Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Laure : chapitre zér0 — Chapitre 9 · Un joli petit couple
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Laure : chapitre zér0
Chapitre 9 · Un joli petit couple
UN JOLI PETIT COUPLE
Aout 1994, encore encore le lendemain.
Je me réveille tranquillement. Je sens un contact tiède et rassurant contre moi. Je me souviens que mon amoureuse est lovée contre moi, entièrement nue.
Mon petit rayon de bonheur est déjà éveillé. Elle me regarde avec de grands yeux attendris.
— Bien dormi, beau gosse ?
— Super. J'ai fait un rêve magnifique : j'étais dans un grand lit avec la plus belle fille du monde.
— Ah ? Et c'était qui ? Je la connais ? Fait-elle avec un petit sourire mutin.
J'éclate de rire. Elle ajoute :
— Bon ! Maintenant que t'es réveillé, que dirais-tu que je prenne mon petit-déj' en compagnie d'un charmant garçon ?
Après s'être levée, elle se rend à sa penderie pour y saisir une robe de chambre qu'elle enfile, non sans avoir bien pris le temps de me laisser contempler ses courbes magnifiques.
Je me mets debout à mon tour, enfilant à la va-vite mes fringues de la veille. Nous descendons à la cuisine sans bruit, pour ne pas réveiller sa mère qui elle, est toujours au lit. Je l'aide à préparer le café, sortir des jus de fruit et des tartines.
Sans un mot, nous attaquons tranquillement notre collation, lorsque madame Delauney apparaît dans la pièce.
Nous la gratifions tous deux d'un salut enjoué auquel elle répond d'une manière très froide.
En approchant, je note que son visage est fermé et sa bouche pincée. Sophie s'en rend compte aussi, mais fait semblant de n'avoir rien remarqué, conservant un ton enjoué :
— Bien dormi, m'man ?
— Très bien, merci, fait-elle extrêmement sèchement.
— Ça a l'air, maugrée Sophie, peu convaincue.
Madame Delauney vient s'asseoir face à nous, toujours glaciale. Elle se fend d'une remontrance à sa fille :
— T'aurais quand même pu te mettre un coup de peigne ! T'as vu tes cheveux ?
Il est vrai que la crinière de Sophie est toute emmêlée par la nuit de sommeil et les galipettes qui ont précédé. Pour autant, ça ne me paraît pas être une raison suffisante pour tirer une tronche de six pieds de long.
Sophie est du même avis que moi et le verbalise clairement.
— Je savais pas que maintenant, il fallait que je me mette sur mon trente-et-un pour prendre mon p'tit déj... Bon, c'est quoi le problème ?
Madame Delauney souffle du nez avant d'exprimer sa contrariété :
— J'aime pas que tu te foutes de moi, Sophie !
L'interpellée tourne la tête d'un côté, puis de l'autre, comme pour s'assurer que c'est bien à elle qu'on s'adresse. Elle a l'air sincèrement offusquée :
— Moi ? Mais... j'ai fait quoi, moi, encore ?
Sa mère tourne alors son regard perçant vers moi, et me lance :
— Bien dormi, Richard ?
Surpris que sa mauvaise humeur semble également dirigée contre moi, je réponds poliment :
— Euh... Oui... Très bien, merci.
— Et il était confortable, le lit de la chambre d'amis ? Tu sais au moins, où elle se trouve, cette chambre ?
Je me recroqueville sur ma chaise. Mon silence et mon visage qui vient très certainement de virer rouge cramoisi parle plus qu'un long discours : on s'est fait griller.
— Ça veut dire quoi, ça ? Intervient Sophie, dont la voix vient de monter d'un ton.
— Me prends pas pour une conne ! En me réveillant, j'ai entendu que vous étiez dans la cuisine. J'allais venir vous rejoindre quand j'ai jeté un coup d'œil dans la chambre d'amis, juste pour voir si tout allait bien. Ah, ça j'ai bien noté que les draps ont pas été bien froissés. En revanche, dans la tienne, où j'ai également passé un œil par la porte qui est restée entrouverte, c'est un vrai champ de bataille. J'imagine que tu as une bonne raison pour que tes fringues, sous-vêtements inclus, soient éparpillés à travers toute la pièce... Et t'auras intérêt à aérer ! Parce qu'autant dire que ça sent pas la rose, là-dedans !
