Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Laure : chapitre zér0 — Chapitre 2 · Accident
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Laure : chapitre zér0
Chapitre 2 · Accident
— ACCIDENT
Mars 1993
Ce matin, au réveil, j'ai le moral dans les chaussettes. Je pense à la journée qui m'attend et je ne vois aucune raison particulière de m'en réjouir. On est jeudi, le jour le plus long et ennuyeux de la semaine. Les cours paraissent sans fin, et pour couronner le tout, on termine la journée par deux heures d'E.P.S. En ce moment, au programme, c'est handball. Je déteste les sports collectifs. Le foot, le hand, le basket, le volley.... Tout ça me fait chier à un degré que vous ne pouvez même pas imaginer. Je n'y vois aucun intérêt autre que de nous forcer à des compétitions stériles qui ne conduisent à rien de particulier. A l'extrême rigueur, je ne suis pas totalement hostile une fois de temps en temps à faire une partie de Super Soccer sur ma Super Nintendo, mais regarder ou même participer à un vrai match... Quel enfer !
Je remballe ma contrariété et traverse la journée du mieux que je peux, en restant aux côtés de Mercos pour tenter de trouver un peu de réconfort. Mais lorsqu'à 16h, nous entrons dans le gymnase, je sens l'infime étincelle de motivation qui vacillait encore vaguement en moi s'éteindre définitivement.
Le prof sort deux piles de dossards : des rouges et des bleus qu'il distribue en fonction des équipes qu'il constitue lui-même.
Je me vois offrir un dossard rouge, et Mercos un bleu. On sera adversaires, sur ce coup. Peu importe, je ne m'en formalise pas, et lui non plus.
Mais comme un malheur n'arrive jamais seul, je me retrouve dans la même équipe que Sophie. Pas besoin d'être un fin observateur pour noter que cette perspective ne l'enchante pas plus que moi. C'est le moins qu'on puisse dire.
Je me vois offrir un dossard rouge, et Mercos un bleu. On sera adversaires, sur ce coup. Peu importe, je ne m'en formalise pas, et lui non plus.
Mais comme un malheur n'arrive jamais seul, je me retrouve dans la même équipe que Sophie. Pas besoin d'être un fin observateur pour noter que cette perspective ne l'enchante pas plus que moi. C'est le moins qu'on puisse dire.
Tandis que nous nous dirigeons vers le terrain, j'enfile mon dossard avec résignation.
Chaque joueur prend sa position, puis le prof siffle le début de la rencontre.
Chaque joueur prend sa position, puis le prof siffle le début de la rencontre.
Je n'ai guère le temps de faire quoi que ce soit que déjà, J-B, un grand type de l'équipe adverse vient me coller au train, m'empêchant tout mouvement avec ses bras trop longs, suivant mes pas comme une ombre. On dirait un CRS tentant de ceinturer un manifestant. Comment voulez-vous que je puisse être utile au jeu, dans ces conditions ?
N'ayant pas la moindre idée de quoi faire, je laisse tomber. Je ne fais plus rien. Je reste planté là, les bras ballants, à attendre que ça passe. Stratégie semi-payante, puisque, déstabilisé, J-B réalise alors qu'il perd son temps en se focalisant sur moi. Il décide donc de se rendre plus utile en me laissant tomber pour tenter d'aider son équipe autrement.
Enfin libéré de l'attention de J-B, je réfléchis à ce que je pourrais bien faire, mais rien ne me vient. Je me sens comme un spectateur qui se serait retrouvé sur le terrain par accident, et je regarde le match qui se déroule autour de moi, mais sans moi. Je vois Mercos, en gardien de but, qui essaie de rester concentré et les autres qui se donnent à fond.
Enfin libéré de l'attention de J-B, je réfléchis à ce que je pourrais bien faire, mais rien ne me vient. Je me sens comme un spectateur qui se serait retrouvé sur le terrain par accident, et je regarde le match qui se déroule autour de moi, mais sans moi. Je vois Mercos, en gardien de but, qui essaie de rester concentré et les autres qui se donnent à fond.
Inconsciemment, mon regard se porte vers Sophie. Elle court, elle saute, elle esquive, attrape les balles, les renvoie. Je vois son corps svelte se déployer avec élégance à chaque mouvement. Quelle grâce ! Je reste subjugué par ce spectacle qui en devient émouvant. Ses longs cheveux attachés en une simple queue de cheval se balancent de droite et de gauche au rythme de ses déplacements. Je suis hypnotisé par la beauté de cet étrange spectacle.
Je suis brutalement extirpé de ma transe au moment où le ballon atterrit droit entre mes mains.
Ne sachant qu'en faire, je fais quelques pas en dribblant, sans trop savoir où je vais. Je deviens soudain le centre de toutes les attentions.
Ne sachant qu'en faire, je fais quelques pas en dribblant, sans trop savoir où je vais. Je deviens soudain le centre de toutes les attentions.
— Fais la passe ! Fais la passe ! Crie une voix non identifiée sur ma droite.
