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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L'initiation de Manon — Chapitre 6 · Découverte de l'intensité

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Haleros
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L'initiation de Manon

Chapitre 6 · Découverte de l'intensité

Sept jours, et j'ai l'impression d'avoir vécu deux vies en parallèle sans jamais les faire se rencontrer. Le jour, les cours, la bibliothèque, Julie qui débarquait avec son téléphone déjà allumé sur un message de Lucas, son sourire avant même d'avoir dit bonjour. Le soir, les volets fermés, ma peau nue contre l'air de l'appartement, et ce souvenir qui ne me lâchait pas, le regard de Gilles et Claire sur moi, l'attente qu'ils m'avaient imposée, cette phrase qui tournait encore dans ma tête : pas aujourd'hui, Manon. Je n'avais pas eu le droit de jouir avec eux. Ils m'avaient laissée tout au bord exprès, et une semaine plus tard je le sentais encore, cette frustration installée comme une seconde peau.
Julie, elle, vivait dans une toute autre réalité.
— Je te jure, Manon, s'il continue comme ça encore une semaine je vais devenir dingue. La main sur mon genou pendant le TD, il me raccompagne jusqu'au métro, et puis rien. J'ai limite envie de l'embrasser moi-même juste pour qu'on avance.
Elle rougissait en racontant ça, un rougissement d'adolescente presque, alors que moi j'avais dans le corps le souvenir d'avoir marché nue dans la chambre de mes parents en attendant de voir si la gêne allait gagner. J'ai souri, j'ai hoché la tête, j'ai sorti un : « il va finir par se décider, laisse-lui le temps », le genre de phrase qu'on donne quand on écoute à moitié parce qu'on est ailleurs, très loin.
Le décalage entre nous deux était devenu presque comique. Elle attendait un baiser. Moi j'attendais de savoir jusqu'où Gilles et Claire allaient me faire aller la prochaine fois, et je ne pouvais en dire un mot à personne, surtout pas à elle. Par moments je me demandais ce qui se passerait si je lui racontais tout, là, d'un coup, entre deux gorgées de café froid. Figure-toi que samedi dernier, tes parents m'ont laissée nue au bord de l'orgasme sans me laisser jouir, et j'y pense encore tous les soirs. Julie aurait reposé sa tasse très lentement, m'aurait dévisagée, et notre amitié aurait changé de forme pour toujours. Alors je me taisais.
— Et toi, ça avance avec les révisions ? m'a-t-elle demandé, un peu moqueuse. Parce que question mec, t'es à sec depuis un moment. Tu devrais vraiment t'envoyer en l'air plus souvent, ça te ferait un bien fou.
Si seulement elle savait. J'ai failli sourire, d'un sourire qui n'aurait rien eu d'approprié. Pas avec qui tu imagines, Julie. Pas de la manière que tu imagines. Et pourtant, d'une certaine façon, tu as raison : ça me fait un bien fou. J'ai juste répondu que j'avais la tête ailleurs, que les partiels approchaient. Elle n'a pas insisté. Elle avait Lucas pour occuper la curiosité qui lui restait.
Le reste du temps, je pratiquais.
C'était devenu un rituel : rentrer, fermer les volets, me déshabiller dès le seuil de ma chambre franchi, et marcher. Nue, chez moi, dans chaque pièce, comme Gilles me l'avait demandé. Au début de la semaine c'était encore un exercice, quelque chose que je faisais parce qu'on me l'avait ordonné. Vers le milieu de la semaine, c'était devenu autre chose, un besoin, presque, une manière de vérifier que ce que j'avais ressenti chez Claire et Gilles n'était pas juste un rêve qu'on aurait pu me raconter.
La cuisine, je n'avais jamais eu de mal. Il y avait quelque chose de presque drôle à préparer mon thé nue devant la fenêtre, l'air frais sur ma peau tandis que la bouilloire commençait à siffler, mes tétons qui se dressaient au contact du courant d'air. L'odeur du thé qui infusait se mêlait à celle de ma propre peau nue, une odeur de sommeil encore, de draps quittés trop vite, et cette combinaison, le domestique et l'intime, la tasse fumante et mes pieds nus sur le carrelage froid, avait quelque chose de profondément apaisant.
Le bureau non plus ne me posait plus aucun problème. Je m'y étais assise nue plusieurs fois cette semaine, un cours ouvert devant moi, une main parfois glissée entre mes cuisses sans même que ça m'empêche de lire, comme si mon corps avait simplement intégré que la nudité et la vie normale pouvaient désormais coexister.
La chambre de mes parents restait le point où tout se bloquait. J'y étais entrée plusieurs fois dans la semaine, nue, et chaque fois j'en étais ressortie sans avoir réussi à me toucher. Ce n'était pas de la pudeur exactement. C'était plus profond, quelque chose qui touchait à l'idée même de ce que cette pièce représentait : le lit de mes parents, l'endroit où j'avais peut-être été conçue, l'endroit où ma mère pliait le linge le dimanche. Le vendredi soir, pourtant, je m'y suis retrouvée à nouveau. J'ai fermé la porte derrière moi. Je me suis assise au bord de leur lit, et j'ai fermé les yeux. J'ai laissé une main glisser entre mes cuisses, doucement, presque comme une excuse, et j'ai attendu de voir si la gêne allait remonter comme les autres fois.
Elle n'est pas venue. Ou plutôt, elle est venue, mais elle s'est mélangée à autre chose, quelque chose de plus fort, une excitation sourde qui montait précisément parce que c'était interdit, parce que cette pièce n'était pas censée m'appartenir de cette manière. Je me suis caressée les yeux fermés, et j'ai senti sous mes doigts cette humidité qui ne mentait pas : mon corps trouvait excitant ce que ma tête trouvait transgressif. L'odeur de la lessive de ma mère sur les draps, le tic-tac du réveil de mon père sur la table de nuit. Tout ce décor familial qui aurait dû me glacer ne faisait qu'ajouter à l'intensité, comme un contraste qui rendait chaque sensation plus vive, plus coupable, plus vraie.
Je n'ai pas cherché à jouir, juste à prouver que je pouvais le faire là aussi, dans ce lieu-là aussi. Deux minutes, peut-être trois, une main qui bougeait lentement. En me relevant, mes jambes tremblaient un peu. J'ai lissé le dessus-de-lit du plat de la main, effaçant la trace de mon corps, et j'ai eu l'impression d'avoir franchi une frontière que je m'étais fixée moi-même et que je venais de faire tomber.
