00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L'initiation de Manon — Chapitre 8 · Première pénétration

26 minutes
1.3k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de Haleros
Haleros
Histoires publiées
30
Abonnés
133
J'aime cumulés
4.4k

L'initiation de Manon

Chapitre 8 · Première pénétration

Elle s'est levée, a lissé son chemisier d'un geste, et m'a regardée avec cet éclat dans les yeux que je commençais à reconnaître, celui qui annonçait que la conversation était finie et que quelque chose d'autre allait commencer.
— Venez, a-t-elle dit.
La chambre d'amis avait changé. Pas dans sa disposition, le lit, les draps, la lumière tamisée, tout était à sa place habituelle. Mais sur la table de nuit, il y avait quelque chose que je n'avais jamais vu ici : un objet, posé sur un tissu sombre comme on présente un bijou dans un écrin.
Un vibromasseur. Pas un gadget rose bonbon de sex-shop, pas un truc qui se cache au fond d'un tiroir. Un objet élégant, lisse, d'un gris anthracite discret, avec une ventouse à la base. Assez grand pour être impressionnant sans être effrayant. Claire l'a pris dans sa main, me l'a tendu.
— Touche-le, a-t-elle dit. Tiens-le. Familiarise-toi avec.
Je l'ai pris. Le silicone était tiède, elle avait dû le sortir en avance, le préparer. Lisse sous mes doigts, plus souple que je ne l'aurais cru, avec un poids agréable dans la main. Je l'ai fait tourner, j'ai senti la ventouse à la base, j'ai appuyé sur le bouton et senti la vibration naître sous mes doigts, d'abord légère, puis plus puissante. Quelque chose entre la curiosité et l'appréhension me traversait.
— On peut l'utiliser de deux manières, a expliqué Claire. Fixé, grâce à la ventouse, ce qui te laisse libre de tes mouvements. Ou simplement, à la main. Ce soir, nous le fixons. C'est toi qui contrôles le rythme, la profondeur, tout. Et tu peux activer la vibration, ou pas. Chaque chose en son temps.
Elle a pris le vibromasseur de mes mains, l'a fixé sur la table de nuit d'un geste sûr, la ventouse a adhéré à la surface avec un petit bruit sec, puis l'a décollé, et s'est tournée vers moi.
— Je vais te montrer, a-t-elle dit. Comme ça, tu vois comment ça fonctionne avant que ce soit ton tour.
Claire a commencé à se déshabiller. Cette économie de gestes que je lui connaissais, cette manière de retirer chaque vêtement comme on pose un livre qu'on a fini de lire. Son chemisier crème, plié sur la chaise. Son soutien-gorge. Sa jupe. Sa culotte, en dernier, avec la même absence de cérémonie.
Elle était nue devant nous en quelques secondes. Comme toujours j'ai été frappée par son aisance, ni exhibition, ni provocation, juste une femme qui habite son corps avec la tranquillité de quelqu'un qui a fait la paix avec chaque centimètre de sa peau. Je me suis surprise à la regarder autrement que d'habitude. Avec une curiosité nouvelle, presque tactile. La courbe de ses hanches, la douceur visible de la peau à l'intérieur de ses cuisses, la toison entre ses jambes, plus claire que la mienne. Je connaissais ce corps de l'extérieur, par ses mains sur moi, par sa bouche. Mais là, c'était la première fois que je le regardais en me demandant ce que ça ferait de le toucher, moi, avec mes mains à moi.
Elle a fixé le vibromasseur au sol, sur le parquet, et s'est positionnée au-dessus, accroupie, les cuisses écartées. Gilles s'était assis au bord du lit, et moi à côté de lui, tous deux habillés encore, regardant Claire avec une attention qui n'avait rien de voyeuriste, quelque chose de plus respectueux, de plus attentif, comme regarder quelqu'un faire une chose qu'il maîtrise parfaitement.
Claire a descendu ses hanches lentement. J'ai vu le vibromasseur disparaître en elle, et j'ai vu son visage changer, pas d'un coup, pas une grimace de plaisir exagérée, mais un adoucissement progressif de ses traits, ses paupières qui se fermaient à demi, sa bouche qui s'entrouvrait légèrement. Un souffle, long, profond, est sorti d'elle quand elle l'a pris entièrement.