J'en suis à me demander très sérieusement s'il est possible de mourir d'embarras. Et si oui, ma foi, le plus tôt serait le mieux, en ce qui me concerne. Mais Sophie, elle, reste sur ses positions. Il est évident qu'un conflit entre la mère et la fille est en train d' éclater.
— Bon... Et alors ? Grince Sophie.
— Alors, j'attends de toi un peu plus que de transformer notre maison en baisodrome !
Sophie est tout aussi rouge que moi, mais de colère.
— Ah tiens ! Maintenant, être avec quelqu'un, c'est transformer la maison en baisodrome ? Ça va, t'as le sens de la mesure, dis donc !
— Écoute, t'es majeure et vaccinée, tu gères ta vie personnelle comme tu veux, t'es assez grande, mais tu pourrais avoir un peu de retenue quand tu es sous notre toit !
— Non, mais je rêve ! Explose-t-elle. T'as la mémoire courte ! Je te rappelle qu'il y a pas si longtemps, il y en a un autre, qui venait dormir à la maison. T'as jamais rien dit ! Tu crois qu'on faisait quoi ? Qu'on se récitait des versets de la Bible ?
Sa mère secoue la tête, obstinée.
— Ça n'a rien à voir. Lucas, tu nous l'as présenté. On savait que c'était ton copain, et on l'a accepté comme tel. Tu avais pas eu besoin de nous mentir en nous faisant croire que c'était un de tes amis pour... Pourquoi, au juste ?
— Y a rien qui va, dans ce que tu racontes ! Grogne Sophie, avec une mauvaise foi évidente. Lucas, c'était un con ! La seule personne qu'il aimait, c'était lui-même. Et je vois pas où j'ai menti : avant d'être avec Ritch', j'étais pas avec lui. C'est tout. C'est quand même pas bien compliqué à comprendre, si ?
Peu encline à désamorcer le conflit, la mère de Sophie choisit de relancer la dispute sous un autre angle :
— Et qu'est-ce que je vais raconter à ton père, quand il rentrera ?
— Je sais pas... Pourquoi pas la vérité ?
— Ne sois pas insolente, explose-t-elle.
Elle reporte son attention sur moi :
— Richard, il faut que j'aie une conversation sérieuse avec ma fille. Je vais te demander de partir.
Mais Sophie s'y oppose farouchement.
— Pas question ! Ritch', tu partiras quand tu auras fini ton petit-déj' !
Assister à une engueulade entre mère et fille dans laquelle j'ai ma part de responsabilité n'est pas une activité qui m'attire particulièrement. Surtout que je ne peux pas vraiment aider. Je voudrais plus venir en aide à Sophie, mais je n'oublie pas que je suis dans la maison de sa mère.
J'interviens de la manière qui me semble la plus appropriée : je me lève en déclarant :
— Non ! Ta mère a raison, Soph'. Il vaut mieux que j'y aille. Je peux pas faire grand chose de plus, ici. Soph', merci pour tout. Madame Delauney, je vous prie de m'excuser. Je ne cherchais pas à vous porter préjudice...
Les deux femmes me raccompagnent à la porte. Je franchis le seuil tout en me confondant en remerciements pour l'accueil, ce qui sonne un peu étrange, dans une telle ambiance.
Je traverse le petit jardinet devant la maison, et franchis le portillon. Mû par une ultime impulsion d'amoureux transi, je me retourne pour regarder ma copine une dernière fois.
Alors, elle prend une grande inspiration et hurle de toutes ses forces :
— Riiitch' ! Je t'aime !
L'air excédé de sa mère aurait suffi à en refroidir plus d'un, mais je trouve la force de lui adresser (à Sophie, pas à sa mère) un petit geste significatif. J'embrasse mes doigts et les pose sur mon cœur, avant de me retourner et de filer.