Le samedi est arrivé comme toujours, avec cette sensation particulière au réveil : un mélange d'excitation et de nervosité qui m'accompagnait depuis le jeudi soir. J'avais compté les jours. Je m'en étais voulu de les compter, et je les avais comptés quand même. Le soir, dans mon lit, j'avais pensé à ce qui m'attendait, sans savoir exactement ce que ça serait, juste en sachant que quelque chose allait se passer, et cette incertitude elle-même m'avait fait mouiller plus d'une fois avant de m'endormir.
Chez Claire et Gilles, le rituel a suivi son cours habituel. Le thé, les questions sur ma semaine, la politesse qui masquait à peine l'attente sous-jacente. J'ai raconté mes progrès, la cuisine, le bureau, et j'ai hésité avant de parler de la chambre de mes parents. Claire a souri quand je l'ai mentionnée, comme si elle savait exactement ce que ça m'avait coûté.
— C'est difficile, a-t-elle dit. Cette pièce touche à quelque chose de complexe dans ton esprit. Tu as bien fait de persévérer.
Gilles a posé sa tasse. Il avait cette façon de le faire qui annonçait toujours un changement de sujet, un geste précis, presque cérémonial.
— Aujourd'hui, a-t-il dit, nous allons nous occuper de toi.
Je n'osais pas l'espérer. Je l'avais espéré quand même, tous les soirs de la semaine, allongée dans mon lit, cette phrase tournant en boucle sans jamais se réaliser. Et si, la prochaine fois, c'était leur tour de me toucher. Mon cœur s'est mis à battre plus fort. Une chaleur immédiate, presque douloureuse, s'est installée entre mes cuisses.
Claire m'a observée avec cet amusement qu'elle avait toujours quand elle voyait quelque chose se lire trop clairement sur mon visage.
— Tu sembles avoir hâte, Manon.
— Un peu, oui, j'ai admis, la voix moins assurée que je ne l'aurais voulu.
Claire a penché la tête de côté, comme on observe un fruit dont on sait exactement quand il sera mûr.
— Et pourtant, tu sais, elle a marqué une pause, un sourire qui ne quittait pas ses lèvres, tu ne vas pas comprendre ce que je vais te dire, mais c'est toi qui nous supplieras d'arrêter.
J'ai froncé les sourcils. J'ai eu envie de rire, presque, tellement l'idée me paraissait absurde. J'avais attendu ça toute la semaine, non, depuis des semaines. Chaque soir, dans mon lit, les yeux au plafond, les cuisses serrées. Je ne voyais pas ce qui pourrait me pousser à vouloir que ça s'arrête. C'était comme dire à quelqu'un qui meurt de soif qu'il supplierait qu'on arrête de lui donner de l'eau.
— Je ne pense pas.
Claire n'a rien ajouté. Gilles non plus. Juste ce sourire, encore, comme si elle savait quelque chose que je découvrirais bien assez tôt. Il y a eu un silence de quelques secondes, un de ces silences qu'ils savaient habiter mieux que personne, et dans ce silence j'ai senti, l'ombre d'un doute. Pas grand-chose. Juste assez pour que mon assurance ne soit plus tout à fait entière.
Nous sommes allés dans la chambre d'amis, celle que je connaissais désormais presque aussi bien que la mienne. Gilles a fermé la porte derrière nous.
Claire a commencé à se déshabiller, sans hâte. Elle avait cette manière de retirer ses vêtements qui n'appartenait qu'à elle. Aucune séduction volontaire, aucune pudeur non plus, juste une femme qui se défait de ce qui la recouvre comme on pose un livre qu'on a fini de lire. Chaque geste était définitif. Son chemisier, plié sur la chaise. Son soutien-gorge, ses seins apparaissant avec cette évidence tranquille qui me fascinait toujours autant. Gilles s'est déshabillé de son côté, avec moins de grâce, plus de simplicité, un homme qui se met nu parce que c'est l'heure de se mettre nu. Puis il s'est tourné vers moi.
— À toi, Manon.
J'ai obéi, comme toujours. Mes doigts sur les boutons de mon chemisier, ma jupe qui tombait, mon soutien-gorge que je dégrafais dans mon dos. J'étais nue devant eux en quelques secondes, ce qui aurait dû être devenu une habitude après toutes ces semaines, et qui pourtant continuait de m'électriser chaque fois différemment.
— Sur le lit, a dit Gilles. Au milieu. Assise, face à nous. Cuisses écartées.
J'ai grimpé sur le matelas. Le drap frais sous mes fesses nues, la texture du tissu contre ma peau, chaque détail semblait amplifié. J'ai écarté mes cuisses comme demandé, exposant mon intimité sans aucun voile entre nous. J'ai senti l'air de la pièce toucher mon sexe déjà humide. Cette sensation-là, l'air libre sur la partie la plus intime de mon corps tandis que deux personnes me regardaient, je ne m'y habituais pas. Je ne voulais peut-être pas m'y habituer.
Gilles et Claire se sont installés debout au pied du lit, nus eux aussi désormais, leurs regards posés sur moi avec cette attention qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu avant eux, ni voyeurisme malsain, ni indifférence, juste une présence totale, entière, comme si à cet instant précis rien n'existait pour eux sauf moi.
— Maintenant, a dit Gilles, tu vas te caresser jusqu'à jouir devant nous. Comme tu l'as fait chez toi cette semaine. Sauf que cette fois, nous te regardons.
J'ai senti mon ventre se nouer. J'avais fait ça seule, dans ma chambre, dans mon salon, dans le bureau de mes parents, dans leur chambre. Jamais devant quelqu'un. Jamais devant deux paires d'yeux fixées sur moi, attendant que je me donne du plaisir comme on attend un spectacle.
— Je... je ne sais pas si… j'ai commencé, sans savoir quoi dire.
— Obéis, Manon.
Le mot de Gilles, simple, sans dureté particulière, a suffi à débloquer quelque chose en moi.
Mes doigts ont trouvé mon clitoris, mais les gestes étaient raides, appliqués, mécaniques, comme si j'épelais un mouvement au lieu de le vivre. Ma main ne m'appartenait plus tout à fait, elle appartenait à leur regard, et sous ce regard-là elle ne savait plus comment faire ce qu'elle faisait pourtant très bien chaque soir dans le noir. Je cherchais un endroit où poser les yeux qui ne soit ni Gilles, ni Claire, ni mon propre corps, et il n'y en avait pas. Le plafond me paraissait ridicule. Fermer les yeux me paraissait être une esquive, un aveu que je n'assumais pas vraiment ce que j'étais en train de faire.
J'ai fini par regarder Gilles, directement, en me caressant, et quelque chose dans son regard, cette patience totale, ce plaisir tranquille de me voir m'exécuter, a fait basculer quelque chose en moi.
