.
— À quoi tu joues, Théo ?
— League of Legends.
— League of Legends.
Elle a fait une petite moue amusée.
— Ah... J'ai joué un peu, mais je suis pas forte. Par contre je suis bonne pour Rocket League.
J'ai haussé un sourcil, surpris.
— Sérieux ? T'y joues souvent ?
— Quand j'ai le temps. À Barcelone, avec mes copains, on faisait des soirées...
— Quand j'ai le temps. À Barcelone, avec mes copains, on faisait des soirées...
Elle a laissé la phrase en suspens, sourire en coin.
J'ai senti une ouverture minuscule, minuscule.
— Bah... on pourra se faire une partie un de ces jours, si tu veux.
Elle a hoché la tête, l'air sincèrement contente.
— Oui, j'aimerais bien. Tu me montres quand tu peux.
Elle m'a fait un petit salut de la main et est partie dans sa chambre.
J'ai refermé la porte doucement, me suis rassis devant l'écran.
Après un bon repas en famille, mon père avait sorti une bouteille de vin rouge « pour fêter l'arrivée de Juliana », et l'ambiance était devenue un peu plus relâchée. Juliana parlait lentement, en cherchant ses mots, mais sans jamais perdre ce sourire en coin qui donnait l'impression qu'elle se moquait gentiment de tout le monde, y compris d'elle-même.
— Mon copain... il est parti à Londres il y a trois mois. Du coup je ne voulais pas rester seule et j'ai voulu faire comme lui, aller ailleurs.
Elle a haussé les épaules, un petit rire dans la gorge.
— Alors j'ai choisi la France. Le français, la nourriture, les garçons français...
Elle a fait un clin d'œil général à la tablée, mais ses yeux se sont posés une seconde de trop sur moi. Ou alors j'ai rêvé.
Mon père a ri fort. Ma mère a souri en coin. Emma, qui était restée dîner, a levé son verre :
— Bienvenue dans la team des couples longue distance, alors.
Juliana a trinqué avec elle.
Moi, j'ai fixé mon assiette. Un copain. Évidemment qu'elle avait un copain. Vingt-cinq ans, piercings aux tétons, corps de déesse barcelonaise... comment aurait-elle pu être célibataire ? J'ai senti une pointe acide dans la poitrine, mais rien d'étonnant. Juste la réalité qui me rappelait gentiment ma place.
Le repas s'est terminé normalement. Vaisselle, bisous, « bonne nuit » marmonnés. J'ai filé dans ma chambre, allumé l'ordi, lancé League of legends. Jules et Lucien étaient connectés, on a fait deux games rapides. À la troisième, Jules a lâché :
— Putain, ma mère me saoule, faut que j'aille vider le lave-vaisselle.
Lucien a suivi deux minutes après :
— Pareil, mon daron me gueule dessus. À plus.
Écran noir. Silence. J'ai scrollé YouTube pendant vingt minutes – des highlights de Rocket League, des conneries Twitch, n'importe quoi pour pas penser. Mais évidemment, je pensais.
Juliana. Rocket League. Sa proposition de la veille.
J'ai hésité trois bonnes minutes devant sa porte. Lumière allumée dessous. Musique douce qui passait, un truc électro chill espagnol. J'ai frappé deux petits coups.
Pas de réponse.
J'ai tourné la poignée doucement, poussé la porte de quelques centimètres.
Et je l'ai vue.
Juliana était assise sur son lit, de profil à la porte, torse nu. Téléphone tenu à bout de bras, lumière du flash qui éclairait sa peau dorée. Elle se cambrait légèrement, un bras relevé pour cacher un sein, l'autre main qui tenait le portable. J'ai eu le temps de voir – vraiment voir – le sein droit : rond, ferme, la peau tendue, le piercing barre horizontale argentée qui traversait le téton brun dressé. Un téton parfait, gonflé, qui pointait droit vers l'objectif. Le piercing brillait comme une provocation minuscule.
J'ai refermé la porte d'un coup sec, le cœur dans la gorge. Bruit mat. J'ai reculé de trois pas dans le couloir, adossé au mur, respiration hachée.
Putain. Première fois que je voyais un sein en vrai. Pas dans un porno pixelisé. Pas sur un écran. En vrai. À deux mètres. Et c'était le sien.