Sur le chemin qui me ramène chez moi, je me dis que ça aurait pu être pire, après tout. Dans le fond, tout ne va pas si mal...
Octobre 1994
Les cours ont repris, à la fac. Me revoilà plongé à nouveau dans les études. Cette année, je suis plus serein : mon histoire d'amour avec Sophie tient bien le coup. Nous nous entendons à merveille. Le seul petit hic, c'est que depuis la dernière fois, je suis persona non grata chez les Delauney, mais je ne laisse pas ce point de détail me ruiner le moral. Au final, si je ne vais pas chez elle, nous nous voyons quand même très souvent. Elle n'est pas non plus interdite de me fréquenter, donc tout va bien. Nous nous retrouvons certains jours sur nos campus respectifs, ou même chez mes parents où elle, en revanche est tout à fait bienvenue.
Lorsque je l'ai présentée à mes parents, ma mère n'en pouvait plus de fierté. Mercos, lui, est bien content pour moi. Lui, il continue d'enchaîner les aventures sans lendemain. On s'accorde parfaitement, avec Sophie. J'aimerais que ça dure entre nous.
Contre toute attente, par un mardi pluvieux, Sophie m'annonce une étonnante nouvelle :
Je suis officiellement invité chez elle. Elle a décidé que c'en était assez de ses chamailleries avec sa mère pour des prétextes bidons. Samedi, je viens dîner chez elle. Je serai officiellement présenté à ses parents en tant que son petit ami.
Je ne cache pas que j'appréhende pas mal la rencontre, vu comment on s'est laissés la dernière fois. Vient également la question du père, qui sera là aussi, et que je ne connais pas. Je me demande bien comment il va réagir.
A la date fatidique, je me rends au domicile des Delauney, un peu tremblant. Histoire d'essayer de me faire bien voir, j'ai refait le coup de la boîte de chocolats. Mais cette fois, ce n'est pas pour la fille, c'est pour les parents.
Arrivé à la porte, je sonne. La porte s'ouvre, trois visages apparaissent dans l'embrasure : celui jovial de Sophie, celui au sourire un peu forcé de sa mère, et celui indéchiffrable de son père. Je le reconnais, parce que je l'avais brièvement croisé à l'hôpital, mais je n'ai jamais eu affaire à lui.
Je salue cordialement le jury...euh... l'assemblée, offre les chocolats à madame qui les accepte poliment, à défaut de chaleureusement. Une fois entré dans la maison, on me fait asseoir sur le canapé du salon, Sophie serrée contre moi, ses parents assis en face, sur de larges fauteuils.
Monsieur Delauney me fixe intensément. Il prend une longue inspiration et déclare lentement :
— Alors, c'est toi, le fameux Richard qui fait tourner la tête à ma fille ?
Ne sachant que dire ou que faire, ma réaction est suffisamment vague pour qu'elle puisse être interprétée d'absolument n'importe quelle manière possible.
Son visage s'éclaire alors, découvrant un grand sourire goguenard.
— On pourra dire qu'on en aura entendu parler, de cette histoire !
Il se tourne vers sa femme et lui adresse un petit clin d'œil taquin. Celle-ci peine à dissimuler sa contrariété, mais tente du mieux qu'elle peut de faire bonne figure. Elle intervient sur un ton posé, bien qu'un peu résigné.
— Bon, d'accord. J'admets que j'ai réagi un peu... vivement. N'empêche que quand même, vous auriez pu vous conduire avec un peu plus de retenue.
— Oh, je t'en prie Joëlle! - J'apprends du même coup le prénom de la mère de Sophie que j'ignorais jusqu'à présent- Ils sont jeunes ! Ils font rien de mal, c'est de leur âge, s'exclame monsieur qui devient un soutien inattendu.
Joëlle (puisque c'est son nom) lève les bras au ciel, exaspérée.
— Oh ! Toi, Jean-Pierre, tu prends jamais rien au sérieux ! Même pas ce qu'il se passe sous ton toit !