Ce n'était plus la peur d'être regardée. C'était la faim de l'être. Et cette faim-là me stimulait davantage que la peur, parce que la peur d'exister, au moins, j'avais grandi avec, je savais la reconnaître. Cette faim était neuve. Elle avait le goût de quelque chose qu'on ne pourrait pas me reprendre.
J'ai écarté mes cuisses un peu plus qu'il ne fallait. Délibérément.
J'ai arrêté de choisir où poser mon regard et je l'ai laissé filer sur le sexe de Gilles, qui durcissait doucement sous mes yeux, sur les pointes des seins de Claire qui se dressaient elles aussi.
Cette vue-là m'a fait mouiller davantage que mes propres doigts. Le sexe de Gilles qui durcissait, pour moi, à cause de moi. Les pointes des seins de Claire, dressées, comme un écho de mes propres tétons que je venais de pincer. Savoir que mon exhibition les excitait, littéralement, physiquement, sous mes yeux, transformait ma honte en quelque chose de bien plus grisant. Je n'étais plus seulement celle qui se montrait. J'étais celle qui provoquait.
Mes gestes se sont détendus. Mes doigts ont trouvé un rythme plus naturel, plus assumé, glissant sur mes seins, pinçant mes tétons, puis redescendant vers mon sexe déjà trempé. Je me suis mise à gémir sans plus me retenir, la tête légèrement renversée en arrière, consciente à chaque seconde que Gilles et Claire ne me quittaient pas des yeux, que chaque frisson qui traversait mon corps était observé, apprécié, presque savouré par eux comme une offrande.
L'orgasme est monté vite, plus vite que je ne l'aurais cru possible dans ces conditions. J'ai senti ma mâchoire se décrocher, un son monter de ma gorge que je ne reconnaissais pas tout à fait comme le mien, et j'ai joui devant eux, les yeux grands ouverts cette fois, plantés dans ceux de Gilles, mon corps entier secoué par la vague. Mes cuisses tremblaient. Mes doigts continuaient de bouger sur mon clitoris par réflexe, prolongeant les dernières ondes, et dans le silence qui a suivi je n'entendais plus que ma propre respiration, rauque, et le battement de mon sang dans mes tempes.
— Magnifique, a murmuré Claire. Vraiment, Manon. Te regarder jouir devant nous, c'était d'une beauté presque insoutenable.
— C'était très excitant à observer, a ajouté Gilles, la voix un peu plus grave que d'ordinaire.
— Et pour toi, comment c'était ? a demandé Claire, en s'approchant.
J'ai mis un instant à retrouver mon souffle, à retrouver des mots.
— Différent, j'ai fini par dire. J'avais l'impression que... que le fait que vous regardiez rendait tout plus fort. Plus réel. Comme si mon corps existait davantage, d'un coup.
Claire a souri, satisfaite, comme si j'avais donné la bonne réponse.
Claire a pris quelque chose, un tissu, soyeux, que j'ai senti effleurer ma joue avant de comprendre ce que c'était. Elle me l'a noué sur les yeux, doucement, en prenant soin de ne coincer aucune mèche de cheveux. Ce geste de soin, au milieu de tout le reste, m'a émue de façon inattendue.
— Concentre-toi sur tes sensations, Manon. Rien d'autre. Nous nous occupons du reste.
Le noir. Pas un noir effrayant, un noir chaud, intime, comme l'intérieur d'un cocon. Les sons de la pièce ont changé d'un coup : la respiration de Gilles, plus lourde que celle de Claire, le froissement du drap sous mon corps, le craquement du sommier quand ils se sont installés de chaque côté de moi. Tout était devenu plus proche, plus présent, comme si on avait monté le volume du monde.
Ils m'ont allongée sur le dos, chacun installé de part et d'autre de mon corps.
Puis les mains ont commencé. À quatre, partout : mon cou, mes bras, mes cuisses, mon ventre, mes flancs, la cambrure de mes reins. Jamais mon sexe, jamais mes seins, pas encore. Ils dessinaient une carte de mon corps, traçant des chemins que je ne connaissais pas moi-même, et je découvrais sous leurs doigts que le creux de mon coude était sensible, que l'arête de ma hanche me faisait frissonner, que la peau juste sous mon nombril répondait d'un tressaillement involontaire. Mon corps se révélait à moi par leurs mains, et cette cartographie avait quelque chose de vertigineux : combien de zones comme celles-là existaient en moi, dont je n'avais jamais soupçonné l'existence ?
Puis, sans transition, leurs mains se sont refermées sur mes seins. Et j'ai cessé de penser.
Chacun le sien. Gilles à gauche, Claire à droite. La différence était immédiate, saisissante, presque pédagogique, comme s'ils voulaient me faire comprendre par la chair ce que les mots n'auraient pas su dire. La main de Gilles, large, enveloppait tout mon sein d'un coup, le prenait entier dans sa paume, avant de le malaxer avec une pression mesurée, possessive. Les doigts de Claire, plus fins, plus patients, jouaient d'abord avec la pointe seule, la roulant entre le pouce et l'index, la pinçant juste assez pour que je sente la limite exacte entre le plaisir et l'inconfort.
Puis leurs bouches ont pris le relais. La barbe de Gilles contre ma peau, sa bouche plus vorace, aspirant fermement, et de l'autre côté la langue de Claire, légère, traçant des cercles lents autour de mon téton avant de le prendre entre ses dents avec une douceur qui était presque pire que la force, parce qu'elle me laissait désirer plus sans jamais me le donner tout à fait.
Jamais, dans toute ma vie, on ne s'était occupé de mes seins avec cette intensité, cette application. Tout y est passé : leurs mains, leurs bouches, leurs langues, les dents effleurant à peine, l'alternance douceur-fermeté qui ne laissait aucune répit à mon corps pour s'habituer. Je me suis mise à gémir, de plus en plus fort, incapable de retenir les sons qui montaient dans ma gorge.
— Retiens-toi, Manon, a dit Gilles. Pas maintenant.
J'ai essayé. J'ai vraiment essayé. Mais leurs bouches continuaient leur ballet incessant, sans relâche, et mon dos s'est cambré tout seul, se soulevant vers leurs caresses comme s'il cherchait de lui-même plus de contact.
— Pas maintenant, a répété Gilles, tandis que Claire mordillait plus fermement et que la bouche de Gilles aspirait plus fort l'autre pointe durcie.
C'était trop. Ça a débordé d'un coup, une vague brutale, venue d'un endroit que je ne connaissais pas, qui n'avait rien à voir avec un orgasme habituel, rien à voir avec tout ce que je croyais savoir du plaisir. Mon dos s'est soulevé du matelas comme si quelqu'un m'avait tirée par le sternum, et j'ai joui en criant, un cri qui m'a surprise moi-même, un son que je n'avais jamais entendu sortir de ma gorge. Mon corps a été secoué de spasmes longs, profonds, qui partaient de ma poitrine et irradiaient jusqu'à mon ventre, mes cuisses, mes orteils recroquevillés.