Je suis retourné dans ma chambre en pilote automatique, porte fermée à clé cette fois. Douche. Eau brûlante. J'ai laissé couler longtemps, puis j'ai empoigné ma queue, encore à moitié dure rien qu'au souvenir. J'ai fermé les yeux. Le flash. Le piercing. Le téton qui pointait. J'ai accéléré, imaginant mes lèvres autour, ma langue qui jouait avec la barre métallique, son souffle qui s'accélérait, ses doigts dans mes cheveux. J'ai joui en moins d'une minute, front contre le carrelage, grognement étouffé, sperme qui giclait en jets désordonnés sur le mur. Jambes tremblantes.
Je suis ressorti, boxer propre, t-shirt large. Je me suis assis sur mon lit, encore sonné.
Dix minutes plus tard, trois petits coups à ma porte.
— Théo ? Peux entrer ?
Voix douce. Accent chantant.
J'ai dégluti.
— Ouais... entre.
Elle a poussé la porte. Elle portait maintenant un hoodie gris trop grand et un legging noir. Cheveux relevés en chignon désordonné. Elle s'est assise directement sur mon bureau, face à mon lit, jambes croisées. Le tissu du legging moulait ses cuisses, le hoodie tombait large, mais laissait deviner la forme de ses seins libres dessous. Je ne pouvais pas m'empêcher de mater. Impossible. Mes yeux glissaient là malgré moi.
Elle a commencé, voix basse :
— Écoute... pour tout à l'heure. Je suis désolée. Vraiment. J'aurais dû fermer à clé.
J'ai secoué la tête, rouge jusqu'aux oreilles.
— Non, c'est moi. J'ai pas frappé assez fort. J'aurais dû attendre.
Silence court.
Elle a soupiré.
— S'il te plaît... dis rien à tes parents, okay ? Je veux pas de problème. T'es... jeune. Enfin, t'étais jeune.
J'ai redressé la tête.
— J'ai dix-huit ans. Depuis juin.
Elle a cligné des yeux, surprise, puis un sourire a étiré ses lèvres.
— Ah. Bon... moins grave. Mais quand même. Pas à tes parents. Promis ?
— Promis.
— Promis.
Elle a hoché la tête, soulagée.
— Merci. Et... moi aussi je m'excuse. C'était pas correct.
— T'as pas à t'excuser. C'est ta chambre.
— T'as pas à t'excuser. C'est ta chambre.
Nouveau silence. Ses yeux ont glissé sur moi, puis sur l'écran éteint.
— Tu voulais quoi, au fait ? Quand t'es entré.
J'ai haussé les épaules, gêné.
— Bah... te proposer une partie de Rocket League. Comme t'avais dit hier.
Elle a ri doucement.
— Ah oui. Mais là il est tard, non ? Presque minuit. Demain ou un autre soir de la semaine, ça te va ?
— Ouais. Carrément.
— Ouais. Carrément.
Elle s'est levée, prête à partir. Puis elle s'est arrêtée dans l'embrasure, s'est retournée, un sourire malicieux aux lèvres.
— Rassure-moi, Théo... tu avais déjà vu des seins avant les miens, oui ?
J'ai senti mes joues s'enflammer d'un coup. J'ai ouvert la bouche. Refermé. Bégaie un truc inaudible. Mes yeux fuyaient partout sauf sur elle.
Elle a éclaté de rire, un rire clair, sans méchanceté.
— Ay Dios... c'est mignon.
Elle a fait un pas vers moi, baissé un peu la voix.
— Ça viendra quand ça viendra, pequeño. T'inquiète pas.
Elle m'a fait un clin d'œil, un petit salut de deux doigts, et elle est sortie en refermant doucement la porte.
Je suis resté assis sur mon lit, cœur à cent à l'heure, bite à nouveau à moitié dure rien qu'à cause de ce « pequeño » qu'elle avait laissé traîner comme une caresse.
Cette nuit-là, j'ai mis longtemps à m'endormir.
Et quand le sommeil est enfin venu, j'ai rêvé d'elle.
De piercings qui brillaient dans le noir.
De son rire.
Je me suis endormi tard, le cerveau en surchauffe, le corps encore électrique à cause de ce « pequeño » qui résonnait comme une promesse à moitié dite. Le sommeil a fini par m'avaler, lourd, sans rêves clairs – juste des flashs de piercings, de rires, de peau dorée qui glissait hors champ.
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