Trop heureux de me débarrasser au plus vite du bébé, je lance sans réfléchir le ballon à celui qui vient de me le demander.
— Merci, répond J-B avec un sourire moqueur, avant de s'éloigner prestement.
Quel con ! J'étais tellement impatient de ne plus avoir ce truc dans les mains, que je me suis fié uniquement à mes oreilles, pas à mes yeux, et que je viens de l'offrir à l'adversaire.
J-B s'enfuit en serpentant entre les autres joueurs de mon équipe, puis, armant le bras, tout en se lançant en l'air dans un bond puissant, il tire un boulet de canon qui vient s'écraser au fond du filet, laissant le gardien complètement démuni.
J-B s'enfuit en serpentant entre les autres joueurs de mon équipe, puis, armant le bras, tout en se lançant en l'air dans un bond puissant, il tire un boulet de canon qui vient s'écraser au fond du filet, laissant le gardien complètement démuni.
Le prof, qui joue le rôle de l'arbitre siffle. L'équipe gagnante se congratule du but marqué, et les joueurs reprennent leur position.
Je n'ai pas le temps de me remettre en place que Sophie fond sur moi avec la célérité d'un rapace sur sa proie, les narines dilatées par la rage.
Je n'ai pas le temps de me remettre en place que Sophie fond sur moi avec la célérité d'un rapace sur sa proie, les narines dilatées par la rage.
— Bordel ! Mais c'est pas possible ! T'es pas fatigué à un moment donné, de jamais servir à rien, toi ?
Comme à mon habitude, je me contente d'un soupir las. Qu'est-ce que je peux rétorquer à ça. Je suis bien conscient qu'elle a raison. Je me contente d'un morne :
— Désolé, Sophie....
Loin de désamorcer le conflit, ma remarque la fait se crisper encore plus. Elle répète ma modeste excuse sur un ton exagérément chouinard, accentuant son ton moqueur :
- « Désolé, Sophie... » Si t'es pas foutu de faire quoi que ce soit, au moins, essaie d'avoir la courtoisie de pas nous foutre des bâtons dans les roues, merde !
C'en est trop. J'en ai vraiment marre. Je souffle du nez en lui tournant le dos.
Je pousse un « Aîe ! » de douleur, lorsque le ballon qu'elle vient de me lancer dessus me percute en plein à l'arrière du crâne.
Je pousse un « Aîe ! » de douleur, lorsque le ballon qu'elle vient de me lancer dessus me percute en plein à l'arrière du crâne.
— Sophie ! On se calme ! Vous êtes sur un terrain de jeu, pas sur un champ de bataille ! Essayez de vous tenir, intervient le prof de sport.
Blasé, je retire mon dossard, et quitte le terrain sans un mot, en traînant des pieds. Je note que le prof ne m'en empêche pas. Arrivé dans les gradins. Je passe devant une des pintades-à-frange qui, pour des raisons logistiques était restée sur le banc de touche. Je lui balance mon dossard sans la regarder, tout en maugréant :
— Tiens, t'as qu'à jouer, si ça t'amuse !
Puis, je me contente de m'asseoir en boudant.
— Bien, Emeline va prendre le relais, annonce le prof.
Le match reprend, ne générant en moi qu'une immense absence d'intérêt. Je le vois plus que je ne le regarde, la tête inclinée, joue gauche reposant dans ma main, me demandant quand est-ce que ça va se terminer et que je vais pouvoir rentrer chez moi.
Toutefois, je note que le comportement de Sophie a changé. Elle se donne à fond, désormais. Bien plus qu'avant notre altercation. Elle saute dans tous les sens, court comme une dératée, tire des boulets de canon qui font mouche à chaque fois.
Toutefois, je note que le comportement de Sophie a changé. Elle se donne à fond, désormais. Bien plus qu'avant notre altercation. Elle saute dans tous les sens, court comme une dératée, tire des boulets de canon qui font mouche à chaque fois.
Il est évident qu'elle évacue sa frustration en mettant deux fois plus de cœur à l'ouvrage. C'en est presque effrayant. A elle seule, elle creuse l'écart entre les deux équipes. D'ailleurs, je n'ai même plus le sentiment de voir un affrontement entre deux équipes, mais plutôt Sophie toute seule qui met la misère à l'équipe bleue au complet.
Une nouvelle fois, je regarde, admiratif, son corps se déployer avec grâce à chaque mouvement. Elle bondit vers le haut, tend les bras en l'air, récupère la balle au vol, puis, tout en redescendant, effectue une rotation sur elle-même en se réceptionnant sur une jambe..
En touchant le sol, elle pousse un petit piaulement aigu. Toute élégance disparaît soudain, lorsque son corps bascule sur le côté. Le ballon lui échappe, et elle s'écroule au sol en se tenant le genou.
Après une seconde de flottement, le gymnase est assourdi par un hurlement de douleur.
En touchant le sol, elle pousse un petit piaulement aigu. Toute élégance disparaît soudain, lorsque son corps bascule sur le côté. Le ballon lui échappe, et elle s'écroule au sol en se tenant le genou.