Puis le silence. Juste mon souffle. Juste le matelas sous mon dos.
Ils ne m'avaient pas touchée entre les cuisses. Pas une fois. Pas un doigt, pas un effleurement. J'avais joui uniquement par mes seins, et je ne savais même pas que c'était possible. Cela me semblait inimaginable, et pourtant c'était arrivé, mon corps entier tremblait encore pour le prouver. Plus de vingt ans dans ce corps, et je ne le connaissais pas. La pensée m'a traversée comme une lame : combien d'autres choses est-ce que j'ignore sur moi-même ? Et juste derrière, une autre pensée, plus troublante encore : c'est eux qui vont me l'apprendre, pas moi, eux.
— Tu n'as pas écouté Gilles, a dit Claire, la voix douce mais ferme. Ou plutôt, tu n'as pas essayé assez fort.
— C'était tellement puissant, j'ai balbutié, encore essoufflée. Je n'ai pas pu... mon corps a juste cédé, c'était trop intense, je ne pouvais pas retenir ça.
— Une fessée t'aidera à ancrer la leçon, a dit Gilles.
Le mot est resté suspendu dans l'air, obscène et enfantin à la fois. Une fessée. Moi, Manon, vingt-deux ans, étudiante en droit, qui rendais ses dissertations en avance et disait « excusez-moi » quand quelqu'un me bousculait dans le métro. Une fessée, comme une gamine qu'on corrige.
La peur est venue d'abord. Pas seulement la peur de la douleur, aussi la peur de découvrir que cela pourrait me plaire. Et derrière la peur, immédiatement, le souvenir : Claire, quelques semaines plus tôt, cambrée sur les genoux de Gilles, les fesses rougies, le visage transfiguré par un plaisir qu'elle ne cherchait absolument pas à cacher. Je me souvenais de mon trouble ce jour-là, de la chaleur qui m'avait envahie en regardant sans comprendre pourquoi. Je comprenais maintenant. Ce n'était pas du trouble. C'était de l'envie.
— D'accord, j'ai murmuré.
Ma voix tremblait, mais pas seulement d'anxiété. Il y avait autre chose dedans, quelque chose qui ressemblait à de l'impatience, et cette impatience-là m'étonnait plus que tout le reste.
— Je vais t'attacher, a dit Gilles. Différemment des autres fois. Tends tes poignets devant toi.
J'ai obéi, tendant mes mains dans le noir du bandeau, sans savoir exactement vers quoi. Le lien s'est enroulé autour de mes poignets, serré juste assez pour que je sente l'impossibilité de me libérer, et sans que la circulation soit coupée. Gilles faisait les choses avec soin, et même dans ce geste-là, cette attention me rassurait autant qu'elle m'excitait.
Il m'a fait m'allonger sur le dos, puis a replié chacune de mes jambes sur elle-même, le mollet plaqué contre la cuisse, et les a fixées dans cette position. Je ne comprenais pas encore ce qu'il cherchait. Puis Claire m'a retournée sur le ventre, puis m'a positionnée à genoux, m'a guidée pour que je me penche en avant, front contre le matelas, et mes bras liés ont glissé naturellement sous moi, entre mes cuisses.
Et là, j'ai compris. Dans cette position, tout était offert. Tout. Ma croupe dressée, cambrée, exposée à l'air de la pièce. Mon sexe ouvert, que je sentais pulser, humide, entre mes cuisses écartées. Mes fesses nues, tendues, vulnérables. Je ne pouvais ni refermer mes jambes, ni couvrir mon corps, ni même voir ce qu'ils faisaient derrière moi. Mon cœur battait si fort que je l'entendais dans mes oreilles, dans ma gorge, partout.
Une partie de moi, la fameuse qui disait « excusez-moi », a voulu mourir de honte. Le reste de moi a cambré les reins un peu plus.
Les caresses ont recommencé, légères d'abord, partout : mon cou, mon dos, l'intérieur de mes cuisses, mes fesses, mes hanches. Des frôlements presque imperceptibles alternant avec des pressions plus franches, sans logique apparente, juste pour que je ne puisse jamais anticiper d'où la prochaine caresse allait venir.
— Je vais commencer doucement, pour que tu sentes, a dit Gilles. Nous verrons comment tu réagis.
Rien ne s'est passé pendant de longues secondes. J'attendais, le cœur battant fort, sans savoir si j'allais avoir mal, si je devais craindre ce qui venait, ou simplement me laisser aller à l'excitation qui montait déjà en moi malgré tout.
La première claque est tombée sans prévenir. Le son d'abord : un claquement net, presque musical, qui a résonné dans la pièce comme un coup de théâtre. La sensation ensuite, une demi-seconde plus tard, la peau de ma fesse qui s'éveillait d'un coup, chaude, picotante, vivante d'une manière qu'elle n'avait jamais été. Et puis, juste après, le contrecoup : la vibration qui se propageait à travers ma chair jusqu'à mon sexe, une onde sourde, inattendue, qui n'avait rien à voir avec de la douleur. La seconde claque, sur l'autre fesse. Même son. Même chaleur. Puis d'autres, toujours une par fesse, toujours la même intensité, le même claquement, les vibrations se propageant jusqu'à mon sexe humide.
Ce n'était pas une décision consciente. Mon corps a fait ça tout seul : cambrer les reins, tendre la croupe vers la main de Gilles, l'offrir, littéralement. Un gémissement m'a échappé, et dans ce gémissement j'ai entendu du plaisir, clairement, sans aucune ambiguïté possible. Une partie de moi, celle qui rétrécissait de semaine en semaine sans que je sache si je devais m'en inquiéter, a pensé : c'est une fessée, Manon, tu es en train de gémir de plaisir sous une fessée, qu'est-ce qui ne va pas chez toi. Mais l'image de Claire est revenue, nette, indiscutable : Claire cambrée exactement comme moi, le visage transfiguré, les fesses rougies, belle dans son plaisir sans la moindre trace de honte.
Il n'y avait rien qui n'allait pas chez moi. Je n'avais juste pas encore reçue la mienne de fessée.
— Comment ça va, Manon ? a demandé Gilles. Je continue ?
— Oui, j'ai soufflé.
— Plus fort, Manon ? a demandé Claire.
— Oui, plus fort… j'ai répondu, la voix tremblante.