Puis elle a commencé à bouger.
Des mouvements lents d'abord, ses hanches qui montaient et descendaient avec une fluidité qui semblait presque chorégraphiée, ses cuisses travaillant en silence, ses mains posées sur ses propres genoux pour l'équilibre. Puis le rythme a changé, s'est accéléré par vagues. J'ai vu Claire se perdre progressivement, pas d'un coup, pas comme moi qui basculais dans le plaisir d'un coup, mais par paliers, par degrés, avec cette maîtrise qui lui était propre et qui ne la quittait jamais tout à fait, même au bord de l'abandon. L'odeur de son excitation m'est parvenue, chaude, musquée, différente de la mienne, plus sucrée peut-être. Le fait de pouvoir la sentir, de savoir que cette odeur était celle de son plaisir en train de monter, rendait la scène infiniment plus réelle que n'importe quelle image sur un écran.
J'étais fascinée. Ce n'était pas comme regarder un film, pas comme les images que j'avais pu voir sur un écran et qui m'avaient toujours semblé fausses, surjouées, déconnectées de ce que le plaisir était vraiment. C'était une femme que je connaissais, une femme qui m'avait tenu la tête contre sa poitrine pendant que je jouissais, une femme qui dix minutes plus tôt me parlait de sublimation dans son salon. Et cette femme-là était en train de chevaucher un vibromasseur devant moi, les yeux mi-clos, la respiration de plus en plus courte, les cuisses tremblant à chaque descente.
Ce qui me troublait le plus, c'était ce que ça me faisait ressentir. De l'excitation, oui, mon propre corps répondait, indéniablement, une chaleur familière entre mes cuisses, mes tétons qui se dressaient sous mon chemisier. Mais aussi autre chose. De l'admiration, peut-être. De la tendresse. Et quelque chose qui ressemblait à de la gratitude, parce que Claire se rendait vulnérable devant moi, elle qui était toujours celle qui guidait, celle qui savait. Elle me montrait son propre abandon, et ce cadeau-là valait autant que tout ce qu'elle m'avait enseigné.
L'orgasme de Claire est arrivé avec une retenue qui ne lui ressemblait pas tout à fait, ou plutôt qui lui ressemblait trop, ce contrôle qu'elle gardait même dans le lâcher-prise. Son dos s'est cambré, sa bouche s'est ouverte sur un gémissement long, grave, presque mélodieux, ses cuisses ont tremblé fort pendant quelques secondes, puis elle s'est immobilisée, le souffle court, un sourire flottant sur ses lèvres.
Elle s'est relevée lentement, a retiré le vibromasseur, et m'a regardée avec une lueur amusée.
— Tu vois. Rien de compliqué. C'est toi qui décides de tout.
Puis elle a nettoyé l'objet avec un soin méticuleux, l'a posé sur le tissu sombre, et s'est tournée vers Gilles.
— À nous, a-t-elle dit.
Gilles s'est déshabillé. Cette simplicité d'homme que je lui connaissais, aucune grâce particulière, aucune gêne non plus, juste un corps qu'il découvrait comme on retire un manteau. Claire s'est approchée de lui, l'a poussé doucement vers le lit, l'a fait s'allonger sur le dos. J'ai vu le sexe de Gilles, déjà dur d'avoir regardé Claire, probablement, ou d'anticiper ce qui allait suivre, et Claire l'a chevauché avec la même fluidité qu'elle avait eue sur le vibromasseur, sauf que cette fois c'était différent, évidemment.
C'était la première fois que je les voyais faire l'amour.
J'avais vu des fragments, les mains de Gilles sur Claire, la bouche de Claire sur Gilles, des caresses, des gestes. Mais pas ça. Pas Claire qui descendait sur lui, qui le prenait en elle avec un soupir qui disait le plaisir et l'habitude mêlés, pas Gilles dont les mains se posaient sur les hanches de Claire avec cette possession tendre qui n'appartenait qu'à lui, pas leurs corps qui trouvaient un rythme ensemble sans avoir besoin d'un mot, d'un ajustement, parce que vingt ans de vie commune avaient inscrit ce rythme dans leur chair.