— Et toi, tu prends toujours tout au sérieux. Tu te fais une montagne de pas grand chose. Je te rappelle qu'on s'est pas connus dans un monastère et qu'on a eu une jeunesse, toi et moi, conclut-il en jetant un regard entendu à sa femme qui se replie sur elle-même, les joues rouges d'embarras.
— Bon, bon, d'accord, je capitule. De toute façon, on est pas réunis pour ça, reprend Joëlle. Tout ce qu'on voulait, c'était calmer un peu la tension. Alors, voilà : Richard, Sophie, je suis désolée d'en avoir fait des tonnes, et même si je reste intimement persuadée d'être dans mon bon droit, je veux juste vous dire que vous avez bien le droit d'être ensemble et qu'il n'y a pas de raison pour que toi, Richard, tu ne sois pas le bienvenu chez nous, si ça rend notre fille heureuse.
Sophie a un mal fou a contenir son euphorie. Elle irradie littéralement de bonheur en entendant les propos tenus par sa mère, mais son père vient tempérer l'enthousiasme :
— Ohla, ohla ! Tout doux ! Bienvenu, c'est vite dit ! Il reste encore un point à éclaircir: Je ne voudrais pas laisser entrer un loup dans la bergerie. J'aimerais bien m'assurer que ma fille chérie sera bien traitée. Quel genre de petit copain tu comptes être, hmm ?
Malgré son attitude joviale et débonnaire, je comprends que la question qu'il me pose sur un ton excessivement inquisiteur qui lui donne un côté comique n'en est pas moins tout à fait sérieuse. Je tente de m'en sortir comme je peux, mais avec le plus de sincérité possible :
— Quel genre de petit copain ? Euh... Le bon genre, je suppose...
Je me tourne vers Sophie, car les mots suivants s'adressent plus à elle qu'à son père.
— Tout ce que je peux dire, c'est que tant que Soph' m'acceptera à ses côtés, je ferais de mon mieux pour ne pas qu'elle ait à le regretter, car je sais qu'elle mérite vraiment le meilleur.
L'intéressée, émue, presse sa main contre la mienne. Jean-Pierre Delauney, lui lève les mains, paumes vers le haut, en signe d'acceptation.
— C'est tout ce que je voulais entendre ! Et toi, ma fille ? Quel est ton point de vue sur Richard ?
— Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais depuis qu'on se connaît, il a toujours été là pour moi, et vous n'avez même pas idée des efforts qu'il a fait, contrairement à... d'autres... Je suis sûre d'avoir un bout d'histoire à écrire avec lui.
— Alors, l'affaire est entendue ! Trinquons à ces bonnes nouvelles ! Richard, tu restes à dîner, et même à dormir, si tu veux, conclut-il.
— Mais cette fois, essayez de vous tenir, ne peut s'empêcher d'ajouter Joëlle Delauney, avec une trace d'amusement non feint dans la voix.
Cette nuit, nous avons fait l'amour passionnément. Mais nous avons su garder un minimum de discrétion. Nous avons soigneusement ramassé nos habits après la bataille. Nous ne nous sommes pris aucune réflexion de qui que ce soit, le lendemain matin, même si les parents Delauney ne furent pas dupe un seul instant de ce qu'il se passait entre les murs de la chambre de leur fille.
Juin 1996
Aujourd'hui, c'est jour de fête chez les Lamarne et les Delauney. Sophie a obtenu sa Licence de Lettres avec brio. Nous organisons une petite réception avec nos deux familles pour célébrer l'événement. C'est un tournant pour elle. Cela marque la fin de ses études, désormais, elle va entrer de plein pied dans la vie active. Moi, pas encore. Je n'ai pas terminé les miennes, d'étude. J'ai encore deux ans à tirer, dans le commerce.
Notre couple tient bien la route. Nous avons même franchi un cap en décidant d'habiter ensemble. Nous louons un appartement. Il n'est pas très grand, mais nous y sommes bien, tous les deux.