De nouvelles caresses douces sont venues, partout sur mon corps, y compris sur mes fesses déjà tiédies. Puis la fessée a repris, des claques un peu plus appuyées, le même effet sonore, les mêmes vibrations remontant à chaque fois jusqu'à mon intimité. Ce n'était pas vraiment une douleur, plutôt une chaleur qui montait, diffuse, sans rien de la sensation brutale de coup à laquelle je m'étais préparée. Tout était dans le contrôle, dans la mesure exacte de chaque geste.
— Continue comme ça, Gilles, a encouragé Claire. Regarde-la. Regarde comme elle réagit.
J'ai gémi presque à chaque claque désormais, mon excitation grimpant à chaque impact, mon sexe trempé se laissant deviner par le bruit humide qui accompagnait chacun de mes mouvements.
Gilles s'est arrêté
— Comment ça va, Manon ? Je continue ?
— Oui.
— Plus fort, Manon ? a redemandé Claire.
— Oui. Et cette fois ma voix ne tremblait plus.
— Plus fort, Manon ? a validé Gilles.
— Oui, j'ai crié, et ma propre voix m'a fait l'effet d'une étrangère. Ce n'était pas un consentement. C'était une exigence. Je réclamais, et le fait de réclamer à voix haute, d'entendre ce « oui » résonner dans la pièce, sortant de ma bouche, de mon corps cambré et offert, m'a excitée presque autant que les claques elles-mêmes.
Avant de reprendre, Gilles a posé sa main à plat sur mon sexe. Juste posée, immobile, sa paume chaude contre ma vulve trempée. Ce simple contact, sa main, ma chaleur, mon humidité contre sa peau, m'a arrachée un son que je ne me connaissais pas, quelque part entre le soupir et la plainte. Puis ses doigts ont bougé, lentement, glissant le long de ma fente, écartant à peine mes lèvres, frôlant mon clitoris d'un effleurement si fugace qu'il aurait pu être accidentel, si Gilles avait été le genre d'homme à faire quoi que ce soit par accident.
La fessée a repris, un nouveau cycle. À chaque claque je gémissais, je cambrais ma croupe, m'offrant comme pour devancer le prochain impact et mieux le sentir.
— Tu es magnifique, Manon, a murmuré Claire. Sa voix avait changé, elle aussi, plus basse, comme si me regarder l'affectait plus qu'elle ne l'avait prévu. Je ne pensais pas que cela te ferait autant d'effet dès la première fois. Regarde comme elle coule, Gilles.
Savoir qu'elle parlait de moi à la troisième personne, comme si j'étais un oeuvre d'art qu'ils contemplaient ensemble, m'a fait mouiller davantage.
Gilles a acquiescé d'un mot, et a continué encore un moment. J'étais complètement cambrée désormais, mes fesses chauffant sous les impacts répétés, mais chaque claque semblait m'exciter davantage, les ondes de choc se propageant jusqu'à mon intimité de plus en plus trempée.
— Ça suffit pour cette fois, a fini par dire Gilles. Retiens-toi de jouir, Manon. Seulement quand je le dirai.
Il a arrêté la fessée, a repris ses caresses sur mon sexe détrempé. À nouveau ce doigt glissant tout en douceur le long de ma fente, écartant à peine mes lèvres, titillant mon clitoris sans jamais y insister vraiment.
J'étais au bord. Tellement au bord que je sentais l'orgasme comme une présence physique, là, juste derrière un voile que les doigts de Gilles refusaient de déchirer. Il m'a fait redescendre une première fois en ralentissant d'un coup, ses doigts se retirant presque entièrement, me laissant vide, contractée sur du rien, un gémissement de frustration coincé dans ma gorge. Puis il est revenu, m'a ramenée au bord, et s'est retiré à nouveau. La deuxième fois, j'ai failli pleurer, de besoin. Un besoin tellement pur, tellement animal, que toutes les couches de ce que je croyais être, l'étudiante, la fille de mes parents, la meilleure copine de Julie, se sont effacées d'un coup, et il ne restait plus que ça : un corps au bord du plaisir, prêt à tout pour y basculer.
Puis, la troisième fois, il n'a pas retiré ses doigts. Il a continué, et quand il a senti que je n'en pouvais vraiment plus :
— Viens, Manon.
Le plaisir m'a prise comme une vague de fond, pas une montée progressive, pas un crescendo, une détonation. Tout mon corps s'est arc-bouté contre les liens, mes poignets tirant, mes cuisses tremblant, et j'ai crié sans retenue, un cri long, rauque, qui n'en finissait pas, porté par une jouissance qui semblait venir de partout à la fois : de mes fesses encore brûlantes, de mon sexe saturé, de mon ventre, de mes seins, de cet endroit en moi que la fessée avait ouvert et que les doigts de Gilles venaient de faire exploser. Les spasmes ont duré longtemps. Beaucoup plus longtemps que d'habitude. À chaque contraction, un nouvel écho de plaisir, de plus en plus faible, comme une pierre qu'on jette dans l'eau et dont les cercles s'élargissent indéfiniment.
Ils m'ont laissée redescendre, puis m'ont retournée, assise sur le lit, jambes toujours pliées par les liens, poignets toujours reliés. Le contact du drap contre mes fesses brûlantes m'a fait tressaillir, une morsure tiède, pas désagréable, qui me rappelait à chaque micro-mouvement ce que Gilles venait de me faire. J'ai compris que c'était voulu. Que dans cette position, assise, je ne pourrais pas oublier une seule seconde ce qui s'était passé. Mon corps le porterait, même après. La fessée ne s'arrêtait pas avec la dernière claque. Elle continuait dans la chaleur de ma peau, dans chaque appui, dans chaque friction. Ils le savaient. Évidemment qu'ils le savaient.
Claire s'est glissée derrière moi. J'ai senti ses cuisses de part et d'autre de mes hanches, puis ses seins se presser contre mon dos, la douceur de sa peau, la chaleur de son corps, et ses tétons, durs, qui traçaient deux points brûlants entre mes omoplates. Sa bouche s'est posée dans mon cou, puis dans ma nuque, et son souffle contre ma peau mouillée de sueur m'a fait frissonner de la tête aux pieds.
— Tu es merveilleuse, Manon, a-t-elle murmuré, les lèvres contre mon oreille. Mais c'est loin d'être fini.
Être tenue ainsi par une femme, mon dos contre sa poitrine, enveloppée par elle, c'était une sensation que je n'avais jamais connue avec personne. Rien à voir avec les bras d'un homme. C'était plus doux, plus englobant, et en même temps il y avait dans la manière dont Claire me tenait quelque chose de possessif qui n'avait rien de maternel. J'étais à elle, autant qu'à Gilles, dans cet instant, et mon corps le savait.