J'ai regardé sans pouvoir détourner les yeux. Claire bougeait sur Gilles avec la même liberté qu'elle avait eue sur l'objet, mais avec plus, avec plus de tout. Plus de sons, plus de regards échangés entre eux, plus de mains qui se cherchaient, plus de cette complicité muette qui me serrait la gorge parce qu'elle disait quelque chose que je n'avais jamais connu avec personne : nous nous connaissons par cœur, et cela ne nous a pas lassés.
Claire a joui sur Gilles en le regardant dans les yeux, une main sur son torse, et Gilles l'a suivie quelques secondes après, les mâchoires serrées, un grognement sourd dans sa gorge, ses doigts enfoncés dans les hanches de Claire. Puis ils sont restés immobiles un moment, elle sur lui, le souffle court, front contre front.
J'ai détourné les yeux à ce moment-là. Non pas par pudeur, j'avais dépassé ça depuis longtemps. Mais parce que ce que je voyais était trop intime, trop à eux, et que les regarder me donnait l'impression de voler quelque chose qui ne m'appartenait pas.
Claire s'est relevée, a embrassé Gilles sur les lèvres, un baiser doux, presque chaste après tout le reste et s'est tournée vers moi.
— À toi, Manon.
Mon cœur battait fort. Claire a nettoyé le vibromasseur à nouveau, l'a fixé au sol, sur le parquet, la ventouse adhérant avec ce même petit bruit sec. L'objet dressé, lisse, gris anthracite, attendait.
— Tu peux le chevaucher comme Claire, a dit Gilles. C'est toi qui décides. La position, le rythme, la profondeur, c'est toi qui contrôles tout.
— Nous serons là, a ajouté Claire. Nous te regardons, nous te guidons si tu en as besoin, mais c'est ton moment.
Je me suis déshabillée. Mes doigts tremblaient un peu sur les boutons de mon chemisier, de cette nervosité particulière qui précède les choses qu'on sait importantes, les choses qui vont laisser une marque. Ma jupe, mon soutien-gorge, ma culotte, déjà humide, je l'ai senti en la retirant, et j'ai rougi sans pouvoir m'en empêcher, comme si cette preuve-là de mon excitation était plus exposante que la nudité elle-même.
J'étais nue. Le vibromasseur fixé au sol entre mes pieds. Gilles assis au bord du lit, Claire debout à côté de lui, tous deux nus encore, leurs regards posés sur moi avec cette attention que je connaissais, cette présence totale, entière, qui me faisait exister plus fort.
Je me suis accroupie au-dessus de l'objet. Mes cuisses tremblaient, d'effort, d'appréhension, des deux. J'ai senti le bout du vibromasseur effleurer mes lèvres, lisse, tiède, et j'ai fermé les yeux un instant.
— Prends ton temps, Manon, a dit Claire. Il n'y a aucune urgence.
J'ai descendu mes hanches. Lentement. Progressivement. La sensation de l'objet qui entrait en moi était différente de tout ce que j'avais connu, différente des doigts de Gilles, différente de mes ex qui rentraient d'un coup. C'était moi qui décidais. À chaque centimètre, c'était moi qui choisissais d'aller plus loin ou de m'arrêter, et cette autonomie-là transformait la sensation elle-même, parce que rien n'était subi, rien n'était imposé, chaque millimètre de pénétration était un acte que je posais consciemment.
— C'est bien, Manon, a murmuré Gilles.
Je suis descendue encore. La sensation de plénitude augmentait, cette impression d'être remplie, étirée doucement, qui n'avait rien de douloureux mais qui occupait toute mon attention, toute ma conscience. J'ai pris l'objet entièrement, et je suis restée immobile un instant, accroupie, le souffle court, laissant mon corps s'habituer.
— Comment tu te sens ? a demandé Claire.
— Pleine.
Le mot est sorti tout seul. Puis, me souvenant de la conversation du salon : dis-le avec tes mots, j'ai ajouté, plus bas, en les regardant : j'aime ça. J'aime sentir mon sexe qui s'ouvre pour l'accueillir.