Après une seconde de flottement, le gymnase est assourdi par un hurlement de douleur.
L'instant d'après, c'est la pagaille. Le prof se précipite auprès de la pauvrette qui se tortille de douleur en criant et pleurant. Les trois pintades accourent auprès de leur cheffe, suivies de tous les autres qui viennent se masser autour d'elle, mus par un mélange de voyeurisme et d'inquiétude. Je me lève moi-même, hésitant quant à la conduite à tenir, mais Sophie a déjà bien trop de monde autour d'elle, et je ne vois pas bien ce que je pourrais faire. Le prof fait un signe à Paul, le délégué de classe, lui intimant d'aller chercher au plus vite le personnel de l'infirmerie.
Il reparaît quelques instants plus tard avec deux infirmières à sa suite. Celles-ci tentent comme elles peuvent de chasser les curieux avant de s'accroupir auprès de la blessée en larmes. De mon poste d'observation, je n'entends pas ce qu'elles disent. Je les vois juste faire non de la tête, avant que l'une d'entre elles se retire en trottinant.
Une dizaine de minutes plus tard, ce sont les ambulanciers qui portent la pauvre Sophie Delauney sur une civière et la chargent dans l'ambulance.
Le match est terminé. Le cours d' E.P.S. également. Chacun n'a plus qu'à rentrer chez soi dans un silence pesant. Rentrer chez moi... C'est tout ce que je voulais... Mais pas comme ça !
Le match est terminé. Le cours d' E.P.S. également. Chacun n'a plus qu'à rentrer chez soi dans un silence pesant. Rentrer chez moi... C'est tout ce que je voulais... Mais pas comme ça !
— Ce retour de karma qu'elle vient de se manger ! Ça lui apprendra !
C'est Mercos qui vient de me rejoindre et qui s'exprime avec une sorte de jubilation vicieuse dans la voix.
— Arrête ! C'est méchant ! Regarde-la, la pauvre ! Elle a l'air d'en baver.
— Ah, pardon, Ritchie ! J'avais oublié à quel point elle vous laissait parfaitement indifférents, toi et ton syndrome de Stockholm...
Je lève les yeux au ciel, exaspéré.
— Tu peux bien croire ce que tu veux, je m'en fous ! Personne mérite ça. Si ça t'arrivait à toi, tu ferais pas le malin, et moi, je serais pas content de te voir comme ça.
Le débat ne va guère plus loin avant que nous ne nous séparions, chacun devant rentrer chez soi.
Le soir, à table, je parle peu. Je me contente de raconter à mes parents l'incident.
Une fois couché, j'ai du mal à trouver le sommeil. La vérité, c'est que je me sens coupable. Je n' arrive pas à m'enlever de la tête le sentiment que je suis responsable de l'état de Sophie. Si elle s'est blessée, c'est parce qu'elle s'est trop lâchée. Et si elle s'est trop lâchée, c'était pour évacuer son agacement. Et si elle était agacée, c'était parce que je jouais comme une patate. Si j'avais fait ne serait-ce qu'un petit effort, on n'en serait pas arrivés là.
Une fois couché, j'ai du mal à trouver le sommeil. La vérité, c'est que je me sens coupable. Je n' arrive pas à m'enlever de la tête le sentiment que je suis responsable de l'état de Sophie. Si elle s'est blessée, c'est parce qu'elle s'est trop lâchée. Et si elle s'est trop lâchée, c'était pour évacuer son agacement. Et si elle était agacée, c'était parce que je jouais comme une patate. Si j'avais fait ne serait-ce qu'un petit effort, on n'en serait pas arrivés là.
Le lendemain, la classe paraît vide, sans elle. Pourtant, son accident est l'unique sujet de conversation de tout le monde, toute la journée. On en sait désormais plus sur ce qui s'est passé : un mauvais mouvement l'a conduite à une mauvaise chute et sa rotule a lâché. Elle est bonne pour un séjour à l'hôpital, puis pour une période de rééducation. Tout cela ne m'aide pas à me sentir plus en paix.
Une idée très certainement brillamment stupide commence à germer dans un recoin de mon esprit.
Une idée très certainement brillamment stupide commence à germer dans un recoin de mon esprit.
— Tu fais quoi, samedi ? Ca te dit qu'on continue notre chasse aux niveaux cachés de Mario World ? Me demande Mercos.
— Désolé, mec. Samedi, je peux pas. J'ai des trucs à faire. Dimanche, si tu veux...
— Ok, va pour dimanche !
Oui. Samedi après-midi, je serai très occupé. Puisque je me sens responsable de l'état de Sophie, la seule façon d'être en paix avec moi-même, c'est de lui rendre visite à l'hôpital. Ça va sans doute très mal se passer. Je pourrai m'estimer heureux si je ressors par la porte et pas par la fenêtre, mais au moins, j'aurai le sentiment d'avoir fait ce qui me semble juste...
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Commentaires ()
Et c'est toujours un bonheur de retrouver tes personnages et leurs problèmes de cœur...