Ses mains ont commencé à bouger. L'une sur mes seins, l'autre glissant vers mon sexe, vers mon clitoris gonflé, si sensible après tout ce qu'il avait subi que le premier effleurement m'a fait sursauter. Je ne voyais toujours rien à cause du bandeau, et mes sensations semblaient démultipliées par cette absence de repère visuel. J'ai gémi rapidement sous ses doigts.
Comme Gilles, Claire m'a amenée au bord, puis m'a laissée retomber. Elle l'a fait avec une précision différente de celle de Gilles, plus intuitive, comme si elle savait d'instinct, en tant que femme, exactement à quel moment le plaisir bascule, exactement comment le suspendre une fraction de seconde avant qu'il ne devienne irrattrapable. C'était plus troublant encore, parce que plus précis. Je gémissais, haletais, mon bassin bougeant tout seul contre sa main, cherchant le contact qu'elle me refusait.
— Ne t'arrête pas cette fois, j'ai supplié, la voix méconnaissable. Claire, s'il te plaît, ne t'arrête pas.
— Tu as envie à ce point ? a-t-elle demandé, tout contre mon oreille, sa voix amusée mais douce.
Son souffle chaud dans mon cou. Ses seins contre mon dos. Ses doigts immobiles sur mon clitoris palpitant, posés là sans bouger, une attention parfaite.
— Oui, j'ai gémi. S'il te plaît.
— Dis-le encore.
— S'il te plaît, Claire. S'il te plaît.
Cette fois, elle n'a pas arrêté. J'ai joui contre elle, dans ses bras, mon dos plaqué contre sa poitrine, ma tête renversée sur son épaule, une vague plus longue, plus profonde, plus intime que les précédentes, parce que cette fois je n'étais pas seulement touchée, j'étais tenue.
Mon cœur battait fort, mon corps saturé de sensations. Je perdais le compte de mes orgasmes. Mais ils ne s'arrêtaient pas là. Ils m'ont allongée sur le dos. Avec mes jambes toujours repliées par les liens, mon intimité était de nouveau exposée, dans l'autre sens cette fois.
Une bouche s'est posée sur mon sexe. Sa barbe d'abord, le picotement contre l'intérieur de mes cuisses, puis contre mes lèvres, un contraste presque choquant avec la douceur de la langue qui a suivi. Gilles. Il m'a goûtée lentement, comme on goûte quelque chose de précieux, sa langue parcourant ma fente de bas en haut, s'attardant, plongeant en moi, ressortant, venant chercher mon clitoris avec une lenteur qui frisait l'insupportable avant de recommencer le cycle. J'ai perçu un son grave, un grognement étouffé contre ma chair, et j'ai compris avec un vertige nouveau que Gilles prenait du plaisir à me lécher, pas seulement à m'en donner, mais à en prendre, lui, le goût de moi sur sa langue, l'odeur de mon excitation contre son visage.
En même temps, Claire s'est penchée sur mes seins. Les deux à la fois d'abord, ses mains les rassemblant, sa bouche passant de l'un à l'autre, puis se concentrant sur un seul, le prenant tout entier, le suçant longuement tandis que l'autre main tordait la pointe du second avec une précision qui arrachait des sons à mon corps malgré moi.
Quatre mains, deux bouches, sur trois zones de mon corps en même temps. Mon cerveau ne suivait plus. Les sensations se chevauchaient, se mélangeaient, il m'était devenu impossible de savoir où finissait le plaisir de la langue de Gilles et où commençait celui des lèvres de Claire. Je n'étais plus qu'un seul nerf à vif, vibrant de partout. Cette fois, ils ne m'ont pas fait attendre. L'orgasme m'a traversée comme une décharge, brutal, presque douloureux dans son intensité, et je suis retombée pantelante, vidée, le corps entier vibrant de répliques.
Ils m'ont à peine laissé le temps de reprendre mon souffle. J'ai senti des doigts investir mon intimité, se glisser en moi. Rien à voir avec les doigts de mes ex, ces garçons pressés qui fouillaient en moi, convaincus que la vitesse et la force suffiraient à compenser leur ignorance de la géographie qu'ils traversaient. Les doigts de Gilles savaient exactement où ils allaient. Ils alternaient douceur et pression, appuyaient précisément là où quelque chose en moi se contractait de plaisir, se retiraient juste avant que la sensation ne devienne trop forte, revenaient autrement. Il me lisait de l'intérieur. Je ne gémissais plus. Les sons qui sortaient de ma bouche n'avaient plus de nom, des râles, peut-être, ou autre chose, quelque chose de plus primitif, qui venait d'un endroit en moi que je n'avais jamais visité.
Gilles continuait, ses doigts jouant en moi, pressant, entrant, ressortant, s'arrêtant un instant avant de reprendre. Ce qui montait cette fois était différent, plus profond, plus total. Mais à nouveau, alors que j'étais au bord, Gilles s'est arrêté. Complètement, cette fois.
Plus rien.
Ni une main, ni un souffle, ni un mot. Comme si Gilles et Claire avaient quitté la pièce sans un bruit, me laissant seule, nue, attachée, les yeux bandés, au milieu du lit, avec pour seule compagnie le battement de mon propre cœur.
J'ai tendu l'oreille. Leurs respirations, oui, ils étaient encore là, quelque part tout près, mais ils ne me touchaient pas. L'absence de contact, après cette avalanche de sensations, était presque plus violente que les caresses elles-mêmes. Mon corps réclamait, chaque centimètre de ma peau réclamait, et rien ne venait.
Alors, lentement, dans ce vide, je me suis retrouvée. Pas la Manon d'avant, celle-là avait disparu quelque part entre le premier orgasme et la fessée. Non, je me suis retrouvée telle que j'étais maintenant, à cet instant précis : mes poignets liés, mes jambes repliées, mes seins dont les pointes dressées pulsaient encore au rythme de mon cœur, mon ventre qui se soulevait par saccades, et mon sexe : trempé, ouvert, gorgé, palpitant dans le vide comme une bouche qui appelle. Je sentais mon humidité couler le long de mes cuisses. Je sentais la chaleur de mes fesses qui ne s'était toujours pas dissipée. Je sentais l'odeur de ma propre excitation, lourde, animale, qui imprégnait l'air autour de moi.
Combien de temps suis-je restée ainsi ? Une minute. Trois minutes. Dix. Le bandeau sur mes yeux et le silence avaient aboli toute mesure du temps. Pour la première fois depuis le début de l'après-midi, je n'entendais même plus mes propres pensées. Il n'y avait plus que mon sang qui battait, quelque part très loin, dans un corps qui ne m'appartenait plus tout à fait, et qui n'avait peut-être jamais été aussi entièrement mien.