Un silence. Claire a cillé, très légèrement, presque imperceptiblement. Gilles n'a pas bougé, mais j'ai vu sa mâchoire se contracter. Mes mots les avaient touchés. Et savoir que ma voix, mes mots à moi, avaient ce pouvoir-là sur eux m'a donné le vertige.
C'était la première fois que je formulais mon plaisir aussi directement. Pas « c'est bien » ou « ça va ». J'aime ça. Deux mots simples, du deuxième registre de Claire, clairs et posés. Puis ce qui me plaisait, sans fard. Prononcer ça m'a coûté presque autant que la première fois où je m'étais déshabillée devant eux.
J'ai commencé à bouger. Lentement d'abord, mes hanches qui montaient et descendaient avec maladresse, cherchant le bon angle, le bon rythme. Mes cuisses brûlaient de l'effort, la position n'était pas facile. Je n'avais pas la fluidité de Claire, pas son aisance, pas sa grâce. Mes mouvements étaient hésitants, irréguliers. Pendant quelques secondes la vieille Manon est revenue, celle qui se comparait toujours, qui mesurait ses courbes contre celles des autres, qui trouvait son corps trop compact, trop court, pas assez ceci, trop cela. Claire était fluide, toi tu es saccadée. Claire était gracieuse, toi tu es maladroite. Claire avait l'air d'une danseuse, toi tu as l'air de quelqu'un qui apprend. J'ai senti la honte monter, cette vieille compagne.
— Ne te compare pas, a dit Claire, comme si elle lisait dans mes pensées. Ce n'est pas un spectacle. C'est ton plaisir. Cherche ce qui te fait du bien.
J'ai ajusté l'angle de mes hanches. Et quelque chose a changé. L'objet a trouvé un point en moi ce même point que les doigts de Gilles avaient trouvé samedi, mais atteint différemment, par ma propre descente, par mon propre poids. Une vague de plaisir m'a traversée d'un coup, si forte que j'ai gémi sans retenue, mes mains se posant sur mes propres cuisses pour m'ancrer.
— Là, a murmuré Gilles. Tu l'as trouvé. Garde cet angle.
J'ai gardé cet angle. Mes mouvements sont devenus plus sûrs, plus profonds. La maladresse du début cédait la place à quelque chose de plus instinctif, mon corps trouvant son propre rythme comme il avait toujours fini par le trouver avec eux, pas le rythme de Claire, pas celui que j'avais vu, le mien, différent, plus saccadé peut-être, moins gracieux, mais authentique.
— Tu es belle, Manon, a dit Claire. Regarde-toi.
Je n'avais pas de miroir. Mais je me voyais à travers leurs yeux, à travers le regard de Gilles fixé sur moi, à travers les yeux de Claire qui brillaient d'une lueur que je reconnaissais maintenant. Je me suis vue comme eux me voyaient : une femme de vingt-deux ans, nue, accroupie sur un vibromasseur qu'elle chevauchait de plus en plus vite, les seins qui bougeaient au rythme de ses mouvements, les cuisses tremblantes, le visage transfiguré par un plaisir qu'elle avait choisi, qu'elle contrôlait, qu'elle s'offrait à elle-même.
— Active la vibration, a dit Claire. Tu es prête ?
— Oui, j'ai soufflé.
J'ai appuyé. Un déclic. Puis le monde a changé.
La vibration est née à l'intérieur de moi, d'abord légère, un frémissement presque imperceptible, puis plus puissante, une pulsation régulière qui irradiait de l'objet vers les parois de mon sexe, vers mon clitoris par l'intérieur, vers des zones que je ne savais même pas sensibles. C'était une sensation entièrement nouvelle, différente des doigts d'un humain, différente du mouvement seul. Une vibration mécanique, constante, infatigable, qui ajoutait une couche de plaisir à chaque descente, chaque mouvement de mes hanches.
— Oh putain, je kiffe, j'ai lâché, les yeux fermés, la tête qui partait en arrière. C'est… oh putain, ma chatte coule, ça me remplit si bien.