Je ne vois plus beaucoup Mercos, ces temps-ci. Lui aussi est plongé dans ses études, et nos vies respectives ont bien du mal à trouver un créneau nous permettant de nous retrouver tous.
Septembre 1998
Le temps de l'insouciance est terminé. J'entre dans la vie active à mon tour.
Je bosse dans les partenariats commerciaux. Rien de passionnant à raconter sur le sujet, mais au moins, je gagne bien ma vie. Sophie, elle travaille dans l'édition. Nous avons des journées de boulot bien chargées, mais le point positif, c'est le plaisir que nous avons à nous retrouver le soir. Nous sommes un réconfort l'un pour l'autre. Rien ne vaut de se retrouver bien au chaud sous la couette pour se relaxer après le stress de la journée.
Ce soir, Mercos est notre invité à dîner. On lui doit bien des remerciements pour son implication dans notre évolution vers le troisième millénaire : à l'appart', nous avons décidé de franchir un cap technologique : Nous venons d'investir dans du matériel informatique. Les ordinateurs modernes offrent des possibilités presque sans limite, grâce au CD-Rom qui peut contenir une quantité de données immense.
Nous avons fait appel à notre ami pour nous équiper. Lui, il bosse dans ce domaine. Ça ne m'étonne pas tellement. Quand on était au lycée, qu'on passait notre temps à jouer à la console, il avait toujours un temps d'avance sur l'évolution du matos. C'est toujours le cas aujourd'hui. C'est ce qui le fait vivre, désormais. Il nous a donné de précieux conseils pour nos achats. Il a aussi énormément insisté pour que nous souscrivions à un abonnement à ce nouveau truc qui commence à faire parler : internet. Ni Sophie, ni moi ne sommes pour l'instant tout à fait convaincus de l'utilité réel de la chose, mais il nous a vanté le produit avec tellement de conviction que nous lui avons laissé le bénéfice du doute.
Mais le plus important, c'est qu'il est venu nous installer tout ça. Je crois que nous n'y serions jamais arrivés tout seuls. Entre l'unité centrale, l'écran, les périphériques divers, l'imprimante, le scanner, le modem, sans même parler de l'installation des divers logiciels, l'amas labyrinthique de câbles a transformé notre petit bureau en un terrifiant kraken mutant.
Un de mes nouveaux petits loisirs, c'est de rédiger des petits mots d'amour à ma chérie, en utilisant le traitement de texte, puis de les imprimer sur une feuille A4 que je laisse négligemment traîner bien en évidence pour qu'elle le trouve en rentrant du boulot.
Février 1999
Cette année, je cherchais un truc un peu marquant pour célébrer la Saint-Valentin. J'ai pas trouvé l'illumination ultime, mais j'ai quand même quelque chose à tenter pour satisfaire mon petit côté romantique.
Le matin, Sophie quitte la maison avant moi. Je profite de son absence pour lui laisser un petit mot imprimé comme je fais parfois. Cette fois, pas de petits mots d'amour, juste un ordre impérieux et vague :
« Chaton. Ce soir, sois aussi belle que d'habitude, on sort ! »
Je laisse le message énigmatique sur la table, avant de partir au boulot, à mon tour.
Sur les coups de 19h30, je rentre chez nous. Sophie est déjà là. Elle m'attend, curieuse de savoir dans quoi je compte l'embarquer. Elle porte une longue robe du soir de couleur bleu nuit. Ses cheveux sont relevés sur sa nuque en un élégant chignon.
— Bonsoir, chaton. Wouah ! Tu es à tomber !
— J'ai obéi servilement à tes injonctions, mais je sais même pas ce que tu as en tête.
Je lui explique que comme c'est la Saint-Valentin, je trouve de bon ton de marquer le coup en l'emmenant dîner à « La Fleur Délice », un restaurant gastronomique assez chic de la ville.
— A la Fleur ? S'étonne Sophie. Mais t'es dingue ! Ça coûte une blinde, là-bas !
— Eh bin... Au moins, on aura p'têt' une chance de pas trop mal bouffer.