Puis une main s'est posée. Paume à plat, sur mon sexe. Immobile, d'abord, exactement comme avant la fessée, et j'ai compris que c'était sa signature, cette façon d'arriver par le silence, par le non-mouvement, avant de tout déclencher.
Ses doigts sont entrés en moi. Et cette fois, dès la première seconde, j'ai su que ce serait différent. Il ne jouait plus. Il me cherchait. Ses doigts ont trouvé un endroit en moi, un point précis, profond, dont je ne soupçonnais même pas l'existence, et ont commencé à appuyer dessus avec une pression rythmée, insistante. Mon dos s'est cambré. Ma bouche s'est ouverte sans qu'aucun son n'en sorte, comme si le plaisir était trop grand pour le son, trop grand pour n'importe quel contenant que mon corps pouvait lui offrir.
J'ai cru qu'il allait ralentir. Il a accéléré. Ses doigts, partout à la fois, ou c'est l'impression que j'en avais, mon cerveau incapable désormais de cartographier quoi que ce soit. Ce qui montait venait de loin, de très loin, de plus profond que le clitoris, plus profond que tout ce que je connaissais. Je ne savais plus si je devais me retenir ou me laisser aller, et cette incertitude elle-même était une forme de plaisir.
La vague est arrivée. Irrésistible. Gilles n'a pas arrêté.
Elle a déferlé, et c'était comme si quelqu'un avait ouvert une porte en moi que je n'avais jamais trouvée. J'ai crié : « oh putain, oh putain », les mots sortant de ma bouche sans que je les choisisse, sans filtre, sans dignité, et je m'en fichais, je m'en fichais complètement, parce que ce qui traversait mon corps à cet instant n'avait rien à voir avec quoi que ce soit que j'avais vécu avant. C'était un orgasme qui venait de l'intérieur, littéralement, un plaisir qui irradiait de mon ventre vers chaque extrémité de mon corps, et qui a duré, duré, bien au-delà de ce que je croyais possible.
J'ai perdu le compte de mes orgasmes ce jour-là. Mais celui-là, je ne l'ai jamais oublié
Le rythme n'est pas toujours le même, Manon, a murmuré Claire. Te ralentir deux, trois, quatre fois, ou pas du tout… cela dépend de nos envies, de tes réactions, et de ce que tu peux supporter.
J'ai pensé à mes ex. À Thomas qui considérait les préliminaires comme un péage à payer avant l'autoroute. À Luc qui me demandait « t'as joui ? » trente secondes après avoir commencé, avec le même ton qu'on prend pour demander si le plat est assez salé. Aucun d'eux n'avait jamais eu l'idée que s'arrêter puisse faire partie du plaisir. Que le chemin puisse valoir plus que la destination. Que le corps d'une femme soit un instrument qui demande autre chose que d'appuyer sur toutes les touches en même temps en espérant que ça sonne juste.
J'ai senti qu'ils échangeaient leur place. Un froissement de draps, le matelas qui bougeait sous moi, puis une chevelure, longue, douce, contre l'intérieur de mes cuisses. Claire. J'ai reconnu son parfum, mêlé à l'odeur de la sueur et du sexe qui imprégnait désormais toute la pièce. Un instant, j'ai senti son souffle chaud sur ma vulve, juste son souffle, comme une promesse qui prend son temps.
Puis sa bouche s'est posée sur moi. Sans préambule. Elle a pris mon clitoris entre ses lèvres, ce clitoris gorgé, hypersensible, qui avait déjà tant donné, et l'a aspiré doucement tandis que deux doigts entraient en moi dans le même mouvement. La sensation d'une bouche de femme sur mon sexe, sa douceur, l'absence de barbe, cette connaissance instinctive de ce que l'autre ressent, m'a fait monter les larmes aux yeux sans que je comprenne pourquoi.
Le toucher était différent de celui de Gilles, mais tout aussi efficace. Claire alternait les caresses de sa langue et de ses lèvres sur mon bouton tout en me doigtant savamment. Gilles est rentré dans la danse et s'est mis à s'occuper de mes seins.
C'en était trop. Mon corps ne m'appartenait plus, il appartenait à leurs mains, à leurs bouches, à cette mécanique de plaisir qu'ils avaient mise en mouvement et qui tournait désormais toute seule, sans qu'on me demande mon avis. Je gémissais sans discontinuer, ma respiration en lambeaux. Je n'avais reçu aucune instruction. Me retenir ? Me laisser aller ? Mon cerveau cherchait une consigne, un cadre, quelque chose à quoi s'accrocher, et ne trouvait que le plaisir, de plus en plus de plaisir, comme un réceptacle qui se remplit d'eau.
Je me suis demandé si j'avais encore l'énergie de jouir. La question elle-même me semblait absurde, comment peut-on être épuisée et au bord de l'orgasme en même temps ? Pourtant c'était exactement ça, un corps qui n'en peut plus et qui en veut encore, les deux en même temps, la contradiction incarnée.
Cette fois, ils ne m'ont pas ralentie. C'était pire. Ils m'ont maintenue au bord, exactement au bord, comme un surfeur sur la crête d'une vague qu'on ne laisse jamais déferler. La langue de Claire sur mon clitoris, les doigts de Claire en moi, la bouche de Gilles sur mes seins, tout parfaitement synchronisé pour me garder là, à cet endroit précis où le plaisir et la folie se confondent. Je ne gémissais plus : je criais, je haletais, je suppliais, des mots qui n'avaient plus aucun sens, juste des sons arrachés à un corps au bord de la rupture.
— S'il vous plaît, j'ai gémi. S'il vous plaît, je vous en supplie, je n'en peux plus…
Et je ne savais même plus ce que je suppliais. De me laisser jouir ? De me laisser m'arrêter ? Les deux, peut-être. Les deux en même temps. C'était ça, le génie de ce qu'ils me faisaient : m'amener à un endroit où jouir et s'arrêter devenaient le même souhait, la même urgence, la même détresse.
Puis, dans les brumes de mon cerveau, la voix de Gilles. Calme. Implacable.
— Maintenant.
Un mot. Un seul mot, prononcé d'une voix calme, et mon corps a obéi. Avant même que mon cerveau ne traite l'information, avant même que je ne comprenne ce qui se passait, l'orgasme a déferlé, le plus intense de tous, le plus total, comme si tous les précédents n'avaient été que des répétitions avant celui-ci. Mon dos s'est arqué, mes poignets ont tiré sur les liens, ma bouche s'est ouverte sur un cri qui a duré longtemps, très longtemps, un cri continu qui n'était plus un cri de plaisir ni un cri de douleur mais quelque chose au-delà des deux, quelque chose qui appartenait à un registre que je ne connaissais pas.