Le troisième registre. Il était sorti tout seul, sans que je le choisisse, arraché par la vibration, et je n'ai même pas eu le temps d'en avoir honte.
— Respire, Manon, a dit Gilles. Reste avec nous. Garde les yeux ouverts si tu peux.
J'ai ouvert les yeux. J'ai regardé Gilles, puis Claire, et j'ai continué à bouger, plus lentement maintenant, parce que la vibration faisait une partie du travail, parce que chaque descente était devenue un événement en soi, une détonation de plaisir qui me coupait le souffle.
Mon corps tout entier vibrait. Pas seulement là où l'objet me touchait, partout. Mes cuisses, mon ventre, ma poitrine, jusqu'au bout de mes doigts. Je sentais la sueur perler entre mes seins, couler dans le creux de mon dos. J'entendais les sons qui sortaient de ma bouche, des gémissements longs, profonds, entrecoupés de respirations hachées et pour une fois je ne cherchais pas à les retenir ni à les amplifier. Ils étaient justes. Ils disaient exactement ce que je ressentais.
— Tu veux jouir, Manon ? a demandé Claire.
— Oui, j'ai envie de jouir. Et cette fois le mot est sorti sans hésitation, sans honte, du même registre clair et simple qu'elle m'avait montré une heure plus tôt. J'ai envie de jouir. Maintenant.
Je l'avais dit. Avec mes mots. Clairement. Et les dire avait quelque chose de libérateur qui n'avait rien à voir avec le plaisir physique, c'était l'autre orgasme, celui de la parole, celui du désir nommé à voix haute.
— Alors laisse-toi aller, a dit Gilles.
J'ai accéléré le mouvement de mes hanches, la vibration et la pénétration travaillant ensemble, mon clitoris pressé contre la base de l'objet à chaque descente, et l'orgasme est monté, comme une marée, lente, certaine. Je le sentais venir de loin, je le voyais approcher, et cette fois je n'avais peur ni de le retenir ni de le laisser passer. C'était mon orgasme. Je l'avais choisi, nommé, réclamé.
Il m'a traversée les yeux ouverts. Les yeux dans ceux de Claire, d'abord, puis dans ceux de Gilles, puis je ne savais plus, mon regard flottait entre les deux, et eux me regardaient jouir avec quelque chose sur le visage que je n'avais jamais vu chez personne. Ni chez mes ex, ni chez quiconque. Ce n'était pas du désir, ou pas seulement. C'était de la fierté. Comme des parents qui regardent leur enfant marcher pour la première fois, sauf que rien dans ce qui se passait n'avait quoi que ce soit de parental, et la comparaison m'aurait fait rire si je n'avais pas été en train de jouir.
C'était différent de tous les autres. Pas plus violent que ceux du samedi précédent, moins, peut-être, en intensité pure. Mais plus vaste. Plus conscient. Je sentais chaque contraction, chaque onde, chaque réplique. Je les accueillais une par une au lieu d'être emportée par elles. Mon corps tremblait, mes cuisses brûlaient, un long gémissement sortait de ma gorge, mais à travers tout ça j'étais là, présente, entière, sachant exactement ce qui m'arrivait et pourquoi.
Je me suis immobilisée, l'objet encore en moi, le souffle en lambeaux, les cuisses tétanisées. La vibration continuait, et chaque pulsation envoyait un écho de plaisir dans mon corps. J'ai tendu la main vers la base, j'ai trouvé le bouton, j'ai éteint la vibration. Le silence qui a suivi était presque assourdissant.
Je me suis relevée lentement, les jambes incertaines. Claire était là immédiatement, une main sur mon bras pour m'aider, me stabiliser. Gilles avait un verre d'eau prêt. J'ai bu, l'eau fraîche dans ma gorge, et j'ai senti quelque chose couler le long de l'intérieur de ma cuisse, mon propre plaisir, la preuve liquide de ce qui venait de se passer. Je ne l'ai pas essuyé. Je l'ai laissé être.
— Comment c'était ? a demandé Claire.
J'ai cherché le mot juste. Pas « extraordinaire » comme la dernière fois. Pas « intense ». Quelque chose de plus précis.
— C'était à moi.