Je réponds avec désinvolture, comme si ça n'avait pas plus d'importance que d'aller au kebab du coin, mais en fait, elle a raison. Sans non plus me mettre sur la paille, cette petite sortie va me forcer à casser ma tire-lire. Mais c'est bien le genre d'efforts que je suis prêt à faire sans rechigner pour elle.
Un serveur en costume trois pièces nous installe à une petite table, sous une lumière tamisée.
Après nous avoir remis le menu, je nous commande deux coupes de champagne.
Nous trinquons.
— Tu te rends compte, Chaton ? Ça fait déjà environ quatre ans qu'on est ensemble. Qui y aurait cru quand on s'est connus ?
Elle éclate de rire.
— J'aimerais bien voir la tête de Tiffany, Emeline et Marie si je leur disais que j'étais en couple avec toi depuis quatre ans.
— Les trois pintades... Je les avais oubliées, celles-là.
Son rire se fait encore plus sonore.
— Mais oui ! C'est vrai que tu les appelais comme ça...
J'entretiens son hilarité en lui racontant que je les appelais comme ça parce que je n'arrivais jamais à les différencier, tellement elles étaient identiques.
Lorsque son rire se tarit, nous en restons là avec les souvenirs du passé. Je redeviens sérieux, car je veux lui demander quelque chose :
— Dis, Chaton. Au bout de quatre ans, qu'est-ce que tu penses de notre couple ?
Elle se fige net, interrompant le mouvement de la flûte à champagne qui allait toucher ses lèvres. Ma question l'inquiète visiblement. Elle répond d'une voix qui manque d'assurance :
— Bin... Moi, je suis très heureuse. Pas toi ? Pourquoi tu me demandes ça ? Tu me fais peur. Y a un problème ? T'essaies pas de me dire que tu veux passer à autre chose, j'espère ?
Je conserve volontairement une voix peu expressive. Je veux mettre le plus de nonchalance possible pour maximiser mon effet :
— Si ! Passer à autre chose... Oui... C'est exactement ce que je voudrais... Si tu voulais, mais seulement si tu voulais... Ça me rendrait très heureux si tu changeais de nom. Ça te dirait pas de t'appeler Sophie Lamarne ?
Elle bat des paupières, fronce les sourcils. Elle est perplexe. Sans rien montrer, je m'amuse intérieurement de la voir cogiter si intensément. Elle est en train d''essayer de déterminer si elle a bien compris ce qu'elle croit que j'ai voulu dire.
J'abrège ses souffrances en fouillant dans ma poche de laquelle je sors un écrin que je pose sur la table. Cette fois, mon propos est explicite :
— Sophie, Voudrais-tu m'épouser ?
Dans un sursaut, elle laisse échapper un petit cri. Elle porte ses mains à sa bouche. Seuls ses yeux qui s'embuent à vue d'œil sont encore visibles.
— Oh, mon dieu ! Je m'attendais tellement pas à ça. Tu es sérieux ?
— Absolument. Je t'aime. Je t'ai toujours aimée. Ça me paraît être la suite logique : te proposer de passer le reste de ta vie avec moi, lié par les liens sacrés du mariage... Je sais, ça te fait pas une perspective d'avenir bien reluisante, mais j'ai que ça à t'offrir, conclus-je avec humour (non sans un brin d'appréhension concernant sa réponse).
Sans un mot, elle se lève discrètement, contourne la table et vient me serrer dans ses bras. Sa tête enfouie dans mon cou, je sens ses larmes couler quand elle murmure sur le même ton :
— Tant pis pour moi. Foutue pour foutue, j'accepte !
Alors, ce sont les miennes, de larmes, qui me montent aux yeux... Des larmes de bonheur, cette fois.
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Commentaires ()
Un épisode charmant avec le temps qui commence à filer et les petites larmichettes de rigueur à la fin.
Vu la vitesse de défilement, et pour ceux qui ont déjà lu les autres histoires, avec la connaissance de ce qu’il va se passer, c’est un peu dur.
C’est comme ça…
Ca me fait plaisir de savoir que ça fait plaisir :)
J'adore
Bravo =) =)