Et dans l'onde de choc, une pensée, la dernière pensée cohérente avant que tout ne se brouille : sa voix m'a fait jouir. Pas ses doigts. Pas sa bouche. Juste sa voix. Je ne savais pas si je devais avoir peur de ce pouvoir-là, ou en redemander. Les deux, probablement. Comme tout le reste cet après-midi-là.
Puis plus rien. J'ai sombré, foudroyée, amorphe, vidée de tout.
— Tu en veux encore, Manon ? a murmuré Claire à mon oreille.
— Non. S'il vous plaît, non. Je n'en peux plus. Ma voix n'était plus qu'un filet, à peine un souffle. Plus rien. Je suis… je ne peux plus.
Claire m'a caressé les cheveux. Longuement, sans rien dire, avec une tendresse qui contrastait tellement avec ce qu'ils venaient de me faire que j'ai senti ma gorge se serrer. Puis elle s'est penchée tout contre mon oreille :
— Tu te souviens de ce que je t'ai dit avant que nous commencions ?
Il m'a fallu une seconde. Peut-être deux. Le souvenir est remonté d'un coup, à travers les brumes de mon épuisement, et quand il est arrivé, il m'a frappée avec force : c'est toi qui nous supplieras d'arrêter.
Je l'avais fait. J'avais supplié. Exactement comme elle l'avait annoncé, avec cette assurance tranquille de quelqu'un qui sait. Et le plus troublant n'était pas qu'elle ait eu raison, c'était que je n'avais même pas vu venir le moment où la fille qui disait « je ne pense pas » s'était transformée en celle qui suppliait « s'il vous plaît, non ». La bascule avait eu lieu quelque part entre mon cinquième et mon sixième orgasme, ou peut-être avant, peut-être dès la première claque sur mes fesses, et je ne l'avais pas sentie passer. Claire, elle, l'avait vue venir avant même que nous commencions.
Cette pensée-là m'a fait comprendre à quel point ils me connaissaient mieux que je ne me connaissais moi-même.
Je n'ai pas répondu. Je m'étais déjà endormie, glissant dans le sommeil comme on tombe d'une falaise, sans transition, sans rêve, juste le noir. Achevée par les vagues de plaisir successives qui m'avaient vidée de toute énergie.
Quand Claire m'a réveillée en me caressant doucement les cheveux, j'ai mis un long moment à comprendre où j'étais. J'ai émergé, le corps encore résonnant des extases du plaisir, désorientée, mes membres lourds comme après un sommeil trop profond. Le bandeau avait été retiré. Les liens aussi. Mes jambes, libérées, refusaient de s'étendre complètement, comme si mes muscles avaient oublié leur longueur. La lumière de la chambre me semblait trop vive. Mon corps entier était lourd, épuisé, et en même temps étrangement léger, comme vidé d'un poids dont je connaissais pas l'existence auparavant.
— Comment tu te sens ? a demandé Gilles. Il m'avait apporté un verre d'eau. J'ai bu avidement, l'eau fraîche descendant dans ma gorge sèche comme une bénédiction.
— Vidée. Et extraordinairement bien. C'est bizarre. Je ne savais pas qu'on pouvait être les deux en même temps.
Il a souri. Un vrai sourire, pas le sourire mesuré qu'il avait d'habitude. L'espace d'une seconde, j'ai vu quelque chose dans ses yeux qui ressemblait à de la fierté, pas de lui, de moi.
Claire s'est approchée, malicieuse.
— Tu n'as encore rien vu, Manon. Nous n'avons utilisé que nos bouches et nos mains. À part nos doigts, nous ne t'avons remplie d'aucune manière.
— Cela t'a plu ? a demandé Gilles.
— C'était extraordinaire, j'ai répondu, sincère. Je ne pensais pas pouvoir ressentir autant de plaisir. Jamais.
Gilles a hoché la tête.
— Tu as déjà vu beaucoup de choses, vu d'où tu partais. Et presque rien de tout ce que nous pouvons te montrer. Est-ce que tu veux continuer ?
— Oui, bien sûr, j'ai répondu, trop vite, sans la moindre hésitation.
Gilles a souri de mon impatience.
— Prends le temps de réfléchir au calme, Manon. Nous verrons la prochaine fois. C'est ton choix.
Je suis rentrée chez moi le soir. Dans le métro, je me suis assise et j'ai senti mes fesses encore chaudes contre le siège en plastique. Un rappel. Un écho de la main de Gilles, là, dans la rame bondée, au milieu de gens qui lisaient leur téléphone sans se douter que la fille assise en face d'eux portait encore sur sa peau la marque de ce qu'on venait de lui faire. J'ai serré les cuisses. Pas d'excitation, de secret. De ce plaisir étrange qu'il y a à porter quelque chose d'invisible que personne autour de vous ne peut deviner.
Chez moi, pour la première fois depuis longtemps, je n'ai pas éprouvé le besoin de me caresser avant de m'endormir J'ai repensé, une seconde avant de sombrer dans le sommeil, à ce palier, une semaine plus tôt, ma jupe relevée, dos contre le mur, cette urgence qui ne m'avait laissé aucun choix. Ce soir-là, rien ne s'impatientait en moi. Rien ne réclamait. Pour la première fois depuis des semaines, mon corps était simplement calme.
Je me suis demandé, juste avant de m'endormir, si c'était ça, la vraie récompense qu'ils m'offraient. Pas seulement le plaisir. Le repos qui vient après.
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Chapitre 7 · Vocabulaire & Intention
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mozart
25 septembre 2026 à 21:24
Encore un excellent chapitre, très chaud.
Soyez respectueux
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LouisintP
24 septembre 2026 à 10:14
Tout a fait d'accord
Bonjour Haleros,
Je suis scotché par l’érotisme, la sensualité, l’intensité (la tension) sexuelle qui transparaît dans le récit. C’est plus qu’érotique, c’est une ode à ce que je prends comme un cours de BDSM soft et respectueux.
J’ai hâte de lire la suite de l’histoire.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de LouisintP
LouisintP
24 septembre 2026 à 10:13
J'ai apprécié lire ce récit qui m'a fait pensée à un bon moment de lâcher prise, de découverte.

Hâte de lire la suite plus torride à ce que j'ai saisi
Soyez respectueux
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Photo de profil de Frodon
Frodon
24 septembre 2026 à 08:29
Bonjour Haleros,
Je suis scotché par l’érotisme, la sensualité, l’intensité (la tension) sexuelle qui transparaît dans le récit. C’est plus qu’érotique, c’est une ode à ce que je prends comme un cours de BDSM soft et respectueux.
J’ai hâte de lire la suite de l’histoire.
Soyez respectueux
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lecteur31
24 septembre 2026 à 08:20
Superbement écrit ! Merci
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