Claire a souri. Gilles aussi. Et dans ce sourire partagé, j'ai compris qu'ils savaient exactement ce que je voulais dire, que cette fois, le plaisir n'avait pas été donné, offert, imposé ou orchestré. Il avait été pris. Par moi. Pour moi.
Gilles a disparu un instant dans la pièce d'à côté et est revenu avec un petit sac en tissu noir, sobre, sans inscription. Il me l'a tendu.
— Pour toi, a-t-il dit.
J'ai ouvert le sac. À l'intérieur, un vibromasseur identique à celui que je venais d'utiliser. Même gris anthracite, même forme, même ventouse à la base. Neuf, dans son emballage d'origine.
— Il est à toi, a dit Claire. Pour chez toi.
J'ai tenu l'objet entre mes mains, et quelque chose d'étrange m'a traversée. Une émotion que je n'attendais pas. Ce n'était pas un sex-toy qu'on me donnait. C'était un instrument, comme on offre un pinceau à quelqu'un qui apprend à peindre. Et le fait que ce cadeau vienne d'eux, qu'il soit lié à ce que je venais de vivre, lui donnait une valeur qui n'avait rien à voir avec son prix.
— Tu t'entraîneras avec, a dit Gilles. De la même manière que pour la nudité, que pour les caresses, dans chaque pièce, à chaque occasion que tu te donnes. Il faut que ton corps apprenne cet objet, qu'il devienne familier, que tu n'aies plus besoin de réfléchir à l'angle ou au rythme.
J'ai hoché la tête, serrant le vibromasseur contre moi, presque sans m'en rendre compte.
— Et une chose de plus, a ajouté Claire, avec cet éclat dans les yeux qui annonçait toujours un défi. À chaque fois que tu l'utilises, chaque fois, Manon, tu nous envoies une photo.
Mon ventre s'est contracté. Une photo. De moi, nue, avec l'objet. Stockée dans un téléphone, envoyée par message, existant quelque part dans le monde numérique, hors de mon contrôle.
— Pas nécessairement explicite, a précisé Claire, lisant probablement l'inquiétude sur mon visage. Ce peut être toi dans ta cuisine avec l'objet à côté de toi, ou juste tes cuisses, ou ton visage après. Ce qu'on veut voir, c'est la preuve que tu pratiques, et surtout la pièce. La cuisine, le salon, le bureau, la chambre de tes parents. Chaque lieu est un territoire à reconquérir. Tu nous montres que tu l'as fait.
— Et aussi, a ajouté Gilles, c'est un exercice en soi. Prendre une photo de toi dans cet état-là, la regarder, l'envoyer, c'est une autre forme d'exposition. Plus froide que notre regard en direct, parce que l'image reste. Tu vas devoir apprendre à te voir comme nous te voyons. Tu verras. Les premières photos seront les plus difficiles. Après, tu ne voudras plus t'arrêter.
Apprendre à me voir comme ils me voyaient. La phrase a résonné en moi longtemps après que Gilles l'a prononcée. Depuis le début, je m'étais vue à travers leurs yeux. Je l'avais dit moi-même, quelques minutes plus tôt, en me regardant dans leur regard pendant que je jouissais. Mais une photo, c'était autre chose. Une photo, c'était moi qui me regardais moi-même, sans le filtre de leur présence, sans la chaleur de leur attention. Juste moi et mon image, nue, avec un vibromasseur dans mon salon. Est-ce que je serais capable de me trouver belle sans eux dans la pièce ?
— D'accord, j'ai dit.
Claire a souri.
— Peut-être qu'une prochaine fois, a glissé Claire avec une légèreté presque désinvolte, ce ne sera pas un objet.
Elle n'a pas précisé. Elle n'a pas regardé Gilles en le disant. Elle a juste laissé la phrase flotter dans l'air de la chambre, comme une porte entrouverte sur quelque chose que je n'étais pas encore prête à traverser mais dont je savais, avec une certitude qui m'a surprise moi-même, que je finirais par la franchir.
Il était vingt-deux heures passées quand je suis sortie de chez eux. Julie n'allait pas tarder à rentrer. La rue était calme, un jeudi soir, des fenêtres éclairées derrière des volets mi-clos, une odeur de pluie récente sur le bitume. J'ai marché jusqu'au métro avec une sensation particulière, le corps léger, la tête pleine, l'impression d'être à la fois vidée et complète.
Dans ma poche, mon téléphone a vibré.
J'ai regardé l'écran et le sol s'est ouvert sous mes pieds.
Trois appels manqués. Maman. 20h14, 20h47, 21h18.
Un SMS, 20h52 : « Manon ? Tu ne décroches pas ? Tout va bien ? »
Un deuxième, 21h23 : « Ton père et moi on s'inquiète un peu, rappelle-nous quand tu peux »
La chaleur qui m'habitait encore a disparu d'un coup, remplacée par quelque chose de froid, de tranchant, qui m'a serrée la poitrine comme un étau. Trois appels. Deux heures sans réponse. Mon téléphone était resté dans mon sac, dans l'entrée de Gilles et Claire, en mode silencieux, pendant que je chevauchais un vibromasseur en gémissant de plaisir. Et dans ce même sac, maintenant, il y avait celui qu'ils m'avaient offert. J'allais rentrer chez mes parents, dans l'appartement de mes parents, avec un sex-toy dans mon sac. La soirée prenait une tournure que je n'avais pas anticipée.
J'ai rappelé immédiatement. Ma mère a décroché à la première sonnerie.
— Manon ! Enfin ! On essayait de te joindre, tu ne répondais pas, ton père commençait à...
— Pardon maman, je suis désolée. J'étais au cinéma avec Julie. J'avais mis le téléphone en silencieux et j'ai oublié de le rallumer après.
Le mensonge est sorti tout seul. Fluide, naturel, avec exactement le bon dosage d'excuse et de désinvolture. Je ne l'avais pas préparé, il était là, prêt, comme si une partie de moi savait depuis le début que ce moment arriverait et avait répété la scène en coulisses.
— Ah, d'accord, a dit ma mère, immédiatement rassurée. C'était bien ? Vous avez vu quoi ?
— Un film coréen, piochant dans le premier truc crédible qui me passait par la tête. Assez long. Avec des sous-titres.
— Oh, tu sais que ça m'endort, ces films-là. Bon, tant que tu vas bien. Tu as mangé correctement au moins ?
— Oui maman.
On a parlé encore deux minutes. Le frigo, les courses, un oncle qui avait appelé. Des choses normales, des choses de mère. Et pendant qu'elle parlait, pendant que je répondais aux bons endroits avec les bons mots, une pensée me traversait en boucle, glaciale dans sa netteté : il y a une heure, j'étais nue dans la chambre de deux personnes que tu n'as jamais rencontrées, en train de jouir pendant qu'ils me regardaient, et maintenant je te dis oui maman, je mange correctement.
Le gouffre entre les deux réalités, dans la même soirée, dans le même corps, dans la même voix.
J'ai raccroché. J'ai fixé mon téléphone un moment, debout sur le trottoir, le cœur battant d'une adrénaline qui n'avait plus rien à voir avec le plaisir. Puis j'ai ouvert une conversation avec Julie.
— Si ma mère t'appelle, on était au ciné ce soir ok ? Film coréen, on sait plus le titre.
La réponse est arrivée en moins d'une minute.
— lol t'étais où pour de vrai 😏
J'ai fixé l'emoji. Le petit visage jaune avec son sourire en coin. Julie qui plaisantait, qui ne soupçonnait rien, qui imaginait probablement un rendez-vous avec un mec. Si elle savait. J'ai failli répondre quelque chose de léger ou juste un emoji en retour, mais mes doigts sont restés immobiles au-dessus du clavier. Je n'ai rien envoyé. J'ai verrouillé l'écran et j'ai rangé le téléphone dans ma poche.
Dans le métro, je me suis assise. La rame était presque vide, quelques passagers épars, un homme qui lisait, une adolescente avec des écouteurs. Des gens qui rentraient chez eux, normalement, sans mensonge à couvrir, sans double vie à contenir. J'ai senti entre mes cuisses cette humidité qui n'avait pas complètement séché, et simultanément dans ma poitrine cette peur froide qui n'avait pas complètement fondu.
Mon corps portait encore la trace de ce qui s'était passé. La question de savoir ce que je ressentais vraiment pour Gilles et Claire restait ouverte, sans réponse, plus vaste qu'avant, pas plus petite. Et le mur entre mes deux vies, celui que j'avais cru solide, étanche, infranchissable, venait de montrer sa première fissure.
Trois appels manqués. Un mensonge. Un emoji de Julie resté sans réponse.
Je suis rentrée chez moi, j'ai fermé la porte de ma chambre, et je suis restée debout un long moment, sans allumer la lumière, sans me déshabiller, sans rien faire du tout. Juste debout dans le noir, avec le goût du mensonge encore dans la bouche et celui du plaisir encore dans le corps. Impossible de savoir lequel des deux pesait le plus lourd.
J'ai fini par allumer la lumière. J'ai sorti le petit sac en tissu noir de mon sac à main et je l'ai posé sur mon bureau, à côté de mes cours de droit, à côté de la photo de Julie et moi au lycée, à côté du post-it de ma mère punaisé au mur qui disait « Pense à racheter du sopalin ».
Le vibromasseur gris anthracite, dans son emballage, au milieu de ma vie normale. Comme un objet tombé d'une autre dimension.
Demain, je l'utiliserai. Dans la cuisine, ou dans le salon. Je prendrai une photo. Que j'enverrai.
Je me suis déshabillée, je me suis couchée, et pour la première fois depuis très longtemps, je n'ai pensé ni à Gilles ni à Claire ni au plaisir. J'ai pensé à ma mère, au son de sa voix au téléphone, à la facilité déconcertante avec laquelle je lui avais menti, et je me suis demandé si c'était ça, le vrai prix de ce que j'étais en train de devenir.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Fin du livre
Vous avez atteint la fin de ce livre.
Une suite est prévue prochainement. Restez à l'affût !

Commentaires ()

Passer les 6 commentaires
Photo de profil de romain89
romain89
8 octobre 2026 à 14:12
Je suis partagé. je me demande si son secret pourra rester un secret encore longtemps.
J'aime toujours autant vos textes ils me fond de l'effet et mon sexe est bien à l'étroit là où il est! je me pose aussi la question, ne croyez vous pas que son prochain petit ami risque d'être fade si il sera aussi jeune qu'elle?
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de mozart
mozart
8 octobre 2026 à 07:31
Manon continue son apprentissage, se découvre, devient la femme qui saura comment prendre et donner du plaisir. Lecture toujours aussi captivante, un plaisir à suivre.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de LouisintP
LouisintP
7 octobre 2026 à 10:58
Il y a eu dans le récit un léger décroché avec le vibromasseur.
Je lis fixer sur la table de chevet au début puis fixer au sol

Hâte de lire la suite . . . surtout avec l'émoji du sourire en coin de Julie: tu était où en vrai? ;)
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ Folie31 Vacances rêvées XSTORY
Vacances rêvées
Chapitre 4
Par Folie31
119
5
5.8k
Hétéro
✦ Serverom10 L'annonce XSTORY
L'annonce
Chapitre 1
Par Serverom10
242
12
27.1k
Hétéro
✦ Haleros Le salon de coiffure XSTORY
Le salon de coiffure
Chapitre unique
Par Haleros
226
13
14k
Lesbiennes
✦ Jane Does Mektoub XSTORY
Mektoub
Chapitre 3
Par Jane Does
57
4
4.9k
Hétéro
✦ ChachaVelours Les silences brulants XSTORY
Les silences brulants
Chapitre 2
Par ChachaVelours
65
12
4.3k
Hétéro
✦ Serverom10 L'annonce XSTORY
L'annonce
Chapitre 2
Par Serverom10
105
3
12.3k
Hétéro
✦ ninaedena Drainage en profondeur XSTORY
Drainage en profondeur
Chapitre unique
Par ninaedena
216
6
8.6k
Lesbiennes
✦ Dis moi Oui Le sms qui a tout changé XSTORY
Le sms qui a tout changé
Chapitre unique
Par Dis moi Oui
256
13
9.7k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio